‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 168 sur 295 · Dernières félicitations adressées à Sumedha Son départ · texte numérisé non relu

Dernières félicitations adressées à Sumedha Son départ

Les grands personnages, après avoir entendu la déclaration du Tathâgata, furent joyeux et satisfaits. Ils prirent des fleurs, des parfums, des onguents et, sortant de la ville de Ramyaka, se rendirent auprès du Bodhisattva, lui offrirent des fleurs, etc., s'inclinèrent devant lui, célébrèrent ses louanges, puis entrèrent dans la ville de Ramyaka pour y résider. Quant au Bodhisattva, après s'être remémoré les dix perfections, avoir pratiqué l'héroïsme avec

1 D'après le pâli, la loi ancienne respectée par les Jinas. Le tibétain se prêterait à cette traduction.

fermeté et s'être fait une base plus large, il se leva de dessus son tapis. — C'est pour cela qu'il est dit :

Après avoir entendu la déclaration du Buddha, ils furent immédiatement sans crainte.

Tous se rendirent auprès de moi, et recommencèrent à faire des salutations.

Après avoir bien considéré les qualités d'un Buddha, et bien affermi mon esprit, je me levai de mon tapis en ce temps-là, et je fis mes salutations à Dlpankara.

Ensuite quand le Bodhisattva se fut levé de dessus son tapis, les dieux des dix raille (régions) se rassemblèrent et lui firent des offrandes de fleurs divines et de parfums : Noble ascète Sumedha, en venant aujourd'hui aux pieds de Dipankara aux dix forces, pour Rapprocher du grand but, tu t'es approché de ce but ; tu l'atteindras sans obstacle d'aucun genre. N'aie point de crainte, ne faiblis pas! qu'aucune maladie n'atteigne ton corps! Après avoir accompli promptement les perfections, réalise l'acquisition de la Bodhi ! De même que sur un arbre à fleurs, un'arbre à fruits, les fleurs se développent, les fruits mûrissent en leur temps; de même aussi toi, en ce temps-là, te faisant une base plus large, réalise promptement la supériorité excellente, etc. Tels furent les éloges et les bénédictions qu'ils lui adressèrent. Après l'avoir loué de cette façon, les dieux retournèrent chez eux.

Après avoir entendit les éloges des dieux et des autres (visiteurs), le Bodhisattva dit : Après avoir accompli les perfections dans leur entier, au bout de quatre Asankhyeya-kalpas et de cent mille Kalpas en plus, j'obtiendrai de devenir Buddha. Développant donc sa fermeté dans l'héroïsme et s'élevant dans l'atmosphère, il retourna dans sa demeure de l'Himavat. C'est pour cela qu'il est dit :

Les fleurs divines et humaines apportées simultanément par les dieux et les hommes me furent offertes en masse quand je me fus levé de dessus mon tapis.

Les dieux et les hommes conjointement me louèrent tous en me souhaitant le calme : tu t'es approché du grand but ; atteins- le selon que tu le désires !

ne sois pas frappé de mort prématurée ! sois à l'abri de toutes les maladies ! que nul obstacle ne vienne à rencontre ! obtiens promptement la Bodhi excellente !

De même que, le temps étant venu, les arbres à fleurs fleurissent ; ainsi toi, grand héros, fleuris par la science d'un Buddha !

De même que tout Buddha parfait accomplit intérieurement les dix perfections ; ainsi toi, grand héros, accomplis entièrement les dix perfections.

De même que tout Buddha parfait atteint son achèvement à Bodhimanda, ainsi, toi, grand héros, obtiens (de la même, manière) la Bodhi des Jinas !

De même que tout Buddha parfait, fait tourner la roue de la loi, ainsi toi, grand héros,

fais tourner la roue de la loi !

De même que la lune, quand elle est pleine, répand un éclat parfaitement pur, ainsi toi, perfectionnant ta pensée, produis ta lumière pour les dix mille régions !

Le soleil délivré des étreintes de Kahu répand abondamment sa chaleur et sa lumière ; ainsi toi, délivrant le monde, répands-y ta clarté propice !

De môme que tout fleuve suit la pente qui le conduit à l'Océan ;

qu'ainsi les dieux et les hommes rassemblés du monde entier affluent en foule auprès de toi !

qu'ils t'offrent leurs louanges et leurs hymnes.

Aprîs m'être ainsi établi dans les dix lois, accomplissant soigneusement ces lois, je me rendis, en ce temps-là, dans la grande forêt1.

1 La dernière fiance doit, d'après le pâli, se traduire ainsi :

Chargé d'éloges par eux,

ayant adopté les dix lois,

et accomplissant parfaitement ces lois,

j'entrai (alors) dans la pureté.

A.nn. G. — 13 4«

MAHALLIKA PARIPRCCHA

Le Mahallika pariprccha est un véritable Vyâkarana, quoique ce titre ne le fasse pas prévoir ; il renferme une prédiction actuelle. Mais, en même temps, le passé de la personne qui fait l'objet de cette prédiction y est rappelé; de sorte que, par cette partie, le Mahallika-pariprccha est un véritable Avadâna. Avadâna et Vyâkarana tout à la fois, c'est un de ces textes qu'on peut appeler non pas rares, mais peu nombreux, où l'annonce de ce qui sera Vajoute à l'explication de ce qui a été.

Néanmoins, les deux éléments importants que nous venons de signaler comme caractérisant notre texte ne le constituent pas à eux seuls ; il en existe un troisième, un développement métaphysiqua sur les questions les plus abstraites du bouddhisme, et c'est précisément à cette portion que le titre donné à ce sûtra: « Questions de la vieille, » fait allusion. Le développement métaphysique dont nous parlons n'est que la réponse aux demandes de la vieille.

Gela nous montre que ce développement métaphysique est considéré par les compilateurs indigènes comme la partie importante de notre texte ; ce qui n'est pas étonnant. Mais nous, nous en avions jugé autrement, parce que ce développement n'est pas spécial à ce texte, qu'il pourrait se trouver aussi bien dans tout autre ; et il est fort possible qu'on le retrouve mot pour mot dans un sûtra où ne figurera aucune vieille femme et où il ne sera fait aucune prédiction. Aussi avions-nous eu d'abord la pensée de le retrancher

comme n'étant pas essentiel au sujet, un peu aussi, il faut bien le dire, parce qu'il est d'une interprétation difficile; mais nous nous sommes ravisé et nous avons cru que nous devions donner le texte dans son entier. Pour rendre les choses plus claires, nous découpons, suivant notre usage, le texte en pararaphes.

Voici notre traduction :

QUESTIONS DE LA VIEILLE — Mdo XIII 14e. folios 503-511 —

En langue de l'Inde : Arya-Mahallika pariprccha nâma Mahâ-ydna- Sûtra. — En langue dj Bod: Uphags-pa hgres mos jus-pajes-bya-va theg pa chen-poi-indo . — (En français) : Sublime Sûtra du Grand Véhicule intitulé : « Questions de la vieille. »

Voici ce que j'ai entendu une fois :

Bhagavat, allant de lieu en liei* dans le pays de Vrji, avec une grande assemblée de Bhixus, composée de mille deux cent cinquante Bhixus, et beaucoup de Bôdhisattvas Mahâsattvas, arriva au lieu où est la grande ville de Vaiçâlî.

Rcnc ont rr

En ce temps-là, il rencontra une vieilb femme, décrépite, hors d'âge, qui avait dépassé cent vingt ans ; elle recueillait des racines dans les endroits retirés. Cette femme aperçut de loin Bhagavat beau, etc.. A sa vue, son esprit se purifia, et, poussée par un esprit de foi, elle se rendit au lieu où était Bhagavat, et adora avec la tête les pieds de Bhagavat. Après avoir tourné trois fois autour de Bhagavat, elle s'assit à une petite distance. — Puis cette femme, faisant l'anjali du côté où était Bhagavat, adressa ces paroles à Bhagavat :

Questions

Bhagavat, d'où vient la naissance? D'où vient la vieillesse? Où vontelles? Bhagavat, d'où vient la maladie? D'où vient la mort? Où vont-elles ? Bhagavat, d'où (vient) la forme, la sensation, la conscience, les Sanskâras, la discrimination ? (D'où) viennent-ils ? Où vont -ils?

Bhagavat, (d'où vient) l'élément de la terre, l'élément de l'eau, l'élément du feu, l'élément du vent, l'élément de l'atmosphère, l'élément de la discrimination? D'où viennent-ils ? Où vont-ils?

Bhagavat, (d'où vient) l'œil, l'oreille, le nez, la langue, le corps, le cœur? D'où viennent-ils ? Où vont -ils?

Réponse du Buddha

Bhagavat répondit : Ma sœur, d'où la naissance ne vient-elle pas ?. D'où la vieillesse ne vient-elle pas ? Où ne vont-elles pas ?

Ma sœur, d'où la maladie ne vient-elle pas ? D'où la mort ne vient-elle pas ? Où ne vont-elles pas ?

Ma sœur, d'où la forme ne vient-elle pas? La sensation, la conscience, les Sanskâras, la discrimination, d'où ne viennent ils pas? Où ne vont-ils pas?

Ma sœur, (d'où ne vient pas) l'élément de la terre, l'élément de l'eau, l'élément du feu, l'élément du vent, l'élément de l'atmosphère, l'élément de la discrimination? D'où ne viennent-ils pas? Où ne vont-ils pas?

Ma sœur, (d'où ne vient pas) l'œil, l'oreille, le nez, la langue, le corps, le cœur ? — D'où ne viennent -ils pas? Où ne vont-ils pas * ?

Ma sœur, voici ce qui en est : par exemple, on frotte du bois, on (le) frotte (contre une autre) matière; des efforts de l'homme qui se livre à cette action, il naît du feu; mais ce feu, quand il a consumé des racines et du bois, il n'a plus de cause, il meurt. Ma sœur, comment entends- tu cela? Ce feu, d'où est-il venu ? Où est-il allé ?

Elle répondit : Bhagavat, ce feu a été produit par l'assemblage. Quand l'assemblage n'existe plus, il y a arrêt ; il meurt.

Bhagavat reprit : Ma sœur, il en est de même de toutes les lois ; elles naissent par la puissance de l'assemblage, et, si l'assemblage prend fin, elles cessent; on ne peut pas dire d'où vient telle ou telle loi ni où elle va.

1 Jusqu'ici le Buddha n'a fait que répéter les questions qui lui ont été adressées, en leur donnant une forme négative : ce qui est une espèce de fin de non-recevoir. 11 va faire maintenant une réponse détaillée qui aboutira au même résultat, c'est-à dire qui sera négative par l'affirmation du vide.

Ma sœur, voici ce qui en est : En ce qui touche l'œil et la forme, la connaissance distincte de l'œil a beau se produire, il n'y a ni celui qui la produit, ni celui qui y met arrêt. Où est celui qui a fait l'assemblage ? Nulle part. D'où vient l'agrégat? Où va-t-il? On ne saurait le dire; quand par suite de la cause (seconde) de la connaissance distincte [de l'œil], les actes ont été accumulés de manière à produire trois espèces de fruit dans les trois régions, ce fruit (lui-même) n'est que le vide. 11 n'a ni point de départ, ni point d'arrivée ; nul ne l'a fait naître, nul ne l'a arrêté. (C'est que), ma sœur, toutes les lois ont leur arrêt (en elles-mêmes) par leur propre nature.

Il en est de même en ce qui touche l'oreille (et) la voix, le nez (et) l'odeur, la langue (et) le goût, le corps (et) le contact, le cœur et les lois1. La connaissance distincte du cœur a beau se produire, il n'y a, pour cette connaissance distincte du cœur, ni celui qui la fait naître, ni celui qui y met arrêt, ni celui qui a fait l'assemblage, ni agrégat d'où elle proviendrait et où elle irait s'absorber ; mais les actes qui se sont accumulés par suite de la cause (seconde) de la connaissance distincte du cœur ayant produit un fruit qui se manifeste par trois espèces de fruit dans les trois régions, ce fruit lui-même n'est que le vide; il n'a ni point de départ, ni point d'arrivée; nul ne l'a fait naître, nul ne l'a arrêté. (C'est que), ma sœur, toutes les lois ont, par leur propre nature, leur arrêt (en elles-mêmes).

Ma sœur, voici ce qui en est ; par exemple : avec du bois, une peau, des baguettes, grâce aux efforts d'un homme qui sache les mettre en action, il naît un son de tambour. Ce son de tambour ne montre pas le passé, il ne montre pas l'avenir, il ne montre que le présent, l'actuel. Or, ce son ne réside pas dans le bois, il ne réside pas dans la peau, il ne réside pas dans

1 Le développement qui précède devrait être répété pour l'oreille, le nez, la langue, le corps ; on le répète seulement pour le dernier terme, le cœur. On a déjà vu l'application de ce système qui consiste à donner un développement pour le premier et dernier terme d'une énumération, en citant seulement les termes intermédiaires. Il est constamment en usage dans les textes pâlis.

366 ANNALES DU MUSKE QUIMET

les baguettes, il ne réside pas dans la main de l'homme. Néanmoins, tout c^la étant donné, il existe un son; eh bien, le son ainsi produit est vide; il n'a pas de point de départ, ni de point d'arrivée; nul ne l'a fait naître, nul n'y a mis arrêt. (C'est) que, ma sœur, toutes les lois ont leur arrêt en elles-mêmes par leur propre nature.

Ma sœur, c'est ainsi que toutes les lois venant à se formuler, telles que sont l'ignorance, le désir, l'acte, la connaissance distincte, quand ces lois existent, la transmigration et la naissance s'y attachent ; mais la transmigration, aussi bien que la naissance, n'est que le vide ; elles n'ont ni point de départ, ni point d'arrivée : nul ne les a fait naître, nul n'y a mis arrêt. (C'est que), ma sœur, toutes les lois ont (en elles-mêmes) leur arrêt par leur propre nature.

Ainsi, ma sœur, celui qui connaît bien la doctrine du son du tambour, celui-là connaît bien la vacuité; celui qui connaît bien la vacuité connaît bien le Nirvana. Celui qui connaît bien le Nirvana, celui-là a beau employer toutes sortes d'appellations pour donner des noms (aux choses), ces noms ne s'appliquent à aucune réalité. Toutes ces expressions : Mien, moi, être animé, vie, nourriture, homme * , individu 2, produit de la force, fils de la force, activité, initiative, passivité, renoncement; tous ces termes sont sans application; telle est la loi à enseigner. Si l'on enseigne bien cette loi, on enseigne la fin parfaite, on enseigne bien la fin parfaite.

Ma sœur, voici ce qui en est : par exemple, un peintre promène son pinceau sur une toile, ou sur une planche, ou sur le mur d'un édifice; il a distribué ses diverses couleurs de manière à obtenir la forme de tel ou tel objet qu'il désirait (représenter): C'est ou la figure d'un homme, ou celle d'une femme, ou celle d'un éléphant, ou celle d'un cheval, ou celle d'une abeille. Membres principaux, membres secondaires, sens, rien n'y est au complet ; ce n'est que par petites portions que (cette figure) est au complet, en apparence (?) ; (en réalité; elle) n'est pas au complet. Or, quelle est la loi

1 Purusa.

* Pudgala.

de son (existence)? Est-ce de la main ou do la pensée du peintre que (Fexistence) a passé dans la figure? Non, certes ; et cependant c'est lui qui a été la cause (occasionnelle) de l'adaptation do la forme. Mais cette forme qui a été ainsi appliquée n'est que le vide ; elle n'a ni point de départ ni point d'arrivée; nulle ne l'a produite, nul n'y a mis arrêt. (C'est que), ma sœur, toutes les lois ont en elles-mêmes leur arrêt par leur propre nature.

De même, ma sœur, s'il y a des accumulations d'actes tendant aux mérites religieux, c'est parmi les dieux et les hommes que le corps tendant aux mérites religieux se réalise * ; le passage de ce monde dans l'autre ne vaut pas un atome ; néanmoins l'accumulation (des actes) étant une cause (seconde) qui produit plusieurs sortes de naissances, c'est dans le corps pourvu des six Ayatanas que les idées se forment.

Semblablement, s'il y a des accumulations (d'actes) qui tendent à l'absence de mérites religieux, c'est dans les Narakas, dans le lieu de naissance des animaux, dans le monde du seigneur des morts (Yama), parmi les Asuras que se réalise le corps tendant à l'absence de mérites rqligieux8; le passage de ce monde dans l'autre ne vaut pas un atome; néanmoins l'accumulation • des actes produisant diverses naissances, c'est dans le corps pourvu clos Ayatanas que les idées se forment. 3

Ma sœur, il en est de même que lorsque, par leur puissance de Nâga, des Nâgas forment un grand amas de nuages, qu'un réseau de nuages couvre la terre, qu'une pluie abondante tombe sur une vaste étendue; et que, par cette chute de pluie, il se forme dans le sol des bas-fonds et des élévations en abondance. Ces inégalités de haut et de bas s'étant produites peuvent revenir (à l'état primitif, c'est-â- dire se niveler ?) : ce n'est pas certainement ni par le corps, ni par l'esprit du Nâga qu'elles ont été produites; seulement les Nâgas, par leur puissance de Nâga, ont produit sur une vaste étendue cet amas de nuages.

De la même manière, ma sœur, quand il y a des accumulations (d'actes) tendant aux mérites religieux, c'est parmi les dieux et les hommes que se réalisent les corps (de ceux) qui tendent aux mérites religieux; de même s'il

1 Ou bien : que se consomme ce qu'il reste de mérites religieux (à accomplir).

2 Ci, omiue ci -dessus : que se consomme le reste des effets de l'absence de mérites religieux.

3 Cet alinéa reproduit le précédent, sauf la supposition du cas contraire.

y a des accumulations d'actes qui tendent à l'absence de mérites religieux, c'est dans les Narakas, ou dans le lieu de naissance des animaux, ou dans le monde du roi des morts, ou chez les Asuras que se forme le corps (de celui) qui tend à l'absence de mérites religieux : même dans ces cas, et l'accumulation â faire est vide, et celui qui fait l'accumulation est vide, et le fruit de l'accumulation est vide.

Ma sœur, s'il y a des accumulations d'actes qui tendent à l'inébranlabilité, c'est dans les (régions) sans forme que la discrimination fait combler l'intervalle1; mais ce par quoi la discrimination fait combler l'intervalle, dans ces choses sans forme, c'est le vide; la discrimination qui fait combler l'intervalle dans les choses sans forme est elle-même le vide.

Pourquoi cela? — C'est que, ma sœur, toutes les lois étant vides par leur propre nature, on a néanmoins (la prétention de) les déterminer; mais les savants n'ont aucune ardeur pour cela ; n'ayant pas d'ardeur, ils n'ont pas de. querelles. L'absence de querelle est l'excellence de la loi du Çramana.

Conversion de la Vieille

Elle répondit :

Ainsi, grâce aux discours de Bhagayat sur la loi profonde, moi aussi, Bhagavat, j'applique à ces lois l'œil de la connaissance supérieure; mon cœur n'est plus partagé ; je n'ai plus de doutes. Bhagavat, ces lois que je n'avais pas encore entendu exposer auparavant ont dissipé mes doutes. Voici, je suis vieillie, je suis cassée, je suis souffrante, je suis pauvre, je suis sans pro tecteur ; je ne -vis plus, je suis déjà morte ; mais après avoir entendu la loi de la bouche de Bhagavat, il n'y a plus ici ni vieillesse, ni pauvreté, ni bienêtre, ni santé, ni maladies, ni richesse, ni indigence ; il y a ceci que je suis affranchie des Samskâras.

1 C'est-à-dire i faire renaître le sujet. En d'autres termes : Celui qui est parvenu à se rendre inébranlable (à se mettre hors des atteintes du monde) renaît dans la région sans forme.

Explication sur le passé de la vieille et prédiction

de son avenir

Alors l'Âyusmat Ananda parla ainsi à Bhagavat : Pour que cette femme ait fourni à Bhagavat l'occasion de faire en un si profond langage un tel exposé de la loi, il faut qu'elle possède des mérites, qu'elle soit savante, qu'elle ait la vraie notion delà science supérieure; voilà ce que je me dis. — Bhagavat répondit : Ananda, cela est ainsi ; Ananda, c'est comme tu l'as dit. Cette femme a des mérites, elle est savante, elle a la vraie notion de la science supérieure. Ananda, cette femme a été ma mère pendant cinq cents existences. Ananda, pendant toutes ces naissances, j'ai produit (chez cette femme) des racines do vertu pour la Bôdhi parfaite et accomplie, au-dessus de laquelle il n'y a rien. Ananda, cette femme s'humilia jusqu'à l'abandon complet et à la foi ; elle se disait : Voici mon fils : toutes les pratiques (vertueuses) auxquelles il se livre, il faut que je m'y livre aussi ; il faut réaliser le char du bien-être, la Bôdhi parfaite et accomplie au-dessus de laquelle il n'y a rien .

Ananda reprit: Bhagavat, pourquoi est elle pauvre comme (nous la voyons)? — Bhagavat répondit : Ananda, à l'époque o\i je menais la vie d'un Bôdhisattva, quand je voulus me faire initier à l'école du bienheureux Tathâgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Krakucchanda, cette femme-là, Ananda, était ma mère; elle n'y consentait pas. A cause de cela, je no * prenais qu'un seul repas (par jour). C'est par suite de cette faute, parce qu'elle avait renoncé à immoler les désirs (mondains), que, par la maturité de cet acte, elle est pauvre comme tu le vois, Ananda. Mais le terme de sa pauvreté est arrivé. Cette femme, au sortir d'ici, Ananda, aprè, sa mort, grâce au bienheureux parfait et accompli Buddha A mitâbha, sera la reine des femmes dans Sukhavatî, la région du monde qui est le champ de (<•) Buddha ; affranchie d > . toutes passions, elle sera la rmne des créatures. Née (de nouveau) dans cette région, elle fera des Gaityas à des Buddhas sans nombre et incompréhensibles, elle préparera la Bôdhi pour des êtres sans nombre et incompréhensibles, elle établira dans la Bôdhi des êtres sans nombre et incompréhensibles. Après avoir établi dans la Bôdhi des êtres sans nombre et incompréhen sibles, après soixante huit fois cent mille Kalpas, ell»1 sera, dans cette même

A.vn. G. — B 47

région du grand millier dô trois mille mondes, le Tathâgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Bodhyangapuspakara1. Ananda, telles que sont les magnificences et les jouissances des dieux Traystrimçat, telles sont les magnificences et les jouissances des êtres de ce champ de Buddha; les unes ressemblent aux autres.

Quand Bhagavat eut prononcé ce discours, que le Sugata eut fait entendre ce discours, il prononça cet autre discours :

Regarde, toi, Ananda, cette vieille

qui fait fanjali à cause de moi.

Sortie d'ici, elle sera un homme d'une bonté inexprimable, un Buddha,

appelé Bodhyangapuspakara.

Elle abandonnera cette nature féminine pour aller dans la région du monde Sukhavatî. Après avoir honoré le Buddha Amitâyus *, elle sera un Buddha, incomparable Jina des trois régions.

Dans toutes les autres régions du monde où résident des Çramanas faisant le bien du monde, elle rendra hommage à ces guides; elle sera, au sortir d'ici, un homme excellent, incomparable, un Buddha.

Après avoir entendu de tous ceux-là la loi, elle réussira comme eux par une inclination pure. Résidant dans l'esprit de Bodhi excellent, inébranlable, elle fera pratiquer la loi à des êtres sans nombre.

Quant aux êtres inférieurs de toute sorte, au corps et au teint repoussant, sans vigueur, boiteux, aveugles, mutilés, lépreux, ils auront disparu en ce temps-là.

Le soleil, la lune, les éclairs, les brillants, auront aussi tous disparu ; le guide Bodhyangapuspakara, le Muni éclairera tout de sa pénétrante clarté.

l ftesli'u'iô :, nécessureir.elit conjecturale, du mot Ûhêi ohi liyang thub-kyi-yan-lag-gi me-thogbyrd'pa (qui fait les fleurs des membres de la Bodhi).

* Amitâyus (« qui a une durée de vie illimitée >>) est Ui uutro nom d'Amitâbha (« qui a un éclat i'Lmiîë »).

FRAGMENTS TBADUITS DU KANDJOUR 371

Tels que sont les excellents dieux Trayastrimçat, par l'eau, le bruit (?), les couleurs, tels seront de leur nature les hommes qui, en ce temps-là, seront au complet, sans lacunes.

Là, point de Mâra, ni de famille issue de Mâra ; Mâra n'écoutera pas les ordres de Màra femelle. Là, quand le Sugata enseignera ensuite la loi, le nom des Tirthikas ne sera pas célébré.

Quand le Tathàgata enseignera la loi, le nom du lieu de naissance des Prêtas, des animaux, de la mauvaise voie infernale ne sera pas célébré ; le nom de femme ne sera pas célébré.

Dans ce temps -là, il n'y aura pas de véhicule, comme il y a ici le véhicule des Çrâvakas. Tous posséderont l'esprit de Bhôdi parfait, ils résideront dans l'amour et seront compatissants.

Dans ce champ, les hommes seront constamment, grâce à des naissances merveilleuses, affranchis de la matrice. Ils se rappelleront leurs naissances, auront un excellent jugement, seront savants, entendront d'excellents discours et retiendront ce qu'ils auront entendu.

Quant au système d'arrangement de ce champ, aux qualités (qui s'y manifesteront), il faudrait tout un Kalpa pour les dire; et cependant on n'en dirait pas l'équivalent d'une goutte d'eau comparée à l'Océan.

Quand Bhagavat eut prononcé ce discours, l'àyusmat Ananda et cette vieille et ces Bodhisattvas et cosBhixus et tout ce monde avec ses dieux, hommes, Asuras, Gandharvas, se réjouirent et louèrent hautement le discours de Bhagavat.

Fin du Sùtra de grand véhicule intitulé : Questions de la vieille.

IV ET V BRAHMA-ÇRI ET XEMAVATI VYAKARANA

La traduction de ces deux Vyâkaranas du Kandjour a déjà paru dans la Revue orientale et américaine (année 1866). Je ne ferai pas de longues remarques : je signalerai seulement les prodiges qui sont récités ou énoncés dans le premier, le Brahmaçrî, — l'absence de prodiges ; mais, par contre, l'abondance des termes bouddhiques qui distingue le second, le Xemavatî. — La prédiction du Buddha dans le Brahraaçrî est annoncée par le rire, elle ne l'est pas dans le Xemavatî. Voici les deux traductions:

Page 1