‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 167 sur 295 · Sumedha s'applique aux dix Pararnitas · texte numérisé non relu

Sumedha s'applique aux dix Pararnitas

a C'est bien! » (dit-il), je deviendrai Buddha. Ce point bien déterminé, il se mit à chercher les conditions nécessaires pour devenir .Buddha : Quelles sont les conditions par lesquelles on devient Buddha? Sont-elles élevées, ou basses, ou dans une région moyenne ? Quoi ?

Première perfection (ddna, don ou sacrifice)

En rassemblant les uns après les autres tous les éléments de la loi,, il vit que la première chose à laquelle les Bodhisattvas antérieurs s'étaient attachés, sur laquelle ils s'étaient fortement appuyés, était la perfection du don (ou du sacrifice)1 . Il s'adressa donc à lui-même cette exhortation : Savant Sumedha, il faut que désormais tu t'appliques soigneusement à la perfection du don. De même que, si l'on retourne un vase (plein) d'eau, l'eau ne restera pas dans le vase, mais s'écoulera à terre en sorte qu'il n'y en aura plus dans le vase; ainsi, sans avoir égard à mes richesses, à ma gloire, à ma femme et à mes enfants, je donnerai, sans rien garder pour moi, pour le bien de ceux qui se présenteront, tout ce que l'on désirera : par là, je prendrai place au pied de l'arbre de la Bodhi, et je deviendrai Buddha. La perfection du don est donc la première à laquelle il faut que je sois fermement attaché. De là vient qu'on dit :

Je cherchai de côté et d'autre les conditions qui font les Buddhas :

en haut, en bas, dans les dix régions, dans l'étendue des éléments de la loi.

En ce temps- là, en cherchant bien, je vis que la première perfection, (celle) du don, avait été pour les grands êtres du temps passé, le chemin qu'ils suivaient pour atteindre la perfection : Entre (donc) à l'instant dans ce chemin et restes-y ferme sans l'abandonner !

* L'énumération des perfections (pdramitâ) nécessaires à l'acquisition de la Bodhi, qui commence ici, se retrouvera plus loin (dans le Xemavalî-vyâkarana), mais sous une forme un peu différente de celle-ci. Nous avons ici rénuméral ion des bouddhistes du Sud.

si tu désires obtenir la Bodhi, pratique la perfection du don !

De même, que si, un vase étant plein, tout plein qu'il est, on le renverse la tête en bas, l'eau s'échappe sans qu'il reste rien, et il ne s'en trouve plus dans le vase ;

De môme, si l'on voit un mendiant, le meilleur, le pire, l'entre-deux, tout ce qu'on a, il faut le lui donner sans qu'il reste rien, comme dans le cas du vase renversé la tête en bas.

Deuxième perfection (sila, moralité)

Il y a plus, il faut considérer que cette condition pour devenir Buddha n'est pas la seule. En poussant plus loin l'examen, il vit que la seconde perfection était la moralité, et il fit une réflexion telle que celle-ci : Savant ascète Sumedha, il faut désormais que tu accomplisses la perfection de la moralité. Selon un autre exemple, de même qu'un yak sauvage s'attache, au péril de la vie, à protéger la queue dont il est fier, ainsi, toi, désormais au péril de ta vie, observe la moralité et alors tu obtiendras la Bodhi. Il faut donc rester fermement attaché à la seconde perfection, la moralité. De là vient qu'il est dit :

Cette condition n'est pas la seule, la seule condition qui fasse un Buddha ; il faut chercher pour en trouver une autre, (une autre) condition propre à faire un Buddha.

En ce temps-là, comme je cherchais, je vis que la deuxième perfection, la moralité, fut pour les grands hommes du temps passé, ce à quoi ils s'attachèrent, ce sur quoi ils s'appuyèrent.

Désormais c'est la seconde chose qu'il faut saisir avec fermeté :

si tu désires obtenir la Bodhi, pratique la perfection de la moralité.

Gomme un yak sauvage (menacé d'être) sans queue, de quelque manière qu'il soit pris,

expose sa vie sans y regarder,

et n'est joyeux, exempt d'angoisse que s'il a sa queue j

Ainsi, sur les quatre terres, accomplissant parfaitement (les lois de) la moralité, je garderai constamment les moralités, comme le yak sauvage garde sa queue.

Troisième perfection (niskrama, sortie)

Il f a plus : il faut considérer que ce ne sont pas là les seules conditions qui font les Buddhas. En poussant plus loin l'examen, il vit une troisième perfection, la sortie, et fit une réflexion telle que celle-ci : Savant ascète Sumedha, il faut que tu pratiques aussi la perfection de la sortie. Gomme, après un long séjour dans la prison où il est enchaîné, un homme n'a pas le désir d'y rester ; bien au contraire, les souffrances morales qu'il endure lui ôtent le désir de demeurer dans cette situation : de même aussi, toi, assimilant tous les êtres à des prisonniers, poussé par le désir de délivrer tous les êtres de leurs souffrances, sors en te montrant au grand jour. Par cette façon d'agir, tu obtiendras de devenir Buddha. Il faut s'attacher fermement à la perfection (appelée) sortie. De là vient qu'il est dit:

Ces conditions ne sont pas les seules, les seules conditions qui font obtenir la Bodhi ; il faut en chercher encore d'autres, d'autres conditions propres à la faire obtenir.

En ce temps-là, comme je cherchais, je vis qu'une troisième perfection, la sortie, avait été, par les grands êtres du temps passé, une chose à laquelle ils s'étaient attachés, sur laquelle ils s'étaient reposés.

Désormais, c'est la troisième chose qu'il faut saisir et tenir avec fermeté : si tu désires obtenir la Bodhi, pratique la perfection de la sortie.

De môme qu'un homme enfermé dans une prison souffre du long séjour qu'il y a fait, et, ne se réjouissant nullement d'y rester, n'aspire qu'à une prompte délivrance ;

Ainsi toi, considère tous les êtres comme autant de prisonniers.

Dirige tes regards vers la sortie ; tu seras délivré de la naissance.

« Quatrième perfection (prajitd, la connaissance)

Il y a plus: ces conditions ne sont pas les seules qui fassent les Buddhas. En poussant l'examen toujours plus loin, il découvrit la quatrième perfection, la connaissance et fit une réflexion telle que celle-ci : Savant ascète Sumedha, il faut que tu réalises désormais la perfection de la connaissance, et que, pour les choses petites, moyennes et grandes, sans t'abstenir de fréquenter ceux qui ne sont pas très intelligents, tu ailles trouver ceux qui s'y connaissent et questionnes les savants. De même qu'un Bhixu en quête d'aumônes s'adressant d'abord à des maisons de petites gens, ne méprise pourtant pas les familles de (second) ordre, monte jusqu'aux plus élevées, et, mendiant ainsi, arrive promptement à obtenir sa suffisance; ainsi, toi, si tu te rends auprès de tous les savants pour les questionner, tu obtiendras la Bodhi. Souviens-toi qu'il te faut t'appuyer, en quatrième lieu, sur la perfection de la connaissance. — C'est pour cela qu'il est dit :

Ce ne sont pas là les seules conditions nécessaires pour qu'on devienne Buddha ; il faut chercher encore autre chose, une condition qui fasse obtenir la Bodhi.

En ce temps-là, en cherchant bien, je vis qu'une quatrième perfection, la connaissance, avait été pour les grands êtres d'autrefois, une chose à laquelle ils s'étaient attachés, sur laquelle ils s'étaient appuyés.

Désormais cette quatrième perfection, il faut l'embrasser pour la tenir avec fermeté ; si tu veux obtenir la Bodhi, pratique la perfection de la connaissance.

De même qu'un Bhixu en quête d'aumônes, s'adresse aux petits, aux moyens, aux grands, sans négliger aucune famille et obtient ainsi sa pitance ;

toi de même, en tout temps, ne manque jamais d'interroger i fond les savants.

En arrivant à la perfection de la connaissance, ta obtiendras la Bodhi.

Cinquième perfection (\>irya^ héroïsme)

Il y a plus : il faut considérer que ces conditions ne sont pas les seules qui fassent les Buddhas : en poussant plus loin l'examen, il atteignit une cinquième perfection, celle de I'héroïsme. Ce qui lui fit faire la réflexion suivante : Savant ascète Sumedha, il te faut saisir la perfection de l'héroïsme et la réaliser parfaitement. De même que le roi des animaux sauvages, le lion garde en tout temps un héroïsme solide, toi aussi, pendant toutes tes naissances, tu dois pratiquer fermement l'héroïsme: en pratiquant l'héroïsme sans crainte (ni faiblesse), tu obtiendras de devenir Buddha. Vis donc en accomplissant avec fermeté les devoirs de la cinquième perfection, l'héroïsme. — C'est pour cela qu'il est dit :

Ces conditions ne sont pas les seules qui fassent arriver à la Bodhi ; il faut encore en chercher d'autres, d'autres conditions qui fassent atteindre la Bodhi

En ce temps là, comme je cherchais, j'en vis une cinquième, la perfection de Y héroïsme que les grands hommes du temps passé avaient embrassée, à laquelle ils s'étaient appliqués.

(Remplis) désormais cette cinquième (condition) . si tu désires la Bodhi excellente ; (pratique) la perfection de l'héroïsme, pratique-la avec fermeté, en la saisissant bien.

Gomme le roi des animaux sauvages, dans les lieux où il gîte, et dans ceux qu'il parcourt, affermit constamment son cœur, par un héroïsme sans crainte.

Ainsi toi, dans tous les temps, saisis l'héroïsme et le pratique avec fermeté ; c'est en devenant la perfection de l'héroïsme (personnifiée) que tu obtiendras la Bodhi.

Sixième perfection (xânti, patience)

Il y a plus: il faut considérer qu'il y a d'autres conditions qui font les Buddhas. En poussant plus loin l'examen, il en vit une sixième, la perfection de la patience. Ce qui lui fit faire les réflexions suivantes : Savant ascète Sumedha, il faut que tu embrasses désormais la perfection de la patience pour la réaliser aussi.

De même que la terre, quand on couvre son sol de choses propres et sales qu'on y jette, ne fait pas mine de s'en fâcher, prend patience, supporte, endure; ainsi toi, dans le malheur comme dans le bonheur, tu dois pratiquer la patience avec fermeté ; moyennant quoi, tu obtiendras de devenir Buddha. Persiste donc à pratiquer fermement la sixième perfection, la patience. — C'est pour cela qu'il est dit :

Ces conditions ne sont pas les seules qui fassent arriver à la Bodhi désirée ; il faut chercher encore autre chose, une condition propre à la faire obtenir.

Dans ce temps-là, en cherchant bien, j'en vis une sixième, la perfection de la patience que les grands hommes du temps passé avaient embrassée, sur laquelle ils s'étaient appuyés.

Désormais, cette sixième (perfection), il faut la saisir et la pratiquer fermement. En ne te laissant pas aller à la haine £, tu obtiendras la Bodhi parfaite.

Gomme la terre, dont le sol se couvre de liquides purs et impurs, laisse patiemment s'écouler le tout sans manifester aucun dégoût;

Semblablement (en toutes circonstances), que tu éprouves des avantages ou du dommage, si tu deviens la perfection de la patience (incarnée), tu obtiendras la Bohdi parfaite.

1 Le pâli (édit. Fausboll) porte : advejjhamdnaso, a en te gardant de la duplicité. » La traduction tibétaine paraît préférable : le mot qu'elle emploie je-sdang traduit souvent le sanskrit dvesa, « haine; » il est probable que les rédacteurs ou les copistes du texte pâli auront fait une confusion entre dveta, « haine » (dosa en pâli), et dvedhya (pâli dvejjha), « duplicité. »

Septième perfection (satyam, vérité)

Il y, a. plus: il faut considérer qu'il y a d'autres conditions qui font, les Buddhas : En poussant plus loin l'examen, il en vit une septième, la perfec- ' tion de la vérité. Ce. qui lui fit faire la réflexion suivante : Savant ascète Sumedha, réalise aussi désormais la perfection de la vérité. Quand bien même la foudre devrait tomber sur ta tête, que jamais le désir d'obtenir des richesses ou tout autre n'ait le pouvoir de te faire dire sciemment un mensonge ! De même que l'astre Vénus l, en tout temps, abandonnant le chemin qui lui est propre, ne va pas jusqu'à prendre le chemin d'un autre et suit en somme son propre chemin ; de même aussi, toi, attache-toi à la vérité et ne dis jamais un mensonge ; tu obtiendras ainsi de devenir Buddha. Persévère donc dans le'ferme accomplissement de la septième perfection, la vérité. — C'est pour cela qu'il est dit :

Ces (conditions) ne sont pas les seules conditions à remplir pour qui désire obtenir laBodhi. Il faut en chercher encore d'autres, des conditions qui la fassent obtenir.

En ce temps-là, en cherchant bien, j'en vis une septième, la perfection de la vérité que les grands hommes d'autrefois avaient adoptée, sur laquelle ils s'étaient appuyés.

Désormais il faut remplir cette septième condition, la remplir avec fermeté, avec persévérance. En ne disant par elle aucune parole de mensonge, prépare-toi ainsi à obtenir la Bodhi parfaite.

Gomme l'astre appelé Vénus se partageant entre les dieux et les hommes2, dans le temps d'une année de temps, ne suit pas un autre chemin (que le vrai) ;

toi de môme, si tu embrasses la vérité, si tu ne te détournes pas de la vérité, si tu deviens la perfection de la vérité (incarnée), tu obtiendras la Bodhi parfaite.

* Tib thu-skar ; pâli : osadhi. D'après Childers (Dict. pâli), osadht désignerait lé.oile du matin, Vénus. Ce oue 'on en di ici semble, en effet, mieux s'appliquer à cet astre qu'à tout autre.

• Pa^g. leur -. le pâli dit : .e comportant comme une balance; - il ne parle pas deauommea,

Huitième perfection (adhisthdna, largeur de base, solidité)

Il y a plus : il faut considérer que ces conditions qui font les Buddhas ne sont pas les seules. En poussant plus loin l'examen, il en vit une huitième, la perfection de la largeur de base. Ce qui lui fit faire la réflexion suivante : Savant ascète Sumedha, à partir d'aujourd'hui, il te faut réaliser la perfection de la largeur de base. Quiconque se fait une base plus large, grâce à cette résidence plus large, sera inébranlable. De même qu'une montagne sur laquelle les vents soufflent de toutes les directions pour l'ébranler n'est pas ébranlée, n'est pas secouée et demeure fixe sur sa base ; ainsi, toi, de la même façon, en demeurant inébranlable sur la base plus large que tu te seras faite toi-même, tu obtiendras de devenir Buddha. Persévère donc avec fermeté dans la huitième perfection, celle d'une plus large base. — C'est pour cela qu'il est dit :

Ces (conditions) ne sont pas les seules (conditions) qui font arriver à la Bôdhi celui qui la désire ; il faut en chercher encore d'autres, des conditions qui fassent arriver à la B^dhi.

En ce temps-là, comme je cherchais, j'en vis une huitième, la perfection de la base pins large que les grands hommes d'autrefois avaient embrassée, sur laquelle ils s'appuyaient.

Cette condition, il faut dès à présent (la réaliser), en s'appuyant sur cette perfection et y persévérant. Si tu y demeures sans être ébranlé, tu obtiendras la Bôdhi parfaite.

Comme le grand roc d'une montagne inébranlable et bien assise a beau être battu par un grand vent, il reste toujours sur sa base ;

toi de même si, par une base plus large, demeurant inébranlable en toutes circonstances, tu pratiques la perfection d'une base plus étendue, tu obtiendras la Bôdhi parfaite.

Ans. G. - B

Neuvième perfection (metta, l'amour des êtres)

Il y a plus : il fout considérer que ces conditions ne sont pas les seules*qui font obtenir la Bodhi. En poussant l'examen plus loin, il en vit une neuvième, la perfection de F amour. Ce qui lui fit faire les réflexions suivantes : Savant ascète Sumedha, à partir d'aujourd'hui, il faut que tu accomplisses la perfection de l'amour ; qu'il y ait à cela avantage ou désavantage, tu dois toujours éprouver un même sentiment. De même que l'eau touchée par des hommes vicieux ou des hommes vertueux est toujours fraîche et semblable à elle-même; ainsi n'ayant pour tous les êtres qu'un même sentiment d'amour, tu obtiendras de devenir Buddha. Persévère donc dans le ferme accomplissement de la neuvième perfection, l'amour. C'est pour cela qu'il est dit:

Ces conditions ne sont pas les seules qui font obtenir la Bôdhi désirée ; il faut en chercher encore d'autres, des conditions qui la fassent obtenir.

En ce temps-là, en cherchant bien, j'en vis une neuvième, la perfection de Vamotir que les grands hommes d'autrefois avaient embrassée, sur laquelle ils s'étaient appuyés.

Il faut désormais réaliser cette neuvième condition en pratiquant l'amour avec fermeté. *

Si tu désires obtenir la Bôdhi, sois toujours sans pareil pour l'amour '.

De même que l'eau, ce qu'on appelle (l'eau), mise en contact avec les bons et les méchants, est également fraîche pour les uns et les autres et enlève leur crasse sans distinguer entre eux;

toi de môme, dans le malheur comme dans le bonheur, pratique l'amour d'une manière égale ; si tu deviens la perfection de l'amour (personnifiée), tu obtiendras la Bôdhi parfaite.

1 J'aurais souhaité pouvoir traduire: sois toujours le môme (égal à toi-même) par l'amour; — ce qui me parait plus conforme à la pensée générale de ce morceau; mais le texte s'y oppose.

Dixième perfection (Vpexa% indifférence)

11 y a plus : il faut considérer que ce ne sont pas là les seules conditions pour arriver à la Bodhi. En poussant plus loin Pexamen, il en vit une dixième, la perfection de l'indifférence. Ce qui lui fit faire les réflexions suivantes : Savant ascète Sumedha, il faut que tu t'attaches fortement à la perfection de Tindifférence pour la réaliser. Il faut que, dans le bien-être comme dans la douleur, tu gardes un milieu. De même que la surface de la terre, quand on y jette des choses propres ou des ordures, reste neutre;1 de même toi, dans le bien-être ou dans la douleur, reste neutre ; et tu obtiendras de devenir Buddha f . Persévère dans le ferme accomplissement de la perfection qui est l'indifférence ! C'est pour cela qu'il est dit :

Ces conditions ne sont pas les seules qui font atteindre la Bôdhi désirée; il faut en chercher encore d'autres qui soient propres à la faire obtenir.

En ce temps -là, en cherchant, j'en vis une dixième, la perfection de Y indifférence, que les grands êtres d'autrefois avaient embrassée, sur lesquelles ils s'étaient appuyés.

Remplis désormais cette condition » en accomplissant cette perfection avec fermeté ; sois comme une balance (en équilibre), sois ferme, et tu obtiendras la Bôdhi.

De même que ce qu'on appelle la terre, si Ton jette i sa surface des choses propres et des ordures, n'y fait pas attention et demeure indifférente, n'éprouvant ni colère ni préférence;

ainsi toi, dans le bien-être comme dans la douleur, soisentout temps tel qu'une balance (en équilibre). Si tu deviens la perfection de l'indifférence (en personne), tu obtiendras la Bôdhi parfaite.

* Littéralement : entre deux.

* D'après l'exemple, il n'y a pas de différence entre la patience (6e perfection) et l'indifférence (10* per feclion);les vers qui suivent appuient sur cette identification. 11 n'y a, en effet, ici qu'une nuance.

iO. Découverte du siège des dir perfections. Prodige*

Ensuite il fit cette réflexion : Ce sont là les conditions qui, dans le monde, font devenir Buddha, qui font réaliser, par un Bodhisattva,la Bodhi parfaite. Ces dix perfections ne sont pas en haut dans l'atmosphère, elles ne sont pas en bas à la surface de la terre ; elles ne sont pas à l'Orient ni à aucun des autres points cardinaux; elles sont en moi, dans la chair de mon cœur. Voyant qu'elles séjournent ainsi respectivement dans le cœur, il faut persévérer dans le ferme accomplissement de chacune d'elles; il faut rappeler tous ses souvenirs l'un après l'autre et accomplir avec fermeté les perfections tant en remontant qu'en descendant. Il faut, en prenant par la fin, aller par la méditation jusqu'au commencement; en prenant par le commencement aller jusqu'à la fin, en prenant par le commencement et la fin voir l'intervalle jusqu'au milieu. L'abandon complet du corps1 est appelé perfection (simple, pârarm), l'abandon complet des richesses extérieures est appelé sous-perfection (ou perfection du second degré : upa-pâramî); l'abandon complet de la vie est appelé perfection du bon but (ou du but excellent, paramârthapâramî). Il y a ainsi dix perfections (simples), dix sous-perfections, dix perfections du but excellent. — Et, ce disant, sa mémoire était agitée comme l'huile qu'on fait bouillir sur le feu, comme l'océan remué par le Mèru dans l'enceinte du Cakravâla.

Quand il se fut remémoré les dix perfections, cette grande terre, ^vec ses deux cent quarante mille éléments, fut, par la splendeur de la loi, comme le roseau brisé, foulé aux pieds par l'éléphant marchant dans les broussailles. Pressée comme par la machine à presser la canne à sucre, elle fit entendre un bruit retentissant, et trembla, trembla fortement; elle fut tout ébranlée comme la roue d'un potier ; elle fut animée d'un mouvement giratoire comme la roue du pressoir pour faire l'huile. C'est pour cela qu'il est dit :

Les lois qui, dans ces mondes-ci,

président à l'acquisition de la Bôdhi,

ces lois ne sont ni en haut ni ailleurs.

Il faut les pratiquer avec fermeté ; elles sont dans l'esprit.

1 Le pâli dit : d'un membre ou des membres ; ce qui semble préférable.

Il faut, par sa propre nature, sans se laisser ébranler, se rappeler ces lois à l'aide de la mémoire. Par la base de la loi, la base de la terre, les mille éléments du monde ont été parfaitement ébranlés.

La base de la terre dépourvue d'intelligence * a été comprimée comme la roue de la machine à presser la canne i sucre ; comme tourne la roue de la machine à faire l'huile, ainsi la terre en a été ébranlée.

ii. Dipankara explique les prodiges

Quand cette grande terre trembla, les habitants de la ville de Ramyaka, ne pouvant se lever, tombèrent sans force et sans énergie comme un grand arbre delà terre secoué par le vent de la fin du Kalpa. Les flacons, les vases, les meubles s'entrechoquèrent avec bruit, furent mis en pièces, réduits en poussière. Le peuple épouvanté se rendit auprès du maître: Bhagavat, qu'y a-t-il? Est-ce un combat de Nâgas? Ou sont- ce les Bhûtas, les Yaxas, les Devas, ou d'autres qui se battent? Nous ne pouvons le démêler. Il y a plus ; tous les personnages importants que voici ont subi des dommages. Quelle en est la cause? Vient-elle du péché du monde? ou, au contraire, de la vertu ? Nous te prions de nous faire connaître les choses dont ces phénomènes sont les signes. Telle fut leur demande.

Le maître, ayant entendu leurs discours, répondit: Ne craignez rien! N'ayez pas la plus petite préoccupation ! Ces signes ne doivent être pour vous aucun sujet de crainte. Au moment où j'ai fait aujourd'hui cette prédiction : Le savant ascète Sumedha sera dans l'avenir le Buddha Gautama, — il s'est mis à l'instant même à se remémorer et à analyser les perfections. La splendeur de cette loi est telle que tous les éléments du monde aux dix mille (régions) ont été ébranlés en un clin d'oeil avec grand bruit. Telle fut son explication. — C'est pour cela qu'il est dit :

Tous les groupes d'hommes, autant qu'il y en a, qui étaient i proximité du Buddha,

* Je ne vois pas le moyen de traduire autrement sems-med. L'épithéte est assez inattendue, la terre ayant été présentée tout à l'heure comme un modèle de patience et d'indifférence. Le pâli ici diffère : il donne au mot terre les épithètet de « ébranlée, retentissante ».

souffrant à ce moment dans leurs esprits,

perdirent connaissance et restèrent étendus sur le sol.

Plusieurs milliers de flacons, beaucoup de centaines de vases, y furent réduits en poudre fine ; ils s'étaient brisés en s'entrechoquant.

Eperdus, effrayés, tremblants, se tenant à peine, tant leurs esprits étaient troublés et affectés ! tous les gens du pays se rassemblèrent et se rendirent auprès de Dipankara :

Pourquoi les habitants du monde sont -ils dans cet état? Est-ce à cause de la vertu ou i cause du vice ? Le monde entier est dans la détresse ; toi qui as l'œil (pour voir ces choses), nous te prions de nous l'expliquer.

Leur enseignant la loi à tous, le grand ascète Dipankara (de leur dire :) Ne craignez rien; respirez librement !

Si cette terre a tremblé sur sa base, c'est que celui à qui j'ai prédit aujourd'hui môme qu'il deviendrait le Buddha des mondes, celui-là s'est remémoré la loi et s'est rapproché ainsi des Jinas du temps passé ' !

En se remémorant ces lois, il n'a omis aucune terre du Buddha.

C'est à cause de cela qu'il a ébranlé la terre, les dix mille régions de la terre avec les dieux.

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