‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 53 sur 295 · DÉFENSE D'ADMETTRE UN PARRICIDE · texte numérisé non relu

DÉFENSE D'ADMETTRE UN PARRICIDE

Cette prohibition donne lieu à un double récit, le premier relatif à un individu qui tue sa mère, le second à un individu qui tue son père. Le second récit est la reproduction textuelle du premier, sauf les changements de mots nécessaires. Voici le premier de ces deux récits :

- Dulva I, foliot 177-179 —

Le bienheureux Buddha résidait à Çrâvastî, à Jêtavana, dans le jardin d'Anâthapindada. Or, il y avait à Çrâvastî un maître de maison qui épousa une femme de même caste Il lui naquit un fils.

Il dit à sa femme : Ma bonne petite, les dettes que notre fils nous a imposées sont acquittées ; mais notre fortune est devenue dérisoire. Je veux prendre des marchandises et aller dans un autre pays. — Agis ainsi, répondit-elle ; et lui, ayant pris des marchandises s'en alla dans un autre pays. Gomme il ne savait pas bien se conduire, il souffrit. Mais il éleva son fils par son énergie et son travail * .

Plus tard, ce fils, étant avec un de ses égaux, passa près d'une maison. Sur la terrasse de cette maison était une jeune fille (qui) jeta (d')en haut un bouquet de fleurs. Il avait vu la jeune fille; son camarade lui dit : Gompa-

* Peut-être cette phrase s'applique-t-elle à la mère. — Tout ce paragraphe est supprimé dans le second récit.

gnon, n'as-tu pas fait un signe à cette maison? Oui, répondit-il, j'ai fait un signe. — L'autre reprit : Compagnon, tu ne sais pas te conduire, n'entre pas dans cette maison. Comme tu ne sais pas bien te conduire, tu en souffrirais.

Pendant tout le jour, il le promena; le soir, il le conduisit à sa mère et dit : Mère, ton fils a fait des signes à une telle. Pendant tout le jour, je l'ai gardé: garde-le la nuit. Sa légèreté ne permet pas qu'il entre dans cette maison. Il ne sait pas se conduire ; il en souffrirait certainement. Elle répondit : mon fils, ce que tu m'as dit est bien, (tu as bien) fait.

Elle fit un lit pour son fils, dans la maison, plaça (auprès) deux tessons avec de l'eau et de la terre, mit son lit contre la porte et se coucha. Le fils dit: Mère, ouvre la porte ! — Pourquoi mon fils? — Pour uriner. — Elle reprit: mon fils j'ai placé un tesson précisément pour cela: urine dedans ! — Après un moment d'attente, il dit : Mère, ouvre la porte ! — Pourquoi, mon fils? — Pour aller à la selle. — Elle reprit: Mon fils, j'ai placé un tesson (avec) de l'eau et de la terre pour cela même; uses-en pour te soulager. — Après un moment d'attente, il dit : Mère, ouvre la porte ! — Elle reprit: Mon fils, ne sais-je pas où tu veux aller? Eh bien! je ne puis ouvrir la porte. — Mère, je te tuerai. — Mon fils, la mort est trop haute (pour moi) : mon fils, je n'ose pas envisager la mort. — Celui qui a des désirs ne doit pas commettre des péchés, à plus forte raison celui qui n'en a pas. (Mais) le cœur sans pitié traite en ennemi le monde (entier). Lui (donc) , tirant vivement son glaive, lui trancha la tête qu'il fit tomber à terre.

Après avoir tué sa mère, il s'en alla (chez la jeune fille). Ceux qui ont fait le mal sont toujours tremblants; la jeune fille lui dit : Fils de prince, il n'y a personne ici : je (ne) suis (qu')une jeune fille ; tu n'as rien à craindre de qui que ce soit autre (que moi). — Il fit la réflexion suivante: Si je lui dis la chose, cela lui fera plaisir. — Cette réflexion faite, il lui dit: Ma bonne, à cause de toi, j'ai tué ma mère. — Qui ? reprit-elle, ta nourrice ou ta propre mère ? — Il répondit : ma propre mère. — La jeune fille se dit en elle-même : Il ne connaît pas les qualités : il a tué sa mère ; s'il se^met en colère contre moi, que m'arrivera-t-il ? — Cette réflexion faite, elle lui dit: Il faut que je monte jusqu'au faîte de la maison; assieds-toi un instant jusqu'à mon retour. — Fais comme il te plaira, répondit-il. — Elle monta donc au faîte de la

maison, là elle se mit à crier: Au voleur ! Au voleur ! — Lui, effrayé, épouvanté, prit la fuite et s'en retourna chez lui. (En trouvant) le glaive qu'il avait placé près de la porte, il dit : Ce voleur, le voici, (c'est moi qui), après avoir tué ma mère, me suis enfui. — Ces paroles proférées, il rendit les derniers devoirs au corps de sa mère, puis s'en alla.

Gomme les êtres qui ont commis un crime ne peuvent trouver l'assurance, il se mit à visiter toutes les résidences des Tîrthikas et des Ascètes voués aux mortifications, faisant cette question : Messieurs, que faut-il faire pour expier un crime ? — Quelques-uns répondaient : Entre dans le feu ! Quelquesuns ; prends du poison ! Quelques-uns : jette- toi du haut d'un précipice ! Quelques-uns : pends-toi ! — Tous lui enseignaient le moyen de mourir, nul ne lui enseignait le moyen de sortir (du mal ou du monde).

Plus tard il vint à Jêtavana et entendit un Bhixu qui disait d'une voix claire :

Celui qui a fait des actes coupables,

s'il les arrête par la vertu,

celui-là brille dans ce monde *

comme le soleil et la lune sortant d'un nuage.

Il fit cette réflexion: puisqu'il est possible d'arrêter les actes mauvais, je me ferai initier auprès de ceux-ci. — Cette réflexion faite, il se rendit auprès de ce Bhixu et lui dit: Vénérable, je demande à être initié. — Quand il eut été initié et reçu solennellement, il déploya une grande activité, s'appliquant à la lecture. Il lisait à voix basse et a haute voix, si bien qu'il lut les trois pitakas et devint possesseur du tripitaka et de la force de la science et de la délivrance.

Les Bhixus lui dirent : Ayusmat, quel est le but que tu poursuis par cette activité (que tu déploies) ? — 11 répondit : Je veux expier une mauvaise action. — Quelle mauvaise action as-tu commise? — J'ai tué ma mère. — Ta nourrice ou ta propre mère? — Il répondit: ma propre mère. — Les Bhixus rapportèrent cela à Bhagavat.

Alors Bhagavat dit aux Bhixus : Cet individu a tué sa mère : il est digne d'expulsion. Bhixus, l'individu qui a tué sa mère n'est pas dans une condition

(favorable) pour naître à cette loi et (à cette) discipline. En conséquence, Bhixus, vous devez exclure de cette loi et de cette discipline quiconque a tué sa mère. Celui d'entre vous que viendra trouver un individu qui a le désir d'être initié devra lui demander s'il n'a pas tué sa mère. Celui qui ne posera pas cette question se rendra coupable d'une grande transgression.

Nota. — Il suffit de remplacer le mot « mère » par le mot « père » et de supprimer l'alinéa du commencement, auquel nous avons mis une note, pour avoir le récit relatif à l'homme qui a tué son père et la prohibition qui se rapporte à ce crime.

An*. G. — B 13

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