La Vue
C'était à Çrâvasti. — Il y en avait en ce temps-là à Çrâvasti un maître de maison riche, etc... Le maître de maison était d'un naturel charitable, compatissant, doux et bon pour tous les êtres, enclin à donner, également empressé à voir tous ceux en qui il y avait quelque chose de merveilleux, et ayant pour le don des dispositions d'esprit toujours les mêmes.
Au temps (voulu), il faisait une grande offrande. Comme il préparait la fête et examinait tout avec le plus grand soin, chacun se disait : Après avoir bien regardé, c'est moi qu'il approuve ; quant aux autres, il les blâme. — Et nul ne pénétrait la pensée du maître de maison.
Ensuite, ce maître de maison entendit un jour l'éloge de Bhagavat. Cette pensée lui vint alors à l'esprit : Celui-ci a: compris toutes les lois, ce Bhagavat est certainement arrivé à l'omniscienca. — Telle fut sa réflexion. — Aussitôt qu'il eut entendu l'éloge de Bhagavat, cette idée se forma en lui : Eh mais ! ne serait-il pas à propos de foire venir Bhagavat dans le lieu où je fois mon offrande?
1 Restitution à peu prés certaine du tibétain Bto-mo. Toutefois ce pourrait être aussi Uttara.
En même temps, Bhagavat pensa : Il faut que je lasse naître des racines de vertu chez ce maître de maison ; c'est absolument nécessaire. Ce sera le point d'appui pour sa conversion qu'il faut accomplir en présence d'une grande assemblée. — des réflexions faites, il disparut de Jetavana et apparut dans le lieu où le maître de maison faisait ses offrandes.
Alors ce maître de maison aperçut de loin le bienheureux Buddha. Cette vue lui inspira une vive joie; par l'effet de cette joie, il se rendit près de Bhagavat, adora avec sa tête les pieds de Bhagavat et parla ainsi à Bhagavat : Oh ! puisque Bhagavat est venu dans le lieu où je fais mon offrande, je demande à l'en faire profiter. Bhagavat accepta par son silence.
Quand le maître de maison vit que le Buddha était bien installé avec la Confrérie de ses bhixus, il réunit de sa propre main en abondance des aliments et des breuvages purs et bons, leur en donna autant qu'ils en voulurent, puis s'assit devant le Buddha pour entendre la loi.
Alors Bhagavat provoqua une aspiration à laBodhi parfaite et suprême. Le maître de maison éprouva donc un désir pour la Bodhi parfaite et suprême, et invita le Buddha avec la confrérie de ses Bhixus pour trois mois. Il pourvut Jetavana de tout l'appareil nécessaire et honora le Buddha et toute la compagnie des Bhixus, en mettant à leur disposition tout ce qui leur était nécessaire ; le dernier jour, après avoir nourri le Buddha et la confrérie des Bhixus de mets à cent saveurs, il offrit à Bhagavat un vêtement valant cent mille pièces de monnaie et à chacun des autres Bhixus une paire de vêtements de coton. Après quoi, il fit un vœu pour la Bodhi... (Vœu et prédiction.)... tu seras le Buddha Sudarçana1 (qui voit bien)... Telle fut sa déclaration.