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LA SOUMISSION DE NANDOPANANDA, ROI DES NAGAS

- Mdo XXX, tl» folios 588-04 —

En langue de l'Inde: Nandopananda -ndga-râja-damana; en langue de Bod: Kluhi rgyal-po dgah-vo ner-dgah hdul-vaimdo. — (En français) : Défaite de Nandopananda, roi des Nâgas.

Adoration respectueuse aux trois joyaux sublimes :

Voici le discours que j'ai entendu une fois : Bhagavat résidait à Çrâvastî à Jetavana dans le jardin d'Anâthapindada. Un jour, le maître de maison

Anâthapindada, ayant entendu Bhagavat enseigner la loi, dit: « Vénérable, je te prie de venir chez moi avec cinq cents Bhixus prendre part au repas de midi. » Telle fut l'invitation qu'il lui adressa ; Bhagavat acquiesça.

Le reste du jour et la nuit se passèrent; le lendemain à l'aurore, Bhagavat contempla les dix mille régions du monde dans des vues de miséricorde.

Or, le roi des Nâgas appelé Nandopananda se montra au dehors des portes de la connaissance. (Bhagavat) examinant (se dit) : Y a-t-il véritablement en lui la semence du bien? — Et il vit que (Nandoponanda) ne croyait pas aux trois joyaux parce qu'il avait des vues fausses.

Ce que voyant, (il se dit encore) : « Qui le sauvera de ses vues mauvaises ? » et, pour le dompter, il jeta les yeux sur le Sthavira Mahâ-Maudgalyâna. S'étant donc apprêté, à la fin de la nuit, au point du jour, il dit à l'âyusmat Ananda : Ananda, donne cet avis : Bhagavat part avec cinq cents Bhixus pour le monde des dieux. — Vénérable, il sera fait selon tes ordres. — A ces mots, (Ananda) alla porter la nouvelle aux Bhixus.

Ce jour-là, Nandopananda tenait une grande cour : il était assis, les jambes croisées, sur un joyau divin ; on lui tenait un parasol blanc divin. Des Nâgas mâles et femelles dansaient devant lui; un cercle de Nâgas l'entourait et le servait, lui présentant des vases divins, et il goûtait toutes sortes de mets et de breuvages.

Bhagavat vit les faits et gestes du roi des Nâgas ; quand il les eut vus, il s'éleva au dessus du baldaquin établi au-dessus de la tête de ce personnage. Bhagavat était accompagné de cinq cents Bhixus ; il passa chez les dieux Trayastrimçat.

A ce moment, en cet instant, Nandopananda, roi des Nâgas, tomba dans des vues vicieuses. Une mauvaise pensée telle «que celle-ci naquit en lui : Ces Bhixus à la tête rasée vont aller s'établir au-dessus de moi dans la demeure des dieux Trayastrimçat ; désormais la poussière de leurs pieds va me tomber sur la tète. Je ne leur permettrai pas d'y aller.

Cette réflexion faite, il se leva et se rendit au pied du Meru; puis, abandonnant sa propre forme, il embrassa le mont Meru tout entier du sommet à la ba^e, en y enroulant sept fois son corps, et dressa sa tête au-dessus de la cime. C'était afin que (le Meru) ne fit pas visible aux Trayastrimçat.

Alors l'âyusmat Râstrapâla parla ainsi à Bhagavat : Vénérable, autrefois,

quand je me trouvais en ce lieu dans cette région, je voyais le mont Meru, je voyais le mont Meru avec sa chaîne, je voyais les Trayastrimçat, je voyais l'excellente demeure Vijaya, je voyais l'étendard dressé au haut de l'excellente demeure Vijaya. Vénérable, par quelle série de causes et d'effets arrive- 1— il que maintenant le mont Meru est invisible ?

Bhagavat répondit: Râstraspâla, c'est que le roi des Nâgas appelé Nandopananda, irrité contre vous, a enroulé sept fois son corps autour du Meru et l'offusque de sa tête, il reste là le plongeant dans d'épaisses ténèbres. — Râstrapâla reprit : Le dompterai-je ? — Bhagavat ne consentit pas.

Ce fut ensuite le tour de l'âyusmat Bhadrika, de l'âyusmat Râhula ; tous les Bhixus, selon le rang de leur dignité, firent la même question. Pour aucun d'eux, Bhagavat ne consentit.

Après tous les autres, le Sthavira Mahâ-Maudgalyâyana fit cette question : Vénérable, le dompterai-je ? — Fils de Maudgala, dompte-le. — C'est en ces termes que Bhagavat lui donna la permission.

Le Sthavira abandonna son propre corps, il le transforma en corps de grand roi des Nâgas. 11 enroula quatorze fois son corps par-dessus celui de Nandopanauda et éleva sa tête au-dessus do celle du roi des Nâgas. — Presse sous toi tout ce qui tient au mont Meru, dit (Bhagavat). — Et le Sthavira, fils deMaudgalya, fit ainsi.

Ensuite le roi des Nâgas Nandopananda vomit de la fumée. Le Sthavira dit : S'il y a de la fumée dans ton corps, il y en a aussi dans le mien. La fumée du roi des Nâgas Nandopananda ne fit point de mal au Sthavira; mais la fumée du Sthavira fit du mal au roi des Nâgas Nandopananda.

Le roi des Nâgas prit feu'. Il y a du feu dans ton corps, dit le Sthavira ; n'y en a-t-ilpas également dans le mien ? — A ces mots, il s'embrasa. Le feu du roi des Nâgas ne fit point de mal au Sthavira ; mais le feu du Sthavira fit du mal au roi des Nâgas.

Le roi des Nâgas se dit en lui-même : Celui-ci a commencé par étreindre mon corps avec le mont Meru ; ensuite il a lancé de la fumée et du feu. — Qui es-tu? lui dit-il. — Le fils de Maudgala. — Vénérable, reprends ta forme propre !

Le Sthavira rejeta le corps de Nâga, puis entra par le trou de l'oreille droite de son adversaire et ressortit par le trou de l'oreille gauche ; entrant

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ensuite par le trou de l'oreille gauche, il ressortit par celui de l'oreille droite. Semblablement, il entra par le trou de la narine droite et ressortit par celui de la narine gauche, rentra ensuite par le trou de la narine gauche pour ressortir par celui de la narine droite.

La bouche du roi des Nâgas s'étant ouverte, le Sthavira entra par cette bouche et se promena en long et en large dans les entrailles du monstre. Bhagavatdit : Maudgalya, retiens bien les transformations du Nâga ; leNâga possède une grande puissance de transformation. Le Sthavira répondit: Vénérable, j'ai bien médité les quatre bases de la transformation, j'y suis revenu à bien des reprises, je m'y suis appliqué, j'en ai fait mon sujet d'étude, je m'y suis attaché, je me les suis assimilées, je les ai entreprises. Vénérable, voici Nandopananda ! Eh bien ! je me sens de force à dompter des centaines de mille d'êtres tels qu'Upananda.

Le roi des Nâgas se dit : Je ne vois pas celui qui se promène au dedans de moi. Au moment où il sortira, je le saisirai entre mes deux dents canines et je le dévorerai. Cette réflexion faite : Vénérable, sors, lui dit-il. A quoi bonté promener en long et en large et rester dans mon ventre ? Le Sthavira sortit et se tint 4à. Le roi des Nâgas dit en le voyant : C'est donc celui-ci ? Il lança contre lui le souffle de ses narines. Mais le Sthavira avait accompli au sein de l'égalité d'esprit le quadruple Dhyâna, et le souffle des narines (de son adversaire) ne put pas même agiter un seul des poils de son corps.

D'autres Bhixus que lui avaient été précédemment capables d'opérer toutes les transformations, ils étaient parfaitement entrés dans ces (mi) lieux ; mais ils n'avaient point été capables de réaliser aussi promptement le quadruple Dhyâna. C'est pour cela que Bhagavat ne leur avait pas permis de dompter le roi des Nâgas.

Le roi des Nâgas se dit : Je ne suis pas même capable d'agiter par le souffle de mes narines un seul des poils de ce Bhixu; -*- et il prit la fuite.

Le Sthavira, voyant le roi des Nâgas s'enfuir de peur, changea de forme, prit l'apparence de Suparna et le poursuivit1 en faisant du vent avec ses ailes puissantes.

Atteint par les ailes puissantes, le roi des Nâgas abandonna sa forme

* Phrase qui n'est pas dans le tibétain, mais se trouve dans le ràii.

propre, prit celle d'un jeune brahmane et salua les pieds du Sthavira en disant : Vénérable, je viens en refuge près de toi. — Va près du maître, lui dit le Sthavira. — J'y vais, répondit le roi desNâgas, qui, vaincu, dépouillé de son venin, se rendit près de Bhagavat.

Le roi des Nâgas adora Bhagavat : Vénérable, lui dit-il, je viens en refuge près de toi. — C'est bien, répondit Bhagavat, et avec son cortège de Bhixus, il se rendit chez Anâthapindada.

Vénérable, dit Anâthapindada, pourquoi as-tu tant tardé à venir? — C'est que le fils de Maudgalya et Nandopananda se sont livré bataille, répondit Bhagavat. — Vénérable, qui a été le vaincu ? qui a été le vainqueur ? dit Anâthapindada. — Maître de maison, le fils de Maudgalya est le vainqueur, répondit Bhagavat, Nandopananda est le vaincu.

Anâthapindada reprit : Vénérable, je désire offrir à Bhagavat le repas de midi pendant sept jours consécutifs; je demande aussi à offrir mon hommage et un séjour au Sthavira. Je souhaite d'honorer pendant sept jours le Buddha avec ses cinq cents Bhixus.

Tel fut le discours prononcé par Bhagavat. Les Bhixus louèrent hautement le discours de Bhagavat.

Fin du Sûtra de la soumission de Nandopananda.

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