Ivresse
Le buveur de liqueurs enivrantes tombe dans un enfer chaud pour y renaître. L'être qui y tombe y cuira pendant plusieurs milliers d'années. Quand il en sortira, ce sera pour (séjourner entre) les bords du fleuve infranchissable ; partout où il va, c'est pour siéger chaque fois sur un sol mouvant (?). Là, les gardiens de l'enfer l'entraînent avec un hameçon comme un poisson (qu'on enlève),
sur un sol en fer brûlant. On lui crie : homme, que désires-tu ? — Seigneur, je médite. — Le gardien de l'enfer, lui ouvrant la bouche avec le crochet de fer, de fer brûlant, y verse un jet de fonte de fer. Ce jet lui brûle les lèvres, lui brûle la gorge, lui brûle la poitrine, le brûle en long et en large, et ressort par l'anus. Ceux qui sont dans cette situation éprouvent la douleur, et font un concert de lamentations. Pendant tout c^ temps-là, il ne meurent pas ; et, tant que cela dure, ils goûtent le fruit de leurs actions coupables, il éprouvent la sensation de la maturité (de ces actes). C'est pour cela que Bhagavat a dit :
Il y a un fleuve grand et rude, sans gué, et où il est difficile de se maintenir. Des pétales de lotus en fer , des pétales aux pointes aiguës nagent à la surface. Ce fleuve sans gué et sans fond est comme la conduite que la loi ne (dirige) pas. Axn. G. — B 3i
Celui qui boit des liqueurs enivrantes ne se charge pas d'un petit péché. S'il nait parmi les hommes, il est constamment privé de mémoire, muet comme un mouton, vacillant en ce qui touche la connaissance supérieure, privé de science, dans un état de somnolence perpétuel, d'une intelligence inférieure, en proie à un grand égarement d'esprit, toujours dans la crainte, dans les transes, dans l'anxiété; calomniateur, mobile dans son langage, envieux, jaloux, incapable de renoncement, éhonté, impudent, ayant une très petite (dose de) science supérieure, n'ayant pas le (moindre) sentiment des lois de la vertu.
Naître Yaka pendant cinq cents naissances, chien pendant cinq cents (autres) naissances, naître sans fin parmi les fous ; tel est rabaissement de celui qui s'enivre.
Telle est la maturité de boire des liqueurs enivrantes jusqu'à l'ivresse.
Celui qui évite de boire des liqueurs enivrantes,
que la condition masculine ou la féminine
lui advienne en partage, a des avantages
au nombre de trente-six qui ne sont pas à dédaigner.
Le passé, l'avenir,
le présent sont pour lui presque la môme chose;
il apprend très promptement ;
sa mémoire est sûre et stable ;
sa raison ne s'égare jamais ;
sa haute science est éminente ;
il n'est point obtus, il est vigilant;
sa parole est très claire ;
il connaît la pudeur et sa parole est claire;
il ne parle pas à faux ;
il ne profère ni calomnies, ni injures ;
il ne vante pas ce qui est nuisible ;
c'est ainsi qu'il se comporte jour et nuit.
Il sait ce qui a été fait, il perçoit ce qui a été fait ;
sans désir, libéral, moral,
sans colère, d'une parole droite,
sans crainte, bien avisé ;
d'une modestie et d'une réserve parfaites,
sans frayeur, sans anxiété,
il reçoit et garde soigneusement dans son esprit ce qu'il a entendu ;
parmi beaucoup d'hommes il connaît ce qui est utile.
Celui qui s'abstient de liqueurs enivrantes, qu'il soit homme ou qu'il soit femme, jouira de ces avantages parmi les dieux et parmi les hommes.
Quand son corps se sera dissous, après la mort, il suivra la bonne direction et il renaîtra dans le Svarga, dans le monde des dieux.
Conclusion
Ces moralités, il faut les observer soigneusement. Les individus, quels qu'ils soient, hommes ou femmes, qui ne les observent pas, qui ne ne les développent pas par la méditation, ceux-là, quand leur corps périra, après la mort, suivront la mauvaise direction et tomberont dans la déchéance.
Mais ceux qui observent cesmoralités, qui les développent par la méditation, ceux-là, quand leur corps se dissoudra, après la m or], suivront la bonne direction, renaîtront dans le Svarga, dans le monde des dieux.
Ainsi parla Bhagavat. Les Bhixus louèrent hautement le discours de Bhagavat.
Fin du sûtra de renseignement des avantages des cinq moralités.
Nandika Sutra
- Mdo XXVI, 31* folio» «1-4» -
En langue de l'Inde: Arya Nandika-Sûtra. En langue deBod: Hphagspadga-w-can-gyi mdo. (En français :) Sublime Sûtra de Nandika.
Adoration aux trois joyaux.
- Voici le discours que j'ai entendu une fois : Bhagavat résidait à Râjagrha sur la montagne de Grdhra-kûta, entouré d'une grande assemblée de mille deux cent cinquante bhixus, étant à la place d'honneur. Assis avec eux, il leur enseignait la loi (qui est) vertu au commencement, vertu au milieu, vertu £ la fin; le but excellent; l'excellent çrain ou (fruit) du discours, la séparatiog
(d'avec le monde), la perfection, la pureté accomplie, la régularité parfaite, le brahmacarya. Voilà ce qu'il enseignait avec autorité.
Puis aussi, en ce temps-là, I'upâsaka Nandika, sorti de Râjagrhaavec un groupe de cinq cents Upâsakas, vint au lieu où était Bhagavat : quand il y fut arrivé, il salua avec la tête les pieds de Bhagavat, tourna trois fois autour de Bhagavat et se tint auprès de lui à distance respectueuse. Ensuite ces cinq cents Upâsakas saluèrent les pieds de Bhagavat et s'assirent à distance respectueuse. Quand ils furent assis à distance respectueuse, I'upâsaka Nandika s'adressa à Bhagavat en ces termes : Bhagavat, le Tathâgata Arhat, parfait et accompli Buddhaqui sait tout et qui voit (tout), a donné en cinq points l'enseignement de l'Upâsaka ; mais quelles sont les (conditions) qui excèdent ces cinq points et quelle en est la maturité ? * Telle fut sa demande . — Bhagavat répondit en ces termes à i'upâsaka Nandika :
Nandika, la pensée que tu as eue de faire une question sur ce sujet au Tathâgata est bonne, très bonne. Gela tient à l'étendue de ton esprit : c'est une excellente idée, une énergie vertueuse. Aussi Nandika, veux-je te faire l'exposé méthodique de la loi appelée les dix défectuosités. Écoute bien et avec attention pour retenir ce que j'ai à te communiquer.
Bien, bien, Bhagavat ! répondit I'upâsaka Nandika, et il écouta Bhagavat attentivement. Bhagavat parla ainsi :
i. Meurtre
Nandika, il faut savoir que l'acte d'ôter la vie entraîne ces dix défectuosités. — Quelles dix ? — Les voici : Dans cette vie, on engendre la haine; — dans d'autres existences on est (adonné et comme) lié à la haine ; — le cœur manque de fermeté à cause de beaucoup d'êtres (que l'on redoute) ; — on fait des rêves vicieux; — on éprouve soi-même de la crainte et on en fait éprouver aux autres ; — on se couche étant bien et on se lève souffrant ; — on a des pensées vicieuses ; — on meurt l'esprit encore troublé par l'ignorance.
Quand on a fait et accumulé les actes qui aboutissent à une vie courte, lorsque le corps se détruit, après la mort, on suit la mauvaise direction, le
* C'est-à-dire : qu'arrive-t-il après qu'on a commis les cinq actions défendues ou qu'on s'en est abstenu f
mauvais chemin, on tombe dans la déchéance, on renaît dans les enfers. Si ensuite, après la mort, on renaît ici-bas parmi les hommes, dans une condition égale (à l'ancienne), partout où Tonnait, on aune vie courte et beaucoup de maladies.
Voilà, Nandika, les dix défectuosités (résultant) de l'acte d'ôter la vie qu'il faut connaître.