‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 41 sur 295 · PREMIÈRE ATTAQUE DE VIRUDHAKA CONTRE LE8 ÇAKYAS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ATTAQUE DE VIRUDHAKA CONTRE LE8 ÇAKYAS

...Ensuite Virûdhaka, trompé par Màtraparàdhaka1, équipa quatre corps d'armée, savoir : le corps des éléphants, le corps des cavaliers, le corps des chars et le corps des gens de pied, afin de détruire les Çâkyas qui habitaient àKapilavastu ; et il partit de Çrâvastî pour se rendre àKapilavastu.

Dans de telles conjonctures, les bienheureux Buddhas ne manquent ni de connaissance ni de vue ; les plus petites choses ne peuvent leur échapper ; celui-ci donc, connaissant à fond la situation des Çâkyas habitants de Kapilavastu, partit de grand matin de Çrâvastî pour se rendre à Kapilavastu.

Or, Bhagavat ayant trouvé sur son chemin un arbre Çakotaka à Técorce irrégulière et raboteuse, peu agréable, aux feuilles maigres, à l'ombre petite, s'assit auprès, les jambes croisées, au grand soleil (?).

Le roi Virûdhaka aperçut Bhagavat de très loin ; en le voyant, il se dirigea du côté où était Bhagavat et adressa cette parole à Bhagavat : Vénérable, cet arbre a des feuilles peu agréables, donne peu d'ombre et n'est pas avantageux; mais ces bienheureux (Buddhas), abandonnant les autres arbres parce qu'ils causent des maladies, préfèrent s'asseoir près de cet arbre Çakotaka à l'écorce raboteuse, peu agréable, aux feuilles maigres, au feuillage peu abondant.

Bhagavat répondit : Grand roi, c'est pour mes parents et mes proches; mes parents et mes proches (font) que l'ombre est fraîche.

Virûdhaka fit cette réflexion : Bhagavat est ému de compassion à la vue de ses parents et de ses proches ; oh! Bhagavat a pitié de ses parents. Il comprit cela dans son esprit, et, à l'instant (sans faire un pas de plus), il rebroussa chemin.

Bhagavat fit cette réflexion : Si les Çâkyas sont appelés à voir la vérité (seulement) quand la guerre de Virûdhaka fondra sur eux, ils ne seront pas des vases propres à recevoir la vue des vérités. Ayant donc bien connu cela dans sa pensée, il partit pour se rendre au milieu des Çâkyas dans leur pays. Etant arrivé à Kapilavastu, il résida à Kapilavastu dans le jardin du Nyagrodha.

* Tibétain: Ma-ta-gnod, que je traduis par «dommage- pour- sa-mère « (roatri damnum) ; je restitue donc le sanskrit (hypothétique) Màtraparàdhaka.

Cette nouvelle se répandit parmi les Çâkyas habitants de Kapilavastu : Bhagavat, disait-on, est venu dans le pays, parmi les Çâkyas; il est venu ici, et même, il séjourne dans ce jardin du Nyagrodha. A l'ouïe de ce discours, ils se rendirent au lieu où était Bhagavat, et, ayant adoré avec la tête les pieds de Bhagavat, s'assirent non loin de lui. Alors Bhagavat, connaissant leurs pensées, leurs inclinations, leurs dispositions morales, leur état intérieur, fit, en conséquence, l'enseignement de la loi qui mène à l'intelligence des quatre vérités. Après l'avoir entendu, plusieurs centaines de milliers d'êtres acquirent d'une manière particulière le grand enseignement. Quelques-uns obtinrent le fruit de Çrota-âpatti, d'autres le fruit de Sakrdâgami. Et alors ils descendirent dans l'assemblée et y siégèrent. Tels sont le premier degré et le degré intermédiaire * .

Quand Mâtraparâdhaka aperçut Virûdhaka, il lui dit : Qu'y a-t-il que tu aies rebroussé chemin ? — Le roi répondit : Mâtraparâdhaka, c'est que Bhagavat, à la vue de ses parents et de ses proches, est ému de compassion envers eux. Oh ! oui, Bhagavat a pitié de ses parents et de ses proches. De là vient qu'il m'a dit : 0 grand roi, c'est pour mes parents et mes proches; oui, ce sont mes parents et mes proches qui (font) que l'ombre est fraîche. Cette déclaration a fait naître en mon cœur la lumière et l'intelligence; je renonce au projet de détruire les Çâkyas. — Mâtraparâdhaka répliqua : Sire, le Çramana Gautama est affranchi de toutes les passions ; ceux qui sont affranchis de toutes les passions ne s'occupent guère de leurs proches. En conséquence, aujourd'hui même, le roi a un jour favorable, un instant favorable, une étoile favorable, un jour de mérites religieux favorable. Pars donc, Sire, aujourd'hui même, pour Kapilavastu.

Le roi, ayant repris son conseiller de vices et équipé les quatre corps d'une armée complète, le corps des éléphants, le corps de chevaux, le corps des chars, le corps des fantassins, arriva à Kapilavastu ; puis, ayant distribué ses troupes (?) (sur le terrain) à peu de distance de la ville, il s'y établit.

Alors l'âyusmat Mahâ-Maudgalyana se rendit au lieu où était Bhagavat, et après avoir adoré avec la tête les pieds de Bhagavat, s'assit à peu de distance de lui. Puis l'âyusmat Mahâ-Maudgalyâna adressa ce discours à Bha-

' Presque toutes les parties de ce paragraphe, réunies ou isolées, se trouvent dans les textes répétées constamment.

gavât : Vénérable, un homme égaré, Virûdhaka, a équipé les quatre corps d'une armée, celui des éléphants, celui des chevaux, celui des chars, celui des gens de pied, afin de détruire les Çâkyas habitants de Kapilavastu, et il est à Kapilavastu. Voilà ce que j'ai entendu dire. Moi donc, prendrai-je avec moi cette armée de fantassins et de soldats montés pour les transporter dans une autre région du monde ? ou bien les jetterai-je au delà de la chaîne (de montagnes) qui entoure le monde * ? ou bien détournerai^ e (en un autre lieu) la race des habitants de Kapilavastu 2 ? Il faut faire un effort énergique pour détourner d'eux le réseau de fer (qui les enveloppe).

— Maudgalyâna, cela est ainsi; cela étant ainsi, tu as beau avoir, selon tes précédents, le pouvoir de détourner. Les Çâkyas habitants de Kapilavastu ont accumulé des actes; les conséquences s'en multiplient : comme un héros victorieux, elles demeurent près d'eux; sans aucun doute, elles resteront maîtresses. Quand les actes ont été accumulés, quel autre (que celui qui les a faits) peut en goûter le fruit ? Bhixus 3, ce n'est ni dans l'élément du feu, ni dans l'élément de la terre, ni dans l'élément du vent que mûrissent les actions faites et accumulées; au contraire, les actions vertueuses et vicieuses viennent à maturité dans les Skandhas qui se détruisent, dans les éléments, dans les âyatanas, durant des centaines de kalpas. Les actions n'étant pas peu nombreuses, c'est à force d'accumulation de temps qu'elles viennent à maturité pour les êtres corporels. Maudgalyâna, nous avons à accomplir des actes dans le monde; une fois nés, les actes demeurent ; les actes ont leur rétribution ; ce qui arrive est en rapport avec les actes. Voilà pourquoi qui conque a accompli des actes vertueux ou vicieux, celui-là devient heureux ou malheureux par ces actes. En conséquence, Maudgalyâna, il faut s'évertuer dans l'accomplissement des actes. Après cela, l'âyusmat Maugalyayâna adora avec la tête les pieds de Bhagavat et s'en alla.

Cependant les Çâkyas qui habitaient à Kapilavastu avaient reçu cette nouvelle : Un homme égaré, Virûdhaka, a équipé les quatre corps d'une armée : celui des éléphants, celui des chevaux, celui des chars, celui des gens de

* Le Cakravûla.

* Il ne faut pas oublier que Maudgaljâydua est le disciple habile pour faire des prodiges. 3 Jusqu'ici, Maudgalyâna était le seul interlocuteur. Voici maintenant que les Bhixus apparaissent

à l'improviste. Cela tient sans doute à ce que l'explication donnée ici est un lieu commun qui revient 1

des centaines de fois et qui est ordinairement adressé à toute la confrérie. \

pied, et il est venu pour nous détruire. A cette nouvelle, ils équipèrent les quatre corps d'une armée et vinrent à la rencontre de Virûdhaka pour lui livrer bataille.

Gomme ils avaient vu les vérités, qu'ils étaient à peine coupables de meurtre, ils coupèrent les lances, les fouets, les cordes des arcs (?), les liens, les courroies, et lancèrent leurs traits sur les pendants d'oreille *. Après avoir ainsi détruit l'équipement de l'armée de Virûdhaka, ils s'installèrent à Kapilavastu, en fermèrent les portes, et demeurèrent là faisant force musique instrumentale.

Gomme ils avaient triomphé complètement et remporté pleine victoire, Virûdhaka dit à Mâtraparâdhaka : — As-tu vu? nous sommes pour être mis en pièces par les Çâkyas ; viens voir. — Il répondit: Sire, que ton cœur ne se brise pas. C'est parce que les Çâkyas habitants de Kapilavastu ont vu la vérité (qu'ils ont remporté ce succès) ; car ils n'auraient pas le courage et la force d'ôter la vie même à une bête noire, en fait de créature vivante. Gela est rendu évident par ceci qu'ils ne nous ont pas tué un seul être animé. — Après ces paroles trompeuses, il resta assis en silence.

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