Première Partie
Or, Çuko-Manava fils de Taudeya se rendit auprès de Bhagavat. Quand il y fut arrivé, il échangea avec lui divers discours agréables et joyeux, puis s'assit près de lui. Après s'être assis à peu de distance, Çuko-Manava fils de Taudeya parla ainsi à Bhagavat: Gautama, si je t'adresse une petite Question, voudras-tu bien me répondre? — Tel fut son discours. Bhagavat
répondit à Çuko-Manava, fils de Taudeya, en ces termes: Manava, questionne à ton gré ; je te répondrai.
Préambule
Là-dessus, Çuko-Manava fils de Taudeya parla ainsi à Bhavagat:
0 Gautama, les êtres ont une vie courte ou une vie longue ; — beaucoup de maladies ou peu de maladies ; — des désagréments ou de l'agrément ; — peu de puissance ou une grande puissance ; — une basse naissance ou une haute naissance ; — la pauvreté ou la richesse1 ; — toutes sortes de peines ou de plaisirs petits et grands, etc. — 0 Gautama, par suite de quelle maturité des actes ces nombreuses et diverses manifestations se produisentelles ?
Bhagavat répondit : Toi, Manava, écoute et retiens bien et vertueusement (ce que tu auras entendu); je vais parler sur ce sujet:
Manava, les êtres provenant des actes de leurs existences (antérieures), le don et tout ce qui s'y rattache étant un acte, la naissance et tout ce qui s'y rattache étant un acte, la cause individuelle de chaque être étant un acte, Manava, les êtres se transforment par l'effet des actes. Il s'ensuit que, selon le bien, le mal ou l'entre- deux (du bien et du mal), beaucoup d'espèces d'êtres sont liés à beaucoup d'espèces d'actes, à beaucoup d'espèces de douleurs, à beaucoup d'espèces de vues ; je veux dire, par exemple : le fruit mûr résultant d'un acte noir et d'un acte blanc. Ainsi, Manava, par l'effet des actes noirs, un être naît (pour aller) dans la mauvaise direction, telle que le Naraka, les animaux, les Yaxas, les rôdeurs, les Asuras, etc. Ceux qui ont fait des actes blancs renaissent parmi les dieux et les hommes2.
Programme
En conséquence, Manava: I. C'est par la maturité des actes que la vie est courte ; II. C'est par les actes que la vie est longue; III. C'est par les actes
1 Ces questions, au nombre de sept ou de quatorze, puisque chacune est double, font le sujet du sûtra pâli. Seulement, dans ce sûtra, au lieu de : « désagrément ou agrément, » il y a : « mauvaise caste ou c bonne caste ».
* Ici finit ce qu'on peut appeler le préambule : c'est une sorte de programme incomplet, qui va être repris et complété. Nons en numéroterons chaque article et en même temps nous Je découperons en paragraphes dans l'intérêt de la clarté.
qu'on a beaucoup de maladies; IV. C'est par les actes qu'on a peu de maladies; V. C'est par les actes qu'on éprouve du désagrément dans la vie; VI. C'est par les actes qu'on éprouve de l'agrément; VIL C'est par les actes qu'on a une petite puissance; VIII. C'est par les actes qu'on a une grande puissance; IX. C'est par les actes qu'on est d'une basse naissance ; X. C'est par les actes qu'on est d'une haute naissance; XI. C'est par les actes qu'on est dans la pauvreté; XII. C'est par les actes qu'on est dans la richesse; XIII. C'est par les actes qu'on est dans le mal de (l'ignorance); XIV. C'est par les actes qu'on a une connaissance grande et étendue.
XV. C'est par les actes que les êtres vont dans l'enfer; XVI. C'est par les actes qu'on va dans le lieu de naissance (la matrice) des animaux; XVII. C'est par les actes qu'on naît parmi les rôdeurs; XVIII. C'est par les actes qu'on naît parmi les Asuras; XIX. C'est par les actes qu'on naît parmi les hommes;
XX. C'est par les actes qu'on naît parmi les dieux de la région du désir;
XXI. C'est par les actes qu'on naît parmi les dieux de la région de la forme ;
XXII. C'est par les actes qu'on naît parmi les dieux de la région sans forme. XXIII. C'est par les actes que la naissance se produit sans changement;
XXIV. C'est par les actes que la naissance se produit avec changement ;
XXV. C'est par les actes qu'on arrive à naître dans un autre pays;
XXVI. Quand on a fait des actes sans les méditer, la naissance se produit tout de même; XXVII. Quand on a médité les actes sans les accomplir, la naissance se produit tout de même; XXVIII. Quand on a médité et acccompli des actes, la naissance se produit tout de même; XXIX. Quand on n'a ni médité ni accompli des actes, la naissance se produit tout de même.
XXX. Pour un individu qui a accumulé des actes tels qu'il a dû renaître .
dans l'enfer, l'acte de la naissance se produit quand son temps d'enfer est achevé ; XXXI. Pour un individu qui a accumulé des actes tels (qu'il a dû renaître dans l'enfer), l'acte de la naissance (peut) se produire quand la moitié de son temps d'enfer est achevé; XXXII. L'acte de la naissance peut se produire soudain quand l'être vient d'arriver dans l'enfer.
XXXIII. Pour un individu qui a accumulé des actes de manière à être arrivé au bien antérieurement, il (peut) se produire même un mauvais Karma; XXXIV. Pour un individu qui a accumulé des actes de manière à
ne pas être arrivé antérieurement au bien, il peut se produire un bon Karma ; XXXV. Pour un individu qui a accumulé tous ses actes de manière à être arrivé antérieurement au bien, il y a encore un bon Karma. XXXVI. [Pour un individu qui a accumulé tous ses actes de manière à ne pas être arrivé antérieurement au bien, il y a encore un mauvais Karma '].
XXXVII. Pour l'individu qui a accumulé tels et tels (actes), c'est un Karma d'avarice qui se produit; XXX VIII. Pour l'individu qui a accumulé tels et tels (actes), c'est l'acte d'oser donner, étant pauvre, qui se produit ; XXXIX. Pour l'individu qui a accumulé tels et tels (actes), c'est l'acte de donner étant devenu riche qui se produit; XL. Pour l'individu qui a accumulé tels et tels (actes), c'est l'acte de devenir à la fois pauvre et avare qui se produit ;
XLI. Pour tel individu, le temps est épuisé, Pacte ne l'est pas; XLII. Pour tel individu, l'acte est épuisé, le temps ne l'est pas; XLIII. Pour tel individu, le temps et l'acte sont épuisés en même temps ; XLIV. Pour tel individu, ni le temps ni les actes ne sont épuisés, et il a (néanmoins) échappé à la douleur.
XLV. Pour tel individu, le corps est dans le bien-être, l'esprit n'est pas dans le bien-être ; XLVI. [Pour tel individu, l'esprit est dans le bien-être, le corps n'est pas dans le bien-être] ; XLV IL Pour tel individu, le corps est dans le bien-être, l'esprit est aussi dans le bien-être; XLV1II. Pour tel individu, le corps n'est pas dans le bien-être, l'esprit n'est pas non plus dans le bien-être;
XLIX. L'individu qui a accumulé tels et tels actes et qui est né sur le terrain des êtres pervers sera physiquement beau, agréable, d'un teint charmant, de bonne mine, ayant un corps agréable à la vue en vertu de son karma ; L. Un autre individu qui a accumulé tels et tels actes, né aussi sur le terrain des êtres mauvais, sera physiquement laid, avec un corps difforme, sans agrément et sans éclat, un corps dont la vue n'a aucun charme. LI. [Tel autre pour avoir accumulé tels et tels actes naîtra sur le mauvais terrain avec une odeur déplaisante, etc.*].
1 Cet aMicle manque dans le texte tibétain: ce ne peut elfe que le résultat d'un oubli. Il est évident qu'il faut le restituer. D'ailleurs on en trc uvera plus loin le développement. * Omis dans le « programme », mais expliqué dans le développement.
LU. Manava, cela est ainsi; c'est parce qu'on a suivi le chemin des dix actions vicieuses f, c'est à cause de cela que Ton arrive au but mauvais de la région adverse.
Développement
I. Ici, tu me demandes par l'effet de quel genre d'actes le temps de la vie est court. Je te dirai que dix conditions font que la vie est courte. — Quelles sont ces dix? Si tu les demandes (les voici) *.
Tuer; trancher pour tuer ; louer le meurtre ; désirer le meurtre; détruire un foetus ; s'appliquer à détruire un fœtus ; avoir contre un ennemi une pensée de meurtre; se réjouir de la mort de celui qu'on n'aime pas; tuer des êtres pour soutenir sa vie ; porter ses désirs et ses regards sur le foyer (où cuit la viande ?)
Voilà les dix conditions qui font qu'on a une vie courte avec beaucoup de maladies.
II. Et par quels actes bons la vie est -elle longue? Il y a dix conditions diverses qui font que la vie est longue. Quelles sont ces dix?
Rejeter le meurtre; faire rejeter le meurtre; louer le rejet du meurtre; désirer que le meurtre soit rejeté; pardonner aux êtres qui ont mérité la mort ; gracier les hommes condamnés à mort ; accorder un refuge aux êtres effrayés et épouvantés; avoir des sentiments de compassion pour tous les êtres qui sont sans protecteur; avoir des sentiments de douceur et d'amitié pour les êtres malades ; vêtir, nourrir et désaltérer les êtres indigents et dans le besoin.
Telles sont les conditions qui assurent une vie longue et sans maladie.
III. Par l'effet de quels actes, diras-tu, a-t-on beaucoup de maladies? Il y a dix conditions qui font qu'on a beaucoup de maladies. Quelles sont ces dix ?
Frapper avec le bâton, la main, ou quelque autre (instrument) ; faire grand usage du bâton, de la main ou d'autres (instruments) ; louer quand quelqu'un a frappé avec le bâton, la main ou d'autres instruments; avoir le désir de frapper avec le bâton, la main ou d'autres instruments ; entretenir
* Proprement « le chemin du Karma des dix vices ». Il s'agit du Duçcarita.
i Pour éviter les répétitions inutiles, je ne traduirai pas désormais le membre de phrase : « si lu ta demandes le voici, » qui termine toutes les questions.
à Fégard de ses père et mère des dispositions perverses; entretenir à l'égard de ceux qui sont en proie à un chagrin prolongé des dispositions perverses ; se réjouir de la maladie de ses ennemis ; se réjouir de ce que ceux que Ton n'aime pas ne guérissent pas de leurs maladies ; donner (aux malades) des remèdes pernicieux ; enfin manger sans mâcher (?). Voilà les dix. Telles sont les dix conditions qui font qu'on a beaucoup de maladies.
IV. Par l'accomplissement de quels actes vertueux arrive-t-on à avoir peu de maladies? Il y a dix conditions qui font qu'on arrive à avoir peu de maladies. Quelles sont ces dix ?
Ne point frapper les autres avec un bâton, la main ou d'autres (instruments); ne point faire souvent usage du bâton, de la main ou d'autres (instruments) ; ne point louer les coups donnés avec le bâton, la main ou d'autres (instruments) ; ne point désirer de frapper avec le bâton, la main ou d'autres (instruments); rendre honneur à ses père et mère dans leurs maladies; rendre honneur aux malades, aux êtres en proie à un chagrin prolongé ; ne pas se réjouir de la maladie de ses ennemis ; se réjouir de la guérison de Bes ennemis ; donner aux malades des remèdes (bienfaisants) ; bien mâcher les aliments dont on se nourrit. Voilà les dix.
C'est par ces dix conditions .ja'on obtient d'avoir peu de maladies.
V. Gomment, diras-tu, arrive-t-on par l'effet des actes à une situation peu agréable1? Il y a dix conditions qui font qu'on arrive à une vie peu agréable. Quelles sont ces dix?
L'animosité ; l'hostilité secrète ; la rancune gardée à propos de rien ; l'insolence; le mauvais ton à l'égard de ses père et mère; les mauvais discours à l'adresse de ceux qui éprouvent un chagrin prolongé; les mauvais procédés envers tous ceux qui sont en proie à un chagrin prolongé ; le refus de la propreté au Caitya du Samyaggata 2 ; les malédictions contre ceux qui déplaisent; enfin des actes impurs3 à tout propos. Voilà les dix.
VI. Et comment, diras -tu, arrive-t-on à une bonne situation ? Il y a dix
* J'ai déjà noté que, dans le pâli, ce paragraphe et le suivant sont relatifs à la mauvaise et à la bonne caste.
2 c Celui qui est venu réellement, venu une fois pour toutes, » une des épithètes du Buddha. J'emploie le mot sanskrit auquel correspond le terme tibétain de notre texte ; il me parait préférable à une traduction qui ne pourrait être que bizarre.
3 On pourrait traduire aussi : des actes dépourvus d'habileté, de tact. Le mot du texte est douteux*
Ait*. 0. — B 33
258 ANNALBS DU HU8EB ODIMBT
conditions qui font arriver à une situation prospère. Quelles sont ces dix?
Se garder de l'animosité; donner des habits; balayer constamment, le Gaitya du Samyaggata ; nettoyer le Vihâra ; parler à ses père et mère avec douceur; parler avec douceur à ceux qui sont en proie à un chagrin prolongé; ne point maudire ceux qui sont désagréables; agir en toutes choses selon la pureté. — Voilà les dix1.
VIL Gomment, diras-tu, arrive-t-on, par reflet des actes, à avoir peu de puissance ? Il y a dix conditions qui font qu'on arrive à avoir peu de puissance. Quelles sont ces dix, demanderas-tu ?
Être envieux des succès des autres; se réjouir de leurs échecs; ne pas se réjouir de leurs succès ; prendre plaisir aux discours et aux vers qui ne célèbrent pas le bonheur et la gloire des autres ; ne pas prendre plaisir aux discours et aux vers dans lesquels on célèbre leur bonheur et leur gloire : ne pas rendre hommage à ses père et mère, non plus qu'à l'ami de la vertu ; ne pas témoigner de respect à ceux qui sont en proie à un chagrin prolongé ; créer des racines de vice pour le petit maître ; retrancher les racines de vertu pour le grand maître* ; accorder des éloges aux individus qui font le mal. — Voilà les dix.
VIII, Gomment, demandes-tu, arrive-t-on par l'effet des actes à une grande puissance ? — Il y a dix conditions qui font arriver à une grande puissance. Quelles sont ces dix ?
Ne pas être envieux des succès d'autrui; se réjouir des succès d'autrui ; ne pas se réjouir des insuccès d'autrui ; ne pas prendre plaisir aux discours et aux vers qui ne célèbrent pas la gloire et le bonheur d'autrui ; prendre plaisir aux discours et aux vers dans lesquels on célèbre la gloire et le bonheur d'autrui ; faire naître l'esprit de Bodhi ; préparer une demeure et un Gaitya pour le Samyaggata; retrancher les racines du vice pour le petit maître ; créer des racines de vertus pour les grands maîtres. — Voilà les dix.
IX. Gomment, demandes-tu, arrive-t-on, par l'effet des actes, à naître dans
* Il n'y en a que neuf, en comptant comme deux celle qui estrelatiye aux père et mère. Il doit y ayolf au moins un terme oublié.
* Je ne sais ce que sont ce « petit » et ce « grand maître ». On pourrait hasarder plusieurs explications* C'est un de ces mois qui exigent un commentaire» Le terme sanskrit éclaircirait peut-être le sens; mais je ne le connais pas.
une famille basse ? Il y a dix conditions qui font qu'on vient à naître dans une famille basse. Quelles sont les dix?
Ne pas prendre son père et sa mère pour un père et une mère ; ne pas reconnaître un Çramana pour Çramana; ne pas reconnaître un brahmane pour brahmane ; ne pas honorer ceux qui sont d'une famille distinguée ; ne pas rendre hommage aux savants (sk, upadhyâya ; tib. mkhan-po) et aux supérieurs (sk. çuru; tib. bla-ma) entrés dans l'affranchissement ; refuser l'hospitalité à ceux qui ne sont pas (suffisamment) respectueux (?) ; tuer virtuellement pour ainsi dire (?) les savants et les supérieurs entrés dans l'affranchissement, en ne leur rendant pas les honneurs qui leur sont dus ; rejeter les individus nés dans une famille relevée ; faire bon visage à ceux qui sont de basse famille . — Voilà les dix.
X. Comment, demandes-tu, arrive-t-on, par l'effet des actes à naître dans une haute famille ? Il y a dix conditions qui font arriver à naître dans une haute famille. Quelles sont ces dix?
Se souvenir de ses parents et les considérer comme entrés dans l'affranchissement; reconnaître (les brahmanes) pour brahmanes ; rendre hommage à ceux qui sont de famille honorable ; se lever de son tapis pour les savants et les supérieurs qui sont entrés dans l'affranchissement, et pour d'autres qui s'appliquent à l'affranchissement, les inviter, leur offrir ses hommages et ses respects, et les faire asseoir sur le tapis ; rendre hommage à ses père et mère; rendre hommage aux savants et aux supérieurs entrés dans la délivrance et à d'autres ; être le même pour celui qui est de haute et pour celui qui est de basse famille sans faire de différence entre eux ; déposer un bâton (précieux?) sur le Caitya du Samyaggata, y mettre une guirlande de fleurs et un baldaquin. — Voilà les dix.
XI. Gomment, demandes-tu, devient-on pauvre par l'effet des actes? Dix conditions font qu'on devient pauvre. Quelles sont ces dix? diras-tu.
Se laisser aller à prendre ce qui n'est pas donné ; louer la prise de ce qui n'est pas donné ; aspirer à la prise de ce qui n'est pas donné ; supprimer la modestie et la pudeur enyers ses père et mère ; refuser aux savants et aux supérieurs, à ceux qui sont entrés dans la délivrance, des Vihâras, des résidences, des offrandes, la pratique (de leur règle, en un mot) tout ; ne pas se réjouir des succès <T autrui; se réjouir des insuccès d'autrui; mettre obstacle
aux succès d'autrui ; faire des vœux pour que la famine se produise. — Voilà les dix.
XII. Gomment devient-on riche par l'effet des actes? demandes-tu. Il y a dix conditions qui font qu'on devient riche. Quelles sont ces dix ?
Eviter de prendre ce qui n'est pas donné ; faire en sorte qu'on évite de prendre ce qui n'est pas donné; se réjouir de ce qu'on évite de prendre ce qui n'est pas donné; donner des aliments à ses père et mère ; fournir aux savants, aux supérieurs et aux autres éminents personnages, des Vihâras, des résidences, l'exercice régulier de leurs pratiques, des manteaux de religieux, des tapis, des remèdes et des médicaments, des serviteurs, des aliments ; regarder comme ses propres succès les succès d'autrui ; ne pas se réjouir des insuccès d'autrui ; désirer une bonne année * dans toutes les dix régions ; éprouver une grande joie à l'occasion des individus qui font des dons, etc. — Voilà les dix.
XIII. Comment, demandes-tu, devient-on méchant* par l'effet des actes? Il y a dix conditions qui font qu'on devient méchant. Quelles dix ?
Ne pas savoir questionner quelque personne digne de l'être ; ne pas travailler à développer (en soi-même) la loi parfaitement pure ; rejeter la loi parfaitement pure; ne pas rendre ses hommages et ses respects à ceux qui enseignent la loi parfaitement pure ; louer comme des actes vertueux des discours sans importance ; s'approcher des méchants et des ignorants et leur faire cortège ; abandonner les savants accomplis ; prendre pour autorité et louer ceux qui ont des vues fausses ; abandonner ceux qui ont des vues justes ; abandonner les individus qui ont la science complète. — Voilà les dix.
XIV. Comment, demandes-tu, arrive-t-on à la grande (et) haute science ? Dix conditions font arriver à la grande et haute science. Quelles dix?
Savoir questionner graduellement (en s'adressant à) quiconque en est digne ; ne pas s'approcher, pour leur faire cortège et les honorer, des gens qui ne sont ni savants, ni Çramanas, ni Brahmanes, mais qui sont des individus méchants (ignorants); s'approcher, au contraire, des individus
i Une année d'abondance, par opposition au vœu pour la famine énoncé dans l'article précédent.
* La « méchanceté » dont il s'agit ici est opposée à la « haute science » qui fait l'objet de l'article suivant. La version pâlie emploie un terme qui désigne l'ignorance. Le bouddhisme identifie la c méchanceté » et « Tignorancs ». La substitution du premier de ces termes au second n'en est pas moins étrange.
savants et les honorer ; communiquer la loi parfaite à ceux qui ne Font pas ; travailler à développer (en soi-même) la loi parfaite ; assurer la sécurité de ceux qui sont des vases de la loi ; quand on entend prononcer des paroles parfaites, les louer en disant : (C'est la) vérité ; ne pas louer de mauvaises paroles en disant : (C'est la) vertu; ne pas aspirer à des vues fausses ; louer ceux qui ont des vues parfaites. — Voilà les dix1.
XV. Comment renaît- on dans l'enfer par l'effet des actes? demandes-tu. Il y a dix conditions qui font renaître dans l'enfer. Quelles dix ?
Faire le mal par le corps à un haut degré ; faire le mal par la parole à un haut degré ; faire le mal par la pensée à un haut degré ; avoir des vues qui méritent un châtiment ; avoir des vues relatives à la permanence (des choses) ; avoir des vues relatives à des choses qu'il n'est pas convenable de faire; accomplir des actes nuisibles ; mal parler à ceux qui sont en proie à un chagrin prolongé; s'engager dans la mauvaise conduite causée par les désirs f. Voilà les dix.
XVI. Comment vient-on, par l'effet des actes, à renaître dans l'animalité ? Si tu le demandes, il y a dix conditions qui font qu'on renaît dans l'animalité. Quelles sont ces dix?
Faire le mal par le corps modérèrent ; faire le mal par la parole modérément ; faire le mal par la pensée modérément ; faire des actes déterminés par les diverses espèces de désirs ; faire des actes déterminés par les diverses espèces de colère; foire des actes déterminés par les diverses espèces d'égarement (ou de folie); ne pas donner ce qu'il est juste (de donner); être en colère contre ceux qui sont ailés dans l'animalité; naître lion par la puissance du vœu d'un Bôdhisattva; maltraiter un Brahmane; naître singe pour une réponse faite sur un mauvais ton. — Telles sont les dix.
XVII. Gomment arrive-t-on, par l'effet des actes, à naître parmi les
â Ici finit la partie correspondant au petit Karma Vibhdga pâli qui traite de ces quatorze mêmes points, mais d'une façon assez différente, malgré beaucoup d'analogie, et sans s'astreindre à rechercher chaque fois, dix « conditions » qui se répètent souvent,
* Ce dernier point était déjà compris dans le premier relatif au mal qu'on fait par le corps ; et ce premier point complété par les deux suivants en contient déjà dix en tout. Cela prouverait, si on ne l'avait déjà remarqué, combien ces énumérations sont factices. Celle de notre paragraphe d'ailleurs ne contient que neuf points.
rôdeurs? Si tu le demandes , il y a dix conditions qui font qu'on vient à naître parmi les rôdeurs. Quelles sont ces dix?
Faire le mal par le corps, mais peu ; foire le mal par la parole, mais peu; faire le mal par la pensée, mais peu ; croire au mal ; y croire beaucoup ; vivre de fourberie ; ne pas donner à cause de la foi qu'on a à l'égoïsme 4 ; foire obstacle au don; mourir comme si Ton était en proie aux désirs; mourir comme si c'était de faim et de soif. — Voilà les dix *.
XVIII. Gomment arrive-t-on, par l'effet des actes, à naître dans le monde des Asuras. Si tu le demandes, il y a dix conditions qui produisent la naissance dans le monde des Asuras. Quelles dix?
En toutes choses, faire le mal par le corps sur une très petite échelle ; en toutes choses, foire le mal par la parole sur une très petite échelle ; en toutes choses, faire le mal par la pensée sur une très petite échelle ; un moi dont on se préoccupe (exclusivement); un moi qui s'élève au-dessus de la lune; un moi qui s'élève au-dessus des supérieurs ; un moi (qui se prétend) supérieur même aux supérieurs; un moi qui ne peut exister dans le moi3; une aspiration perverse à la création des racines de vertu. — C'est en vertu de ces dix conditions qu'on renaît parmi les Asuras.
XIX. Gomment arrive-t-on, par l'effet des actes, à naître dans le monde des hommes? Si tu le demandes, il y a dix conditions qui font que l'on naît dans le monde des hommes. Quelles dix ?
Si l'on n'amoindrit pas le chemin des dix vertus *, sans (toutefois) s'élever bien haut, on arrive à naître dçuis le monde des hommes.
XX. Comment arrive-t-on à naître, par l'effet des actes, parmi les dieux qui se meuvent dans les six (régions) du désir ? Si tu le demandes, il y a dix conditions qui font que l'on naît parmi les dieux qui se meuvent dans les six (régions) du désir. — Quelles dix ?
Si l'on ne s'écarte pas du chemin des dix vertus, et que (de plus) on reste
i Ou à l'avarice (Matsarya).
* La plupart de ces traite conviennent aux prêtas et la qualification de rôdeurs ne leur messied pas. Je pense donc qu'il s'agit d'eux dans ce paragraphe ; mais ce n'est pas là leur désignation habituelle.
3 Le moi dont il s'agit dans tout le paragraphe est le moi de l'orgueil ; le second moi dont il s'agit dans cette phrase est, je crois, le moi philosophique. La phrase signifierait que l'orgueil, déplacé de toutes les manières, Test encore plus dans un être fugitif, sans durée, qui n'a qu'une existence éphémère.
4 Le Suearita»
attaché fermement à l'héroïsme, on vient à naître chez les dieux qui se meuvent dans les six (régions) du désir.
XXI. Gomment arrive-t-on à naître parmi les dieux qui se meuvent dans la région de la forme ? Il y a dix conditions qui font que Ton vient à naître parmi les dieux qui se meuvent dans la région de la forme. Quelles dix ?
Si, croyant au chemin de dix vertus, on accomplit parfaitement les six Paramitas et les quatre Aprainâna, on viendra à naître parmi les dieux qui se meuvent dans la région de la forme.
XXII. Gomment vient-on à naître parmi les dieux qui se meuvent dans la (région) sans forme ?
C'est en pratiquant la loi des dix vertus, et la loi des quatre prises de possession de la fixité qu'on vient à naître parmi les dieux qui se meuvent dans (la région) sans forme.
(1). Les quatre fixités échappent à toute forme. Quand on n'a plus à prononcer aucun des noms de la sensation, que, en dépassant la pensée et l'expression des diverses lois, on a appliqué ses pensées au ciel sans limites, on n'a pas (encore) saisi la fixité supérieure aux Ayatanas du ciel sans limites.
(2). Quand on a dépassé tous les Ayatanas du ciel sans limites, et qu'on applique sa pensée à la science distincte (ou discrimination) sans limites, on n'a pas encore saisi la fixité supérieure aux Ayatanas de la discrimination sans limites.
(3). Quand on a dépassé tous les Ayatanas de la discrimination sans limites et qu'on ne pense pas même un peu, on n'a pas encore saisi la fixité supérieure aux Ayatanas de la naissance où l'on ne (pense) pas même un peu.
(4). Quand on s'est élevé au-dessus des Ayatanas [de la naissance] où l'on ne (pense) pas même un peu et que l'on réfléchit qu'il n'y a ni pensée ni absence de pensée, on n'a pas encore saisi la fixité supérieure à cette conception qu'il n'y a ni pensée, ni absence de pensée.
Telles sont les quatre conditions qui font que l'on renaît parmi les dieux qui se meuvent dans la région sans forme»
XXIII. Gomment arrive-t-on, par l'effet des actes, à renaître presque sans changement f
Si, après avoir fait des actes (qui sont) des racines de vertu, on se dit : Pourquoi formulerais- je un vœu t et qu'on fasse continuellement des actes
vicieux, c'est ainsi que, par l'effet des actes, ou arrive à renaître presque sans changement.
XXIV. Comment arrive-t-on, par l'effet des actes, à renaître avec changement ?
Si l'on a fait des actes de vertu et formulé un vœu, voilà l'acte par lequel on arrive à renaître avec changement.