Jeunesse et Naissance de Btpankara
Autrefois, Ananda, dans les kalpas du temps passé innombrables, incalculables, inimaginables, pendant la période de ce temps écoulé, il y eut, dans le Jambudvîpa, un roi nommé Ajâtaçatru1 beau, agréable, charmant à voir, ayant des couleurs bonnes, étendues, excellentes. Ananda, ce roi possédait quatre-vingt-quatre mille grandes villes, élégantes, charmantes à voir, pourvues d'excellents bosquets, d'étangs excellents, d'excellentes fleurs, d'excellents fruits; riches en bien-être, en jouissances, opulentes, vastes, toutes remplies d'hommes et de créatures vivantes. Ananda, cet Ajâtaçatru avait une capitale nommée Padmavatî2. Le roi Ajâtaçatru y demeurait.
Or le premier ministre d' Ajâtaçatru était un brahmane nommé Dvîpavat 3, d'un cœur joyeux et d'un extérieur qui répondait assez à ces dispositions morales. Or, Ananda, Ajâtaçatru, ayant réuni les hommes des quatre castes, fit venir le brahmane Dvîpavat. L'ayant ceint du diadème et lui ayant donné la moitié de la royauté, il lui dit : Brahmane, rends-toi dans ton pays et bâtis-y une capitale à laquelle tu donneras le nom de Padmavatî. Ensuite, Ananda, le roi Dvîpavat bâtit une capitale dans son propre pays et lui donna aussi le nom de Padmavatî4. C'est ainsi, Ananda, que, dans ce temps -là, à cette époque-là, deux rois exercèrent la royauté; l'un était Ajâtaçatru, l'autre était Dvîpavat.
Ensuite, Ananda, il arriva que, pendant que la vertueuse épouse du roi Dvîpavat reposait à son aise sur la terrasse du palais, le bodhisattva Dîpankara, ayant transmigré du séjour du Tusita, et ayant pris la forme d'un jeune éléphant de couleur cendrée, répandit de tous côtés une vive clarté et entra dans le côté gauche de sa mère.
Puis, en ce temps-là, cette vertueuse épouse fit connaître au roi Dvîpavat
* Tib. Ata-skyes-dgra, terme bien connu»
2 Tib. Pad'ma-can.
3 Tib. Gling-ldan.
4 Padwa-can. Il est assez singulier qu'il lui donne le môme nom que celui de la capitale de sou ancien souverain*
ce qui s'était passé. Alors, Ananda, le roi Dvîpavat rassembla des brahmanes versés dans les signes, dans les visions, dans les sacrifices, et leur exposa les circonstances de l'apparition. Les Brahmanes versés dans les signes dirent : Grand roi, tu as fait une bonne* acquisition : le fils qui te naîtra sera un joyau des êtres vivants. — Alors Ananda, le roi Dvîpavat, avant entendu cette interprétation de la vision, fut plein de joie, de gaieté, d'allégresse ; le contentement, la joie et le bonheur débordèrent dans son cœur. Des présents furent offerts à tous ceux qui étaient répandus dans les provinces du roi Dvîpavat : par exemple, à ceux qui désiraient de manger, on donna à manger, à ceux qui désiraient boire on donna des breuvages, à ceux qui désiraient des véhicules on donna des véhicules ; on donna des parfums, des guirlandes, des richesses, des demeures convenables, irréprochables ; en un mot, à chacun ce qu'il voulut.
Ensuite, Ananda, dix mois s'étant écoulés, le fils de Dvîpavat vint au monde, beau, agréable, charmant à voir, avec des couleurs bonnes, étendues, excellentes. Aussitôt qu'il naquit, il jaillit de son corps une lumière telle que la ville royale du roi Dvîpavat fut remplie de sa clarté. Alors, en ce temps-là, le roi des dieux Çatakratu1, disparaissant de sa demeure, se rendit au lieu où était le jeune homme, prononça sa bénédiction sur ce jeune homme, et parla ainsi : Puisque, lors de la naissance de celui-ci, incontfc nent, il a jailli de son corps une lumière telle que cette lumière a rempli de son éclat la cité royale du roi Dvîpavat, j'ai appliqué au jeune homme le nom de Dîpankara2. Alors le nom du jeune homme fut Dîpankara. Puis, Ananda, le roi Dvîpavat, joyeux, satisfait, ravi, content, plein d'allégresse, et le cœur à l'aise, fit des présents à tous ceux qui étaient dispersés dans les provinces du royaume ; il donna des aliments à ceux qui avaient faim, des breuvages à ceux qui avaient soif, des moyens de transport à ceux qui en avaient besoin, des parfums, des guirlandes, des richesses, des habitations convenables et irréprochable; à chacun, en un mot, tout ce qui était l'objet de ses désirs.
Ensuite, Ananda, le roi Dvîpavat, ayant fait venir le prince royal, le jeune Dîpankara, lui ceignit le diadème, lui donna la moitié de son royaume et
1 Un des noms d'Indra préféré par les bouddhistes. Indra a la spécialité de recevoir les Baddhas venant au monde.
* « Qui fait lampe. » Le tibétain est Afar-me mdzad.
lui parla ainsi: Jeune tomme, va résider dans la demeure de la reine; et amuse-toi, livre-toi à la joie, livre- toi au plaisir et à la gaieté !
Alors, Ànanda, en un clin d'œil, le prince royal, le jeune Dipankara se rendit dans la demeure de la reine", monta sur un char, et, entouré d'une troupe de femmes, se dirigea vers le parc. Mais alors, quelques fils de dieux de la région de la demeure pure se montrèrent à lui sous la forme d'un vieillard décrépit, d'un malade assailli par la souffrance, même sous la forme d'un mort ; ils firent aussi apparaître un Çramana. A ce spectacle, le prince royal Dipankara dit à son cocher : Cocher, que sont ces apparitions diverses? Le cocher lui répondit: Jeune homme, ce sont ce qui s'appelle un vieillard, ce qui s'appelle un malade, ce qui s'appelle un mort. Il en est ainsi, jeune homme ; et aussi longtemps qu'on n'est pas attaché pour toujours à la loi parfaite, aussi longtemps les lois de la vieillesse, de la maladie, de la mort subsistent, jeune homme. Oui, jeune homme, toi aussi, nous aussi, tant que nous serons tels que nous sommes, nous séjournerons dans ce cercle (des vicissitudes).
Le jeune homme reprit: Cocher! et celui qui a la tête rasée, vêtu de jaune, calme, d'un calme parfait, qui ne porte pas ses regards plus loin que la longueur d'un joug, qui est-il? Le cocher répondit: Jeune homme, c'est un Bhixu ; il a renoncé à tous les péchés et atteint la délivrance, en sorte que, le sentiment intime de la joie parfaite étant né en lui, il a quitté sa demeure pour errer sans demeure. Le jeune homme reprit: Cocher, c'est bien ! c'est bien ! La voie suivie par ce Bhixu est ce que je désire. — A ces mots, il revint sur ses pas et rentra dans sa demeure.