‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 52 sur 295 · KAPILAVASTU — Dulva I, folio · texte numérisé non relu

KAPILAVASTU — Dulva I, folio

Le bienheureux Buddha résidait à Kapilavastu dans le jardin du Nyagrodha.

Dans le temps où par (l'influence de) Bhagavat, les maîtres de maison se faisaient initier l'un après l'autre, leurs parents venaient les voir; et, comme on enseignait la loi, les parents ayant entendu la loi, se faisaient initier eux aussi. De cette façon, les femmes Çâkyas voyaient, qui leur père, qui leur frère aîné, qui leur maître de maison, qui leur beau-frère, qui leur fils, se faire initier. Elles étaient plongées dans la douleur, et, à la fin de la nuit, au lever du jour, elles se mirent à pleurer et à pousser des cris de détresse. A la fin de la nuit, au lever de l'aurore, le roi Çuddhodana entendit la multitude des femmes Çâkyas qui pleuraient et poussaient des cris de détresse. À l'ouïe de ce tumulte, il dit aux Çâkyas : Messieurs, par quelle cause, à la fin de la nuit, au point du jour, les femmes Çâkyas en si grand nombre pleurent- elles et poussent-elles des cris de détresse ? Les Çâkyas répondirent : Haut et puissant Seigneur, c'est que des fils se sont fait initier et recevoir solennellement sans la permission de leurs père et mère. Pour une partie des femmes Çâkyas, c'est leur père, pour une autre, c'est leur frère aîné, pour une autre encore, c'est leur maître de maison, leur beau-frère, leur fils qui s'est fait initier. Elles soçtt plongées dans la douleur, en sorte qu'à la fin de la nuit, au lever de l'aurore, elles pleurent et poussent des cris de détresse.

Le roi Çuddhodana se dit : C'est bien là une affaire qui me regarde ; je vais aller trouver Bhagavat. Le roi Çuddhodana se dirigea donc vers le lieu où était Bhagavat ; quand il y fut arrivé, il adora avec la tête les pieds de Bhagavat et parla ainsi : Bhagavat, il est juste que tu m'accordes un bienfait, Sugata, il est juste que tu m'accordes un bienfait. — Grand roi, les Tathâgatas, Arhats, Buddhas parfaitement accomplis sont eux-mêmes (car leur seule présence) plus qu'un bienfait. Quelle supériorité les Aryas ont- ils acquise (dont tu sois privé) ? S'il y a une supériorité à acquérir, je te la donne.

— Vénérable, au temps où naquit Bhagavat, je m'étais dit : Puisque Bhagavat est appelé à être un roi Gakravartin, je parcourrai les quatre

continents en marchant à la surface du ciel ; voilà ce que je me disais, et j'en ressentais une satisfaction intérieure qui n'était pas petite. Mais, Vénérable, dans le temps où Bhagavat adopta la vie religieuse, l'espérance que j'avais de le voir roi Gakravarlin s'évanouit. Une autre idée s'est présentée à mon esprit : le prince Nanda(mdzes dgah) deviendra un roi Bala cakravartin ; longtemps, je me suis bercé de cet espoir ; mais dans le temps où le prince Nanda se fit initier, l'espérance que j'avais de le voir roi Balacakravartin s'évanouit aussi. Une autre pensée m'occupa alors: Le prince fortuné Râhula sera un roi d'une nature énergique, me disais-je, et quand le prince Râhula se fit initier, l'espérance que j'avais de le voir devenir un roi d'une nature énergique s'évanouit du tout au tout. (Maintenant), Vénérable, une autre pensée m'arrête : il y a des pères et des mères qui ont de grands soucis à cause de leurs enfants. Vénérable, ces Aryas ont initié et reçu solennellement des fils de famille sans la permission de leurs père et mère. Oh ! il serait bon que Bhagavat, en raison de sa grande bonté d'âme, fît savoir que les Aryas qui auraient initié et reçu solennellement un fils de famille sans le consentement de ses père et mère doivent bien se rappeler qu'ils ont fait un acte nul.

Bhagavat approuva en gardant le silence ; le roi Çuddhodana, comprenant que Bhagavat avait approuvé en gardant le silence, adora avec sa tête les deux pieds de Bhagavat, puis se retira de la présence de Bhagavat.

Bhagavat se mit réfléchir : Quelle faute y a-t-il eu ici ? La voici : Les Bhixus ont initié et reçu solennellement des fils de famille sans le consentement des père et mère; de là, le mal. Cette réflexion faite* il dit : Désormais, défense aux Bhixus d'initier et de recevoir solennellement un fils de famille sans le consentement des père et mère : Tout (Bhixu) auquel se présentera un individu ayant le désir d'être initié devra lui demander s'il a la permission de ses père et mère. Faute de faire cette question, on se rend coupable d'une grave transgression.

Quand Bhagavat eut ainsi fait défense d'initier et de recevoir solennellement tout fils -de famille qui n'aurait pas le consentement de ses père et mère, il en vint d'autres qui n'avaient pas la permission de leurs père et mère, mais qui venaient d'un pays si éloigné que leurs père et mère n'avaient jamais entendu le nom (de celui où leur fils était allé). Ceux-là aussi les Bhixus refusaient de les initier, en sorte qu'ils ne pouvaient recevoir l'initiation : ils étaient exclus

de l'initiation à la loi et à la discipline bien enseignées par les Ayusinats, de la réception solennelle, de la qualité de Bhixus. Les Bhixus soumirent le cas à Bhagavat. Bhagavat dit : ceux qui n'ont pas la permission de leurs père et mère, mais viennent d'un pays si éloigné que leurs père et mère n'ont pas entendu parler (de celui où ils sont), ceux-là peuvent être initiés sans délai : il n'y a point en cela de faute.

Nota. — L'alinéa qui termine cet article diffère notablement des deux alinéas qui terminent l'article précédent (p. 90); il est intelligible, les autres ne le sont pas. En effet, il est question ici de ceux qui ri ont pas la permission de leurs père et mère parce qu'ils en sont très éloignés. C'est ce que le présent article dit fort bien ; l'article précédent, au contraire, présente les individus dont il s'agit comme ayant cette permission ; ce qui est un contre-sens. Il est évident que, dans le passage traduit page 90, le texte tibétain a omis une négation, et cette omission se présente deux fois. J'aurais pu rétablir la négation et traduire le passage tel qu'il doit l'être et tel qu'on vient de le lire dans l'alinéa ci-dessus ; mais, comme l'article suivant me fournissait le moyen d'une rectification, j'ai mieux aimé traduire le texte que j'avais sous les yeux. Gela donne au lecteur une idée des difficultés que rencontre le traducteur et le disposera sans doute à l'indulgence pour le cas trop fréquent où nos traductions n'ont pas toute la clarté désirable.

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