‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 243 sur 295 · I. L entrée à Vaiçâli · texte numérisé non relu

I. L entrée à Vaiçâli

Bhagavat, qui a compassion du monde, qui connaît le monde, docteur du monde, omniscient était absorbé dans le bien-être du Dhyâna.

En ce temps-là, les calamités suivantes fondirent sur la ville de Vaiçâli.

Tous les gens de la ville aspiraient alors . aux voluptés avec ardeur ; après s'être gorgés de mets succulentes, ils couraient s'unir à des courtisanes.

Alors le Xatrva lui-même !, troublé par les jouissances de l'amour, tout imprégné des qualités de l'ivresse *, sans souci de la loi morale,

s'il voyait une jeune fille belle qui lui était interdite, toute troublée, il l'entraînait de force et en jouissait à son gré avec transport.

* Xatrya pourrait désigner le roi; mais, nous dit-on, il n'y avait pas de roi à Vaiçâli. Alors ce mot désigne d'une manière générale soit l'aristocratie, soit les détenteurs du pouvoir.

* Ou de l'enivrement (de la passion).

C'est ainsi que les gens de Ja ville, animés des dispositions les plus vicieuses, rejetant les bonnes lois, vivaient adonnés aux jouissances de l'amour.

Infidèles à la loi de leur famille donnée par les maîtres (?), ils agissaient à leur guise ; rejetant la loi de vérité, ils marchaient comme des éléphants en rut.

Les troupes des femmes elles-mêmes, dont les dispositions étaient troublés par les peines de l'amour, faisant fi de la loi de leur famille, agissaient selon leur caprice.

Alors les méchants, les voleurs, les filous, les impudents s'y multipliaient, (hommes) qui, repoussant les gens de bien, vivaient au mépris de la loi.

Alors la discorde, véhicule de tous les maux, pénétra partout; la bonne loi sans force, abaissée, semblait se dissoudre.

La discorde était la plus forte et promenait ses ravages.

A ce spectacle, les seigneurs du monde songèrent à s'irriter.

D'autres, au contraire, tous les dieux songèrent à (les) délivrer.

Mais (les habitants ?) n'eurent pas même le désir de les voir ;

et aucun d'eux ne put les sauver par un moyen quelconque, si bien que de grands scandales * se produisirent de toutes parts.

En proie à tous les vices ils en vinrent aux prises les uns avec les autres. Leur méchanceté fut poussée si loin que les calamités suivantes s'abattirent sur eux.

1 Littéralement : prodiges.

FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUtt 547

Il se fit d'épaisses ténèbres ; les nuages couvrirent (tout) ; les vents noirs soufflèrent; Saturne fut obscurci par les nuages; des éclairs jaillirent; les dix régions (de l'horizon) furent confondues; les ténèbres et l'obscurité se propagèrent; le soleil et la lune perdirent leur éclat. Le vent et la pluie soufflaient impétueusement; la terre, troublée par l'eau, comme au temps de la dissolution du monde, n'était plus ferme; elle semblait être au pouvoir de quelques Bhûtas.

Alors tout le peuple fut épouvanté ; le trouble se mit dans les esprits. Les uns, ceux qui étaient maîtres de maisons brahmaniques, s'inclinèrent devant Brahma; d'autres, se prosternant devant Maheçvara Nârâyana, Çamana (= Yama), Bhadrahârita *, le soleil, la lune, les planètes, les Naxatras, les invoquèrent. Il ne se fit aucune délivrance.

Alors quelques uns qui avaient foi dans le Buddha, la Loi et la Confrérie, invoquent le Buddha, la Loi, la Confrérie: Bliagavat, protecteur, tu vois tout; comment nous débarrasser de cette (calamité), d'un fléau comme celui-ci, de cette situation terrible ? Bhagavat le protecteur est celui qui délivre d'une semblable calamité. Après avoir invoqué le Buddha en ces termes, il resta pensif8.

Cependant il n'est rien qui échappe aux bienheureux Buddhas (Toute puissance et miséricorde des Buddhas).

Alors, à cet instant même, il se rappela et, se levant, il appela la confrérie des Bhixus, l'àyusraat Ananda en tête : Eh ! Bhixus, avec Ananda à votre tête, allez à la ville de Vaiçâlî, (et) par mon ordre, selon mes paroles, quand vous serez arrivés à la ville de Vaiçàlî, iustailez-vous au milieu de la rue, et prononcez ces stances. Alors tous les Grahas (et Bhûtas) indomptables qui font obstacle se rassembleront, tous les fléaux, les êtres pervers s'enfuiront. (Vous direz), par exemple :

Visarata (bis) dustasattvâ muucata (bis) | Ma tihstantu | iti vyupaçamyatu 3 ||

* Bhadra signifie fortuné ou vertueux ; IMrîta, nom (Tune espèce de pigeon, est aussi le nom d'un Muni législateur. Est-ce de ce personnage qu'il est question ?

f Ce singulier suppose qu'un seul aurait invoqué le Buddha pour tous ; mais l'invocation avait été présentée comme faite par plusieurs. Il faut supposer qu'il est question de chaque suppliant.

3 J'ai cru devoir donner la 1 jrinule eu sanskrit ; elle se traduit ainsi :

Retirez-vous (bis), «1res méchants, lâchez prise (bis).

Qu'ils ne restent pas ! que le fléau s'apaise.

Ces instructions données, il dépêcha la Confrérie des Bhixus.

Alors les Bhixus, étant tombés aux pieds de Bhagavat, mirent sur leur tête la parole de Bhagavat ; puis cette Dhârâni qui écarte l'obstacle ayant pénétré dans leur cœur, à l'instant même, par l'effet de la puissance surnaturelle, cinq cents Bhixus avec Ananda à leur tête, traversant les airs comme le roi desoies quand il élève ses ailes, atteignirent ce pays par la voie aérienne.

Quand les cinq cents Bhixus, Ananda à leur tète, furent arrivés à Vaiçâlî, ils se tinrent au milieu de la rue et, avec une voix de Brahma, d'un même esprit et d'une même voix, ils se mirent à prononcer ces stances, ces stances-ci1:

Retirez -vous (bis); le Buddha qui a compassion du monde l'ordonne. Lâchez prise ! que le fléau s'apaise ! Sortez (bis) ! le Buddha entre, lui le grand dieu, le suprême Guru des dieux ; les dieux avec Indra, les Prajâpatis avec Brahma, les quatre gardiens du monde entrent (aussi); plusieurs centaines de déités, les chefs des Asuras et plusieurs centaines de mille d'Asuras entrent (également), et beaucoup de Bhûtas * bien disposés envers Bhagavat paraîtront pour le bien de tous les êtres; ils ne vous feront pas de mal. Sortez (bis), fuyez promptement, si vous êtes animés d'un mauvais esprit, n'approchez pas, périssez (?). Quant à ceux qui sont animés d'un esprit d'amour, inoffensifs, et ne désertant pas le rôle de protecteur, qu'ils restent, qu'ils entrent! Le Buddha qui a compassion du monde l'ordonne ainsi, lui dont toutes les pensées sont dirigées vers le bien de tous les êtres, lui qui réside dans l'amour, qui réside dans la joie, qui réside dans la satisfaction, qui réside dans l'indifférence.

Tels sont les vers du Mantra de succès, les stances de succès proférés par le Jina.

Que maintenant, aujourd'hui, par la science supérieure de toutes les déités et des Bhûtas 3 qui ont le désir du bien, comme aussi parla (vertu de la) loi, les fléaux des mondes s'apaisent ! Bonne santé pour vous !

* Je ne donne pas le texte de ces" prétendues stauce«, parce qu'il est trop long: c'est a peu près le texte de la DhAr&nî délayé dans un long commenlaire.

* Ou d'êtres.

* Ou des êtres.

Pendant ce discours, toutes les troupes des Bhûtas furent épouvantées ; pleins d'angoisses, ils s'enfuirent aux dix points de l'horizon; ils étaient (comme sur le point de) se dissoudre. Les êtres méchants dont l'esprit s'applique à nuire, dont les pensées sout tout à la colère, furent sous le coup de la malédiction. Alors, le trouble causé dans l'atmosphère par les nuages, les éclairs, le vent, la pluie, se calma ; la terre ornée de fleurs et de fruits fut remplie de sucs agréables et doux.

C'est ainsi que la famine et les autres fléaux ayant été apaisés dans cette ville par la puissance du Buddha, toutes les saisons se développèrent dans leur temps heureusement et à souhait ; la pluie tomba en son temps ; les vents soufflèrent en leur temps. Alors toute la population fut dans l'allégresse. Les habitants invitèrent toutes la troupe des Bhixus pour les entretenir de vêtements et d'aliments *.

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