‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 130 sur 295 · IX. X · texte numérisé non relu

IX. X

PANCACIXANIÇAMSA-SUTRA ET NANDIKA SUTRA

Ces deux textes sont relatifs à rénumération particulière que nous avons signalée ci -dessus (p. 188), laquelle se compose des quatre premiers articles du Duçcarita, augmentés d'un cinquième qui lui est propre — l'ivresse, — cité, on s'en souvient, dans le « petit Sùtra d'un dieu »(V. ci- dessus p. 190).

Ces cinq préceptes portent le titre de Panca-çixâ (« cinq enseignements », « enseignement en cinq points ») ou Pancaçixa-padâni (« les cinq bases de l'enseignement »). Ils ont un autre intitulé presque exclusivement en usage aujourd'hui, celui de Panca-çila (« cinq moralités » ou ce morale en cinq articles »). Le premier de ces titres (Panca-çixa) est mis en tête du premier des deux sûtras dont nous allons donner la traduction; mais à la fin, que nous détachons sur le titre de « conclusion », et qui peut être une adjonction postérieure, on ne trouve que le second titre (Panca-çîla).

C'est une question de savoir si les cinq préceptes du Panca-çixa ne sont qu'un abrégé des dix préceptes du Duçcarita ou si les dix préceptes du Duçcarita sont, au contraire, le développement des cinq préceptes (Pancaçîla). — C'est aussi une question de savoir si l'une de ces deux énumérations (le Duçcarita, par exemple), est plus spécialement recommandée à l'attention des Bhixus, l'autre (le Panca-çixa) aux Upâsakas. Les textes sur ce point paraissent peu concordants, presque contradictoires. Ainsi l'instruction du Panca-çîla, dont nos deux textes nous offrent chacun une

version, est donnée, dans l'un aux Bhixus, dans l'autre auxUpâsakas. D'où la conclusion probable qu'elle s'adresse également à ces deux classes de personnes. En effet, la similitude des deux énumérations permet de supposer que les différences sont de pure forme et qu'elles ont au fond la même valeur. Elles se complètent évidemment l'une l'autre, l'énumération des dix actions défendues comprenant les péchés de l'esprit qui sont la source et la cause première de tous les autres, l'énumération des cinq moralités y ajoutant l'ivresse qui est l'auxiliaire et souvent la cause occasionnelle des mauvaises actions.

On dit, il est vrai, aujourd'hui, que les cinq moralités (Panca-çîla) sont les préceptes obligatoires pour tous les hommes. Mais cela vient de ce qu'ils sont considérés comme formant la première série d'une énumération de dix articles, dont la seconde série comprend des vétilles, la danse, la musique et d'autres amusements interdits aux Bhixus, mais permis aux non-Bhixus. Les cinq préceptes sont donc obligatoires pour tous en tant qu'on les oppose à cinq autres préceptes de moindre importance ; et cela ne se rattache en aucune façon aux dix préceptes du Duçcarita, qui demeure une énumération parallèle dont la relation exacte avec le Panca-çîla reste encore à déterminer.

Le sùtra intitulé « les cinq avantages des cinq enseignements » (Panca çixâniçamsa-sûlra) est un des textes tibétains empruntés au canon pâli. J'ignore d'où il a été pris ; mes recherches sur ce point sont demeurées infructueuses. Le texte du volume XXVI, Nandika- Sûtra, est, à mon avis, l'équivalent tibétain du texte d'origine pâlie. Je devrais, d'après cela, pour être d'accord avec moi-même, donner ces deux textes parallèlement. Je ne le fais pas, à cause des différences considérables qu'il y a entre les deux sûtras, soit en ce qui touche les détails, soit en ce qui touche la distribution des parties, et qui exigeraient trop de blancs; je n'en maintiens pas moins la correspondance des deux textes qui ne me paraît pas douteuse. Il est à remarquer que Csoma a commis une erreur sur ce point; dans son analyse, il donne le Nandika-Sûtra comme étant relatif aux « dix actions immorales », c'est-àdire au Duçcarita. Il suffit de lire le sûtra pour reconnaître l'inexactitude de cette indication, et pour constater qu'il est relatif au Panca-çiœa comme le sùtra du volume XXX.

Csoma a commis une autre erreur imputable à l'inexactitude du titre de ce

sûtra du volume XXX ; il le désigne comme faisant connaître les avantages qu'on obtient en ne commettant aucune des cinq actions défendues ; et c'est, en effet, ce que le titre dit ou semble dire. Mais, à la lecture, on reconnaît bien vite que ce sûtra expose les inconvénients qu'il y a à commettre les actes coupables aussi bien que les avantages qu'il y a à s'en abstenir. Le Nandika- Sûtrafait de même. Seulement l'économie des deux textes est très différente. Le Sûtra du volume XXX, d'origine pâlie, énumère pour chacune des cinq actions coupables les inconvénients, puis les avantages ; le Nandika-Sùtra, au contraire, énumère d'abord les inconvénients de ces cinq actions ; puis ensuite il célèbre les avantages réservés à ceux qui s'en abstiennent. Dans l'un comme dans l'autre, c'est le langage poétique qui sert à exalter les avantages de la moralité.

Outre cette différence dans l'économie de l'exposé dogmatique de nos deux textes, il y en a une autre dans la partie narrative. Gomme la plupart des sûtras pâlis, le Pancaçixâniçamsa- Sûtra se compose en réalité de deux textes ou récits juxtaposés, le premier servant de préambule au second. Le Buddha a d'abord, avec deux personnages, deux époux, un entretien qu'il termine par la recommandation d'observer les cinq enseignements : c'est là le premier texte. L3S Bhixus demandent alors quel profit on obtient en conformant sa conduite aux cinq enseignements. La réponse du Buddha forme le second texte auquel le titre donné s'applique visiblement. — Le Nandika- Sûtra est plus simple : Nandika vient questionner le Buddha sur les cinq préceptes ; et le Buddha répond à la question posée. Tout se passe entre ces deux interlocuteurs sans l'intervention d'un tiers.

Sous le bénéfice de ces explications, je diviserai en deux parties le Pancaçixâniçamsa- Sûtra. Da plus, j'indiquerai dans les deux textes la division des articles relatifs à chacune des cinq prohibitions par des intitulés que les textes ne donnent pas, mais qui contribuent à la clarté.

Page 1