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Rencontre de Dipankara et de Sumedha

En ce moment, l'ascète Sumedha, s' étant élevé hors de sa demeure, arrivait à travers les airs, et, voyant avec joie et satisfaction les gens du pays, il descendit des régions aériennes à terre, et, se tenant à une faible distance, il leur fit cette question : Gjus pleins de mérites, pourquoi ornez-vous ce chemin? — C'est pour cela qu'il est dit :

Du pays et de la région extrême qu'il habitait

Le Tathâgata avait été invité.

Le chemin par lequel il devait arriver

était balayé par des êtres travaillant avec joie comme un seul homme.

Moi donc, à ce moment-là, je venais de ma résidence

* Tib. Dgah-va-can-, pâli : Rammaka, agréable.

* Tib. Blta-na sduj; pâli : Sudassana (agréable à voir ou balle vue).

FRAGMBNTS TRADUITS DU KANDJOUR 333

vêtu d'écorcfr d'arbre et porté par le vent ;

je m'avançais, à ce moment-là, à travers les airs.

En voyant l'empressement, l'ardeur et l'entrain avec lesquels cette foule balayait le chemin, je descendis des régions aériennes, et, sans plus attendre, je questionnai ces hommes.

Foule d'hommes savants et instruits, qui travaillez avec tant d'empressement, d'entrain et d'ardeur, qui est cause qu'on rend ce chemin uni? par quelle raison ce chemin est-il ainsi préparé ?

Les hommes répondirent: Vénérable, ne le sais- tu donc pas? Dipankara aux dix forces a trouvé la Bodhi parfaite au-dessus de laquelle il n'y en a pas, il a fait tourner la roue de la loi. En faisant une tournée pour le bien des êtres, il est venu dans notre ville ; il réside au vihâra Sudarçana, et nous l'avons invité. Voilà pourquoi nous ornons le chemin par lequel doit arriver le bienheureux Buddha.

L'ascète Sumedha fit cette réflexion : il est difficile de rencontrer dans le monde ce qu'on appelle un Buddha ; puis donc qu'un Buddha doit venir ici, il est juste que je me joigne à ces hommes pour orner le chemin de celui qui a les dix forces. 11 dit donc à ces hommes : Si c'est à cause d'un Buddha que vous ornez ce chemin, donnez- moi à moi aussi une place (parmi vous), il faut que je me mêle à vous. — Très bien ! se dirent les hommes, et, comme ils savaient l'ascète Sumedha doué de la puissance surnaturelle, ils songèrent à l'endroit endommagé par les eaux et lui assignèrent son poste en lui disant : Mets -toi là.

Sumedha se réjouissant (à la pensée de voirie) Buddha, se dit : je puis ici, parla puissance surnaturelle, mettre tout en ordre; mais j'aurai beau avoir tout arrangé, mon cœur ne sera pas pour cela dans la joie : aujourd'hui je dois fatiguer mon corps. — Et, prenant de la terre, il se mit à combler les crevasses.

11 n'avait pas encore fini de mettre ce lieu en état quand arriva Dipankara aux dix forces, le grand Muni, avec son escorte de quatre cent mille individus doués des six connaissances supérieures et débarrassés de la souillure morale qu'ils avaient anéantie. Les dieux lui offraient des parfums divins et des guirlandes de fleurs, etc., lui chantaient des chants divins; les

hommes lui offraient des guirlandes de fleurs humaines. Lui-même, avec les jeux infinis d'un Buddha, comme un lion rugissant sur le mont Manarçila, s'avançait sur ce chemin préparé. L'ascète Sumedha regardait de ses (deux) yeux l'être aux dix forces qui s'avançait sur ce chemin orné, orné luimême des trente-deux signes exellents du grand homme, brillant des quatre vingts belles proportions, entouré d'une auréole s'étendant à une brasse, semblable à un joyau, semblable aux clartés diverses qui brillent dans l'atmosphère, projetant des rayons bouddhiques aux six couleurs se manifestant en temps et hors de* temps * et groupés par paires (?), doué d'une beauté suprême.

En contemplant cette nature (supérieure), il dit : aujourd'hui, il convient que je fasse à celui qui a les dix forces le sacrifice de ma vie. Il ne faut pas que Bhagavat marche dans la boue ; je le prie, comme s'il posait le pied sur un pont dont le tablier serait en pierreries, de passer sur mon dos, sans crainte de l'endommager, avec les quatre cent mille individus (de sa suite) qui ont détruit en eux la corruption. Ce sera pour moi, après un long temps, un avantage et un bien .

L?s cheveux flottants libres8, couvert de sa peau de tigre et de son vête ment d'écorce, comme un pont dont le tablier serait en pierreries jeté sur la boue noire, il se coucha au-dessus de la boue.

C'eBt pour cela qu'il est dit :

A la question que je leur as, ils répondirent: Un Buddha supérieur au monde, Dipankara le victorieux (ou le Jina Dipankara), guide du monde, eçt venu ici.

Le chemin n'est pas bien uni ; nous l'arrangeons ; C'est son chemin que nous balayons.

— À l'ouïe du nom de Buddha, la joie naquit en moi incontinent.

Buddha ! Buddha ! répétai-je, et j'étais plein de joie, transporté.

4 Cette expression n'offre pas un sens satisfaisant. Le mot pâli âvela de l'édition Fausboll s'interprète plus aisément 'par « couronne de guirlande » ; le traducteur tibétain aura lu veld, a heure, mesure du temps ».

* Les cheveux flottants de Sumedha couché rappellent le vœu de Megha du texte tibétain que le Buddhi mette le pied sur sa chevelure.

La satisfaction et la joie que j'éprou vais me firent arrêter en ce lieu et réfléchir : Je puis jeter ici en terre un grain qui produira pour moi à l'instant même. — Qu'on me donne une place non arrangée ! Et moi, oui (moi), je la balayerai ; j'aplanirai le passage qui n'est pas uni.

En ce temps-là donc, je balayai le chemin. On m'avait donné un endroit non préparé : Buddha ! Buddha ! me disais-je, (c'est pour lui que) en ce moment, j'aplanis le chemin.

Je n'avais pas achevé de préparer ce lieu, quand le grand Muni Dîpankara, accompagné de quatre cent mille individus doués des six sciences supérieures, sans souillures, exempts de misères morales, arriva par le chemin du Jina.

Ceux qui leur souhaitaient la bienvenue faisaient retentir des instruments de musique. Les dieux et les hommes pleins de joie témoignaient leur satisfaction en disant : C'est bien !

Les dieux regardaient les hommes, les hommes regardaient les dieux ; les uns et les autres faisant l'anjâli marchaient de concert avec le Tathâgata.

Les dieux avec des instruments divins, les hommes avec des instruments humains, faisant de la musique les uns comme les autres, marchaient de concert ayee le Tathâgata.

Les fleurs divines Mandara, Padma, Paricchidaka,

étaient les fleurs que jetaient dans l'intervalle (dégradé) les dieux domiciliés dans le ciel.

Les Gampakas, les Çàlalas, les Nipas les Nàgas, les Punnagas, les Ketakas étaient celles que jetaient dans l'espace vide intermédiaire les hommes qui marchent sur la terre.

Moi, alors, laissant flotter mes cheveux, avec mon manteau de religieux en écorce et ma peau de tigre, m'étendant au-dessus de la boue,

je me couchai la tête en bas (c'e^t:à-dire sur le ventre); j'invitai les Buddhas * avec leur suite de disciples à passer en me -foulant (de leurs pieds), sans marcher dans la boue ; ce serait pour moi un avantage.

Quand il se fut étendu sur cette boue, regardant de nouveau de ses (deux) yeux et considérant la félicité du Buddha Dîpankara aux dix forces, il fit cette réflexion : Si je formais le désir de vaincre la corruption morale, de devenir un jeune membre de la Confrérie et d'entrer dans la ville de Ramyaka, j'aurais beau triompher, sous un autre habit, de tous les Kleças, cela ne me servirait pas encore pour l'obtention du Nirvana. Il faut que je fasse comme Dîpankara aux dix forces, (savoir :) atteindre la Bôdhi excellente; puis, m'embarquant avec une nombreuse troupe d'hommes sur l'Océan de la transmigration, nous sauver (tous) à l'autre bord ; après quoi j'obtiendrai le Nirvana, Voilà ce qu'il me convient de faire.

Réunissant alors les huit lois dans son esprit et contemplant dans sa pensée le vœu de l'aspiration à la dignité de Buddha, il resta couché dans la position qu'il avait prise. — C'est pour cela qu'on a dit :

Pendant que j'étais étendu par terre, je fis la réflexion suivante :

Il est un désir que j'ai depuis longtemps, celui de vaincre ma misère morale.

En prenant un autre babit en faisant apparaître (pour moi) la loi, j'obtiendrais la toute-science, je deviendrais Buddha avec les dieux.

Mais pourquoi me sauver tout seul ?

Moi, homme doué de force et voyant (la vérité), je traverserai avec les dieux;

* Le pluriel est singulier, je veux dire inattendu. Il y a le singulier en pâli dans Tédition Fausbol , mais la différence des deux genres en pâli lient à une lettre (o9 à); il en est autrement en tibétain, où la méprise n'est pas aussi facile.

appuyé sur cette base trouvée par moi, doué de force et voyant la vérité, possesseur de la toute-science, je sauverai un grand nombre d'hommes.

Après avoir interrompu le courant de la transmigration, supprimé les trois existences, et m 'être embarqué sur le navire de la loi, je traverserai avec les dieux et les hommes.

Et en ce qui touche le trésor (qu'il fau^posséder) pour atteindre (à l'état de) Buddha, on ajoute :

La possession d'un corps d'homme et des signes de la vérité,

la cause qui fait voir le maître,

l'initiative et la possession des qualités,

l'à-propos et l'intention ferme,

l'assemblage des huit lois,

le vœu : voilà les conditions qu'il faut réunir !. ,

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