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Le Joyau

C'était à Çrâvastî. En ce temps-là, un capitaine de navire partit de Çrâvastî avec un chargement et se rendit sur l'Océan. Ce capitaine avait été choisi pour chef à des signes certains (?) , et il emportait avec lui des marchandises, des chamelles, des ânes, etc.

Quand il fut à la grande porte extérieure de Çrâvastî, qu'il se trouva sur le grand chemin, cette pensée lui vint alors à l'esprit: Si je reviens de l'Océan

1 Traduction probabile, mais hypothétique, du tibétain legs mthong.

sans encorabrerà bon port, et que je rentre après avoir réalisé le dessein de ce voyage sur l'Océan, je célébrerai à cette porte la fête de la Porte, je célébrerai sur le chemin la fête du Chemin. — C'est ainsi qu'il parla; il s'avança ensuite sur l'Océan .

Il réussit à atteindre l'île de3 Joyaux. En débarquant et en sortant du grand Océan, (quand il fut) sur le bord, il se prit à penser : Moi, mon navire, tout ce que j'ai, nous avons pu tenir sur l'Océan; il faut donc que, après que j'aurai amassé de grandes richesses, j'honore sur ce rivage de l'Océan les dieux de l'Océan et les dieux qui résident dans le bateau. En conséquence, il rendit sur le bord de l'Océan de grands honneurs aux dieux et reprit (ensuite) le chemin de Çrâvastî.

En avançant de proche en proche et marchant toujours, il atteignit Çrâvasti et se mit à faire de grandes offrandes à cette porte extérieure et sur ce chemin (où il avait fait un vœu) ; il demeura donc là, faisant des dons et acquérant des mérites. Réunissant un grand amas de joyaux, il passa le temps à faire des libéralités aux Cramai as, aux Brahmanes, aux voyageurs, aux parivrajakas, aux ascètes, et aux misérables.

Le bienheureux Buddha. . . (Toute science et misfricorde des Buddhas). . , l'aperçut.

Bhagavat pensa : le capitaine aura une pensée qui ne se détournera plus de la Bodhi suprême. — Cette réflexion faite, avant midi, il se revêtit de sa tunique et de son manteau, prit en main son vase à aumônes, accompagné d'une suite nombreuse de Bhixus, suivi de la Confrérie des bhixus et entra dans Çrâvastî par cette même porte.

Le capitaine vit de loin le bienheureux Buddha orné de trente-deux signes, etc.... Cette vue fit naître en lui une grande joie. En conséquence de cette joie, il jeta les joyaux à pleines mains pour les offrir à Bhagavat. Par la puissance du Buddha, ces joyaux se groupèrent au-dessus de Bhagavat sous la forme d'une maison volante, qui s'avançait quand Bhagavat marchait, restait fixe quand il s'arrêtait.

A la vue de ce prodige, le capitaine eut une joie encore plus grande. Par suite de cette augmentation de joie, il adora les pieds de Bhagavat et dit : Je désire offrir pendant trois mois à Bhagavat et à la confrérie des Bhixus des vêtements, des mets, des lits, des sièges, des remèdes, des médicaments. Je

prie Bhagavat d'y consentir . — Bhagavat acquiesça par son silence à la demande du capitaine.

Alors le capitaine, comprenant que Bhagavat avait acquiescé par son silence, fit tous les préparatifs nécessaire dans Jetavana, et, pendant trois mois, il honora le Buddha et la Confrérie des bhixus en leur donnant tout le nécessaire. Le dernier jour, il nourrit le Buddha et toute la Confrérie des bhixus avec des mets à cent saveurs ; il offrit à Bhagavat un vêtement valant cent mille (pièces de monnaie) et à chacun des autres bhixus une paire d'étoffes de coton. 11 fit alors un vœu pour laBodhi parfaite et suprême... (vœu et prédiction )... Tu seras le bienheureux Buddha Ratnosnisavat * (qui a un joyau pour nsnisa ou protubérance du sommet de la tête). — Telle fut sa déclaration.

iû. La richette

C'était à Çrâvasti. En ce temps-là, il y avait à Çrâvastî un maître de maison qui prit une femme de même caste que lui. . . (mariage, naissance (F un fils y imposition de nom, première éducation) .. .

Quand l'enfant devenu grand, il apprit la lecture (et l'écriture) le calcul mental la numération parlée et écrite (?), le calcul sur les doigts, l'art d'expliquer, de dissimuler, de développer, l'estimation des habits, des joyaux, des pierreries, des parfums, des remèdes, des éléphants, des chevaux, des armes. Possédant bien l'alphabet, versé dans les livres, il était instruit, éclairé, réfléchi, accompli dans les huit espèces de recherche ou (d'estimation)2.

Un jour, il emporta des marchandises pour se rendre sur l'Océan, et revint après avoir atteint le but de son grand voyage sur l'Océan.

(Pendant son absence), le maître de maison s'étant attaché au maître de maison Anâthapindada, en vint à croire à l'enseignement de Bhagavat, accepta le (triple) refuge et les bases de la doctrine.

Un jour donc, le maître de maison invita le Buddha avec la confrérie des Bhixus à venir dans sa demeure. Après les avoir rassasiés, en les' servant lui-même, de mets et de breuvages purs, exquis, abondants, et leur

* Restitution hypothétique du tibétain Rin-chengtsug-tor-ean.

* Ces huit espèces d'estimation semblent désigner les huit choses qui viennent d'être éuumérées; le mot que je rends par « estimation » (brtag) doit peut-être se prendre dans un sens plus large : il s'appliquerait à la connaissance raisonnée de tout ce qui se rapporte auzdits objets.

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avoir offert ce qu'ils désiraient, il s'assit devant le Buddha pour entendre la loi.

Bhagavat, connaissant à fond les dispositions de ce maître de maison, son état mental, son tempérament, sa connaissance, sa nature, lui adressa une instruction sur la loi en rapport avec ses tendances, en sorte que ce maître de maison, avec son entourage, sur le tapis même où il était assis, ayant brisé avec la foudre de la connaissance supérieure les vingt sommets de la montagne qui fait considérer le groupe de ruines1 comme une demeure (assutée), atteignit le fruit de Çrota-âpatti.

Ayant donc vu la vérité, il venait fréquemment à Jetavana pour entendre la loi de la bouche de Bhagavat. Chaque fois il songeait à son fils et se disait : Oh ! s'il venait ici et obtenait la foi dans l'enseignement de Bhagavat, ne lui siérait-il pas d'acquérir aussi de telles lois ?

Or, un jour, le fils du maître de maison, ayant réussi dans son voyage sur l'Océan, revint et déposa ses richesses dans un magasin, puis se rendit en toute hâte à la maison pour voir son père et sa mère. Le père et la mère étaient partis pour Jetavana, afin d'entendre la loi. — A cette nouvelle, il se rendit lui-même à Jetavana. Quand il y fut arrivé, il se dit : Il faut que je voie mon père et ma mère ; en même temps, il voit son père et sa mère assis devant Bhagavat pour entendre la loi. Dès qu'il les eut vus (dans cette attitude) , il se dirigea du côté où était Bhagavat, adora avec la tête les pieds de Bhagavat; puis, avoir embrassé son père et sa mère, il s'assit devant Bhagavat pour entendre la loi.

Alors Bhagavat prononça devant cet enfant un discours propre à foire naître le désir de la Bôdhi parfaite, accomplie et suprême. Aussitôt que l'enfant l'eut entendu, le désir de la Bôdhi parfaite et suprême naquit en lui. Après avoir entendu la loi de la bouche de Bhagavat, le maître de maison s'en retourna chez lui avec son fils.

Une fois rentrés, les deux (parents) dirent à leur fils : Mon fils, que nous as- tu rapporté de l'Océan? — Des joyaux de grand prix, répondit l'enfant. — Le père et la mère reprirent : Toi, mon fils, quand tu étais sur la mer, tu

1 Ce groupe de ruines est le monde ou plutôt le corps ; car c'est ordinairement le corps qui est cité dans cette phrase très souvent reproduite. Le mot du texte tibétain est hjigs, qui signifie « terreur » ; mais je lis hjigy « ruines, » qui offre un sens plus satisfaisant.

as savouré des milliers de douleurs à satiété; nous, eu restant ici, nous avons, avec peu de peine, obtenu des joyaux d'un prix immense. — Eh bien ! quels sont les joyaux de grand prix qu'on peut obtenir avec peu de peine ? reprit b fils. — Alors le père et la mère lui expliquèrent les qualités (dont ils étaient investis) l'un et l'autre.

L'enfant ne les eut pas plus tôt entendus que la joie qu'il éprouvait à cause de Bhagavat devint plus forte (que jamais). Sous l'impulsioa de cette joie, il S3 rendit au lieu où était Bhagavat, adora avec sa tête les pieds de Bhagavat, puis s'assit pour entendre la loi .

Alors Bhagavat lui enseigna la loi d'une manière conforme à sa situation ; puis le fils du maître de maison, comprenant parfaitement l'à-propos du discours de Bhagavat, se leva de dessus son tapis, rejeta son vêtement de dessus son épaule et, faisant l'anjali du côté où était Bhagavat, parla ainsi à Bhagavat : Je désire offrir pendant trois mois à Bhagavat et à la confrérie des Bhixus des vêtements, des mets, des lits, des sièges, des remèdes, des médicaments; je prie Bhagavat de me manifester son acquiescement. Bhagavat manifesta son acquiescement par son silence.

Comprenant alors que Bhagavat avait acquiescé en gardant le silence, il

fit dans Jetavana tous les préparatifs nécessaires (Dons, — vœu —

prédiction)... Tu seras le bienheureux BuddhaUDAKAUGHA1 (« Flot d'eau »). Telle fut sa déclaration.

i t* Pris de force

C'était à Çrâvastî que (Bhagavat) résidait. En ce temps-là, le roi du Pancâla septentrional et le roi du Pancâla méridional étaient tous les deux en grand désaccord, et de temps en temps, ils faisaient périr (dans la bataille) de grandes multitudes d'hommes. Le roi Prasenajit était leur ami commun, un allié, un compagnon . Le roi Prasenajit se disait donc : Parquelmoyen vieil drai-je à (bout de) les réconcilier ? — Cette réflexion lui vint alors à l'esprit : Bhagavat dompte les indomptables. Eh bien! je ferai une prière à Bhagavat.

Il se rendit donc auprès de Bhagavat, adora avec la tête les pieds de Bhagavat et s'assit près de lui. Le roi Prasenajit parla ainsi à Bhagavat :

1 Restitution très problématique du nom sanskrit d'après le tibétain Chu-riabs.

ànn. G. - B 51

Vénérable, le roi du Pancâla septentrional et le roi du Pancâla méridional sont en désaccord; à eux deux, ils font périr de temps en temps de grandes quantités d'hommes. Bhagavatdompte les indomptables; je prie Bhagavat, en raison de sa miséricordieuse compassion, de faire une tentative pour apaiser cette haine. Bhagavat acquiesça par le silence à la demande du roi Prasenajit. Le roi Prasenajit, comprenant que Bhagavat avait acquiescé, le loua hautement, et, rempli de joie, quitta Bhagavat après avoir adoré avec la tête les pieds de Bhagavat.

Alors Bhagavat disparut de Jetavana et vint sur la frontière commune du Pâncah septentrional et du Pancâla méridional. Quand il y fut installé, il donna sa bénédiction à la (région) pour laquelle les rois étaient animés d'un esprit d'hostilité.

Cependant le roi du Pancâla septentrional et le roi du Pancâla méridional mirent chacun en mouvement une armée composée de quatre corps, et s'avancèrent chacun de son coté pour combattre. Quand ils eurent engagé l'action, par la puissance du Buddha, ils se battirent mutuellement sans pouvoir réussir (à remporter une victoire complète) et, voyant que la force était à l'adversaire, ils montèrent chacun de son coté sur son char et se rendirent auprès de Bhagavat. Là, ils adorèrent avec la tète les pieds de Bhagavat et s'assirent près de lui.

Bhagavat les bénit de manière à ce qu'ils ne se vissent pas l'un l'autre; puis il fit cette réflexion: de ces deux (rois), l'un, après s'être fait initier ù mon enseignement, verra l'état d'Arhat se manifester pour lui; l'autre aura une pensée qui ne se détournera plus de la Bôdhi parfaite et suprême.

Cette réflexion faite, il adressa à l'un un discours sur les quatre vérités, à l'autre un discours de nature à provoquer le désir de la Bôdhi parfaite et suprême.

Ensuite le roi du Pancâla méridional, s'étant levé de son siège, ayant rejeté son manteau sur une épaule, et faisant l'anjali dans la direction de Bhagavat, parla ainsi à Bhagavat: Vénérable, s'il est possible d'obtenir l'initiation à la loi et à la discipline bien enseignées, d'être reçu solennellement et revêtu du caractère de Bhixu, je demande à pratiquer le Brahmacarya en présence de Bhagavat. Alors Bhagavat dit: Bhixu, viens! — C'est en ces termes qu'il fut initié ; il fut ensuite solennellement reçu, et l'instruction

ayant produit tout son effet, à force d'énergie, d'activité, de zèle, il se débarrassa des Kleças, et l'état d'Arhat se manifesta pour lui.

Le roi du Pancâla du Nord, s'étant levé de dessus son tapis, ayant rejeté son manteau sur une épaule, fit l'anjali en s'inclinant du côté où était Bhagavat, et parla ainsi à Bhagavat : Je désire fournir pour trois mois à Bhagavat et à sa confrérie de Bhixus des habits, des aliments, des lits, des sièges, des remèdes, des médicaments. Bhagavat acquiesça, par son silence, à la demande du roi' du Pancâla du Nord.

Voyant que Bhagavat avait acquiescé en gardant le silence, le roi du Pancâla du Nord invita Bhagavat avec sa confrérie de Bhixus à venir dans son pays, et, pendant trois mois, il offrit à Bhagavat et aux Bhixus de la confrérie tout ce qui leur était nécessaire. Quand il les eut honorés en leur fournissant tout le nécessaire, le dernier jour, il offrit à Bhagavat et à la confrérie des Bhixus des mets à cent saveurs; il offrit à Bhagavat un vêtement valant cent mille (pièces de monnaie) et à chaque Bhixu un double vêtement de coton. Après quoi il fit un vœu pour la Bôdhi parfaite et suprême. . . (Vœu et prédiction)... Tu seras le bienheureux Buddha Vijaya1. Telle fut sa déclaration2.

Nota. — Sur ces onze récits, il y en a quatre qui ont leur équivalent dans le premier chapitre de TAvadâna-Çataka. Ce sont : l°Pûrna, — 3° le Paresseux, — 6° le Lotus, — 11° Pris de force. — La rédaction de l'Avadâna-Çataka diffère notablement de celle du Karma-Çataka. — Le Lotus (Padma) 7e récit de l'Avadana-Çataka (répondant au 6* du Karma-Çataka) a été traduit par Burnouf dans Y Introduction à V histoire du Buddhisme indien, p. 178-182 de la réimpression.

* Restitution certaine du Tibétain rnam-par rgyal-va fournie directement par l'Avadâna-Çataka où se trouve une autre version de ce thème.

1 11 est à remarquer que cet épisode de la réconciliation des deux rois de Pancâla est cité par Gsoma de Kdrôs dans son article intitulé : « Notes sur la vie de Çàkya extraites des documents tibétains » (voir Asiatic Researches, tome XX, p. 295). Csoma intervertit les conditions nouvelles respectivement faites aux deux rois. Est-ce inadvertance I Ou s'est-il appuyé sur une autre rédaction ? Il ne dit pas où il a puisé ses renseignements.

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