VISITE DE BRAHMA A ÇAKTA
Alors Brahmâ le maître du monde eut cette pensée : Hélas ! le monde ne durera pas ! Hélas ! si le monde ne dure pas, à quoi sert- il que le Tathâgata, Arhat, parfait et accompli Buddha, soit venu ainsi dans le monde en suivant la voie royale, une seule fois, comme la fleur de l'Udumbara. Puisque Bhagavat reste assis maintenant de la sorte, à cause de son peu de cœur, et ne tend pas à manifester du dévouement et à enseigner Ja loi, eh bien ! j'irai et je le supplierai. — Telle fut sa pensée. Alors Brahmâ, le maître du monde, avec la même (facilité) qu'un homme robuste étendrait son bras plié, ou plierait son bras étendu, disparut du monde de Brahmâ et se trouva en présence de Bhagavat.
Brahmâ le maître du monde adressa en ce temps là cette gàthâ à Bhagavat :
Il exista jadis dans le Magadha une loi
Impure, méditée par des hommes souillés ;
Ouvre la porte de la loi de l'Amrta,
Annonce (la loi) comprise par celui qui est sans tache.
Bhagavat répondit :
Brahmà, c'est avec une grande difficulté Que j'ai surmonté les vices et compris (la loi). Ceux qui sont dominés par la passion de l'existence Ne comprendront pas bien cette loi.
La voie qui suit une direction contraire au courant (général), (Cette voie) profonde et très difficile à apercevoir, Ceux qui sont enveloppés par l'amas des ténèbres Et en proie à la passion du désir ne la verront pas par cette raison.
— Vénérable, parmi les hommes qui sont daas le monde, parmi les êtres qui ont vieilli dans le monde, on en trouve qui de naissance ont les sens alertes, ou les sens médiocres, ou les sens émoussés ; qui sont faciles à entraîner ou faciles à discipliner, qui ont peu de corruption naturelle, peu de passion : ceux-là, s'ils n'entendent pas la loi, tendront à tomber toujours plus bas. Vénérable, il en est comme des Nymphéas, des Lotus, des Lotus rouges, des Lotus blancs, qui sont nés dans l'eau, ont grandi dans l'eau. Tandis que les uns s'élèvent au-dessus de l'eau, quelques uns sont au niveau même de l'eau, quelques-uns sont encore plongés dans l'eau. Ainsi, Vénérable, parmi les hommes qui sont dans le monde, parmi les êtres qui ont vieilli dans le monde, on en trouve qui, selon leur nature, ont les sens alertes, les sens médiocres, les sens émoussés, qui sont faciles à conduire, faciles à discipliner, qui ont peu de corruption naturelle, peu de passion; ceux-là, s'ils n'entendent pas la loi, tomberont toujours plus bas. Afin qu'ils aient le joyau de la loi, je prie Bhagavat de proclamer la loi, je prie le Sugata de proclamer la loi.
Alors Bhagavat se dit en lui-même : Hé bien ! il faut que moi-même, avec l'œil du Buddha, je regarde le monde.
Cette réflexion faite, Baghavat lui-même, avec l'œil du Buddha, contempla le monde. Quand Bhagavat contempla ainsi le monde avec l'œil du Buddha, parmi les hommes qui étaient dans le monde, et parmi les êtres qui avaient vieilli dans le monde, il y avait des natures à sens alertes, à sens médiocres, à sens émoussés, faciles à conduire, faciles à discipliner, ayant peu de corruption naturelle, ayant peu de passion ; ceux-là, s'ils n'entendaient pas la loi, tendraient à tomber toujours plus bas : Voilà ce qu'il vit. A cette vue, Bhagavat en vint à déployer un grand amour pour les êtres.
Puis Bhagavat prononça en ce moment-là cette stance :
Les portes de l'Amrta vont être ouvertes ; Quiconque désire entendre, qu'il guérisse ses doutes. Brahmâ, j'annoncerai la loi aux hommes, Cette loi de satisfaction, irréprochable et humble.
Puis Brahmâ, le maître du monde, pensa en lui-même: Ah! Bhagavat annoncera la loi. Ah! le Sugata annoncera la loi. — A cette pensée, à cette certitude, il se réjouit, fut content, très content, et avec une joie centuplée, le cœur à Taise, il adora avec la tête les deux pieds de Bhagavat. Après quoi, ayant tourné trois fois autour de Bhagavat, il disparut.