ÉPISODE DE ÇAMBAKA
Cependant les Çâkyas établirent cette règle : — Messieurs, il n'est pormis à aucun de nous, quel qu'il soit, d'attaquer Virûdhaka ou l'armée do Virûdhaka. Si quelqu'un l'attaque, il n'est pas un des nôtres, il n'est pas un Çâkya.
Or, en ce temps-là, un Çâkya nommé Çambaka3 vivait sur un rocher, se servant lui-même et accomplissant la fin de l'œuvre 4. Il n'avait pas entendu parler de la règle établie par les Çâkyas. Pendant qu'il était là vivant en son particulier, il apprit cette nouvelle: Virûdhaka est venu pour nous tuer, il est établi en tel lieu. — A cette nouvelle la colère domina dans son cœur ; il fut outré. En un instant, il se rendit devant le front de l'armée de Virûdhaka
* C'est-à-dire probablement qu'ils détruisirent les ornements ; mais cela est peu clair* Le mot que je rends paf <t pendants d'oreille » a peut être un autre sens qui m'est inconnu. * Continuation immédiate de ce qui précède;
3 Le mot est aussi écrit Çampaka. Csoma a adopté cette dernière (orme ; l'autre nous parait préférable. Çambaka signifie « heureux ».
4 La perfection.
et broya là une grande quantité de troupes d'hommes. Quelques-uns (seulement) échappèrent à la mort.
Alors Virûdhaka découragé dit à Mâtraparâdhaka : Mâtraparâdhaka, as-tu vu ? Tu disais : a (Ils ont triomphé) une fois par hasard, parce qu'ils ont vu la vérité ; ils ne seraient pas capables d'ôter la vie même à une bête noire parmi les créatures; » et cependant, en un instant, un seul d'entre eux a tué une si grande multitude de nos hommes! Si tous viennent s'ajouter à lui, chacun de nos êtres animés périra et (pourquoi en dire davantage ?) viendra au terme de sa vie par la révolution du temps.
Le (confident) repartit : Sire, les Çâkyas ont fait le règlement suivant : Nul d'entre nous ne doit attaquer Virûdhaka ni l'armée de Virûdhaka ; celuilà, quel qu'il soit, qui attaquera, ne sera pas tenu pour un de nos proches, ne sera pas un Çâkya. Voilà ce qu'ils ont décidé. Celui-ci n'en a pas entendu parler; et maintenant, la plus petite place qui soit à l'intérieur de la ville, il ne l'aura pas.
Celui-là, en effet, vint à la porte de Kapilavastu, s'y arrêta et dit : Messieurs, ouvrez la porte, que j'entre ! — Ceux-ci répondirent : Tu as violé la ■règle que nous avions établie. Désormais, tu n'es plus l'un de nos proches, tu n'es plus un Çâkya. Va là où l'on te permettra de regarder en dedans. • — Il répondit : La règle que vous aviez établie, je ne l'avais pas entendue. Û3pendant si elle a été plusieurs fois proclamée en ces termes, elle est obligatoire. Si donc j'ai violé la règle que vous avez établie, expulsez-moi de mon pays, j'irai dans un autre.
Expulsé par eux de son jpays et leur servant de guide *, il se rendit au lieu où était Bhagavat, et, ayant adoré avec la tête les pieds de Bhagavat, il s'assit à peu de distance. Une fois assis à peu de distance ; le Çâkya Çambaka adressa ce discours à Bhagavat : Vénérable, je demande à Bhagavat, pour le lieu où je le servirai, quelques signes de ce service ; accorde-les-moi. — Bhagavat, par des manifestations surnaturelles, lui accorda des cheveux, des rognures d'ongles, des dents. Il les emporta et s'en alla dans le pays de Bakuda.
Les habitants de ce pays apprirent cette nouvelle : Un Çâkya nommé Çambaka, énergique, fort, grand vainqueur de l'ennemi, parfait, vient dans notre
* Leur montrant le chemin de la fuite eu le recours à Bhagavat.
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pays avec le désir de régner. A l'ouïe de cette nouvelle, ils firent faire cette proclamation : Messieurs, un Çâkya nommé Çambaka, énergique, fort, grand, vainqueur de l'ennemi, arrive dans notre pays. Voilà le bruit qui court. Venez donc ici, rassemblez-vous. — Qu'est-ce que cela? Celui qui vient audevant de nous est-il arrivé? Il n'est pas arrivé, (se disait-on). Et tous se rassemblèrent en un clin d'œil; en un clin d'oeil, ils s'assirent dans la salle de la réunion.
Çambaka, s'étant placé à une petite distance de l'assemblée, se présenta à eux dans la tenue d'un courrier. Eux le saluèrent en ces termes : Tu es le bienvenu; puis lui firent cette question : D'où viens-tu? — Il répondit : Ce Çâkya nommé Çambaka, énergique, fort, grand vainqueur de l'ennemi, accompli, désire la royauté et se propose de venir ici ; comme il m'a remis une lettre, je veux m'asseoiretlaUre. — Ils lui dirent : Il n'y a pas de tapis, où t'asseoiras-tu ? — Mais lui , ayant tiré son épée du fourreau, et réduit en petits morceaux une grosse pierre : C'est là, dit-il, que je m'asseoirai. Cette merveille leur fit ouvrir de grand yeux. — Oh ! mais ! dirent-ils, combien ce personnage a-t-il d'hommes pareils, semblables à toi? — Il répondit : Messieurs, je ne suis que son messager ; par moi l'on peut juger de tous les autres ; il a d'autres hommes héroïques en grand nombre.
Eux, ayant entendu, s'assirent (pour délibérer et se dirent les uns aux autres) : Messieurs, voilà un concours de circonstances remarquable et sans égal. Quel autre homme (trouverions-nous) pareil à celui-ci? Prenons-le pour en faire notre roi.
Là dessus, ils prirent connaissance de la lettres puis lui donnèrent la ré • ponse. (Elle portait :) Tu es le bienvenu ; tu feras les ordonnances et nous agirons selon tes prescriptions. — Il emporta la réponse, se fit une cour, (s'entoura d') une grande opulence et vint dans le pays de Baguda.
Ceux du pays le reçurent avec respect et avec de grands honneurs, puis l'installèrent dans la royauté.
Ce bruit se répandit partout : Les habitants du pays de Baguda ont honoré de la royauté le roi Çambaka. « Roi Çambaka, Roi Çambaka », c'est aiusi qu'on l'appelait.
Il établit un stûpa des* cheveux et des ongles de Bhagavat, auquel on donna le nom de stupa de Çambaka.