LA SOUMISSION DE NANDOPANANDA, ROI DES NAGAS
Ce texte est un de ceux où la fantaisie bouddhique s'est donné le plus librement carrière. Il est traduit du pâli; mais je ne saurais dire dans quelle partie du canon il se trouve. J'ai fait un index alphabétique des textes du Sutta-pitaka pâli ; le Nandopananda-Nâqaraja-damana ne s'y trouve pas. Il est vrai que mon index doit avoir plus d'une lacune; mais j'ai peine à croire que ce sûtra m'eût échappé, s'il faisait partie du Sutta-pitaka; car j'avais l'œil sur celui-là pour le trouver, et j'en ai découvert plus d'un que je ne cherchais pas. Il se peut que ce texte soit dans le Vinaya ou plutôt (car les textes importants du Vinaya ont passé dans le Sûtra) qu'il soit.un épisode d'un Sûtra plus étendu et portant un autre titre.
Tandis que j'ai cherché ce texte dans le Sutta-pitaka, sans le trouver, je l'ai trouvé, sans le chercher, dans un recueil extra- canonique le Sârasangaha composé de citations et d'extraits . Il en existe une autre version plus développée et accompagnée d'un commentaire dans un autre recueil extracanonique le Bahuûisâ.
Spence Hardy, dans son Manual of Budhism, parle de cet épisode d'après un livre singhalais l'Amavatara (p. 302-3). Il en est aussi question dans l'ouvrage de Schiefner intitulé: « une Biographie du Buddha * » (p. 44). On
* Cet ouvrage e«t en allemand, il a pour litre : Bine Lebensbeschreibung ÇAkyamunxs.
voit, par ces deux relations comparées Tune avec l'autre et chacune avec notre sûtra, qu'il existe plusieurs rédactions de ce récit.
Le nom de Nandopananda est en quelque sorte double; il se décompose en Nanda Upananda (« Nanda et Nanda second »). Hardy en parle toujours au singulier. Schiefner, au contraire, emploie le pluriel ; il voit deux Nâgas . Gsoma fait de même. Nos textes, le tibétain comme le pâli, n'ont rien qui décèle la pluralité. Le terme Nandopananda revient très souvent dans le Kandjour sous une forme assez singulière : il est au vocatif et sert à interpeller, à peu près comme si, nous adressant à plusieurs personnes dont nous ignorerions les noms ou que nous ne voudrions pas désigner par leurs noms respectifs, nous disions : Pierre, Paul ! . ..
Existe-t-il un sûtra tibétain, parallèle, semblable, mais non identique au sûtra pâli (comme nous en avons eu plusieurs exemples) ? Je l'ignore. Je puis avancer que ce sûtra n'existe pas, isolé, ni sous le titre propre au sûtra 21 • du volume XXX du Mdo ; mais il est très possible qu'on le trouve dans un grand recueil mêlé à d'autres textes dont nous ignorons également l'exis tence. Jusqu'à présent cette version tibétaine semble aussi introuvable que le texte pâli dans le canon du Sud.
Le texte pâli du Sdrasangraha et la traduction tibétaine du Kandjour ne sont pas toujours d'une correspondance parfaite ; il y a quelques différences. Nous éclaircirons les deux textes l'un par l'autre, nous attachant le plus possible au tibétain, sans entrer, à propos de différences au total assez légères, dans des explications qui seraient trop longues.