‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 54 sur 295 · DÉFENSE D ADMETTRE DANS LA CONFRÉRIE LE MEURTRIER · texte numérisé non relu

DÉFENSE D ADMETTRE DANS LA CONFRÉRIE LE MEURTRIER

D'UN ARHAT

— Dulva I, folioi 18i-190 —

Bhagavat résidait à Çrâvastî, à Jetavana, dans le jardin d'Anâthapindada. Dans le temps où, dans l'épaisse forêt de Yasti, le roi Magadha Bimbisàra Çrenika, et avec lui un million de dieux et plusieurs centaines de mille de Brahmanes et de maîtres de maison du Magadha forent établis tous ensemble dans les vérités par Bhavagat, le roi fit publier, à son de cloche, par tous ses Etats, Tédit suivant: Dans ce pays, nul ne doit voler ni piller. Quiconque volera ou pillera sera banni par mes ordres. Celui qui voudra emprunter, je lui fournirai ce dont il aura besoin, en le tirant de mon propre trésor et de mon propre magasin.

Dans le temps où Bhagavat convertit le roi de Koçala Prasenajit parle Sûtra de l'exemple des jeunes gens1, le roi fit publier à son de cloche l'édit suivant : Dans mes Etats, nul ne doit voler ni piller. Quiconque volera ou pillera sera puni de mort. Si quelqu'un a besoin d'emprunter, je lui fournirai ce qu'il lui faudra en puisant dans mon trésor et dans mes magasins.

Ensuite de cela, tous les voleurs du Magadha et tous les voleurs du Koçala affluèrent sur la limite des deux Etats et s'y établirent . Tous les marchands qui venaient du Magadha, ils les pillaient, tous ceux qui venaient du Koçala, ils les pillaient également.

Les choses se passèrent ainsi jusqu'à ce qu'un jour des marchands accom *

* Le Kumara dr$\ânta sûtra ou Dahara-Sûtra déjà cité (voir J). 48)* et traduit ci-dessous.

pagnes d'une escorte partirent du Magadha pour se rendre en Koçala. Au moment où ils arrivèrent à la frontière , le chef des marchands dit : Messieurs, puisque le roi Prasenajit a complètement détruit le mal, et qu'il peut nous prêter ce dont nous avons besoin, pourquoi nous astreindre à distribuer une paye à une escorte ? Renvoyons d'ici ceux (qui nous accompagnent) . — Làdessus on les renvoya.

Cette troupe de marchands s'avança donc réduite en nombre. Or, les voleurs, de leur côté, n'ayant aucune affaire qui les occupât, étaient là inactifs. (Le chef) ayant vu ce (cortège) dit : Messieurs, une petite troupe de marchands vient de passer. Pourquoi rester plongés dans la méditation? » A ces mots, les voleurs (accourent) ; quelques-uns des marchands sont tués, d'autres fuient abandonnant leurs marchandises. Gomme les Arhats,par irréflexion, n'appliquent pas leur science et leurs regards (aux choses du monde), un Arhat qui voyageait avec ces marchands perdit la vie (dans la bagarre).

Alors ceux des marchands qui s'étaient enfuis se couvrirent de poussière h tète et le corps, particulièrement los cheveux, et, poussant des cris lamentables, se rendirent près du roi de Koçala Prasenajit, firent TAnjali et dirent : Roi, il n'est pas possible de faire le commerce dans ton pays. — Qif est-il donc arrivé? — Des voleurs nous ont spoliés. — En quelle région? — En tel endroit. — Le roi donna à Virûdhaka, chef de sesarméos, Tordre suivant : « Amène-moi ici sur le champ tous les voleurs et les objets volés. »

Lui donc, ayant équipé une armée composée de quatre corps, se mit en campagne. Les voleurs avaient déposé leurs armes et, paisiblement installés dans une forêt d'arbres Çâla, se partageaient les objets volés. Le chef des armées (du roi) Virûdhaka, les cerna de quatre côtés, puis les épouvanta soudain par le bruit des trompettes, des tambours, des taha. Quelques-uns d'entre eux jetèrent leur butin et s'enfuirent, quelques autres furent tués ; soixante furent pris vivants. Virûdhaka prit aussi tout le butin et étant revenu près du roi, dit : Sire, voici les voleurs, voici toutes les marchandises ! — Le roi dit aux (voleurs) : Messieurs, n'avez-vous pas entendu l'édit que le roi a fait publier à son de cloche en ces termes : Dans mes États, nul ne doit commettre de vol ; quiconque eu commettra sera puni de mort : mais celui qui voudra emprunter, je lui donnerai (ce dont il a besoin, en le tirant) de mon trésor et de mes magasins? Ils répondirent : Sire, nous l'avons entendu, — Hé

bien ! pourquoi avez-vous pillé les marchands? — Sire, nous n'avons pas de moyens d'existence ? — Pourquoi avez-vous tué ? — Parce qu'ils ont manifesté de la crainte ? — Et vous, avez-vous manifesté une crainte pareille ? Je vais vous en faire manifester une comme vous n'en avez jamais éprouvé. Le roi donna alors à ses ministres l'ordre suivant: Messieurs, faites-les mourir à l'instant.

Gomme on les menait à la mort (les mains) liées derrière (le dos) à travers les rues, les places publiques, les carrefours, les croisements de rues, un des voleurs s'échappa par un chemin détourné, arriva à Jetavana, s'approcha d'un Bhixu et lui dit : Arya, je demande à être initié. Il fut initié et reçu solennellement. Quant aux (autres) voleurs, ils furent mis à mort.

Bhagavat disait : Bhixus, analysez et appréciez toujours davantage votre propre perte et la perte d'autrui, votre propre gain etlegaind'autrui. Pourquoi cela? C'est que si votre perte' et la perte d'autrui sont un sujet de profond chagrin, votre gain et le gain d'autrui sont aussi un sujet de profond chagrin1. — Tel est l'enseignement qu'il donnait.

Il arriva plus tard que les Bhixus firent une promenadeau cimetière. Ce Bhixu fit la promenade au cimetière avec les autres. En voyant les (corps des) voleurs suppliciés, il s'arrêta saisi par des étouffements. Les Bhixus dirent : Ayusmats, le novice initié (depuis peu) éprouve tel genre d'émotion. — Lui, voulant parler , fondit en larmes. Les Bhixus lui dirent: Ayusmat, pourquoi gémis -tu ainsi ? — Il répondit : « Voici mon père, voici mon frère, voici mon oncle paternel, voici mon oncle maternel. — Mais, reprirent-ils, ceux là ontôté la vie à un Arhat ; toi aussi, tu as ôté la vie à cet Arhat? — C'est vrai, répondit-il.

Les Bhixus soumirent le cas à Bhagavat. Bhagavat dit : Bhixus, cet individu a tué un Arhat ; l'individu qui a tué un Arhat est en dehors des conditions voulues pour naître à cette loi et à cette discipline ;* Bhixus, vous devez écarter de cette loi et de cette discipline-ci l'individu qui a tué un Arhat. Celui auquel un (candidat) se présentera en exprimant le désir d'être initié devra lui demander s'il n'a pas tué un Arhat. S'il l'initiait et le recevait solennellement sans avoir fait cette question, il se rendrait coupable de transgression »

* Sujet de leçon un peu énigmatique et par trop conci6. Il se retrouvera peut-être ailleurs expliqué et développé. Nous pourrions tenter d'en pénétrer le sens et de rappliquer à la situation; mais notre interprétation serait arbitraire, et nous aimons mieux nous abstenir.

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