‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 191 sur 295 · DHARANI POUR ECHAFPER AU PRETA DE LA BOUCHE DUQUEL SORT · texte numérisé non relu

DHARANI POUR ECHAFPER AU PRETA DE LA BOUCHE DUQUEL SORT

UN FEU BRULANT — Rgyud XIV, folio» 193-6. -

En ce temps-là, Bhagavat résidait au pays de Kapila, dans la demeure delà Confrérie; et, entouré de la Confrérie des bhixus et de Bôdhisattvas sans nombre, il enseignait la loi.

En ce temps-là, Tâyusmat Ananda, assis dans un coin, s'appliquait à retenir la loi et rassemblait toutes les forces de sa mémoire. Ce soir-là, dans une partie avancée de la nuit, un prêta appelé Mukhâgnyulka i aux formes disgracieuses, d'une maigreur extrême, de la bouche duquel sortait une flamme, dont la gorge était mince comme une aiguille, avec les cheveux hérissés, des dents et des ongles démesurément longs et qui semblaient faits pour tout détruire, vint près de Nanda2, et parla ainsi à Nanda : Toi, dans sept jours à partir d'aujourd'hui, tu naîtras dans la région des Prêtas.

Quand Nanda eut entendu ces paroles, il eut peur, il trembla et parla ainsi à ce Prêta: Cette perspective de naître dans la région des Prêtas après avoir fini mon temps ici, par quel moyen puis-je (l'éviter et) être délivré de cette douleur? — Le Prêta répondit : Si demain tu fais une distribution 3 à des Prêtas aussi nombreux que les centaines de mille de millions de millions de grains de sable du fleuye du Gange et que tu offres les aliments les meilleurs de la contenance d'un drôna mesure du jardin du pays du milieu (?) à chacun des Brahmanes et de Rsis autant qu'il en existe par centaines de mille, et que tu fasses à cause de moi une offrande aux trois joyaux, ta vie se prolongera, tu échapperas aux douleurs des Prêtas, et tu renaîtras parmi les dieux du Svarga.

En ce temps-là, quand Nanda vit ce Prêta, de la bouche duqiielle sortait une flamme, dont le corps était difforme, d'une maigreur extrême, aux dents et aux ongles longs et aigus, ce spectacle ne lui alla point au cœur, les paroles qu'il avait entendues ne lui plaisaient pas. La peau de son corps frissonna (?) \ comme on dit, il se leva épouvanté de la place où il était assis et se rendit en hâte auprès de Bhagavat. Quand il fiit arrivé en présence deBhagavat, il se prosterna à terre, adora avec la tête les pieds de Bhagavat, et, le corps tremblant, lui demanda sa protection pour son esprit troublé par la douleur. Il parla donc à Bhagavat en ces termes :

J'étais là, dans un coin, occupé à me rappeler la loi ; un Prêta, de la bouche duquel sortait une flamme, m'adressa ce discours : Toi, dans sept jours, à

1 Ou Mukholka (à qui une flamme sort de la bouche )

2 Le personnage appelé la première fois Ananda (Kun^dgàh-vo) est appelé Nanda (Dgah-vo) dans toute la suite du texte.

3 L'offrande appelée Torma (gtor-ma), en sanskrit bali.

* Il y a ici ^m mot effacé qui fait partie d'une expression répondant sans doute à notre expression * chair de poule ».

partir d'aujourd'hui, tu mourras pour renaître dans la région des Prêtas. Et, comme je le questionnais sur le moyen d'éhapper à cette douleur de Prêta, il me dit : Si tu fais une distribution à autant de Prêtas qu'il y a de centaines de mille de millions et de millions de grains de sable dans le fleuve du Gange, et que tu offres une nourriture bonne et excellente à des centaines de mille de Brahmanes et de Rsis, ta vie se prolongera. — Bhagavat, comment pourrai-je préparer des aliments en quantité suffisante pour ces Prêtas et ces Rsis?

Alors Bhagavat dit à Nanda : N'aie point de crainte ! Je sais un moyen qui te permettra de préparer en abondance des aliments et une distribution pour les Prêtas aussi nombreux que les grains de sable du fleuve du Gange et pour des Brahmanes et des Rsis. Ne laisse pas ton cœur faiblir !

Alors Bhagavat dit à Nanda : J'ai une Dhâranî, c'est une clarté qui est à la disposition d'une majesté sans limites, on l'appelle l'Energie triomphante1. Celui qui prononce cette Dhâranî donne des aliments et une distribution à des Prêtas aussi nombreux que les centaines de mille de millions et de millions de grains de sable du fleuve le Gange, à des Brahmanes et à des Rsis. Ceuxlà et les autres obtiendront chacun sept dronas mesurés selon la mesure des dronas du jardin du pays du milieu. Nanda, moi, étant Brahmane, j'ai entendu cette Dhâranî (de la bouche) du Bôdhisattva Avaiokiteçvara et du Tathâgata Vaçavarttiguna8. Par la vertu de cette (Dhâranî), des Prêtas innombrables, de nombreux Rsis ont reçu des aliments et des distributions, et ceux qui étaient nés dans la région des Prêtas, après avoir été délivrés de leurs douleurs, sont nés parmi les dieux du Svarga. Nanda, apprends-la, et tu renaîtras en augmentant tes mérites et la durée de ta vie.

En ce temps-là, Bhagavat prononça pour Nanda cette Dhâranî :

Nama : Sarvatathâgata avalokita | sambhara sambhara hum

Bhagavat dit à Nanda : Le fils de famille ou la fille de famille qui désire prolonger (ses jours) ou accroître ses mérites religieux, s'il veut parachever

1 Vijaya-Vega. Mais il se peut que les termes que je donue comme une description fassent partie du nom et qu'on doive dire : J'ai une Dhâranî appelée « l'Énergie triomphante (par) le rayon de lumière qui est à la disposition de la majesté sans limite » ; ce qui se dit en tibétain G ri-vrjid tsad-med pat dvang-du gyur-pai od-zer vnam-par vgyal-vai çugs; sanskrit probable : PratâpApramànâdhiputeya-raçmi-Vijayavega. #

* Tib. Dvang-ngyur yon-tan.

promptement la perfection du don, ne trouvera jamais aucun obstacle à l'heure du matin ni à aucune autre heure. Après avoir passé de l'eau pure dans le vase (pour le rendre) pur, on y jette du grain bouilli, de la fleur de farine ou d'autres aliments ; puis, la main placée au-dessus du vase, on prononce sept fois la Dhâranî. — Après quoi, il faut invoquer les noms de quatre Tathâgatas.

1° Adoration au Tathâgata Bahuratna1. Par la bénédiction de cette invocation du nom du Tathâgata Bahuratna, tous les Prêtas qui ont pratiqué l'égoïsme8 dans beaucoup de naissances, surmontant le Karma vicieux, arriveront à la perfection de leurs mérites.

2° Adoration au Tathâtaga Rupottama3. — Par labénédiction de cette invocation du nom du Tathâgata Rupottama, de nombreux Prêtas, surmontant les proportions disgracieuses, arrivent à la perfection de la forme et des signes.

3° Adoration au Tathâgata Kâyaprasara*. — Par la bénédiction de cette invocation du nom du Tathâgata Kâyaprasara, on échappe à la soif (qui fait le tourment) de tant de Prêtas5; on est rassasié. Le don trouve sa place, on a des aliments autant qu'on en désire, on est content et rassasié.

4° Adoration au Tathâgata Abhaya6. — Par la bénédiction de l'invocation du nom du Tathâgata Abhaya, on est affranchi de toutes les craintes de tant de Prêtas, et la région des Prêtas est au calme.

Bhagavat dit à Nanda : Après la bénédiction par l'invocation du nom des quatre Tathâgatas, le fils de famille ou tout autre fait claquer ses doigt trois fois; puis, prenant le vase de l'offrande (ou de la distribution), il étend la main et doit le répandre sur la terre pure. Après que l'offrande (ou la distribution, bali) aura été faite de C3tte façon, les Prêtas, venus des quatre points (du monde) en aussi grand nombre que les cent mille millions de millions de grains de sable du fleuve le Gange, obtiendront chacun septdronas mesurés selon la mesure du drona du jardin du pays du milieu. Ces aliments, les Prêtas en

1 Ou Ratnabahu. Tib., Rin-chen mang « abondant en joyaux. » 9 Le mattarya\ c'est leur vice essentiel, V. p. 262.

3 Tib., Gzugs-dam-pa, « forme ou beaulé excellente. » Les Prêtas ont des formes hideuses.

4 Tib., Sku hjam klas, a afâuence vers (?) le corps. » Les Prêtas souffrent la faim et la soif. » V. p. 262 et 277.

6 Tib., hjigspa dang bral-va, « sans crainte ».

mangent tant qu'il leur plaît. Alors, on évite la région des Prêtas et Ton naît parmi les dieux du Svarga.

Nanda, si un Bhixu ou une Bhixunî, un Upâsaka ou une Upâsikâ quelconque fait constamment des dons à des Prêtas en prononçant cette Dhâranî pour la nourriture, il parachève une multitude de mérites sans nombre, et, si ensuite il prolonge indéfiniment le mérite des offrandes faites à des centaines de mille de millions et de millions de Buddhas, faisant naître et développant la longueur de vie, les mérites, l'éclat et la force, il parachève les racines de vertus. Les êtres non humains, les Yaxas, les Raxasas, les Prêtas, en un mot les êtres pernicieux ne pouvant plus (lui) nuire et (lui) faire du tort, il a parmi les autres une majesté sans mesure.

Si celui, quel qu'il soit, qui, dans le désir de faire des dons aux Brahmanes et aux Rsis, met de la nourriture bien pure dans un vase de manière à le remplir, prononce la Dhâranî sept fois et répand (cette offrande, ou la dépose) dans le courant d'un pur ruisseau, cette opération donne à cette nourriture la physionomie d'un aliment divin et en fait une bonne et excellente (nourriture). Ensuite ces Brahmanes et ces Rsis, ayant entendu parler de la nourriture distribuée au moyen de la Dhâranî, se réjouissent et se félicitent en leur particulier par suite du don fait au moyen de la Dhâranî, de telle promesse faite antérieurement, des mérites des racines de vertu dans lesquels ils sont en plein ; puis ils se rassemblent tous en un même instant et font ce vœu (pour le donateur) : Puisses-tu, jouissant d'une longue vie, de l'éclat et de la force, être heureux et content !

Il y a plus : l'homme qui voit selon cette manière de penser, qui est parfaite ment pur par la porte de l'audition (c'est-à-dire n'entend que de bons discours), excelle dans la connaissance, s'abstient du mal, pratique le Brahmacarya divin, (cet homme-là) est accompli.

Il y a plus : comme il porte l'empreinte des mérites de l'offrande faite à des centaines de mille de millions et de millions de Buddhas aussi nombreux que les grains de sable du Gange, il n'est pas d'adversaire qui puisse lui nuire.

Si un Bhixu ou une Bhixunî, un Upâsaka ou une Upâsikâ désire faire une offrande au Buddha, à la Loi, à la Confrérie, c'est en disant vingt et une fois cette Dhâranî sur les parfums, les fleurs et la bonne nourriture qu'il doit la

FRAGMBNT8 TRADUIT8 DU KANDJOUR 447

présenter aux trois joyaux. Ensuite, après que cette nourriture présentée par ce fils de famille ou cette fille de famille aura pris la physionomie d'une nourriture, divine, il en fera l'offrande aux (divers) points des régions du monde, au Buddha, à la Loi, à la Confrérie. Puis, après qu'elle a été louée, présentée, offerte, qu'il a pris possession du mérite de la joie qui résulte de ces actes, ils sont célébrés et médités constamment par les bienheureux Buddhas ; (lui-même), il est constamment protégé et gardé par beaucoup de dieux ; il arrive à l'accomplissement de la perfection du don.

Nanda, retiens bien, selon ces termes, cette formule de la loi, et enseignela au large, pour que tous les êtres y goûtent et l'entendent ! Ils obtiendront par là des mérites sans nombre.

Fin de la Dhâranî qui fournit un refuge dans le (cas du) Prêta à la bouche enflammée.

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