Honneurs rendus à Sumedha
A l'ouïe de ces paroles, l'ascète Sumedha éprouva de la joie parce que, se disait- il, j'ai atteint mon but. La foule, entendant la déclaration deDîpankaraaux dix forces, eut de la joie et de la satisfaction de ce que la semence de Buddha de l'ascète Sumedha avait jeté sa première pousse.
Il fit des réflexions telles que celle-ci : De même qu'un homme, ayant àr traverser un cours d'eau, ne pouvant le franchir à cause de l'escarpement du bord, le franchit néanmoins là où le bord s'abaisse; ainsi moi, quoique je n'aie pu obtenir le fruit du chemin (actuellement, toutefois) dans le temps auquel il a fait allusion en me disant : Toi, tu seras dans l'avenir un Buddha et le fruit du chemin se manifestera pour toi ; — en ce temps-là je ferai apparaître ce fruit.
Le but étant atteint de la sorte, Dîpankara aux dix forces, après avoir ainsi prononcé Féloge du Bodhisattva1, jeta sur lui huit poignées de fleurs*, fît le pradaxina, et continua son chemin. Les quatre cent mille individus qui avaient détruit en eux-mêmes la corruption morale, présentèrent au Bodhisattva des offrandes de parfums et de fleurs, firent le pradaxina et continuèrent leur chemin. Les dieux et les hommes firent des offrandes semblables, saluèrent humblement, puis s'en allèrent.
Quand ils furent tous partis, le Bodhisattva, se levant du lieu où il était couché s'assit, les jambes croisées sur un amas de fleurs, pour méditer sur les perfections (Pâramitâs). Quand le Bodhisattva fut installé de la sorte, les dieux du Gakravâla des dix mille régions du monde donneront leur approbation en ces termes : c'est bien ! Le noble ascète Sumedha, assis les jambes croisées à l'instar des Bodhisattvas passés, méditant les perfections dans la tenue de ceux d'autrefois, a vu les signes caractérisques de la douleur; et alors ces signes ont apparu aujourd'hui. Sans aucun doute, tu deviendras Buddha.
Nous savons ces choses ; celui qui a vu ces signes deviendra certainement Buddha ; comme tu as saisi l'héroïsme ferme et supérieur qui t'appartient en propre, (nous te décernons) l'éloge que nous avons adressé aux Bodhisattvas en diverses manières. — C'est pour cela qu'il est dit :
Après avoir entendu ces paroles, le grand ascète incomparable a réjoui les dieux et les hommes.
— C'est une semence de Buddha.
— Ce cri fut lancé à haute voix avec un rire clair et sonore, 8
avec anjali et salutations respectueuses de la part de dix mille dieux.
S'il n'obtient pas maintenant le fruit dans cet enseignement, quand beaucoup de (siècles) à venir auront passé, il se retrouvera au premier rang.
De même que Ton ne peut traverser un cours d'eau , si l'on se trouve sur un bord escarpé,
* C'est le titre que Sumedha devait porter désormais dans toutes ses existences.
* Ainsi, tandis que, dans le tibétain, le Bodhisatt va (Megha) offre des fleurs au Buddha, ici c'est le Buddha, qui offre des fleurs au Bodhisattva (Sumedha).
3 Avec rire et claquement de doigts* (pâli).
mais que, en choisissant une place où le bord s'abaisse,
on traverse un grand cours d'eau ;
de môme si le Jina
n'est pas à nous de cette façon (que nous espérions),
dans l'avenir, après bien du temps écoulé,
nous le retrouverons.
Dfpankara, le savant du monde, a déclaré qu'il en serait ainsi.
J'ai éclairé (ou purifié) les chemins ; et, quand ils ont posé le pied droit (près de moi), tout ce qu'il y avait de fils du Jina * m'a honoré en faisant le pradaxina.
Hommes, Nâgas, Gandharvas, sont partis après m'avoir salué.
Le guide du monde avec sa confrérie est parti (de môme), je Fai bien vu, plein de joie et l'esprit satisfait.
Je me levais, à ce moment, de la position que j'avais prise ; j'étais dans le bien-ôtre, je jouissais du bien-ôtre ; j'étais dans la joie, je jouissais de ma joie ; je naissais, pour ainsi dire, à la joie.
En ce temps-là, je m'assis les jambes croisées, et dans cette position assise, avec les jambes croisées, je me livrai aux réflexions suivantes : Je suis arrivé au terme de la science supérieure. Dans ce monde à mille divisions, il n'y a pas d'ascète comparable i moi, m'égalant pour la puissance surnaturelle, ayant obtenu un bien-ôtre tel que le mien.
Pendant que j'étais assis les jambes croisées, dans les demeures ultérieures au nombre de dix mille un grand bruit retentit :
certainement tu deviendras Buddha !
Les signes qu'on avait aperçus, lorsque les précédents Bodhisattvas étaient assis les jambes croisées, ces mômes signes ont été vus aujourd'hui :
* Ou bien : tout ce qu'il y avait de fils du Jina portant le pied à droite.
Le froid disparaît,
la chaleur perd son ardeur *
tels sont les phénomènes qui se manifestent ;
certainement tu deviendras Buddha.
Les dix milles régions du monde sont absolument sans crainte :
tels sont les phénomènes qui se manifestent aujourd'hui ; certainement tu deviendras Buddha.
Le grand vent ne se soulève plus ; les cours d'eau remontent vers leur source : tels sont les phénomènes qui se manifestent aujourd'hui ; certainement tu deviendras Buddha.
Les fleurs terrestres, les fleurs aquatiques, ces fleurs naissent par dizaines de millions : tels sont les phénomènes qui se manifestent aujourd'hui ; certainement tu deviendra Buddha.
Les plantes rampantes, les arbres annuels portent fruit instantanément ; puisque tous ont cette fécondité, certainement tu deviendras Buddha.
Dans l'atmosphère, sur le sol de la terre, ces joyaux répandent leur éclat ; puisqu'ils répandent aujourd'hui leur éclat, certainement tu deviendras Buddha.
Les dieux et les hommes font retentir cette musique ; puisqu'ils font aujourd'hui entendre ces sons, certainement tu deviendras Buddha.
Des bouquets de fleurs de toutes sortes tombent soudainement en pluie ; puisque (ces fleurs) se répandent en pluie aujourd'hui, certainement tu deviendras Buddha.
L'Océan est remué, le monde est ébranlé dans ses dix mille éléments : tels sont les phénomènes qui se manifestent aujourd'hui ; certainement tu deviendra Buddha.
Les dix mille enfers sont subitement privés de flammes à l'heure qu'il est ;
puisque ces (feux) se calment aujourd'hui, certainement tu deviendras Buddha.
Le soleil est sans taches1, les étoiles sont toutes visibles :
puisque ces phénomènes se manifestent aujourd'hui, certainement tu deviendras Buddha.
Sans que la pluie tombe, la terre se couvre d'une riche végétation ; puisque ces phénomènes se produisent sur la terre, certainement tu deviendras Buddha.
La troupe des Naxatras * brille avec éclat ; dans les régions de l'atmosphère, les Naxatras sont comme les compagnons de la lune ; certainement, tu deviendras Buddha.
Les êtres animés qui vivent sur terre, dans des trous, dans le creux des rochers, poussés d'un même esprit, se montrent au dehors ; puisqu'ils sont ainsi ragaillardis en ce jour, certainement tu deviendras Buddha.
Les êtres animés ne sont pas privés de joie, ils éprouvent une joie soudaine; puisque aujourd'hui ils sont dans la joie, certainement tu deviendras Buddha.
En ce moment les maladies s'apaisent, les maladies morales (les désirs)3 disparaissent; puisque ces phénomènes se produisent aujourd'hui, certainement tu deviendra Buddha.
En ce moment, les convoitises sont réfrénées, la haine 4, l'égarement d'esprit se calment ;
1 II ne s'agit certainement pas des taches qu'on observe aujourd'hui avec tant de soin et dont l'existence connue des savants européens depuis moins de quatre siècles ne pouvait l'être des rédacteurs de notre texte. Il n'en est pas moins piquant d'entendre parler des taches du soleil dans ce morceau de fantaisie.
* Constellations lunaires.
3 Le pâli dit: la faim.
4 Le mot tibétain skyon signifie « faute, transgression » ; il est bien la traduction du mot pâli doso, employé dans le texte. Mais ce mot doso est double; il représente les sanskrits dosa (faute) et dvesa (haine). Or, il est clair que notre stance cite les trois péchés de l'esprit dans le duçcarita; la haine étant le second de ces péchés, \edoso du texte pâli représente évidemment le sanskrit dvesa (haine) et le traducteur tibétain s'est trompé en croyant qu'il représentait dosa (faute).
puisque ces (trois) choses sont évitées, certainement tu deviendras Buddha.
En ce moment, nul n'éprouve de la crainte ; puisque ces phénomènes se manifestent, jugeant d'après ces indices, nous le savons avec certitude, certainement tu deviendras Buddha.
En haut, en bas, la poussière suit une direction contraire à la direction habituelle ; puisque ces phénomènes se manifestent, jugeant d'après ces indices, nous le savons avec certitude, certainement tu deviendras Buddha.
Les mauvaises odeurs s'en vont, les bonnes odeurs arrivent; puisque ces bonnes edeurs s'élèvent aujourd'hui, certainement tu deviendras Buddha.
Tous les dieux se font voir abandonnant l'invisibilité; puisqu'il se font voir aujourd'hui, certainement, tu deviendras Buddha
Les enfers, tout autant qu'il en existe, se montrent tous en ce moment ; puisqu'ils se font voir aujourd'hui; certainement, tu deviendras Buddha.
Les petites portes, les fentes des rochers, les ouvertures ne sont plus imperceptibles; elles sont aujourd'hui aussi visibles que le ciel ; certainement tu deviendras Buddha.
Le séjour dans la matrice et la sortie (de la matrice) cessent pour un moment d'exister absolument ; puisque ces particularités se voient aujourd'hui, certainement tu' deviendras Buddha.
Tu as déployé de l' héroïsme avec fermeté ; il ne faut pas aller à rencontre d'une telle manifestation. Ce sont là des choses que ncus connaissons bien ; certainement tu deviendras Buddha.