QUATRIEME CHAPITRE: HOMMES
L'homme qui ne se livre pas à l'action de nuire parmi les dieux, les Asuras, les hommes, a une longue vie parce qu'il ne nuit pas. Qu'on se garde donc bien de nuire !
La lèpre, la consomption, la fièvre, la folie et les autres maladies des êtres viennent de coups, de violences, de liens infligés aux créatures qui ont été victimes de ces mauvais traitements.
Celui qui ravit le bien d'autrui et qui n'acquiert aucun mérite, a beau déployer une grande énergie , il n'arrive pas à la richesse.
1 Cette élance que je prends sur moi de medre à la fin du troisième chapitre est, dans le Ms., à la tête du quatrième. Elle y est évidemment déplacée. Le titre qui la précède doit la suivre. Elle doit donc éire remise à sa place; mais cela ne la rend pas* plus claire; elle reste énigmatique et obscure.
Celui qui a pris des richesses non données et qui fait des largesses, peut avoir été riche (autrefois); après la mort, il renaît dépourvu de richesses.
L'homme qui ne ravit ni ne donne n'est jamais réduit à la dernière misère ; il obtient au prix d'un grand travail une richesse solide et stable.
Celui qui ne ravit pas le bien d'autrui, qui abandonne le sien et est sans égoïsme, fait sans peine de vastes acquisitions et obtient une prospérité durable.
Il renaît sans cesse plein de vie et de force, avec une excellente mine, sage, exempt de maladies, heureux, celui qui donne de la nourriture.
Il a un air modeste, il est beau, de belle prestance, cher à tout le monde, il reçoit des vêtements (en abondance), celui qui a donné des habits.
Celui qui a donné une résidence de bon cœur, avec empressement, tous les êtres naissent bien disposés pour lui, prêts à réaliser tous ses désirs.
Les hommes qui fournissent libéralement de attelages (?) et des sandales sont perpétuellement heureux ; ils reçoivent un char excellent.
Ceux qui font creuser des puits d'eau potable, des étangs, des réservoirs, sont heureux. La chaleur ne les fait pas souffrir; ils ne sont jamais altérés.
On l'honore constamment de fleurs } il est heureux et fortuné ; il est le refuge de tous les êtres corporels, celui qui fournit un jardin.
Pour avoir donné la science, répandu la connaissance* on obtient l'état de Pandit (savant, docteur);
pour avoir tranquillisé les malades par des remèdes, on renaît exempt de maladie.
On a de (bons) jeux pour avoir donné une lampe, pour avoir donné des instruments de musique, une belle voix. L'homme qui a donné des lits et des sièges obtient d'avoir toutes ses aises.
Celui qui a donné une vache ou un autre animal propre à l'alimentation, pourvu de lait, est fort, il a bonne mine ; il a aussi une longue vie.
Pour avoir donné une fille, on goûte les voluptés et Ton possède une suite nombreuse ; il abonde en richesses et en grains, celui qui a donné des terres.
Feuille, fleur, fruit, eau, et aussi véhicule agréable, toute chose que chacun désire, on doit le lui donner, cet objet de ses vœux.
Celui qui donne d'une façon vicieuse, en vue du Svarga, ou par crainte, pour la gloire ou pour son bien-être, n'en recueillera qu'un mauvais fruit.
Celui qui, sans souci de son propre intérêt, uniquement poussé par ses dispositions de miséricorde, donne en vue du bien d'autrui celui-là ne recueillera pas de son acte un mauvais fruit.
Tout ce que l'on donne à un autre, selon le temps, selon la règle, tout cela subsiste, grâce à cette méthode.
C'est en ne faisant pas de tort aux autres, en agissant, selon son désir, à son heure, sans faillir, qu'il faut donner ; car la loi n'y met pas obstacle.
Si l'on donne de cette façon, le don produira un fruit; car le don est estimé la cause suprême de toutes les félicités»
Celui qui s'abstient des femmes d'autrui aura les épouses qu'il désire; celui qui s'abstient de ses propres femmes au temps voulu, sera un homme (un mâle).
Celui dont les pensées se portent sur les femmes d'autrui, sans qu'il sache les réprimer, et qui se livre à de honteux plaisirs, deviendra femme d'homme qu'il était.
Celle qui, méprisant sa condition de femme, est de bonnes mœurs, n'a que de faibles attachements, a constamment en vue la condition d'homme ; de femme qu'elle était elle deviendra homme.
Celui qui se revêt d'humilité, de pureté et de chasteté dans sa conduite (brahmacarya), sera resplendissant, doué de bonnes qualités, comblé de jouissances, et même honoré des dieux ;
il renaîtra avec une mémoire solide, sera exempt de troubles, sans passion pour les liqueurs enivrantes, véridique, plein de gloire, étroitement uni au bonheur.
Celui qui n'entretient pas la rupture des êtres divisés entre eux,
aura une suite (de partisans) qui ne se séparera pas de lui; il naîtra avec un esprit ferme.
Celui qui exécute constamment les ordres
de ses gurus avec un esprit respectueux,
et qui distingue entre le bien et le mal,
celui là a une parole reçue (de tous).
Le mépris des autres produit l'abaissement, le contraire l'élévation ;
on est heureux pour avoir procuré le bien-être, malheureux pour avoir causé la souffrance.
Ceux qui se plaisent à tromper les autres, qui déguisent constamment la vérité, ceux-là deviennent bossus et nains aussi bien que ceux qui sont fiers de leur beauté.
Il renaît stupide celui qui a été avare de sa science, muet celui qui ne répond pas à l'affection par l'affection ;
il naît aveugle et fou celui
dont de bonnes paroles ne font qu'exciter l'envie.
La douleur (est le fruit) du vice, le bonheur (le fruit) de la vertu, un état neutre (le fruit) des actes neutres. Il faut savoir que les conséquences répondent aux actes pour tous les fruits que ceux-ci portent.