‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 131 sur 295 · IX. SUTRA SUR LES AVANTAGES DES CINQ ENSEIGNEMENTS · texte numérisé non relu

IX. SUTRA SUR LES AVANTAGES DES CINQ ENSEIGNEMENTS

— Mdo XXX, 19«; folio» 576-581. ~

En langue de l'Inde : Pancaçixâniçamsa -Sûtra. — En langue de Bod : Bslab -pa-lnga-i phan-yon gyi -mdo. — (En français): Sûtra des avantages des cinq enseignements.

Adoration aux trois joyaux sublimes : Voici le discours que j'ai entendu

une fois.

Bhagavat résidait à Garga, au lieu où errent les gazelles, dans le bois qui est derrière la montagne hantée par les enfants du Raxasa des eaux1.

Ensuite Bhagavat ayant, de grand matin, revêtu son vêtement de religieux, se rendit au lieu ouest la demeure du maître de maison, père de Nakula j et, quand il y fut arrivé, il s'assit sur un siège bien préparé.

Ensuite le maître de maison père de Nakula et la maîtresse de maison, mère de Nakula, se rendirent auprès de Bhagavat; et y étant arrivés, s'assirent à distance respectueuse.

Une fois qu'ils fureht assis à distance respectueuse, le maître de maison, père de Nakula, parla ainsi à Bhagavat : Vénérable Bhagavat, dans le temps où, à l'époque de ma jeunesse, j'ai pris pour épouse une jeune fille, la maîtresse de maison, mère de Nakula, nulle pensée d'adultère ne se produisit (pour me détacher) de la maîtresse de maison, mère de Nakula. Celui en qui nulle faute (venant) du corps ne se produit, celui-là, vénérable Bhagavat, échange des regards dans les conditions actuelles de visibilité; je désire échanger encore les regards dans une autre naissance2.

La maîtresse de maison, mère de Nakula, parla ainsi à Bhagavat: Vénérable Bhagavat, dans le temps où le maître de maison, père de Nakula, étant jeune, me prit (pour épouse) moi qui étais jeune aussi, nulle pensée d'adultère ne se produisit (pour me détacher) du maître de maison, père de Nakula. Celui en qui nulle faute (venant) du corps ne se produit, celui-là, vénérable Bhagavat, échange des regards dans les conditions actuelles de visibilité ; je désire échanger encore les regards dans une autre naissance.

Alors Bhagavat dit : Le maître de maison et la maîtresse de maison en

* Ou du Makara. Je ne connais pas ce lieu dont je trouve pour la première fois la désignation dans dé Sùtra.

* Par cette phrase bizarre <Jue je ne pourrais traduire en langage ordinaire sans m'éloigner par trop du tex!6j l'interlocuteur exprime le désir de se retrouver arec sa femme dans une autre existence comme dans l'existence présente; dmsle paragraphe siiv:inti la femme exprima le môme désir dans les mêmes termes.

sont venus à avoir un désir, en sorte qu'ils en sont arrivés à échanger les regards dans les conditions actuelles de visibilité. Ils les échangeront encore dans une autre naissance. Sachez-le bien l'un et l'autre ; c'est par une foi commune, par une moralité commune, par une libéralité commune, par une science commune que vous vous voyez mutuellement dans ces conditions actuelles de visibilité, et que vous vous verrez dans une autre naissance. Il prononça aussi ces stances :

(Je vous le dis à) vous deux, la foi et la parole de la loi la communauté (de pensée) et l'entretien de la loi (par la science),

des paroles de joie mutuelle :

(voilà ce qui est) cause que l'homme et la femme ne font qu'un.

Pour les richesses, on en a abondamment ; pour ce qui est du lieu, on naît en bon lieu ;

pour ce qui est de l'ennemi, on a lieu de se réjouir, (je vous le dis à) vous deux, c'est par une moralité commune,

c'est ainsi, par la pratique de la loi, (je vous le répète à) vous deux, c'est par la moralité

que, après s'être réjoui de son désir, si Ton a un désir, on goûte la joie dans la demeure des dieux.

C'est pourquoi il faut observer l'enseignement en cinq parties, savoir : 1° Éviter d'ôter la vie ; 2° éviter de prendre ce qui n'est pas donné ; 3° éviter les désirs mauvais et adultères; 4° éviter les paroles de mensonge; 5° éviter de s'enivrer avec des boissons spiritueuses. Voilà les cinq préceptes qu'il faut observer.

Ensuite les Bhixus firent une question sur les avantages des cinq moralités : Autre chose, vénérable Bhagavat; comment connaît-on la maturité de (la disposition à éviter) l'acte d'ôter la vie? — Gomment cannait-on la maturité de (la disposition à) éviter l'action de prendre ce qui n'est pas donné ? — Gomment connaît-on la maturité de (la disposition à) éviter les désirs impurs et adultères f — Gomment connaît-on la maturité de (la disposition à) éviter

la parole de mensonge ? — Gomment connaît-on la maturité de (la disposition à) éviter de s'enivrer avec des boissons spiritueuses ?

Alors Bhagavat, questionné par eux, les instruisit au moyen des explications suivantes :

i. Meurtre

Bhixus, en ce qui concerne l'acte d'ôter la vie, il faut considérer qu'il ressemble au venin du serpent. Celui (qui l'a commis) a beaucoup de vices, naît parmi les Prêtas, naît parmi les animaux, naît parmi les êtres infernaux.

Quand le corps a péri, après la mort, il naît dans l'enfer Sanjîva. Dans cet enfer Sanjîva, les gardiens de l'enfer le rôtissent et, saisissant des armes de toutes sortes, le coupent en morceaux (ou) lui trouent le corps par une foule de trous.

Il est lié par cinq espèces (de transgression?)4, a-t-on dit; et, pour avoir répété ses actes (coupables), l'être infernal renaît dans l'enfer Sanjîva. Là, ceux qui s'y trouvent, ressentent les souffrances du Sanjîva, aiguës, violentes, cuisantes, accablantes. Accablé qu'il est, la moindre chose, tout lui devient à charge. Voilà le fruit de l'acte d'ôter la vie8.

S'il renaît parmi les hommes, le (coupable) a une vie courte, des sens incomplets, un corps difforme , une science troublée et erronée ; il est constamment malheureux, constamment colère, malade, chagrin, privé de joie, privé constamment pour un long temps. C'est pour cela que Bhagavat a dit:

Être, cinq cents naissances durant, Prêta, poisson, serpent, gazelle, hibou, buffle, chien, renard ; voilà rabaissement de celui qui ôte la vie, voilà le fruit do l'action d'ôter la vie.

Celui qui s'abstient de l'acte d'ôter la vie,

que la condition masculine ou la féminine

lui advienne en partage, a des avantages (ou des privilèges);

(il en a) vingt qui ne sont pas à dédaigner.

1 Ou de liens (?).

* Dans cette description de emeures infernales et de supplices infernaux, comme dans celles <Ju! suivront, et surtout dans celles qui suivront, au nombre de cinq, il y a bien des détails que le lecteur trouvera obscurs. J'avoue que je ne suis pas parvenu à résoudre toutes les difficultés d'interprétation. Je crois cependant que l'ensemble et les choses essentielles sont d'une clarté suffisante.

Ami. G — B 30

k34 ANNALES DU MUSEE GUIMET

Les membres principaux et secondaires au complet;

un corps vigoureux ;

une naissance prompte dans une bonne race ;

des membres purs et élégants ;

un bien-être prolongé ;

la possession de l'héroïsme de la force;

un langage excellemment bon ;

une joie accompagnée (de la faveur) des dieux;

aucun mauvais traitement de la part du monde ;

aucune mauvaise parole de la part des Aryas;

une mort qui n'est jamais causée par des actions ou des pensées mauvaises(?) ;

la possession d'un entourage d'amis illimité;

des couleurs et une forme parfaites ;

la maladie et le chagrin réduits au minimum ;

un lieu d'habitation dont on n'est pas dépossédé;

une joie que les autres ne peuvent troubler.

Tels sont les avantages que Ton goûte parmi les dieux et parmi les hommes, quand, soit homme, soit femme, on a évité d'ôter la vie.

Puis, quand le corps décline et qu'on meurt, on va dans la bonne direction, on renaît dans le Svarga, dans le monde des dieux.

2, Vol

Les biena d'autrui peuvent être pris sciemment ou non sans qu'on les ait donnés. On vole en perçant le mur d'une maison, etc. ; on prend en trompant les autres. Ceux qui, pour s'entretenir, prennent, d'après ces systèmes, ce qui ne leur a pas été donné, quand leur corps périt, après la mort, renaissent dans le Raurava. Par ce mot Raurava, on entend deux Rauravas, le Raurava de feu et le Raurava de fumée. Le Raurava de feu dure le temps d'un Kalpa pendant toute la durée (de ce Kalpa), il est rempli d'un feu consumant ; le Raurava de fumée est un tourbillon de fumée.

C'est dans ces deux Rauravas que sont les êtres infernaux ; ils cuisent dans le Raurava de feu; le feu passant par neuf trous rôtit le corps. Voici (maintenant) le Raurava de fumée; ce Raurava de fumée est un lieu où les

êtres cuisent dans les enfers. Les tourbillons de fumée passent par neuf trous ; ainsi les corps cuisent comme des aliments que Ton cuit. Dans l'un et dans l'autre (enfer), les êtres poussent de grands cris de douleur; ils y éprouvent des douleurs fortes, rudes, cuisantes.

Il faut considérer, Bhixus, que la prise de ce qui n'est pas donné est semblable à un venin de serpent. L'entrée dans l'enfer, rentrée dans la demeure des Prêtas, la naissance parmi les animaux (en sont le fruit). La maturité de l'acte de prendre ce qui n'est pas donné, quel qu'il soit, est très grande.

Si le (coupable) naît parmi les hommes, les richesses qu'il peut (obtenir) sont minimes ; la chose qui a touché la main de l'être qui a pris ce qu'on ne lui avait pas donné ne s'en détache pas, si petite soit-elle; aliments, breuvages, vêtements, tapis, etc., seront pour lui difficiles à trouver ; il a constamment des peines inexprimables; il est en butte à la haine des autres et à leurs mauvais traitements ; tout ce qu'il acquiert dépérit ; ce sont les autres qui ont les richesses; les richesses qu'il désire sont d'une acquisition difficile; les biens qu'il a ne s'accroissent pas; il est privé de tout bien-être.

C'est pour cela que Bhagavat a dit :

Ici, une pauvreté, une indigence, une laideur constantes ; la naissance dans une mauvaise race :

voilà l'abaissement de celui qui prend ce qu'on ne lui a pas donné, voilà la maturité de la prise de ce qui n'est pas donné.

Celui qui évite de prendre ce qu'on ne lui a pas donné, que la condition masculine ou la féminine lui advienne en partage, a des avantages, vingt qualités qui ne sont pas à dédaigner.

Dans ses entreprises il acquiert toujours du renom ;

ses richesses sont sans bornes et parfaites ;

ce qui lui manquait d'abord lui vient en abondance ;

ses désirs se réalisent de point en point ;

formes, sons, saveurs, odeurs,

contacts, tout lui est à souhait;

dans tous ses efforts pour atteindre le but,

il réalise promptement ses desseins ;

ni le grand roi, ni les voleurs,

ni les ennemis ne le maltraitent ;

ni le feu, ni l'eau

ne lui font du mal;

possesseur d'une semblable richesse,

pour toute espèce de dons et d'aliments,

il n'est jamais exposé à manquer de rien,

et réside constamment dans le bien-être.

Celui qui évite de prendre ce qu'on ne lui a pas donné, que ce soit la condition d'homme ou la condition de femme qui lui advienne en partage, a ces avantages parmi les dieux et parmi les hommes.

Puis quand ce corps périt, après la mort, il suit la bonne direction, il naît dans le Svarga jet le monde des dieux.

Page 1