‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 241 sur 295 · SANS FORME · texte numérisé non relu

SANS FORME

Les trois régions renferment des subdivisions ; il y a en tout vingt-huit résidences.

La région du désir en a six :

La première commence en bas et va en s'élevantjusqu'à quarante-deux mille yojanas ; c'est la résidence céleste des quatre rois du ciel. Ils habitent une moitié du mont Mêru : c'est par là qu'on commence à s'élever dans les régions supérieures; le commencement de la région inférieure est déjà le ciel.

Au côté oriental est celui qu'on appelle le roi du ciel Drhtarâsthra ; il habite à l'est du mont Mêru. Le sol est en argent blanc ; la ville s'appelle Uttarapandita (?)*. Il gouverne les Gandharvas, c'est-à-dire ceux qui ont pour substance les parfums, les génies musiciens du maître du ciel, et (étend son pouvoir) jusqu'aux Piçâca, c'est-à-dire aux génies des airs subtils et bruyants. Il protège les hommes du continent oriental.

1 Ghin.) Chang-hien « sage supérieur ».

Du côté méridional est le roi du ciel appelé Virùdhaka : il habite le sud du mont Mêru. Le sol est en pierres précieuses transparentes de couleur bleue. Le nom de la ville est Sudarçana1. Il gouverne les Kumbandhas, c'est-à-dire les démons, génies destructeurs des montagnes, (et étend son pouvoir) jusqu'aux Prêtas, c'est-à-dire aux démons affamés. Il protège les hommes du continent méridional.

Du côté occidental est le roi du ciel qu'on appelle Virûpâxa. Il habite l'ouest du mont Mêru; le sol est en or jaune ; le nom de la ville est Suxmajâla *. Il gouverne les Nâgas (et étend son pouvoir) jusqu'aux Pûtanas, c'est-à-dire jusqu'aux génies puants et affamés ; il protège les hommes du continent occidental.

Du côté septentrional est le roi du ciel Vaiçravana; il habite au nord du mont .Mêru. Le sol est en cristal. 11 a trois villes : l'une s'appelle Klio-nei (capable de circonspection), la deuxième s'appelle Tien-King (respect des dieux), la troisième Tchong-Kouey (assemblée générale). Il gouverne les Yaxas (et étend son pouvoir) jusqu'aux Râxasas (chin., Lo tsa) ; il protège les hommes du continent septentrional.

Les quatre rois ont ensemble trente-deux chefs d'armée. Chacun a quatrevingt-onze fils : ce qui leur donne une grande majesté et une grande puissance. Avec une entière connaissance, ils protègent les dix régions.

Ce qui fait cinquante ans parmi les hommes compte dans le ciel des quatre grands rois pour un jour et une nuit. La durée de la vie est de cinq cents ans, et, en comptant par années humaines, neuf millions d'années.

A partir du ciel des quatre rois, en s'élevant à une hauteur de quarantedeux mille yojanas, on arrive à la deuxième résidence du ciel, celle des Trayas • trimçat (chin., Tao-lt). Tao-li(=Sk. Trayas-trimçat) signifie trente- trois.

Ils habitent le sommet du mont Mêru. La largeur de ce sommet est, enligne droite, de quatre-vingt-quatre mille yojanas; et celui qui pourrait habiter juste au centre se trouverait à quarante mille yojanas 3 (de l'extrémité). Chacune des faces compte huit dieux4; au centre, est la ville de Sudar-

4 Bellevue (chin., Chen-*kien).

* Chin., Tchéou-lo, Réseau sublil {ou enveloppant). 3 Ce devrait être 42.000.

* Cette manière de partager les trente-deux dieux en quatre sections de huit dieux (non compris Indra, le chef, qui est mis à part) diffère des classifications habituelle*. Du reste, on n'a jamais été bien d'accord sur rénumération des tren'e-trois dieux.

çana1 pourvue à l'intérieur d'une muraille en or. C'est la demeure du roi des dieux Çakra. — Ensemble, ils forment trente-trois dieux.

Cent ans parmi les hommes comptent dans ce ciel pour un jour et une nuit. La vie y est de mille ans. Si Ton compte par années humaines, cela fait trois mille six cents fois dix mille ans ou 36 millions d'années. C'est par l'assemblage d'une collection de lotus rouges au milieu d'une collection de lotus bleus que se produit la nuit; tandis que l'assemblage d'une collection de lotus bleus au milieu d'une collection de lotus rouges produit le jour.

A partir de ce ciel des Trayastrimçat, en s'élevant à la hauteur de cent soixante mille yojanas, est un lieu semblable à des nuages. C'est là que se trouvent les sept trésors comme (dans) une grande terre. Sa largeur, enligrne droite, est de quatre -vingt mille yojanas ; c'est la troisième résidence, celle des dieux Yâma. — Ye-mo (Sk . , Yâma) signifie « division du jour » . — Deux cents années humaines font un jour et une nuit pour ces dieux. La durée de leur vie est de deux mille ans; si l'on compte en années humaines, quatorze mille quatre cents fois dix mille années (soit, 144 millions).

A partir de ces dieux Yâmas, en s'élevant à trois cent vingt mille yojanas, il y aune terre comme des nuages, dont la largeur en ligne droite est de cent soixante mille yojanas; c'est la quatrième région, celle des Tusitas. — Teou-so (Sk., Tusita) signifie : suffisamment joyeux. — Quatre cents ans parmi les hommes font pour ces dieux un jour et une nuit : la durée de leur vie est de quatre mille années : ce qui fait, en années humaines, cinquantesept mille six cents fois dix mille ans (ou 576 millions d'années).

A partir de ces dieux Tusita, en s'élevant à la hauteur de six cent quarante mille yojanas, il y a une terre comme un nuage, dont la largeur en ligne droite est de trois cent vingt mille yojanas. C'est la cinquième résidence, celle des dieux Nirmânaratayas. (En se transformant,) ils disposent (selon leur gré) les einq éléments et se donnent pleine satisfaction. Huit cents années parmi les hommes font pour ces dieux un jour et une nuit. La durée de leur vie et de huit mille ans ; ce qui fait, tout compté, en années humaines, deux cent trente mille quatre cent fois dix mille ans (ou 2 billions, 304 millions d'années).

1 Comme celle de Virûdhaka. (Voir ci-dessus p. 532. Voir aussi Sûkarika-avadâna p. 293.)

A partir de ces dieux Nirmânaratayas, en s'élevant à une hauteur de un million deux cent quatre -vingt mille yojanas, il y a une terre comme un nuage, dont la largeur en ligne droite est de six cent quarante mille yojanas. C'est la sixième résidence, celle des dieux Paranirmânavâçinas; en transformant les autres, ils font (à leur gré) des palais, des châteaux, des jardins, des forêts, en un mot tout l'appareil des plaisirs; et, au milieu de toutes choses, ils les manient et en usent avec une autorité souveraine. C'est là le sommet de la région du désir. Ce qui feit seize cents ans parmi les hommes compte chez ces dieux pour un jour et une nuit. Leur vie a une durée de seize mille ans; ce qui, en années humaines, fait neuf cent vingt et un mille six cents fois dix mille années (ou 9 billions, 216 millions1).

De là, en s'élevant à une hauteur double (2.560.000 yojanas), il y a une terre comme un nuage, dont la largeur en ligne droite est de 1.280.000 yojanas. C'est la résidence des dieux de la Région de la forme ; elle se compose de dix-huit cieux. On leur donne le surnom commun de « quatre Dhyânas » *, parce qu'ils sont divisés (en quatre) et se meuvent librement (les uns par rapport aux autres). On les appelle aussi « monde de Brahma », pour exprimer leur détachement du contact des passions. La durée de

* En résumé, voici le nombre des années humaines de la vie de ces dieux :

Quatre grands rois 9.000.000 années (= 50 X 360 X 500)

Trayastrimçat 36.000.000 — (= 100 X 360 X 1.000)

Yâmas.. 144.000.000 — (= 200 X 360 x 2.000)

Tusita 576.000.000 - (= 400 X 360 X 4.000)

Nirmânarati 2.304.000.000 — (= 800 x 360 X 8.000)

Parânimftnavaçi 9.216.000.000 — (= 1.600 X 860 X 16.000)

Ces nombres s'obtiennent en multipliant la durée du jour divin de chaque classe de dieux, exprimé en années humaines, par le nombre de jours de Vannée humaine et le produit par le nombre d'années diviues exprimant la durée de la vie de chaque classe de dieux. Or, dans ce calcul, Tannée humaine est comptée comme étant de trois cent soixante jours. En comptant des années de trois cent soixante-cinq jours, on obtient des nombres supérieurs à ceux que fournit le texte chinois.

Quant à l'élévation et à l'étendue de diverses résidences de ces dieux, la progression est aussi du double, sauf pour les deux premières.

Nous avons, en effet :

Quatre grands rois : hauteur, 40.000 Yojanas,

Trayastrimçat: — 42.000 — en plus. Étendue : 84.000 Yojinas.

Yâmas 160.000 — — 80.000 —

Tusitas — 320.000 — — 160.000 —

Nirmânarati — 640.000 — — 320.000 —

Paranirmânarati — 1.280.000 — — 640.000 —

* Chin., Chen.

l'existence de ces (dieux) se mesure pour tous par le nombre des Kalpas1. Leur corps est blanc, de couleur argent; il n'y a point, parmi eux, de différence entre mâles et femelles \ il n'y a qu'une seule semence.

Le premier Dhyâna a trois cieux8. — Commentaire : Le premier est le ciel du « corps de Brahma3 ; » la durée de leur vie est de 1/2 Kalpa; c'est le peuple. — Le deuxième est le ciel des « assistants de Brahma * » : la durée

de leur vie est de 1 Kalpa; ce sont les ministres. Le troisième est celui des « rois Brahmas 5 » ; la durée de leur vie est de 1 Kalpa et demi ; ce sont les princes. A partir de là, à mesure qu'on s'élève, on peut comprendre la loi (de cette gradation ?) .

Le deuxième Dhyâna a trois cieux. — Commentaire : Le premier est le ciel des « petites clartés 6 » ; la durée de leur vie est de 2 Kalpas. — Le deuxième est le ciel des « clartés sans mesure 7 » ; la durée de leur vie est de 4 Kalpas. Le troisième est celui des « splendeurs brillantes 8 » ; la durée de leur vie est de 8 Kalpas.

Le troisième Dhyâna a trois cieux. — Commentaire : Le premier est le ciel des « Petites puretés 9 » ; la durée de leur vie est de 16 Kalpas ; — Le deuxième est le ciel des « puretés sans mesure 10 » ; la durée de leur vie est de 32 Kalpas ; le troisième est le ciel des « puretés parfaites et accomplies11 » ; la durée de leur vie est de 64 Kalpas.

Le quatrième Dhyâna a neuf cieux. — Le premier est celui des « dieux sans nuages 18 » ; la durée de leur vie est de 125 Kalpas ; — Le deuxième est celui des dieux « nés de lafélicité13 » ; la durée de leur vie est de 250 Kalpas.

* On sait que le Kalpa est une période de temps immense qui se chiffre par des millions d'années. Il y en a, du reste, de trois espèces: le petit, le moyen, le grand. 1 Ou classes de dieux.

3 Ce qu'on appelle en sanskrit : Brahma-kayika. Pour ce nom et pour les suivants, comme ils sont bien connus je me dispense de donner les termes chinois.

4 Les Brahma-purohitas.

6 En sanskrit, les Mahàbramas.

« Les Parittàbhàs.

7 Sk. Apramanâbhâ.

8 Sk. Abhâsvaras.

» Sk. Parittaçubhâ.

*° Sk. Apramanaçubhâs.

" Sk. Çubhakrtsnâs.

" Sk. Anabhrakà.

i3 Sk.Punyaprasavâ. Le mot chinois « félicité » (fo) rend le sanskrit Punya « pur », qui désigne surtout des actes méritoires.

Axn. O. — B CS

— Le troisième est celui des dieux dont « le fruit est développé * » ; la durée de leur vie est de 500 Kalpas. — Le quatrième est celui des dieux « sans souci * » ; la durée de leur vie est égale à celle des précédents3. — Le cinquième est celui des dieux « sans .chagrin * » ; la durée de leur vie est de 1.000 Kalpas. — Le septième 5 est celui des dieux qui « ont bonne vue5 » ; la durée de leur vie est de 4.000 Kalpas. — Le huitième est celui des dieux qui « ont une belle prestance 7 » ; la durée de leur vie est de 8.000 Kalpas. — Le neuvième est celui des dieux qui « ont épuisé la recherche de la forme8 » ; la durée de leur vie est de 16.000 Kalpas. — Ce ciel est le point culminant de la Région de la forme. — Les cinq cieux qui viennent après (ou en dernier ?) sont appelés cieux de la demeure pure. C'est le lieu de la résidence où Ton recueille les trois fruits (?) 9.

A la suite de ces (deux régions), en montant à une (hauteur) double, on trouve la « Région sans forme », qui comprend en tout quatre cieux qu'on appelle aussi les « quatre cieux du vide » . Les habitants y périssent en même temps qu'une pierre bleue. La région est comme le vide absolu. Il ne s'y trouve que ces quatre (éléments) négatifs40 : la passivité; — la méditation, — l'activité, — l'intelligence. Gomme ces quatre négations sont sans forme, on donne à cette région le nom de Région sans forme.

La première division est celle des dieux du « séjour du vide » ; la durée de leur vie est de 20.000 grands Kalpas. — La deuxième est celle des dieux du a séjour de la connaissance » ; la durée de leur vie est de 40.000 Kalpas. — La troisième est celle des dieux du « séjour où il n'y a rien » ; la durée de leur vie est de 60.000 grands Kalpas. — La quatrième est celle des dieux

i Sk. Vrhaiphalà.

* Ou « sans pensée ». Chin., icou~siang. Sk., Avrha. 3 Elle devrait être de 750 Kalpas.

* Sk., Atapâs.

5 On passe du cinquième au septième sans donner le sixième; et la suite des noms correspond à celle de la liste sanskrit© sans que celle-ci donne lieu de supposer une lacune quelconque. « Sk., Sudrças. 7 Sk., Sudarçanàs.

« Ou « qui sont arrivés au terme de l'examen de la forme ». (Chin., Sse-kieou-king). Ce sont les Akanisthas de la liste sanskrite.

9 Cette note du commentaire me parait obscure; elle a l'air de s'appliquer aux cinq derniers cieux de la région de la forme. Je ne sais ce que sont les trois fruits qu'on y recueille.

10 Négatifs ou obscurs : le mot que je rends ainsi est yn qui, dans le système chinois, désigne le principe femelle, obscur. Seulement je ne vois pas bien comment les quatre termes cités rentreut dans la définition. Il y aurait là une question à examiner à l'aide de commentaires et de textes parallèles.

où il n'y a ni méditation, ni absence de méditation ; la durée de leur vie est de 80.000 grands Kalpas.

Quoique dans ces trois régions la durée de l'âge dans tous les cieux soit fixe, il y en a cependant où la vie est abrégée de moitié, mais seulement depuis les dieux du Tusita, jusqu'aux dieux: « sans souci ». (A cela près), la règle de Tâge est toujours fixe, et Ton ne parle pas (pour les autres dieux) de vie réduite à la moitié.

Le Sûtra de la « résidence dans la méditation (ou dans la lecture) de la loi1 » dit :

Si l'on observe la défense de tuer et de voler, on obtient de naître chez les dieux Trayastrimçat ; si l'on observe la défense de tuer, de voler, de commettre adultère, on obtient de naître chez les dieux Yâma ; — si l'on observe la défense de tuer, voler, commettre adultère, mentir, parler avec perfidie, méchanceté ou politesse trompeuse, on obtient de naître chez les dieux du Tusita ; — si l'on honore le Buddha en observant ses défenses, en même temps que les sept devoirs excellents du corps et de la parole, on obtient de naître chez les dieux qui se plaisent dans les transformations et chez ceux qui se plaisent à transformer les autres (Nirmânarati et Paranirmâna-vaçi). Le Sûtra de la « récompense des actes par la distinction des fautes * » dit : Si les êtres savent pratiquer constamment les dix vertus supérieures, ils obtiennent pour récompense les cieux de la région du désir ; — si cette pratique consiste à distiller les dix vertus en même temps qu'ils en établissent la correspondance mutuelle, ils obtiennent en récompense les cieux de la région de la forme; — si la pratique consiste dans le repos des quatre vides, ils obtiennent en récompense les cieux delà région sans forme.

Le Çâstra des « règles de la droiture et de l'obéissance 3 dit : » Dans les six (régions du désir) qui sont au commencement (à la partie inférieure) des cieux, on naît selon son rang, comme des hommes de cinq, six, sept, huit, neuf, dix ans. La naissance terminée, les corps et les formes extérieures obtiennent sur le champ leur achèvetnent complet : si c'est un mâle, il

* Fa-nten-ichu King.

* Nie-pao-tcha-pie-Kinfr que je restituerais en sanskrit : Karma-vipdka+dOia-viveka+iûtra, mais il se pourrait qu'il s'agit d'un Karma-vibMga.

8 Chun-tchintf'ly4ûn*

est sur le genou droit de sou père céleste ; si c'est une femelle, elle est sur le genou droit de sa mère céleste. Tous connaissent à fond la renaissance transformée; ou bien, il y a dans la main de la mère céleste un bouquet de fleurs, et aussitôt, la transformation se produit. Le Sûtra de 1* Arhat 4 dit :

La forme extérieure existe encore, pas pour longtemps (?).On a l'avantage (ou l'occasion) de connaître la faim et la soif : ce qui est bien certain, c'est que des vases précieux renferment (pour les dieux) en abondance des aliments et des breuvages aux goûts les plus variés. Si ces dieuit ont beaucoup de félicité, le riz2 cuit est blanc de couleur; si (la félicité) est moyenne, la couleur est jaune ; (en cas de félicité) inférieure, la couleur est rouge. Alors ces vases précieux distillent un suc qui pénètre en eux et s'y dissout comme du beurre jeté dans le feu. Ces dieux ne laissent point derrière eux l'ombre de leur corps. Us ont aussi le privilège de n'être point assujettis à la nécessité d'évacuer et d'uriner; ils meurent de la même façon que s'éteint la flamme d'une lampe; ils ne laissent point de cadavre ni de squelette; (tout cela) à cause de la naissance transformée.

Dans les cieux de la région de la forme, dès le commencement, au moment de la naissance, le corps atteint toute sa plénitude, il trouve tout prêt un un vêtement merveilleux.En somme, les dieux accomplissent tous les préceptes des sages ; ils n'ont pas besoin d'apprendre et de s'initier en entendant exposer les enseignements de la loi.

Le Sûtra du « siècle levant 3 » dit : Les dieux de la région du désir ne se nourrissent tous que d'aliments d'emprunt (= extérieurs) . — Quant aux dieux de la région de la forme, depuis ceux du premier Dhyâna jusqu'à ce qu'on arrive aux dieux de la pureté parfaite, c'est la pureté qui constitue leur nourriture. — Pour les dieux de la région sans forme, c'est de l'acte de la pensée qu'ils se nourrissent.

Il dit aussi : les dieux de la région de la forme comme ceux de la région sans

* Ou TAgama-Sûlra. Chili. Ngo-han King. Le mot Arhat se transcrit d'ordinaire en chinois par trois caractères se lisant Ngo- (= 0)4o-han, dout le premier seul figure dans le titre d'ouvrage que nous avons ici.

* On tout simplement : la nourriture.

3 Ky-c\i~King.

forme font leur nourriture uniquement de la pureté de (la) loi (et) de la satisfaction du Dhyâna.

Le Nirvâna-sûtra * dit : Quoiqu'on ait obtenu (de renaître chez) les quatre grand rois du ciel et (dans) le corps des dieux qui ont le pouvoir de transformer les autres, en allant jusqu'au ciel de Brahma et au corps des dieux du séjour où il n'y a (ni pensée ni) absence de pensée, la règle est pourtant de finir, de déchoir, de tomber dans les trois mauvaises voies. Au moment où la récompense céleste est épuisée, cinq (signes de) destruction se manifestent simultanément2. Le corps éprouve de grandes douleurs comme les douleurs de l'enfer ; les rangs ne sont pas distingués ni séparés.

Dans le « Çâstra de la perfection accomplie3 », on pose cette question : Ceux qui naissent dans le ciel se séparent du mal et accumulent le bien : par quelle cause, leur récompense étant épuisée, entrent-ils aussitôt dans les trois chemins4 ?La réponse est : Les hommes du commun, sans commencement ni fin vont aux actes mauvais, sans cesse, chaque jour; ils ont des désirs et, (par suite), un regard irrité. Les hommes supérieurs reçoivent mille formes, mais si le mal autrefois a abondé chez eux, ils préparent en secret, sur ces entrefaites, le lieu de leur naissance ; et, lorsque le bonheur qui est leur récompense est épuisé, le temps de la maturité de leurs œuvres d'autrefois étant arrivé, ils reviennent et tombent dans les trois (mauvaises) voies. — Qu'estce qui les a fait parvenir ainsi à l'erreur ? C'est que ceux -là seulement qui ont du discernement pénètrent par l'intelligence le fond (ou l'origine) des choses et sont capables de percer jusqu'aux vingt-cinq existences des trois régions. De là vient qu'on dit: si un homme a du discernement, il obtient l'intelligence.

Le livre du « sol de la terre qui n'a pas un pouce 5 » (?) dit : Un homme a beau se montrer et faire parade de ce qu'il a (?) : il retourne à la source; il ne

4 Nie-pan-King.

* Voir le début du Sûkarikaavadàna, p. 293.

3 Tching-chi lun.

4 Ce que le Pancagati appellent les « trois mauvaises terres ». La question traitée dans le grand Karma- Vibhâga est ici efdeurée.

5 Ta-ti-tcou ts\m thou. Ce terme est peut-être la transcription d'un nom indien que je ne sais pas découvrir. La même remorque peut s'appliquer à quelques-uns des autres tilres d'ouvrages.

dure que les dix périodes qui font un siècle ; puis il s'épuise, il finit, il meurt. S'il n'a pas encore pu pénétrer le fond (des choses) , il retourne à l'origine de l'existence ; alors il met tout son cœur pour connaître le Buddha, il manifeste le désir de passer à une naissance dans une terre pure, il entend la loi du Buddha; il comprend la patience qui affranchit de (la nécessité de) renaître. Alors, baissant la tête jusqu'à terre *, il s'élève au-dessus des trois régions. Dès lors il brise le cercle (de la transmigration) et s'enfuit loin de lui. (Commentaire : Siècle de Brahma ; Brahma signifie « pur ») *.

Nota. — Le dessin qui accompagne le morceau est emprunté à l'ouvrage chinois luimême : il représente les parties essentielles du monde : Les cercles des quatre éléments, la terre, le Gakravâla, le Méru et le Ciel, la demeure des Etoiles et le séjour des dieux avec ses principales divisions. L'original chinois est reproduit exactement : toutes les légendes ne sont que la traduction des légendes chinoises qu'il était impossible de conserver; une seule de celles-ci a été. omise, comme trop confuse.

i C'est-à-dire 'qu'il renonce à l'orgueil qui entretient le désir de renaître.

* Cette note du commentaire fait allusion à une expression que je ne vois pas dans le texte; du reste, l'interprétation du nom de Brahma est celle qui est constamment admise dans les livres chinois. La traduction de ce paragraphe est une des plus défectueuses de tout le morceau.— Quelle que soit l'imperfection de cette version d'un texte chinois, je la crois assez exacte en somme et assez intelligible pour que le lecteur attentif et un peu au courant de la matière y trouve des détails de nature à l'intéresser et des rapprochements utiles avec plusieurs des textes réunis dans le présent volume. Il ne m'était pas possible d'appuyer sur ces différents points, ni même de les signaler tous.

SUKARA-MUKHA-PETA VATTHU

Le Sûkarika pâli est loin de ressembler au Sûkarika sanskrit, autant que la ressemblance des titres pourrait le faire supposer. Mais enfin, si les détails ne coïncident pas, l'idée fondamentale est toujours la même. Il s'agit dans l'un comme dans l'autre des vicissitudes de la transmigration. Nous avons fait à l'avadâna sanskrit le reproche d'être obscur ou plutôt incomplet; le texte pâli ne mérite pas la même imputation, il est d'une clarté parfaite : ce qui ne l'empêche d'être bizarre et de mériter de prendre place parmi les plus étranges fantaisies.

Il est tiré du recueil intitulé Petavatthu (sk., Preta-vastu), «collection

d'histoires de Prêtas, » C'est, en effet, comme on va le voir, l'histoire d'un

Prêta. Les textes du Peta-vatthu se composent simplement de vers qui sont par eux-mêmes inintelligibles, attendu que, même étant traduits d'une manière satisfaisante, ils se réfèrent à des faits qu'on a besoin de connaître. Ces faits sont rappelés dans le commentaire qu'il est absolument nécessaire de lire; c'est donc du commentaire que nous allons donner la traduction.

11 y a dans le commentaire (tant celui du Petavatthu que du Jâtaka et de quelques autres recueils analogues) trois parties distinctes, bien qu'entremêlées : 1° Les vers qui forment le texte et consistent, soit en une instruction, soit en un dialogue ; 2° l'exposé des faits ou le récit dans lequel sont encadrés les

vers du texte; 3° une explication grammaticale, exégétique (quelquefois compliquée de discussions métaphysiques ou de récits légendaires) des mots du texte. Nous laissons de côté cette dernière partie qui ne convient qu'à un genre de publication tout à fait spécial ; mais nous conservons l'intégralité des deux autres. Voici la traduction de notre texte :

Page 1