Anâthapindada
La scène est à Çrâvastî. — Il y avait à Çrâvastî dans ce temps-là un brahmane pauvre qui avait de la peine à vivre ; il avait en même temps un bon appétit et un nombreux cercle de serviteurs (?). Il se prit à penser: il faut que je m'attache à quelque homme riche pour obtenir ma nourriture. — Après cette réflexion, il lui en vint une autre: Le maître de maison Anâthapindada est compatissant; il a du penchant à donner; il est capable de m'assister dans mes besoins. Cette réflexion faite, il le suivit sans s'en détacher, comme son ombre. — Le maître de maison s'en émut et lui dit : Brahmane, pourquoi t'attaches- tu à moi ? — Pourquoi je m'attache à toi? répondit le brahmane; je désire, en m'appuyant sur toi, obtenir ma nourriture. — Le maître de maison Anâthapindada n'eût pas plus tôt entendu ces paroles, qu'il lui fournit tout ce qui lui était nécessaire.
Un jour le maître de maison Anâthapindada l'emmena avec lui à Jetavana. Le maître de maisonavait coutume d'aller un certain jour aveccinq cents serviteurs
' Cette restitution du tibétain brt$on-gru$-kyi-Tt$al-dang-\dan*pa est certaine; elle est fournie par l'Avadâna-çataka dont le troisième récit est semblable, mais non identique à celui-ci.
balayer le parc de Jetavana. Mais un jour, il lui survint une aflaire, et il envoya le brahmane (à sa place) : — Va, lui dit-il, et balaie Jetavana. — Le maître de maison partit (pour ses affaires) ; et le brahmane s'installa pour balayer Jetavana,
Alors Bhagavat fit une réflexion : Ce brahmane aura une pensée qui ne se détournera plus de laBôdhi parfaite et suprême. — Voilà comment Bhagavat Ta comblé de bénédictions de cette façon peu apparente en lui faisant faire un petit balayage. Le soleil, après avoir accompli son trajet se coucha joyeusement ; et le brahmane se dit : je ne retournerai cas à Çrâvastî. Il se prépara donc un lit pour la méditation dans Jetavana.
Alors Bhagavat dit à l'âyusmat Ananda : Va, Ananda, le lit de ce brahmane est établi dans Jetavana. Toi donc , tiens-toi près de lui et réponds à toutes les questions qu'il te posera. Il y a plus ; je fais (d'ordinaire) aux Bhixus cette recommandation : Bhixus, appliquez-vous à cacher vos vertus et à confesser vos vices1 : c'est là mon enseignement. Néanmoins, par compassion pour ce brahmane, dis-leur de ma part : que chacun de vous montre les actes de la puissance surnaturelle qu'il lui a été donné d'obtenir. — L'âyusmat Ananda répondit: Bhagavat, il en sera ainsi.
Alors Tây usmat Ananda donna cet ordre aux Bhixus : Un brahmane réside ; rassemblez-vous près du lit où il repose. Alors, pendant qu'il était là assis, les Bhixus se mirent à lui faire les uns certains actes de la puissance surnaturelle, d'autres des actes différents. A cette vue, le brahmane questionna l'âyusmat Ananda : Vénérable Ananda, qui sont ceux-ci dont la puissance surnaturelle est si grande, et qui font de si grands actes de la puissance surnaturelle ? — Gesont des auditeurs de Bhagavat, répondit l'âyusmat Ananda.
Alors ce brahmane fit cette réflexion : Si les disciples ont de telles perfections, que serait-ce si je voyais le Çramana Gautama? à quoi ressemble-t-il ?
Alors Bhagavat produisit une pensée du monde : 8 Oh ! (dit-il) il serait bon que les quatre grands rois vinssent au commencement de la nuit pour me voir ; il serait bon que le roi des dieux Çatakratu vînt à minuit pour me voir ;
* Phrase célèbre, signalée par Burnouf et souvent citée d'après lui. Elle doit être répétée fréquemment; notre passage lui-môme le donne à entendre. C'est cependant la seule fois que je Taie rencontrée dans
un texte.
* Voir ci-dessus, p. 57, texte et note.
Userait bon que Brahmâ, le roi suprême et indépendant, vînt à l'aurore pour me voir. — Donc, en vertu de ce mouvement du cœur produit par Bhagavat, les quatre grands rois, Çatakratu le roi des dieux, Brahmâ le roi suprême et indépendant vinrent successivement voir Bhagavat. Le brahmane les ayant vus, questionna Pâyusmat Ananda : Vénérable Ananda, qui sont ceux-ci qui ontuntelair? — L'âyusmat Ananda répondit: Ce sont les quatre grands rois, le roi des dieux Çatakratu, le roi suprême et indépendant Brahmâ, tous venus pour voir Bhagavat.
Le brahmane n'eut pas plus tôt entendu ces paroles qu'il eut une grande joie au sujet de Bhagavat. L'obtention d'une condition pareille même en songe est déjà une vue (réelle). Oh! dit-il, puissé-je apparaître dans le monde en qualité de Buddha ! — Il fit alors cette réflexion : ce n'est pas par un simple désir du cœur qu'on peut arriver à une condition pareille. C'est seulement après avoir fait des dons et acquis des mérites que je ferai un vœu pour laBôdhi parfaite et suprême. Cette réflexion faite, dès le matin, il reprit le chemin de Çrâvastî après avoir adoré avec la tête les pieds de Bhagavat. (En même temps) le maître de maison Anâthapindada avec une suite de cinq cents serviteurs se rendait à Jetavana; il aperçut de loin le brahmane. Dès qu'il le vit, il lui dit : Brahmane, as-tu vu à Jetavana quelque chose des lois qui se manifestent par d'étranges merveilles? — Alors le brahmane raconta tout au maître de maison Anâthapindada.
Le maître de maison Anâthapindada dit ensuite au brahmane : Brahmane, puisque tu as vu de telles manifestations merveilleuses et étranges, que désires- tu faire ? Le brahmane répondit ; J'aspire à la Bôdhi parfaite et suprême, mais il ne suffit pas d'un mouvement du cœur pour arriver à une telle condition. Je désire, en accordant des aumônes, faire des dons et acquérir des mérites.
Le maître de maison Anâthapindada n'eut pas plus tôt entendu ces paroles qu'il lui donna une grande masse de richesses. Ce brahmane invita donc le Buddha et la Confrérie des bhixus pour trois
mois (Offrande y vœu, prédiction comme ci-dessus). Tu seras le
bienheureux Buddha Acoka1. Telle fut sa déclaration.
* 11 ne peut y avoir de doute sur celte restitution du nom tibétain mya-ngan-med*