Megha n'obtient des fleurs que de Sugrahavati
Ensuite ce fils de brahmane vit que la ville de Padmavatî (et) la résidence royale était tendue d'étoffes de soie de cinq espèces (ou couleurs?), remplie de guirlandes de fleurs, de rangées de vases de parfums odoriférants. Par quel motif cette grande ville est-elle ainsi ornée avec éclat? demanda-t-il. Les gens de la cour et du palais du roi à Padmavatî répondirent au fils de Brahmane Megha : Fils de Brahmane, ne l'as-tu pas appris? c'est que le Tathâgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Dîpankara a paru dans le monde. Le roi Ajàtaçatru l'a invité; et c'est parce qu'il est venu ici que la grande ville est ainsi ornée avec éclat.
1 Un Suddhavâsika.
FRAGMENTS TBADUITS DU KANDJOUR o!5
Alors le fils de brahmane Megha se dit en lui-même : C'est déjà une chose rare parmi nous, brahmanes, qu'un homme à qui les Castras sont familiers, clairs, connus à fond. Qu'est-ce donc lorsqu'un joyau des êtres paraît ainsi dans le monde? Il faut donc que, avec ces cinq cents objets que je possède, j'achète des fleurs pour les offrir au Tathâgata. Cette réflexion faite, il chercha des fleurs de tous côtés et n'en trouva nulle part. Les gens de la cour et du palais de Padmavatî, la résidence royale, lui disaient l'un après l'autre : Fils de brahmane, ne l'as-tu pas appris? Le roi Ajâtaçatru a rendu cet édit : Attendu que toutes les fleurs doivent être offertes au Tathâgata Dipankara, en conséquence nul ne doit acheter de fleurs ni en vendre. Quiconque aura vendu ou acheté des fleurs encourra une punition sévère.
Pendant qu'il cherchait des fleurs, la jeune Sugrahavatî s'étant rencontrée avec lui, dit : Seigneur, fils de brahmane, que cherches- tu? — Jeune fille, je cherche des fleurs, répondit le fils de brahmane Megha. Alors la jeune Sugrahavatî se rendit à la demeure d'un marchand de guirlandes de fleurs, et, quand elle y fut arrivée, dit à ce marchand de guirlandes de fleurs : Fils de famille, donne- moi des fleurs! J'en ai besoin pour mon mari. — Le marchand de guirlandes de fleurs répondit : Jeune fille, ne l'as-tu pas entendu ? Voici l'édit rendu par le roi Ajâtaçatru : Attendu que toutes les fleurs doivent être offertes au Tathâgata Dipankara, il s'en suit que nul ne doit acheter des fleurs ni en vendre. Quiconque aura vendu ou acheté des fleurs encourra une punition rigoureuse. — Après la troisième demande, elle se leva en disant : il faut bien agir ainsi.
Ensuite, la jeune Sugrahavatî prit un flacon et y mit sept utpalas1. Puis étant sortie dans la ville, elle aperçut le fils de brahmane Megha, se plaça devant lui, et lui dit : « Fils de brahmane, que cherches-tu? — Jeune fille, je cherche des fleurs. Elle reprit : Fils de brahmane, que faire? — Il faut en faire pousser. — La jeune fille repartit : Je n'ai jamais entendu dire ni vu que des utpalas cueillis aient poussé. — Il répondit : jeune fille, le champ des mérites religieux rend autant qu'on lui fait produire, à savoir des actes (un Karma) conformes à ces mérites. La jeune fille répondit : Si, dans toutes
1 Lotus bleu. Je suppose qu'il s'agit de graines, à moins qu'il ne soit question de fleurs dérobées et cueillies sans permission comme la suite semble l'indiquer. Il y a ici quelque chose qui manque et le sens est obscur.
les naissances qui doivent m'échoir, tu veux bien être mon mari et en fais le serment, à cette condition, je te donnerai des utpalas. Alors le fils de brahmane Megha se dit: Moi, j'habite le désert et les lieux solitaires; la femme est d'un naturel indompté ; elle vous transporte; elle met obstacle aux racines de vertu. Queferai-je de cette femme? — Telle fut sa réflexion. Après l'avoir renouvelée sept fois, il dit : Qu'ainsi soit! Ensuite, à ce moment, Bhagavat prononça ces stances1 :
Voici ce que j'ai entendu ; dans une autre existence, le Buddha Dipankara parut dans le monde. Entouré de plusieurs fois sept mille personnes. Il vint à Padmavati.
A cette occasion, des étendards furent dressés, toute la ville fut nettoyée ; les carrefours furent ornés à cette occasion.
En voyant cette ville ornée, un fils de Brahmane fit cette question : Pourquoi ces étendards dressés?
Pourquoi cent tambours retentissent-ils?
Pourquoi la ville tout entière est-elle nettoyée? Pourquoi les carrefours sont-ils ornés ? Eclaire -moi sur ce point par tes oracles : — Toi qui connais le Veda, ne Tas-tu pas appris? Le Buddha Dtpankara a paru dans le monde avec une suite de plusieurs fois sept mille hommes.
Il est venu à Padmavati.
Voilà pourquoi les étendards sont dressés et la ville nettoyée ; voilà pourquoi les carrefours sont ornés.
A l'ouïe de ce nom de Buddha, réjoui par les qualités du Buddha, il alla bien vite en toute hâte ; à une certaine distance, il aperçut une jeune fille dont l'œil mobile était comme un lotus utpala.
1 Ces stances ne sont que la reproduction versLiée de l'épisode qui vient d'être raconté en prose. Celte répétition se présente ici comme un accident. On verra qu'elle régne d'un bout à l'autre dans le récit pâli.
Elle avait cueilli des lotus et se tenait à sa porte. Quand le fils de Brahmane la vit, comme il fallait lui parler doucement, il prit la voix du paon Kalapinka,
une voix qui va au cœur, celle du Hamsa, du coucou ; il évita la grande voix, la voix de Brahmâ. La jeune fille dit au fils de Brahmane : Jeune homme, qu'est-ce que cette existence passée dans les bois ?
Pendant que tu faisais ton offrande au feu, que tu récitais le Veda, N'as-tu pas été molesté par les gens du roi ? Tu mène une vie troublée ; tu erres dans les carrefours !
— Jeune fille, je n'ai ni logis, ni parents avec qui demeurer ;
je n'ai rien non plus qui me retienne et me fixe, je n'aspire pas aux qualités du désir.
Jeune fille, les gens du roi ne me nuisent pas ; je ne m'enivre pas à leurs festins.
Quoique je n'aie pas pris le vêtement religieux, je parle selon la science sans mentir.
Jeune fille, les gens de guerre du roi ne me nuisent pas. parce que je me suis noirci à vivre de fruits et de racines.
Jeune fille, les gens de guerre du roi ne me nuisent pas ; N'ai-je pas été choyé par les lionceaux?
— Quoi donc? n'y a-t-il plus de fruits ni de racines dans les bois?
Pourquoi es-tu venu parmi les habitations fixes, puisque tu n'as pas été molesté par les lionceaux ? Il y a dans la forêt des racines et des fruits,
— Ma bonne, il me faut des Utpalas.
Voilà pourquoi je suis venu dans cette ville.
S'il faut à un jeune homme plein de force, de quoi orner son corps avec orgueil, un fils de brahmane (tel que) moi, quand il juge convenable d'avoir des Utpalas, n'en achète pas pour se faire une guirlande.
Ce n'est pas pour les garder que je désire des Utpalas, c'est pour le bienfaisant Dipankara .
Ma bonne, je demande des Utpalas, dans ma marche vers la perfection.
318 ANNALES DU MUSÉE OUIlfET
Il fat un temps où je vivais des aliments (que me donnait) mon père ; je ne me souviens pas des paroles que j'employais pour demander. C'est sans honte que je demande des fleurs. Ma bonne, les Utpalas sont une richesse précieuse.
Voici cinq cents objets qu'on m'a donnés; que le feu les détruise! (?) Mais quand je cherche les qualités du Buddha, ma bonne, n'y mets pas obstacle !
ma bonne, accorde-moi une base (solide) ! sois ensuite (si tu le veux) un obstacle à ceux qui demandent !
— Quand un fils de Brahmane qui a renoncé aux vues fausses demande quelque chose, je le lui donne. Ce n'est pas moi qui te ferai obstacle. Voilà mon vœu, je n'en ai pas d'autre. "
Quand ils eurent tous les deux fait ce vœu le fils de Brahmane prit les Utpalas.
Ces Utpalas une fois reçus, il se prosterna aux pieds du Jina.
Si mon corps doit se dessécher, qu'il se dessèche! Que mes os blanchissent!
Tant que la Bodhi ne m'aura pas été prédite, je ne me lèverai pas, (quelque) longue (que soit) l'attente. C'est là mon vœu; je n'en ai pas d'autre.
Ensuite la jeune Sugrahavati prit les utpalas et les donna au fils do brahmane Megha : Fils de brahmane, prends ces utpalas et fais les produire aussi en mon nom ! Fils de brahmane, prends ces deux (autres) utpalas et fais les produire aussi en mon nom !
7. Rencontre de Dîpankara et de Megha. Offrande et prédiction
Ensuite le fils de Brahmane Megha emporta ces utpalas et apparut (aussitôt) à l'autre extrémité de la ville. Il aperçut le Tathâgata Arhat, parfait et accompli Buddha Dîpankara, digne d'être un objet de foi, aux sens domptés, au cœur dompté, (d'une nature) éminemment domptée, arrivé au plus haut degré de la pureté et du calme, arrivé au suprême degré de la domination de soi-même, du calme, de la bonté, grand éléphant, seigneur protecteur et doux, pur comme un lac, parfaitement pur, et,
par suite, exempt de trouble, majestueux comme un caitya d'or, resplendissant, répandant des feux par sa splendeur. Plusieurs centaines de mille de millions d'êtres, plusieurs centaines de garçons, de filles, de dieux, d'Asuras, de Nâgas, de Yaxas, de Gandharvas, de Garudas, de Kinnaras, d'Uragas en grand nombre avec le roi Ajâtaçatru, son épouse-reine et son entourage, arrivaient chargés de fleurs, de guirlandes, de parfums, d'onguents, pour faire des offrandes à Bhagavat.
A cette vue (Megha) se prit à penser en lui-même : Voici le Tathâgata Arhat, parfait et accompli Buddha 1 Or (je ne vois) briller sur ce Tathâgata que trente signes; il lui manque deux signes. Il n'est donc pas pourvu de trente-deux signes! Telle fut sa réflexion.
Alors le bienheureux Tathâgata Arhat, parfait et accompli Buddha Dîpankara, comprenant le raisonnement qui s'était formé dans l'esprit du fils de brahmane Megha fit une telle combinaison de la puissance surnaturelle que les trente- deux signes du grand homme vinrent à briller.
Quand cette combinaison delà puissance surnaturelle se fut produite, et que le fils de Brahmane Megha l'eut vue, ce fils de Brahmane Megha fut dans la joie, le contentement , la satisfaction j sa joie fut extrême, et, le cœur à l'aise, il étendit la peau (qui lui servait de tapis). Alors les gens de la cour et du palais du roi à Padmavatî enlevèrent cette peau, la jetèrent de côté et dirent au fils de Brahmane Megha : Fils de Brahmane, es-tu fou? Où l'on étend les habits du roi, tu étends cette sale peau !
Alors le filsjle Brahmane Megha prit la peau et, quittant la grande rue, s'assit dans une rue latérale (en disant en lui-même) : Rends vraie cette parole de vérité! si elle est vraie cette parole que le Tathâgata sait tout, voit tout, est compatissant pour le monde, — qu'il quitte la grande rue et vienne poser son pied sur ma chevelure !
Ensuite le Tathâgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Dîpankara, ayant
vu que (Megha) s'était mis hors de sa vue, dit à ses Bhixus : Bhixus, là où je mets mes deux pieds, vous ne devez pas mettre les vôtres. — Pourquoi cela? direz- vous. — Parce que, pour des dizaines de centaines de mille de dizaines de millions de Buddhas, c'est la chevelure qui reçoit les marques d'honneur. Ensuite le Tathâgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Dîpankara s'écarta de la grande rue et se rendit auprès du fils de Brahmane Megha.- Arrivé
qu'il y fut, il plaça ses deux pieds sur la chevelure (de Megha). Alors le fils de Brahmane Megha se levant de dessus la place (où il était assis), répandit les utpalas en offrande sur le Tathâgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Dîpankara. Elles ne furent pas plutôt répandues que, au-dessus de la tête du Tathâgata, se dressa une maison à étages en lotus divisée en quatre corps de bâtiments à quatre colonnes, égaux entre eux, pleins de charme, allant au cœur. Dans ce bâtiment brillait l'image d'(un) Tathâgata.
Ensuite, le Tathâgata, Arhat parfait et accompli Buddha Dîpankara dit au fils de Brahmane Megha : Fils de Brahmane, toi, à cause de ces racines de vertu, tu seras dans l'avenir, après d'innombrables kalpas, le Tathâgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Çâkyamuni, doué de science et de conduite, bien venu, connaissant le monde, guide qui convertira les hommes, sans supérieur, docteur des dieux et des hommes, bienheureux Buddha.
Alors, le fils de Brahmane Megha, ayant entendu la prédiction qui le concernait, fut joyeux, satisfait et content; sa joie fut extrême, et son cœur fut à l'aise. Il acquit à ce moment la patience dans la loi de la non- renaissance. Ayant acquis cette patience, il s'éleva dans les régions supérieures de l'atmosphère à la hauteur de sept arbres tâlas (en disant) : que six mille Samâdhis apparaissent! — Des Tathâgatas apparurent en aussi grand nombre que les grains de sable du Gange.
Après quoi, le fils de Brahmane Megha descendit des régions aériennes ; il adora les pieds de Bhagavat, et demanda à Bhagavat la condition de Bhixu.