Ivresse
Nandika, l'habitude de boire sans précaution des liqueurs faites avec des spiritueux tirés de grains entraîne trente -cinq défectuosités qu'il faut connaître. Quelles trente-cinq?
Dans cette vie (mot illisible); — les maladies se développent; — on
est batailleur et querelleur; — on a des vues nuisibles ; — on fait apparaître la honte ; — on fait décroître et diminuer (en soi) la haute science ; — les richesses acquises ne (s'augmentent pas d') acquisitions nouvelles ; — les richesses acquises s'épuisent même et se perdent totalement ; — les secrets (qu'on a) sont sans énergie; — on diminue jusqu'à la réduire presque à rien la fin de l'œuvre *; — on ne fait rien qu'avec une force et une vigueur très restreinte; — on n'est pas pris pour mère , on n'est pas pris pour père ; — on n'est pas pris pour (un) Çramana ; — on n'est pas pris pour un Brahmane ;
— on ne rend pas ses hommages aux chefs de famille ; — on ne rend pas ses respects au Buddha ; — on ne rend pas ses respects à la Loi ; - on ne rend pas ses respects à la Confrérie ; — on ne rend pas ses respects à celui qui a reçu complètement l'enseignement; — on est d'une moralité équivoque; — on ne ferme pas la porte des sens ; — on recherche les femmes avec ardeur, sans retenue ; — on est évité par ses parents, ses amis, ses proches, les magistrats; — nombreux sont les hommes auxquels on déplaît; — nombreux ceux avec lesquels on ne compatit pas ; — on pratique le contraire de laloi; — on adopte avec empressement le contraire de la loi ; — on renonce complètement à la bonne loi ; — on renonce complètement à la pudeur et à la réserve ;
— quelle que soit la difficulté des circonstances, on ne songe pas à questionner les sages; — on se conduit sans attention, avec négligence ; — on ne tient aucun compte des déclarations expresses du Tathàgata; — on n'arrivera au Nirvana qu'après un temps bien long.
Quand on a accompli, accumulé les actes qui font devenir fou, lorsque le corps se détruit, après la mort, on suit la" mauvaise direction, le mauvais chemin, on tombe dans la déchéance, on renaît dans les enfers ; si ensuite, après la mort, on naît ici-bas parmi les hommes dans une condition égale
* La fin de l'œuvre est une des huit branches de la voie (la 4° vérité) ; c'est, je suppose, l'extinction du Karma, c'est*à-dire de l'acte moral et de ses conséquences fatales.
(à la précédente), partout où l'on naît, on est dans un état de folie, on a la mémoire obscurcie.
Telles sont, Nandika, les trente-cinq défectuosités (résultant) de l'habitude déboire sans réserve des liqueurs faites avec les spiritueux tirés de grains, et qu'il faut connaître.
Ainsi parla Bhagavat. Quand le Sugata eut prononcé ce discours, le maître prononça cet autre discours :
En évitant de tuer, de frapper, de lier, on fait du bien aux êtres, on a de la compassion pour eux.
De même que Ton se platt à protéger sa propre vie, ainsi Ton veille semblablement sur la vie des autres,
Les biens que d'autres ont acquis, aux prix de beaucoup de douleurs, on ne doit pas y songer, s'ils n'ont pas été donnés.
Si l'on attire les regards du monde sans en éprouver de la joie, c'est un autre avantage, analogue cependant, auquel il faut s'attacber (?) '.
La femme d'un autre, parée de ses ornements, est comme une langue de feu ; qu'on s'en garde avec soin !
Quand on a trouvé une femme pour soi, qu'on s'en contente ! Ce qui cause les désirs est semblable à un poison; qu'on ne s'y applique pas !
Que ce soit dans son intérêt propre ou dans l'intérêt d'autrui, celui qui a de la connaissance ne dira point de mensonge.
Tout ce qui peut apporter du dommage à autrui, faire de la peine à autrui, il saura le démêler, pour ne parler qu'avec douceur *.
L'homme qui aime à boire des spiritueux est incapable d'être utile à soi-même et de faire du bien aux autres.
Les spiritueux produisent l'égarement et altèrent le teint ; qu'on n'en boive donc pas plus qu'on ne boit du poison Hala !
Qu'on ne tue pas ce qui a vie, qu'on ne vole pas les richesses d'autrui! qu'on ne dise pas de mensonge! qu'on ne boive pas de liqueurs enivrantes !
Qu'on ne laisse pas son. coeur se prendre aux femmes d'autrui! et si l'on désire le Svarga, on y entrera comme chez soi.
* Ces deux padas sont très difficiles à entendre, quoique ne renfermant aucun terme difficile; ils signifient, je suppose, que la modération dans les désirs, l'indiflérence à l'égard des bruits du monde vaut bien la richesse et doit surtout étouffer toute velléité d'attenter à la propriété d'autrui.
» Il y a ici comme une allusion aux paroles rudes interdites dans le Dttçoarita9 ou plutôt à la calomnie parente du mensonge, ou à la médisance que le Duçcari ta confond presque avec la calomnie.
Ceux qui ont revêtu l'habit rouge et n'habitent pas de maison ont donné cet enseignement pour ceux qui habitent des maisons.
Pour ceux qui sont complètement initiés, le Jina a complètement démontré la base de l'enseignement1.
Ensuite TUpâsaka Nandika, ayant entendu (de la bouche) de Bhagavat cet exposé méthodique de la loi, se réjouit, fut satisfait, fut rempli de joie, de bien-être; le cœur à Taise, il se leva de dessus son tapis, adora avec la tête les pieds de Bhagavat, tourna trois fois autour de Bhagavat; puis, après s'être hautement réjoui et satisfait de la parole de Bhagavat, il se retira de devant Bhagavat.
Ainsi parla Bhagavat; les Bhixus réjouis louèrent hautement le discours de Bhagavat.
Fin du Sûtra de Nandika.
1 Cette stance semble indiquer que renseignement contenu dans ce sûtra est destiné aux Upàsakas qui habitent des maisons, aux laïques. Un enseignement plus complet serait réservé à ceux q*ii sont complètement initiés, c'est-à-dire aux Bhixus ; ce serait sans doute le duçcarita (ou les dix préceptes), à moins que ce ne soient les six (ou dix) Pâvamitds dont nous aurons l'occasion de parler plus tard.
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KARMA VIBHAGA
Karma- vibhAga, <x partage des actes, p est le titre de deux sûtras du Kandjour1 qui viennent à la suite du Dharma-cakra-sûtra (dontonavuplushaut la traduction p. 1 11-121 ) et terminent le volume XXVI de la section Mdo, Ces deux textes ne sont pas de même étendue ; le premier est à peu près le double du second, puisqu'il occupe trente-trois feuillets, et l'autre seize seulement. Cependant c'est le second qui parait devoir être considéré comme le plus im portant à cause de la qualification Dharma-granlha (« Livre de la loi ») ajoutée au titre de ce second texte, sans figurer dans celui du premier.
Le canon pâli nous offre aussi deux sûtras portant ce même intitulé et distingués l'un de l'autre par les épithètes « petit » et ce grand », s'appliquant, non à la longueur des textes, qui sont à peu près de même étendue, mais à la manière plus ou moins approfondie dont le sujet y est traité. J'ai traduit les deux textes pâlis, de sorte que je puis en parler pertinemment2 : mais je n'ai traduit qu'un des textes tibétains, le second; et c'est de celui-là seulement que je vais m'occuper, n'étant pas en mesure de parler du premier.
Il répond en partie, mais en partie seulement, au <c petit » Karma- Vibhâga
* Le titré sanskrit des thu* s-Atfjô e4 le inéme; mais le mot Vibhiga y est traduit en tibétain de deux manières difleren'e*.
c Je me propose de les donner en appendice a la suite de ce recueil.
pâli. Il y a dans le texte tibétain beaucoup de choses qui ne sont pas dans le texte pâli; et, mène pour les parties communes, la correspondance est loin d'être exacte.
Du reste, le « grand » Karma-Vibhâga pâli est aussi représenté dans notre texte tibétain, mais d'une façon très, sommaire, simplement par quatre paragraphes qui même, si on ne considère que le résumé du texte pâli, n'en sont pas l'équivalent exact.
Le sûtra tibétain se divise en deux et même trois parties bien distinctes que l'on peut regarder comme autant de textes soudés les uns aux autres sans grand artifice, et que nous séparerons les unes des autres. La première l'emporte de beaucoup par son importance et par sa longueur. C'est là, au début, que se trouve la partie correspondant au « petit » Karma-Vibhâga pâli. En effet, elle commence, comme le texte pâli, par sept questions adressée* au Buddha, qui, au lieu d'y répondre immédiatement et directement, comme on voit que cela se fait dans le sûtra pâli, énumère à son tour une série de points à éclaircir, et commence ensuite à résoudre toutes les questions posées, d'abord en répondant aux interrogations de son interlocuteur, ensuite en traitant les points indiqués par lui-même. Il semble qu'il y ait là deux textes, primitivement distincts, intercalés et enchevêtrés l'un dans l'autre. On pourrait sans doute les séparer et les isoler ; mais il faudrait pour cela bouleverser l'économie du sûtra ; et les rapports avec le texte pâli ne sont pas assez étroits pour motiver une pareille dislocation. Nous conserverons donc notre texte en respectant l'ordre suivant lequel les matières sont distribuées, nous bornant à ajouter des numéros à toutes les questions posées et résolues. La série des numéros se présentera deux fois ; une première fois dans l'espèce de programme placé en tête du sûtra, une seconde fois dans le corps du texte formé de la réponse à ces questions qui sont au nombre de cinquante-deux1.
La deuxième partie n'est peut-être qu'un appendice de la première; elle se distingue néanmoins par son individualité. En effet, c'est un exposé des
* Comme on le verra dans la suite, il y a dans le programme deux articles omis dans le développement, et dans le développement deux autres articles omis dans le programme; si bien que chacune de ces deux parties isolément ne compte que cinquante articles : mais en les complétant Tune par l'autre on arrive au chiffre de cinquante-deux,
conséquences de la violation du Pança-çîlà, un texte de même famille que le Pançaçixânisamça et que le Nandika-sûtra qu'il répète quelquefois et avec lesquels il formerait naturellement un groupe.
La troisième partie se divise elle-même en deux sections d'égale longueur; car elles se composent l'une et l'autre de onze paragraphes. La première énumère diverses actions dont le Caitya du Buddha peut être l'objet et qui valent chacune à leur auteur des avantages; la deuxième énumère une autre série d'actions, assurant aussi chacune dix avantages à celui qui l'a faite, mais sans spécifier qu'elles se rapportent à un Gaitya. Il n'est pas toujours facile de retrouver les dix avantages annoncés comme devant être énumérés dans chaque paragraphe. Mais ce n'est pas là une difficulté sérieuse ni qui puisse nous arrêter.
Pour faciliter l'étude, nous numérotons les divers paragraphes et nous mettons en italiques les termes importants qu'il nous paraît convenable de mettre en relief.
LE PARTAGE DES ACTES - Mdo XXVI, 4» 481 —
En langue de l'Inde: Karma-Vibhâga-nâma-grantha. En langue de Bod: Laskyi rnam-par hgyur va je$ bya-va chos kyi-g'jun. En français: Livre de la loi intitulé : « Partage des actes. »
Adoration à tous les Buddhas et Bôdhisattvas.
Voici le discours que j'ai entendu une fois : Bhagavat résidait à Çrâvastî, à Jetavana, dans le jardin d'Anâthapindada : (il y résidait) avec une grande assemblée de douze cent cinquante Bhixus.