RELATIONS MUTUELLES DES PRINCES
Dans le temps où le bienheureux Bodhisattva, séjournant dans la demeure du Tusita, examina ces cinq choses : la caste, le pays, le temps, la race, la femme, et où, après avoir de ses jeux examiné le monde, il prit la forme d'un éléphant et entra dans un sein maternel, en ce temps-là, la grande terre trembla fortement, et, au centre du monde, le soleil et la lune, ces deux (astres) si merveilleux et d'une si grande puissance, perdirent leurs rayons de lumière, ils n'en jouirent plus ; des ténèbres profondes, sombres et noires se produisirent, et les êtres existants furent plongés dans l'obscurité. Malgré
cela, au même instant, une grande clarté vint à remplir (l'espace), et, bien que les êtres qui étaient nés là ne pussent apercevoir leur main en étendant (leur bras), certains êtres, ayant vu cette clarté, s'écrièrent : Messieurs, un être nouveau est né ici ! Messieurs, un être nouveau est né ici !
Dans ' le temps où le bienheureux Bodhisattva, après dix mois écoulés naquit du sein maternel, en ce temps-là aussi, la grande terre trembla fortement, et, au centre du monde... (comme ci-dessus).
Le jour où le bienheureux Bodhisattva naquit, ce jour-là aussi, il naquit un fils à quatre grands rois.
A Çrâvastî, il naquit un fils au grand roi Aranemi Brahmadatta. Cette pensée lui vint alors à l'esprit : puisque, à la naissance de mon fils, le monde "a brillé d'une (grande) clarté, le nom de ce jeune homme est fixé aux mots Prasenajit1, « vainqueur en clarté. » — Prasenajit, tel futle nom adopté pour ce fils.
A Râjagrha, il naquit un fils au grand roi Mâha-Padma2, « grand lotus. » Cette pensée lui vint alors à l'esprit : puisque, au moment de la uaissance de mon fils, le monde abrillé comme le disque du soleil levant, et parce qu'il est le fils de cette reine Bimbavatî 8, que le nom de cet enfant soit fixé aux mots Bimbasâra, « essence de l'image (ou du disque). » — Bimbasâra fut donc définitivement le nom de ce fils.
A Kauçambhi, un fils étant né au grand roi Çatanaka, cette pensée lui vint à l'esprit : quand mon fils est né, le monde est devenu brillant comme le lever du soleil ; le nom de ce jeune homme sera donc fixé au mot « lever » ; telle fut sa réflexion, et Udayana, « lever du soleil, » fut définitivement le nom de ce fils.
A Ujjayaua, un fils étant né au grand roi Anantanemi, cette pensée s'offrit à son esprit : au moment de la naissance de mon fils, le monde est venu à briller d'une vive lumière ; Pradyota 4, « vif éclat, » est donc le nom qu'il faut donner à ce jeune homme. Pradyota fut donc définitivement le nomde ce fils 5.
* Tib. Qsal-rgyal.
* Tib. Padma-chen-po.
8 Tib. Qzugs can, a qui possède une image ou un disque ; » je rétablis (par conjecture) le nom sanskrit, et j'en fais un nom propre, sans être bien sûr que ce soit un véritable nom propre ; ce pourrait être un simple qualificatif*
4 Tib. Rab snang.
* La naissance des quatre contemporains de Çàkva est racontée dès le commencement du Du h a (I, 5). Voir l'Analyse du Kandjour.
Chacun de ces rois se disait en lui-même : Oui, mon fils a une grande puissance, mon fils a une grande puissance ! — Telle était leur pensée ; mais il n'en était rien : tout cela était arrivé à cause de la puissance du Bodhisattva.
Le jour où le bienheureux Bodhisattva naquit, ce jour même, cinq cents jeunes Çâkyas, Bhadrika1 et les autres naquirent également; cinq cents serviteurs, Ghandaka * et les autres naquirent aussi ; de cinq cents cavales naquirent autant de chevaux, Kantaka3 et les autres. Cinq cents trésors cachés furent mis à découvert par les dieux.
Quant au bienheureux Bodhisattva, il fut, de la part des Brahmanes qui connaissaient les signes et les indices, l'objet de la prédiction suivante : Si le jeune homme habite dans l'intérieur de la maison paternelle, il sera un roi Gakravartin dominant sur les quatre limites (de la terre), roi de la loi, muni de la loi ; il possédera les sept trésors principaux. Les trésors de ce roi, au nombre de sept, sont les suivants : le trésor de la roue, le trésor de l'éléphant, le trésor du cheval, le trésor de la pierre précieuse, le trésor de la femme, le trésor du maître de maison ;' le trésor du général d'armée est le septième. Il aura mille fils héroïques, hardis, supérieurs par (tous) les membres de leurs corps, conquérants de l'autre rive (de l'Océan), en un mot des hommes accomplis ; cette grande terre qui s'étend jusqu'à l'Océan sera son domaine, il la gouvernera tout entière, sans qu'elle souffre de dommage, qu'elle coure aucun risque, qu'il lui arrive malheur, sans châtiment, sans la molester par les armes, mettant (toutes choses) en bon ordre conformément à la loi et en dehors de la passion. (Mais) si, coupant ses cheveux et sa barbe, et revêtant des habits rouge-clair, pur et renfermé en lui-même, il se met à errer sans avoir de maison, il obtiendra dans le monde la réputation éclatante d'un Tathâgata, Arhat, Buddha parfaitement accompli. — Telle fut leur prédiction.
Dans le temps où le bienheureux Bodhisattva vint au monde, dans ce temps-là, le jeune prince des. Çâkyas étant né sur les bords de la rivière Bhâgirathî, voisine du penchant de l'Himavat (la montagne neigeuse), non
i Tib, Bzang-iian, o qui correspond au Sk. Bhadravat ; mais des textes sanskrits connus portent la leçon Bhadrika.
* Serviteur et cocber de Çàkys.
3 Nom du cheval de Çàkya.
loin de la demeure de Termite Kapila, les Brahmanes qui connaissaient les signes et les indices dirent : Si ce jeune homme habite dans l'intérieur du palais, il sera roi Cakravartin, etc. (comme ci-dessus). Telle fut la prédiction, et le bruit s'en répandit au loin.
Quand le jeune prince des Çâkyas naquit sur le bord de la Bhâgirathî, près de la pente de l'Himavat, non loin de la demeure de l'ermite Kapila, les rois de la région limitrophe eurent connaissance de la prédiction faite par les Brahmanes connaisseurs des signes et des indices, qui disaient : Si le jeune homme reste dans le palais, etc. (comme ci-dessus) .
Ayant donc entendu la prédiction, les rois de la région limitrophe firent la réflexion suivante : Si l'on use de bons traitements, le fruit de cette œuvre se développera en son temps. Qui donc faut- il bien traiter (aujourd'hui) ? Voilà ce qu'ils pensaient, et ils se dirent encore en eux-mêmes : C'est le roi Çuddhodana qu'il faut bien traiter ; si on le traite bien, c'est le jeune homme qu'on traite bien en sa personne. Là -dessus, ils résolurent de cultiver l'amitié du roi Çuddhodana. De temps en temps, ils lui envoyaient des messagers pour se prosterner devant lui et lui offrir des cassettes pleines de richesses.
Cependant cette pensée vint à l'esprit du roi Çuddhodana Quand mon fils est né, tous mes desseins (ont été réalisés), la fin de tous mes travaux a été atteinte. Par conséquent, à cause de cela, le nom du jeune homme sera fixé à ces mots : « tous desseins accomplis *. » Telle fut sa réflexion, et le nom de celui-ci fut définitivement Sarvârthasiddha2.
Dans le temps où le bienheureux Bodhisattva devenu grand, après avoir rencontré un vieillard, un malade et un mort, fut dans des dispositions d'esprit telles qu'il alla s'enfoncer dans la forêt, en ce temps-là le roi Çuddhodana et les Çâkyas envoyèrent (de côté et d'autre) des troupes de deux cent cinquante hommes pour obtenir des renseignements exacts; (ils revinrent dire :) Là bas, le jeune prince vit chaque jour soit d'un seul grain de sésame, soit d'un seul grain de gros riz, soit d'un seul haricot, soit d'un seul petit pois, soit d'un seul fruit de cyprès, soit d'un seul pois
1 Tib. : Don- ïhams- cad- grub pa.
* Équivalent sanskrit du nom tibétain ci-dessus. Le Lalitavistara remploie: mais le mot Siddhdrtha, q ii a l'avantage d'être plus court, tout en disant presque autant, est plus employé.
indien. — Tel fut le message qu'ils rapportèrent de la part du bienheureux Bodhisattva.
En apprenant que le prince Sarvârthasiddha, après avoir rencontré un vieillard, un malade et un mort, avait, en vertu des dispositions de son esprit, adopté la vie errante, les rois de la région limitrophe se dirent en eux-mêmes : Par quelle raison ce jeune prince, le soutien du roi Çuddhodana a-t-il adopté la vie errante ? Après avoir fait cette réflexion, tous, à l'exception du roi Prasenajit cessèrent d'offrir leurs hommages au roi Çuddhodana, de lui envoyer des messagers et des cassettes pleines de richesses.