KARMA-ÇATAKA, CHAPITRE VIII
- Volume XXVIII, folios 50-75 -
Pfirna
C'est à Rajagrha que résidait (Bhagavat). En ce temps-là, dans les régions montagneuses de la contrée méridionale, dans un village de la montagne, demeurait un brahmane... (opulent et vertueux)... nommé Pûrna... 11 rassemblait les gens domiciliés, les gens errants, les mendiants, pour leur faire des présents, et, de temps en temps, il préparait l'aire du
sacrifice et célébrait le sacrifice. Or, quand le moment était venu de faire le sacrifice, il méditait sur le texte de tous les livres faisant autorité, recherchait ce qui était conforme aux vues de tel ou tel; puis, après s'être pénétré des textes, il méditait, calculait, appréciait les choses à fond.
Un jour, ce brahmane entreprit de faire un sacrifice. A l'occasion de cette cérémonie, il rassembla tous les livres : quand le brahmane se fut pénétré de tous les textes, que tous lui furent bien entrés dans l'esprit, il ne fut satisfait d'aucune des espèces de vues (fournies par eux).
Or, un jour, des Upâsakas de Râjagrha firent devant ce brahmane l'éloge du Buddha. Le brahmane ne les eut pas plus tôt entendus, qu'il éprouva le désir de (voir) Bhagavat. Un jour donc, cette idée lui vint à l'esprit : plusieurs milliers de Çramanas et de Brahmanes sont venus à mon sacrifice et y ont participé. Ce bienheureux Gautamana n'y est jamais venu. Ne serait- il pas convenable que lui aussi vînt à mon sacrifice et y participât ? — Telle fut sa réflexion.
Cependant Bhagavat, par son affection, connut la pensée de ce Brahmane et fit la réflexion suivante : Ce Brahmane aura une pensée qui ne se détournera plus de la Bôdhi suprême au-dessus de laquelle il n'y a rien. Il faut que je m'appuie sur cela pour assurer le bien d'un grand nombre d'êtres. — Tel fut son plan.
Ce plan formé, il se composa une suite d'un grand nombre de Bhixus et, marchant en tète de la confrérie des Bhixus, il se rendit, par compassion pour le Brahmane, dans le village de la montagne. Quand Bhagavat y fut arrivé, il pensa en lui-même : Eh bien ! certainement, je donnerai ma bénédiction dans cette aire du sacrifice, de telle sorte que le maître du sacrifice et tous les autres n'aperçoivent que moi seul, que personne ne voie
les Bhixus de la confrérie. — Cette réflexion faite, il donna sa bénédiction dans ce sens et se rendit dans l'aire du sacrifice.
Le Brahmane aperçut de loin Bhagavat . En l'apercevant , il dit : Bhagavat, tu es le bienvenu ! Bhagavat, viens ici I Je prie Bhagavat de participer aux offrandes dans l'aire de mon sacrifice. — Bhagavat répondit : Pûrna, tant que tu n'auras pas rempli d'aliments et de breuvages mon vase que voici, je n'y participerai pas. — Le Brahmane reprit : Bienheureux Gautama, je ferai comme tu pensas (qu'il faut faire).
A ces mots, (dans le lieu même) où il célébrait le sacrifice, le brahmane prépara des aliments et breuvages excellents et abondants, puis se mit en devoir de remplir le vase de Bhagavat, mais il n'y réussit pas. — Aussi n'en fut-il pas fier : il ne m'a pas été donné de remplir ce vase, pensa- 1- il ; et, avec la troupe de ses serviteurs, il fit (de nouveaux) efforts pour remplir le vase de Bhagavat d'aliments et de breuvages.
Alors Bhagavat se dit en lui- même : Maintenant, ces aliments suffisent pour la nourriture d'un Bhixu ; — et il montra le vase plein. Alors le Brahmane voyant que le vase était plein, fut dans une grande joie et dit : Puisque c'est Bhagavat qui a rempli le vase, que le bienheureux Gautama mange de bon appétit !
Ensuite, par compassion pour ce brahmane, mille Bhixus apparurent d'une façon magique, et, leurs vases étant pleins, ils se placèrent à la file, ayant Bhagavat à leur tête; les autres Bhixus aussi (se placèrent) par rang d'âge. Quand la confrérie des Bhixus fut bien installée, ceux dont c'était l'office distribuèrent les portions.
Alors ce brahmane, ayant vu ces Bhixus, ne les eut pas plus tôt aperçus, qu'il éprouva une foi intense en Bhagavat : Ce Çramana Gautama, pensa t— il, a une grande magie et une grande puissance.
Par l'effet de cette foi, il adora avec la tête les pieds de Bhagavat et dit : Je désire offrir pendant trois mois à Bhagavat et à la confrérie des Bhixus aliments, vêtements, lits, sièges, remèdes et médicaments, je prie Bhagavat d'acquiescer à ma demande. — Bhagavat témoigna par son silence qu'il acquiesçait. Ce brahmane, comprenant que Bhagavat acquiesçait par son silence, prépara dans Jetavana â tout ce qui était nécessaire, et, pendant trois mois, honora le Buddha avec la confrérie de ses Bhixus en leur offrant tout ce qui était nécessaire.
Le dernier jour, il nourrit Bhagavat et la confrérie des Bhixus avec des aliments à cent saveurs et offrit à Bhagavat un vêtement valant cent mille (pièces de monnaie). A chacun des autres Bhixus (il offrit) un vêtement de
1 Pourquoi Jetavana frl.d scéiie Se passe dans le Dekkhau ; et il n'est pas dit (Ju'on le quitte pour se* rendre à Jetavana. D'ailleurs Bhagavat venait 'de Velu varia et non de Jetavaua. Il semble qu'il y ait Une double inadvertance. Il y a dans le reste du récit certaines petites difficultés sur lesquelles noUs n'insistons, pas de peur d'entrer dans des explications sans fin et daris des dlscussioils de testé. 4
coton. Après quoi, il fit un vœu (pranidhâna) pour la Bôdhi parfaite au-dessus de laquelle il n'y a rien : Oh ! (dit-il), par cette racine de vertu, puissé-je devenir dans ce monde aveugle, sans guide et sans maître, un Tathâgata, Arhat, parfait et accompli Buddha, doué de science et de conduite, bienvenu, connaissant le monde, bon cocher pour refréner les êtres, sans supérieur, docteur des dieux et des hommes, (en un mot) un bienheureux Buddha !
Bhagavat répondit au Brahmane: C'est bien, Brahmane 1 c'est bien! Dans le temps à venir, tu seras, dans ce monde aveugle, sans guide et sans maître, un Tathâgata... le bienheureux Buddha Purna1.
Après avoir prédit la Bôdhi parfaite au-dessus de laquelle il n'y a rien, Bhagavat disparut de l'aire du sacrifice et résida (de nouveau) à Venuvana.