HISTOIRE DE CUBHA-MANAVA
Subha-Mânava dont le nom s'écrit Çubhaen sanskrit est l'interlocuteur du Petit Karma Vibhanga pâli ; il est aussi celui de notre Karma-Vibhâga tibétain (et même de l'autre texte que nous n'avons pas traduit). Seulement le Kandjour rappelle Çuko (= Çuka). Je ne veux pas discuter cette variante, qui, même en supposant une simple erreur de copiste, pourrait donner lieu à des recherches intéressantes, mais difficiles; et je donne immédiatement la traduction du texte qui concerne notre personnage. On y trouvera des détails curieux sur la transmigration, comme aussi, bien entendu, sur la puissance du Buddha. Ce texte pâli fait partie du Papanca-Sûdanî commentaire du Majjhima Nikâya. Le même récit se retrouve avec des variantes et des coupures dans le commentaire du Dîgha -Nikâya, le Sumangala-Vilàsinî, à propos du dixième texte de ce recueil dans lequel Çubha est aussi l'interlocuteur et qui même porte le nom de ce personnage.
Voici ce que nous dit de lui le Papanca-Sûdanî :
Extrait du Papana-Sûdanî (et da Sumangalavilâsini).
On donna à Çubha la qualification de Manava dans sonjeune âge, et, dans son âge avancé, on lui conserva cette même qualification. Il était beau, plein de grâce ; et, par ce motif, à cause de sa beauté, on lui donna le nom de Çubha (beau). C'était le fils du Brahmane Todeyya, purohita de Prasenajit.
Gomme ce Todeyya était le chef d'un village peu distant de Çrâvasti nommé Tudi, on lui donna le nom de Todeyya. Il était fort riche, ayant une fortune de 87 kotis (870 millions) et extrêmement ladre. « Celui qui donne, disait-il, ne peut empêcher l'épuisement de ses richesses ; » et fondé sur cette réflexion, il ne donnait jamais rien à personne. Car on dit :
En considérant la ruine (causée par le) collyre, l'accumulation des fourmilières, et la collection du miel (par les abeilles), le sage emmagasine son bien.
C'est ainsi qu'il professait la négation du don. Quand le parfait et accompli
Buddha demeura dans la résidence du chef, il ne lui donnait pas même plein une coque de noix de gruau de riz ou une cuillerée de riz bouilli.
Après sa mcrrt, à cause de sa passion des richesses, il renaquit dans cette (même) maison (sous la forme d'un) chien. Çubha chérissait extrêmement ce (chien), le nourrissait de mets préparés pour sa propre nourriture, le portait (dans ses bras) en marchant, le couchait dans son lit.
Or, un jour, au temps du matin, Bhagavat parcourant le monde du regard, vit le chien et dit: Le Brahmane Todeyya, à cause de sa passion des richesses est rené chien dans sa propre demeure ; j'irai aujourd'hui dans la maison de Çubha. Le chien en me voyant aboiera; je n'aurai à dire qu'un mot, et lui, se disant : leÇrainana Gautamana me reconnaît, ira à l'entrée du foyer et s'y couchera. A la suite de cela, j'aurai un entretien avec Çubha qui, après avoir entendu la loi, sera solidement établi dans les refuges. Quant au chien, il mourra et renaîtra dens le Niraya.
Ayant ainsi connu (à l'avance) comme un fait, cet établissement solide du jeune homme dans les refuges, Bhagavat, ce jour même, réveilla son corps et entra seul dans le village.
Le jeune homme était sorti quand Bhagavat entra dans la maison pour mendier. A la vue de Bhagavat, le chien s'approcha de lui en aboyant. Bhagavat lui dit alors : Todeyya, autrefois tu disais : « A moi les richesses ! » et tu dédaignais (les autres) ; maintenant que tu es né chien, tu irais en aboyant dans l'Avîci. — A ces mots, le chien se dit : Il me connaît, le Çramana Gotama, — et devenu repentant, baissant le cou, il tomba dans le foyer, parmi les cendres. On ne put le relever pour le coucher (sur le lit) .
Çubha étant survenu dit : Qui a jeté le chien en bas du lit? — Personne, lui répondit-on ; et on lui apprit ce qui s'était passé. — A l'ouïe de ces (faits), le jeune homme dit : Mon père est rené dans le monde de Brahmâ, il s'appelle Todeyya et non pas chien ; mais voici que le Çramana Gautama fait de mon père un chien ! me dira-t-il bien quelque chose là-dessus de sa propre bouche? — Inquiété par cette idée, il se rendit au Vihâra avec le désir de prendre Bhagavat en flagrant délit de mensonge, et questionna Bhagavat sur cette affaire. Bhagavat, lui ayant dit ce qui en était, lui montra d'une manière irrésistible la vérité de ses paroles. — « N'y a-t-ii pas, jeune homme, des richesses que ton père n'a pas déclarées ? — Il y a , Gautama, un collier d'or estimé cent
mille, des sandales estimées cent mille, un maître en or 4 estimé cent mille : il y a enfin cent mille kârsâpanas (en or?) — Eh bien! va, toi, fais prendre au chien du lait étendu d'un peu d'eau 2, place-le sur le lit; et quand il commencera à s'assoupir, questionne-le; il t'expliquera tout. Alors, tu le reconnaîtras et tu diras: « C'est mon père. » — « Si cela est vrai, » (se dit-il,) je prendrai des richesses; sinon, je prendrai le Çramana Gautama en flagrant délit de mensonge. » — Réjoui par cette double pensée, il s'en alla et fit ainsi.
Le chien comprit. « Il m'a reconnu, » se dit-il; et, tout en aboyant, il se dirigea vers le lieu où les richesses étaient déposées, creusa la terre avec ses pattes, et lui en donna ainsi connaissance. Le jeune homme prenant les richesses, se dit : « ce lieu secret, resserré, cette cachette a été découverte par le Çramana Gautama; certes ! il sait tout ; » et plein de dispositions bienveillantes envers Bhagavat, il prépara quatorze questions. Puis, se disant encore : « Il sait lire les signes révélateurs de l'avenir, » il eut cette pensée : « Je prendrai ce moyen d'acquérir la loi, je poserai (ces) questions au Çramana Gautama. » Il vint donc pour la seconde ibis auprès de Bhagavat 3,