CUDDRODANA ENVOIE DES MESSAGERS A SON FILJ
INITIATION D'UDATI
Ensuite le roi de Koçala Prasenajit envoya un messager au roi Çuddhodana (pour lui dire) : Seigneur, réjouis-toi, ton fils a reçu l'Amrta dans son cœur ; par l'Amrta il fait le bonheur des êtres, et il réside à Çrâvastî, à Jetavana, dans le jardin d'Anathapindada; — tel fut le message.
Aussitôt après l'avoir reçu, le roi Çuddhodana envoya à son tour un messager en présence de Bhagavat (pour lui dire) : « Il y a longtemps que je n'ai vu le prince, j'ai soif de voir le prince. » Après avoir prononcé ces paroles (du roi), le messager se fit initier en ce lieu même. Un deuxième messager fut envoyé ; celui-là aussi se fit initier en ce lieu même. Gomme Bhagavat exposait bien la discipline, tous les messagers qu'on envoya successivement se firent initier en ce lieu même. Quand le roi Çuddhodana apprit ce qui s'était passé, il appuya sa joue sur sa main et resta plongé dans ses réflexions. Udâyî le vit et dit : Seigneur, pourquoi restes-tu plongé dans tes réflexions, la joue appuyée sur la main ?
— Udâyî, dans le temps où le prince Sarvârthasiddha se livra aux austérités, en ce temps-là, je lui envoyai des hommes habiles à parler, qui, après lui avoir porté mes paroles, revenaient en disant : « Le prince Sarvârthasiddha est toujours fixé au même lieu ; » c'est la réponse dont ils me repaissaient. Maintenant on me fait dire : « le prince Sarvârthasiddha a reçu dans son cœur l'Amrta ; par l'Amrta il fait le bonheur des êtres, et il réside à Çàvastî, à Jetavana, dans lejardin d'Anathapindada. » J'ai beau lui envoyer des hommes habiles à parler, ils ne reviennent pas pour me rapporter les paroles du prince Sarvârthasiddha : tous les messagers que j'ai envoyés successivement, tous
1 Le Kumlra drst.intasûtra du Kaudj ;ur, le Du/tara sûira du Tripi^aka pâli. On en trouvera plus loin la traduction.
sans exception sont restés en ce lieu même. Et maintenant, comment ne resterais-je pas ici immobile, la joue appuyée sur ma main, et plongé dans mes réflexions ?
— Udâyî reprit : Je prie le roi de me donner un ordre (pour y aller) . — Toi aussi tu resteras là- bas. — Seigneur, j'irai avec un ordre donné par le roi en personne.
Là-dessus le roi écrivit de sa propre main la lettre suivante :
Depuis ton arrivée dans le sein de ta mère, J'ai toujours. bien Teille* sur toi.
Quand la corruption morale et ses misères te retenaient encore, Tu étais la forte branche de l'arbre royal.
Mais c'est par les racines et les branches de l'enseignement Que tu t'épanouis maintenant:
Tu en réjouis d'autres en leur faisant du bien ; Mais moi, je ne puis m'entretenir que de ma douleur.
Dans le temps où, par ta naissance, Tu as réalisé un grand espoir Et fait le bonheur de tes parents, Dans ce temps-là môme tu as fait un vœu.
Fais-en voir aujourd'hui l'accomplissement: Pour moi, pour la troupe de tes parents, Manifeste de la compassion et de l'affection, Prends le parti de venir ici, je te le demande.
Tels furent les termes de la lettre. Udâyî prit la missive et, se mettant en route pour Çravastî, il franchit la distance, et étant de proche en proche arrivé à Çrâvastî, il remit la lettre à Bhagavat.
Pendant que Bhagavat lisait lui-même cette lettre, Udâyî dit : Bhagavat viendra-t-il à Kapilavastu ? — Udâyî, j'irai.
Udâyî, inspiré par leur ancienne amitié, parla ainsi : si Bhagavat ne vient pas (de gré), je l'emmènerai de force. Alors Bhagavat prononça, à ce moment, les stances suivantes :
Celui que la soif n'entraîne pas, Sur qui son réseau ne s'étend absolument plus, Celui-là est un Buddha d'une conduite (parfaite), qui ne tient à rien. Comment aurait-on prise sur lui pour l'entraîner?
Celui que la soif n'entraîne pas, Sur qui son réseau ne s'étend absolument plus, Celui-là est un Buddha à l'héroïsme (parfait) qui ne tient à rien. Comment aurait-on prise sur lui pour l'entraîner?
Celui dont la victoire est complète et ne s'amoindrit pas, Dont le monde ne peut absolument pas triompher, Celui-là est un Buddha d'une conduite (parfaite) qui ne tient à rien. Comment aurait -on prise sur lui pour l'entraîner?
Celui dont la victoire est complète et ne s'amoindrit pas Dont le monde ne peut absolument pas triompher, Celui-là est un Buddha à l'héroïsme (parfait) qui ne tient à rien,
Comment aurait-on pris sur lui pour l'entraîner?
Udâyî répondit : Je rapporterai cela au roi Çuddhodana. — Bhagavat reprit : Les messagers du roi ne sont pas tels (que tu te montres). — Çpmment sont-ils donc, Bhagavat, les messagers du roi ? — Ils se rasent les cheveux, revêtent des habits rouge clair et se font initier. — Bhagavat, j'ai donné au roi Çuddhodana ma parole de revenir près de lui. — Fais-toi initier, et pars ensuite, reprit Bhagavat.
(C'est ainsi que dans la série des existences où Bhagavat n'était encore que simple Bodhisattva, père, mère, maître, précepteur, guru ou personne faisant fonction de guru, avaient beau lui adresser des paroles conformes à la loi, il n'en tenait aucun compte * . )
Bhagavat n'eut pas plutôt prononcé cette parole que Udâyî répondit : Bhagavat, je me ferai initier.
Bhagavat dit alors à l'âyusmat Çâriputra : Çâriputra, initie Udâyî : Ce sera pour lui un avantage de longue durée, une (grande) utilité, un (grand) bien. L'âyusmat Çâriputra répondit : Vénérable, il sera fait selon tes ordres. — A ces mots, selon ce qu'il avait entendu dire à Bhagavat, il initia et reçut solennellement Udâyî ; puis il lui dit : Voici ce que tu dois faire, voici ce que tu ne dois pas faire : tu ne dois plus dormir avec une femme, etc. 8,
* « 11 n'y faisait aucune réponse, » dit le passage du volume IV du Dulva parallèle à celui-ci. Cette parenthèse singulière est destinée sans doute à mettre en relief la haute supériorité morale du Buddha. Il fait la leçon à tout le monde et ne la reçoit de personne.
* Cetie prescription est une des plus importantes de la discipline bouddhique ; est-ce d'une manière absolue la plus importante! 11 suffit de dire que, pour le personnage dont il s'agit, c'était la plusnécescessa re et la plus topique, celle qu'il convenait de mettre au premier rang.
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et il lui donna ainsi tous les préceptes de la conduite parfaite. Udâyî répondit : je me conformerai à toutes les prescriptions du maître ; puis, après avoir salué avec la tête les pieds de Çâriputra, il s'en alla et se rendit au lieu où était Bhagavat.
Bhagavat lui dit : Udâyî, tu te garderas d'entrer dans le palais du roi, tu resteras à la porte, appuyé (contre le jambage), et tu diras : Il est arrivé un Bhixu (de) Çâkya. — Si l'on te fait cette question : Y a-t-il d'autres Bhixus (de) Çâkya ? Réponds : Oui, il y a d'autres Bhixus (de) Çâkya. Si l'on te dit d'entrer, tu entreras. Si Ton te demande : Le costume du prince Sarvârthasiddha est-ii fait de telle et telle manière ? Réponds : Oui, il est fait de telle et telle manière. Mais ne demeure pas dans le palais du roi. Si l'on te fait cette question: Le prince Sarvârthasiddha réside t— il dans le palais d'un roi? Réponds : Il n'y fait pas sa résidence. Si l'on te fait cette question : Où réside t— il ? Réponds : Dans la forêt ou dans un vihâra. Si l'on te fait cette question : Le prince Sarvârthasiddha viendra-t-il? Réponds : Il viendra. Si l'on te fait cette question : Dans combien de temps viendra-t-il? Réponds: Après sept jours écoulés. — L'âyusmat Udâyî répondit : Il sera fait selon la parole de Bhagavat ; puis, après avoir ainsi reçu les instructions de Bhagavat, il adora avec la tête les pieds de Bhagavat et se retira de devant Bhagavat.
Pour venir à Çrâvasti, Udâyî avait mis plusieurs jours; mais en retournant, vu l'état des choses, il fut, par la puissance bouddhique des Buddhas, par la puissance divine des dieux, rendu à Kapilavastu en un seul jour.
5. PRÉPARATIFS POUR LA RECEPTION DE ÇAKYA DONT LE RETOUR A KAPILAVASTU EST DÉCIDÉ. — SON DEPART
Alors l'âyusmat Udâyî se dirigea vers le palais du roi Çuddhodana. Y étant arrivé, il appela le portier et lui dit : Eh ! va trouver le ministre de l'intérieur et annonce-lui qu'il est venu un Bhixu (de) Çâkya (député) vers le roi. — Y a-t-il d'autres Bhixus (de) Çâkya? demanda le portier. — Oui, répondit Udâyî, il y a d'autres Bhixus de Çâkya. Le portier transmit l'avis au roi. Le roi dit : Fais entrer le Çâkya ; Quel est le ÇâJtya qui revient ? Alors l'Ayusmat Udâyî, prévenu par le portier, se rendit au lieu où était le roi Çuddhodana, et, quand il y fut arrivé, il dit au roi Çuddhodana : Grand
roi, Bhagavat te souhaite une bonne santé. — Le roi Çuddhodana, reconnaissant Udâyî à sa voix, dit : Udâyî, est-ce bien toi ? — Seigneur, c'est bien moi. — Le roi dit : L? prince Sarvarthasiddha est-il vraiment accoutré de telle et telle façon ? — Seigneur, il est accoutré de telle et telle façon.
Le roi tomba de son trône sans connaissance ; il tomba à terre : on lui jeta de l'eau pour le faire revenir, il reprit ses esprits et fit cette question : Le prince Sarvarthasiddha viendra-t-il ? — Seigneur, il viendra. — Dans combien de temps ? — Après sept jours écoulés. — Le roi dit à ses ministres : Messieurs, dès aujourd'hui, faites préparer le palais du roi et les appartements de la reine. — Seigneur, le prince n'habitera ni dans le palais du roi, ni dans les appartements de la reine. — Où donc habitera-t -il ? — Dans la forêt ou dans un Vihâra. — Gomment un Vihâra est-il fait? — Udâyî qui, àÇrâvastî, avait vu des modèles de Vihâra, en fit la description.
Gomme le roi Çuddhodana avait le parc de Jâtyasti, le jardin du Nyagrodha, Brahmadeça1 et bien d'autres parcs, en tout cinq cents, il dit à ses ministres : Messieurs, hâtez-vous de faire préparer aujourd'hui même dans chacun de ces trois parcs, Jâtyasti, jardindu Nyagrodha, Brahmadeça, un monastère semblable à celui de Jetavana, seize grandes maisons avec soixante chambres, faites- le promptement ; enlevez aussi de la ville de Kapilavastu tout entière les pierres, les cailloux, le gravier.
Les rois exécutent leur volonté par la parole, les dieux l'exécutent par la pensée, les Yogâcara l'exécutent par le degré d'intensité de leur méditation . Les ministres répondirent : Il sera fait selon les ordres du roi, et après avoir reçu les instructions du roi Çuddhodana, ils firent préparer dans chacun des trois parcs, Jâtyasti, jardin du Nyagrodha, Brahmadeça, un monastère semblable à celui de Jetavana, seize grandes maisons, soixante chambres ; ils firent débarrasser la ville de Kapilavastu tout entière des pierres, des cailloux, du gravier.
Quand un bienheureux Buddha est en vie et que dans (sa plénitude de) vie et de contentement, il accomplit sans hésitation les dix actes (moraux) ; aussi
* Ce» mots Jâtyasti et Brahmadeça sont le» restitutions des originaux sanskrits proposées pour les termes tibétains Skye-yod (Jâtyasti) et Tsangspai gnas (Brahmadeça) ; restitutions nécessairement conjecturales. — Ces deux noms séparés reviennent souvent dans notre récit; mais ailleurs ils sont rarement cités. Quand on parle de la résidence de Çàkya à Kapilavastu, on la met ordinairement dins le jardin de Nyagrodhas, dont le nom est bien connut
longtemps qu'il n'a pas prédit la venue d'un Buddha, aussi longtemps qu'un autre être n'a pas produit une pensée sur laquelle il ne reviendra pas en vue de la Bodhi qui n'a rien au-dessus d'elle, aussi longtemps qu'il n'a pas parcouru les cinq âges de la vie dans leur entier, aussi longtemps qu'il n'a pas supprimé l'espace intermédiaire1, aussi longtemps qu'il n'a pas désigné la paire de ses premiers auditeurs, aussi longtemps qu'il ne s'est pas montré descendant d'une visite à la ville d'Akâça *, aussi longtemps qu'il n'a pas fait voir de grands prodiges, aussi longtemps qu'il n'a pas manifesté de grands prodiges à Çrâvastî, aussi longtemps qu'il n'a pas expliqué à ses auditeurs, sur les bords du lac Anavatapta, les causes et les conséquences des actions pas-sées, aussi longtemps qu'il n'a pas établi dans les vérités son père et sa mère, aussi longtemps (que rien de tout cela n'aura été fait) il n'entrera pas dans le Nirvana complet. Bhagavat fit donc la réflexion suivante : nous approchons du moment de la conversion du grand roi Çuddhodana et de plusieurs centaines de mille de Çâkyas. Eh bien ! établir ses père et mère dans les vérités, c'est incontestablement l'œuvre d'un Tathâgata. — Cette réflexion faite, Bhagavat dit à l'âyusmat Mahâ-Maudgalyâyana : « Va, Maudgalyâyana, dis aux Bhixus : le Tathâgata se rend à Kapilavastu ; qui sont ceux d'entre vous qui iront à Kapilavastu avec le Tathâgata ? Le père et le fils ont annoncé qu'ils auraient une entrevue; prenez donc vos manteaux de religion. — Porte-leur cet avis.
L'âyusmat Mahâ Maudgalyâyana répondit : Vénérable, il sera fait selon tes ordres ; puis, ayant reçu les instructions de Bhagavat, il porta cet avis aux Bhixus : Ayusmats, Bhagavat se rend à Kapilavastu; quels sont ceux d'entre vous qui iront à Kapilavastu avec le Tathâgata ? Le père et le fils ont déclaré (leur volonté) de se rencontrer et de se voir ; prenez donc vos vêtements de religion. — Les Bhixus dirent : Nous ferons ainsi, et ils suivirent les avis de l'âyusmat Mahâ Maudgalyâna.