IV. — Explication vraie des faits
1° Dans le premier cas, Ananda, cet individu, qui est ici-bas adonné aux attentats contre la vie, à la prise de ce qui n'est pas donné, etc., etc., a des vues fausses, quand son corps se dissout, après la mort, tombe pour renaître dans la calamité, la mauvaise voie, la déchéance, le Niraya : c'est que les
actes anciennement accomplis par lui sont des actes mauvais soumis à la sensation de (la) douleur, que les actes accomplis depuis sont des actes mauvais soumis à la sensation de la douleur, et que, au moment de la mort, il a adopté, admis des vues fausses. C'est pour cela que, à la dissolution du corps, après la mort, il tombe pour renaître dans la calamité, la mauvaise voie, la déchéance, le Niraya ; et parce que, dans ce monde, il est adonné aux attentats contre la vie, à la prise de ce qui n'est pas donné, etc., qu'il a des vues fausses, il apprend à voir mûrir ces actes dans les conditions de l'existence visible, soit dans (cette) renaissance, soit dans une autre évolution.
2° Dans le (deuxième) cas, Ananda, cet individu, adonné aux attentats contre la vie, à la prise de ce qui n'est pas donné, etc. , à la dissolution du corps, après la mort (suit) la bonne voie pour renaître dans le monde du Svarga ; c'est qu'il avait fait antérieurement des actes vertueux soumis à la sensation du bien-être, qu'il avait fait ultérieurement des actes vertueux soumis à la sensation du bien-être, et que, au moment de la mort, il avait adopté, admis des vues justes. Voilà pourquoi, à la dissolution du corps, après la mort, il suit la bonne voie pour renaître dans le monde du Svarga ; et s'il était ici-bas adonné aux attentats contre la vie, à la prise de ce qui n'est pas donné, etc., s'il avait des vues fausses, il apprend à voir mûrir ces actes dans les conditions de l'existence visible, soit dans cette renaissance, soit dans une autre évolution.
3° Dans le (troisième) cas, Ananda, cet individu, qui s'abstient ici-bas d'attenter à la vie, s'abstient de prendre ce qu'on ne lui a pas donné, etc., a des vues justes, quand son corps se dissout, après la mort, suit la bonne voie pour renaître dans le monde du Svarga : c'est qu'il avait accompli antérieurement des actes vertueux, soumis à la sensation du bien -être, qu'il avait accompli ultérieurement des actes vertueux soumis à la sensation du bien-être, et que, à l'heure de la mort, il avait adopté des vuesjustes. C'est pour cela que, à la dissolution du corps, après la mort, il suit la bonne voie pour renaître dans le monde du Svarga. Et si, dans ce monde, il s'est abstenu d'attenter à la vie, de prendre ce qu'on ne lui avait pas donné, etc., s'il a des vues justes, il apprendra à voir mûrir le fruit de ces actes dans les conditions du monde visible soit dans cette renaissance, soit dans une autre évolution. 4° Dans le (quatrième) cas, Ananda, cet individu qui s'abstient ici-bas
d'attenter à la vie s'abstient de prendre ce qu'on ne lui a pas donné, etc., à des vues parfaites, quand son corps, après la mort (tombe dans) la calamité, la voie mauvaise, la déchéance pour renaître dans le Niraya, c'est que, antérieurement les actes accomplis par lui avaient été des actes mauvais soumis à la sensation de la douleur, que postérieurement il avait accompli des actes mauvais soumis à la sensation delà douleur, et que, au moment de la mort, il avait adopté, embrassé des vues fausses. C'est pour cela que, quand son corps se dissout, après la mort, il tombe dans la calafhité, la mauvaise voie, la déchéance pour renaître dans leNiraya. S'il s'est abstenu ici-bas d'attenter à la vie, s'il s'est abstenu de prendre ce qu'on ne lui avait pas donné, etc., s'il a des vues justes, il apprendra à voir mûrir ces actes dans les conditions du monde visible, soit dans cette renaissance, soit dans une autre évolution.
Ainsi, Ananda, il y a le Karma * qui ne doit pas être et qui a l'apparence de ne devoir pas être ; — il y a le Karma qui ne doit pas être et qui a l'apparence de devoir être ; — il y a le Karma qui doit être et qui a l'apparence de devoir être ; — il y a le Karma qui doit être et qui a l'apparence de ne
devoir pas être.
Ainsi parla Bhagavat. L'Ayusmat Ananda ravi accueillit avec transport
le discours de Bhagavat.
Fin du Sutranta du Grand Partage des actes,
* Le Karma, c'estr-à-dire l'acte et la destinée, les actes moraux et les conséquences qui en résultent infailliblement Tantôt on distingue soit l'un, soit l'autre, tantôt on les confond. Ici le mot Karma s'en end des actes et de leurs conséquences, et surtout du rapport qui les unit C'est là un de ces cas où l'on ne peut guère traduire et où il est préférable de transcrire le terme employé par Je texte.
ànn. G. — B
PANCA-GATI
Le texte dont nous donnons maintenant la traduction intégrale ne fait pas partie du canon bouddhique, bien qu'il soit en vers et accompagné d'un commentaire. Une serait peut- être pas sans intérêt de connaître ce commentaire ; mais nous n'avons pas eu le temps d'en préparer une traduction : nous n'avons pu que le consulter pour résoudre certaines difficultés du texte.
Du reste, il est douteux que ce commentaire aplanît toutes les difficultés que le texte présente, nous ne disons pas en ce qui concerne l'interprétation littérale, mais en ce qui concerne la théorie de la transmigration. Il y aurait bien des points à signaler et à discuter. Nous ne le ferons pas, d'abord parce que le temps et la place nous manquent, ensuite parce que cela ne rentre pas dans le plan de la présente publication.
Ce petit traité se divise naturellement en cinq (panca) chapitres correspondant aux cinq directions (gati) * que suivent les êtres d'après leurs actes et qui sont : 1° la direction infernale (Naraka) ; 2° la direction animale (Tiracchâna) ; 3° la direction des esprits impurs (Prêta) ; 4° la direction humaine ou l'humanité (Manussa) ; 5° la direction divine ou céleste (Deva).
1 Gati signifie « voie ». L'emploi de ce terme serait fâcheux et prêterait à l'équivoque à cause du nom de la quatrième vérité mârga qu'on traduit ordinairement par ce mot « voie ». On pourrait essayer d'employer pour l'un « voie » et pour l'autre « chemin ». Pour éviter les équivoques j'adopte le mot« é!at » ou «condition ». Le titre de l'ouvrage chinois correspondant renferme le mot tao qui sert aussi pour désigner la quatrième vérité, confusion certainement regrettable et qu'il ne convient pas de reproduire.
Si nous comparons cette succession de conditions à celles que nous donne le Karma vibhâga tibétain (V. p. 254 — XV-XX), on trouve que ce dernier texte en compte une de plus, celle des Asuras. En effet, nous pouvons former le tableau parallèle suivant :
KARMA-VJBHAOA l'ANGA-QATI