‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 40 sur 295 · INITIATION DES ÇAKYAS · texte numérisé non relu

INITIATION DES ÇAKYAS

En ce temps-là, Bhagavat, accompagné de la Confrérie des Bhixus, prenait régulièrement son repas dans le palais du roi ; il n'interrompit pas cette pratique un seul jour. Et le roi Çuddhodana vit (de près) ces ascètes aux cheveux nattés (jatila) qui s'étaient fait initier et dont le corps avait une triste apparence à cause des mortifications (qu'ils avaient endurées). Cette vue lui inspira les réflexions suivantes : Les grandes individualités ont bien l'esprit en bon état; elles n'ont pas le corps en bon état. Ce sont lesmorti-

1 D'autres textes présentent Bhadrika comme un Bhixu, sans rien dire de cette royauté, la niant même implicitement. S'agit-il d'un autre Bhadrika ? ou le roi institué par Çuddhodana a-t-il suivi le torrent qui entraînait les Çâkyas vers la confrérie du Buddha?

fications qui ont mis le corps dans des conditions si mauvaises. Or, à quoi ressemble Bhagavat? à quoi ressemble son cortège ? Voilà quelle est la mine (des membres) de l'assemblée, tandis que Bhagavat est beau J. Après avoir fait ces réflexions, le roi Çuddhodana convoqua les Çâkyas et leur dit : Messieurs, si le prince Sarvârtbasiddha n'avait pas adopté la vie religieuse, (votre) Sire ne serait que le roi d'une foule vouée à la transmigration. Pourquoi avoir des fils ? — Seigneur, pour qu'ils nous servent. — Le prince Sarvârthasiddha a reçu dans son cœur l'Amrta; par l'Amrta, il fait le bonheur des êtres. A quoi bon des fils ? ils ne nous serviront pas. — Qu'y a-t-il donc, seigneur ? Se sont-ils fait initier. — Faites-vous initier. — Seigneur, la perpétuité de la race des Çâkyas sera interrompue. — Eh bien! dit le roi, que de chaque maison un au moins se fasse initier. — Qu'il soit fait selon l'ordre donné par Sa Majesté. Et le roi Çuddhodana fit faire à son de cloche une proclamation portant ceci : Que de chaque maison où il y a de jeunes Çàkyas un au moins se fasse initier.

Dans le temps où cinq cents jeunes Çâkyas furent initiés par Bhagavat, Bhagavat avait rendu cette décision : Ceux des grandes familles qui auront été initiés perdront leurs avantages ; ils seront avec les autres sur un pied d'égalité. Ceux-là néanmoins obtinrent des avantages et une grande considération. Bhagavat fit donc cette réflexion : Si ces fils de famille sont des individualités faisant exception par rapport aux autres, un ardent désir envahira les autres individus. A la suite de cette réflexion, il fit retrancher à ceux-là tout avantage et toute considération marquée.

Après être resté à Kapilavastu aussi longtemps qu'il lui plut, Bhagavat reprit la direction de Çrâvastî, et, allant de proche en proche, il atteignit Çrâvastî ; et là, à Çrâvastî, il résida à Jetavana dans le jardin d'Anâthapindada.

1 Je crois lire mdtes, « beau, » dans le texte du Kandjour qui est ici très effacé. L'ensemble du passage est obscur.

MORT DE PRASENAJIT - ATTAQUE CONTRE LE8 ÇAKYAS ROYAUTÉ DE ÇAMBALA - MORT DE VIRUDHAKA

— Dulva X, 141-149 et 160-162 —

L'analyse de Gsoma nous signale, dans le volume X du Dulva, du folio 141 au folio 160, une série d'épisodes que Ton peut résumer ainsi : Mort de Prasenajit, roi de Koçala? Destruction du royaume des Çàkyas par Hphags- Skyes-po; Mort de Hphags-Skyes-po; la Mort de Gautamî et de cinq cents nonnes, notée comme le premier épisode venant ensuite, est séparée du dernier par une vingtaine de feuillets. J'avais entrepris de traduire le texte compris entre les feuillets 141 et 160.

Quoique les épisodes susmentionnés occupent à peine vingt feuillets, la nécessité deHes copier, la longueur de l'opération, l'absence d'un feuillet dans le volume faisant partie de l'exemplaire de la Bibliothèque nationale, la mauvaise impression de cet exemplaire, les soins réclamés par d'autres occupations m'ont fait interrompre ce travail. En attendant que je le reprenne, sij'en ai le loisir, je communique aux lecteurs divers fragments qui ne représentent guère que le tiers du morceau signalé. Ce sont : la Mort de Prasenajit •* la Mort de ffphags-Skyes-po ; YEoopulsion de Çamkaka et sa royauté en Bakuda; mais ce dernier épisode étant intercalé dans celui de la Destruction des Çdkyas et plus spécialement soudé à la portion du récit qui précède et qu'on peut intituler Première attaque contre les Çdkyas, je crois devoir donner celte partie antécédente. Le tout représente à peu près la moitié de la totalité du

texte ; il ne manquera que le récit de la fin des Çâkyas, l'attaque dernière et la catastrophe : ce qui est peut-être, il est vrai, la partie la plus intéressante. Je fais commencer les divers morceaux à l'endroit indiqué par Csoma. Comme ce sont des fragments, le lecteur ne sera pas étonné de voir qu'il y a entre eux solution de continuité. Du reste, les lacunes sont de peu d'importance et la suite des événements se laisse facilement apercevoir.

i. — MORT DE PRASENAJIT

... Prasenajit, roi de Koçala, était près de Bhagavat, entendant la loi. Gela dura assez longtemps. Dîrgha *, fils de Cârî 2, demeura assis, lui aussi, fendant un certain temps ; ensuite, il monta sur le char (du roi) et établit Vrûdhaka 3 sur le trône.

Mâlavat et Varsanaya 4 demandèrent au fils de Cârî : Où le roi est-il allé ? — Au villag edeMocurudi, leur fut-il répondu; et ils se rendirent au village de Mocurudi 5.

Après avoir entendu la loi de la bouche de Bhagavat, Prasenajit, roi de Koçala, sortit du Vihâra, et, ne voyant plus Dîrgha, fils de Cârî, il questionna les Bhixus : Aryas, où est Dîrgha, fils de Cârî ? — Ceux-ci répondirent : Aussitôt que le roi a été entré ici, il est monté sur le char et est parti. — Le roi s'en alla à pied; Bhagavat, de son côté, partit de bon matin pour Râjagrha.

Au bout d'un certain temps, le roi aperçut sur le chemin Mâlavat et Varsanaya. Il leur fit cette question : Pourquoi cheminez- vous ainsi à pied? — Ils répondirent : Majesté ! Dîrgha, fils de Cârî, a établi Virûdhaka sur le trône. Nous donc qui sommes auprès du roi, nous autres, où irons -nous ? — Le roi répondit : Mâlavat, tuas fini de savourer la royauté maritale ; va, savoure

1 Restitué d'après le tibétain: Ring-po, « long, loin. » * Restitué d'après le tibétain: Spyod-pa, « pratiquant. »

3 Tibétain: Hphags-Skye$-po (né ou être sublime). La restitution du mot sanskrit n'est pas douteuse.

4 Les noms tibétains sont Phrcnç-ldan, « qui a une guirlande, » et Doyar-ts'vl-ma, o règle de la pluie. » L'expression Dvyar-ts'ul-ma est remplacée une ou deux fois par Dcyar-byed, nom de l'officier qui apporte au roi de Magadhala nouvelle de la mort de Çàkya.Ces deux personnages (Dcyar*ts'ul-ma ft Dvyar-byed), sont vraisemblablement un seul et même individu.

5 Mot tibétain AIotsu-ri*-di (ou peut être Tsu-ru-di), transcription d'un nom sanskrit dont j'ignore Je sens, mais dont je pense reproduire exactement la forme.

Anw. G. - B 0

la royauté suprême ! ! Quant à moi, je vais à Râjagrha en compagnie de Varsanaya.

A ces mots, Mâlavat, exprimant des paroles de chagrin dans un langage plein de compassion, s'en retourna en pleurant, et Prasenajit, roi de Koçala, accompagné de Varsanaya, se dirigea vers Râjgrha, et, de proche en proche,

il y arriva.

Après avoir erré de côté et d'autre, il entra dans le parc d' Ajâtacatru et dit à Varsanaya : Varsanaya, va, dis au roi Ajâtacatru : Le roi de Koçala Prasenajit est entré dans le parô. — Varsanaya alla donc dire au roi Ajâtacatru : Sire, Prasenajit est entré dans ton parc ; Sire, il désire te voir.

A l'ouïe de ces paroles, le roi s'assit (dans son conseil) et dit : Messieurs, ce roi est très belliqueux ; le voici qui arrive soudainement chez moi. Qui donc Ta tourné contre moi ? Est- ce toi ? — Varsanaya reprit ; Sire, belliqueux ? Et comment? Son fils l'a chassé du trône; il arrive ici lui deuxième avec un serviteur. Le (roi) reprit : En ce cas, ce roi se comporte bien ; je serai pour lui comme un jeune prince (pour son père). Gela dit, s'adressant à ses ministres : Messieurs, il ne serait pas convenable à moi d'inviter un tel roi, roi de race xatryenne et de si haut rang, sans le traiter en roi et lui rendre de grands honneurs. Ainsi ornez la ville, ornez le chemin.

Ceux-ci font débarrasser la ville de pierres, de graviers, de cailloux, si bien qu'elle fut comme l'entrée du bosquet Nandana, le parc des dieux. Quand le chemin fut orné, que la ville fut parée, rendue éminemment et particulièrement respectable, on fit, à son de cloche, cette proclamation : Messieurs, que les habitants de Râjagrha, la cour du palais, les militaires (?) se mettent en fête ! Puis le roi Ajâtacatru, conduisant son char suivi de plusieurs milliers et des quatre corps d'armée, s'avança pour offrir sa protection au roi Prasenajit.

Celui- ci, après son entrevue avec Ajâkaçatru, éprouva les souffrances de la faim. A une très petite distance du parc, il y avait un champ de radis; le maraîcher lui donna une poignée de radis : il mangea feuilles et racines. Pris

1 Cette traduction n'a guère de sens; mais j'avoue que je n'ai pu saisir celui de la phrase tibétaine. Le roi a l'air de considérer le personnage auquel il s'adresse comme un traître, complice de l'usurpateur; peut-être y a-t-il dans la partie antérieure du récit, inconnue de nous, certains détails qui nous donneraient la clef de l'énigme et permettraient d'arriver à. un sens satisfaisant.

d'une grande soif, il s'approcha de l'étang, se baissa pour prendre de l'eau tout son soûl, et quand il se releva, sa main se raidit ; il tomba de son char (?) sur la grande route ; sa bouche se remplit de la poussière soulevée par le mouvement bruyant des roues, et il trépassa1.

Le roi Ajâtaçatru vint au parc et le chercha avec inquiétude ; il ne le trouva pas. Il envoya donc des messagers à cheval dans les quatre directions, en leur disant : Cherchez. — Un de ces messagers arriva au champ de radis et, s'adressant au maraîcher : Eh ! l'homme ! (n'as-tu pas) vu quelqu'un venir dans le parc ? — Si, il est venu quelqu'un. — Et où est-il allé ? — Ha pris une poignée de radis, puis est allé du côté de l'étang. — Le messager suivit les traces de l'(étranger) et le vit mort sur la grand' route. U vint dire au roi Ajâtaçatru : Sire, il est (étendu) mort sur tel point de la grand'route. Le roi dit : Hélas ! hélas ! — Plusieurs centaines de milliers d'hommes vinrent en ce lieu et s'y trouvèrent réunis.

Après avoir un instant considéré ce corps mort, spectacle pénible ! le roi dit à ses ministres : Messieurs, ce roi de race xatryenne, investi du pouvoir suprême, est mort dans mes États; c'est pour moi fort désagréable. Vous donc, plaçez-le sur le bûcher dans le cimetière avec de grands honneurs; et moi, je vais consulter Bhagavat au sujet du surp us des honneurs à rendre àse restes.

Ceux-là donc le placèrent sur le bûcher dans le cimetière avec de grands honneurs; et le roi Ajâtaçatru se rendit auprès de Bhagavat.

Quand il y fut arrivé, il adora avec la tête les pieds de Bhagavat et lui parla ainsi ; Vénérable, le roi de Koçala Prasenajit est mort dans mon pays. Quels honneurs rendrai-je à ses restes? — Grand roi, répondit Bhagavat, rends lui des honneurs aussi grands que tu peux, aussi grands que tu l'oses. — Alors le roi rendit de grands honneurs aux restes du défont.

Ensuite, étant venu en présence de Bhagavat, il questionna Bhagavat : Vénérable, dit-il, quels actes le roi du Koçala Prasenajit avait-il faits pour que la maturité de ses actes ait causé sa mort ?

1 Je n'ai pu réussir à donner une traduction satisfaisante et~compléte de ce passage assez important, puisqu'il relate les circonstances de la mort du roi détrôné, non seulement dans l'existence actuelle mais aussi dans une existence antérieure. Et^ en effet, ce passage est répété un peu plus loin ; mais chaque fois, la plupart des mots sont écrits diversement) et il en est qu'on ne trouve pas dans les dictionnaires.

Bhagavat dit : Autrefois, grand roi, dans une caverne de montagne, demeurait un brahmane qui épousa une femme de même tribu que lui... il lui naquit un fils.

Une fois, ce fils alla mendier ; on lui donna un poignée de radis ; il dit à sa mère (en la lui remettant) : Je reviens dans un instant quand je me serai baigné. Ces paroles dites, il alla se baigner.

Quand il n'y a pas de Buddhasdans le monde, il y a des Pratyekabuddhas. . . Alors donc un Pratyekabuddha en voyage passa par là, et tout en cheminant arriva à la caverne de cette montagne. Il passa un jour (et une nuit) dans ce lieu désolé; le matin, il revêtit sa tunique et son manteau, prit son vase et entra dans la caverne de la montagne pour mendier ; de proche en proche, il atteignit cette demeure. La brahmanî remarqua les charmes de sa personne, les charmes de son esprit, etc. De telles dispositions naquirent en elle qu'elle offrit au Pratyekabuddha la poignée de radis. Ces magnanimes enseignent la loi par le corps plutôt que par la parole. Lui donc, comme le roi des oies1, déployant ses ailes, s'éleva dans les régions célestes et fit voir plusieurs prodiges. Par cette puissance qui amène promptement à la foi chaque individu, la brahmanî tomba à ses pieds comme un arbre déraciné et lui se retira après avoir (ainsi) manifesté sa compassion *.

Sur ces entrefaites, le fils du brahmane arriva : Mère, dit-il, mangeons la poignée de radis. — Mon fils, répondit-elle, il faut t'en réjouir; ce religieux quia en lui l'essence du calme est venu pour mendier, pour obtenir quelque chose; je la lui ai donnée. — L3 fils avait faim, il souffrit, fut très mécontent, et s'écria : Puisque ce religieux l'a mangée, pourquoi sa main ne s'est-elle pas raidie et n'est-il pas mort s ?

Que penses- tu, grand roi? Ce fils de Brahmani, c'était le roi de Koçala Prasenajit lui -même4.

1 Hamsa proprement « oie » ou a cygne » ; on en fait un oisea-i presque fabuleux. Le Hamsa a été déjà cité (V. p. 49).

2 Le récit de ce prodige revient un très grand nombre de fois dans les textes.

3 Ce passage est parallèle au récit des circonstances de la mort de Prasenajit (Voir ci-dessus p. 67). * Ce récit est encore un Aradana comme celui qui termine l'histoire de Yaças (Voir ci-dessus, p. 26-27).

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