VI & VII
GIRI ANANDA ET MAHA KAÇYAPA SUTRA
Ces deux sûtras pourraient être ran s parmi ceux qui sont relatifs aux prodiges; car il y est question de malades instantanément guéris par certaines paroles qu'on leur adresse. Mais ces paroles se rapportent aux principes essentiels du bouddhisme et font de ces sûtras des textes dogmatiques au premier chef.
Tous les deux sont traduits du pâli, et extraits, le premier, du recueil intitulé Anguttara-Nikâya, le deuxième du recueil intitulé Sanyutta-Nikâya. Ni l'un ni l'autre ne porte le titre que le Kandjour lui donne. Chacun d'eux ouvre un chapitre composé d'une dizaine de textes et portant le titre général de Gilâno («le malade ».) Le canon pâli offre encore bien d'autres textes ou groupes de textes portant cet intitulé ou relatifs à ce sujet; ils pourraient devenir le sujet d'un travail spécial, qui ne serait peut-être pas absolument sans intérêt pour la médecine.
Dans le recueil pâli intitulé Paritta où nos deux textes se trouvent, ils portent les titres que le Kandjour leur donne. Seulement il y a une variante assez importante sur celui du premier. Il est appelé dans le Kandjour Giri- Ananda (ce qui signifie: « Ananda de la montagne, ») et, dans le Paritta, Girimânanda (ce qui, au premier abord, ne signifie rien). Cette différence n'est pas seulement dans le titre ; elle règne dans les textes eux-mêmes.
Si la leçon de Kandjour est la vraie, Ym du nom pâli qui fait toute la
différence s'expliquerait par l'euphonie, et l'on pourrait invoquer, en faveur de cette solution, plus d'un exemple fourni non seulement par les vers, mais aussi par la prose.
Si cependant des objections s'élevaient contre l'emploi euphonique de l'm, on pourrait voir dans le pâli Girima le sanskrit Grîsma (« chaud ».) Il est vrai que la forme pâlie reconnue de Grîçma est Gimha ; mais l'étymologie sanscrite de Gimha rend très plausible une forme Girimha, qui aurait pu devenir Girima^ Yh tombant par l'usage et surtout parce que le mot entrait dans un nom propre dont le sens avait pu se perdre.
D'après cette explication, Girima-Ananda serait « Ananda-le -fiévreux » (Ananda brûlant de fièvre). Quelques vers pâlis nous représentent Girimânanda se plaisant à braver la pluie ; ils sont probablement allégoriques, mais ils semblent indiquer certaines habitudes ascétiques contraires à l'hygiène. Toutefois l'interprétation a Ananda -de-la montagne » peut parfaitement se défendre. Ananda aurait vécu retiré dans un recoin d'une montagne comme beaucoup d'ascètes bouddhistes et autres l'ont fait dans tous les temps et le font encore aujourd'hui.
L'une et l'autre interprétations s'accordent à nous faire voir dans notre héros un solitaire voué à des exercices pénibles.
De cette discussion, il résulte que Girimânanda est, à n'en pas douter, une corruption. Qu'il soit pour Giri-Ananda ou Girimha (Gimha)-Ananda, il est une altération du nom primitif. On peut supposer que le traducteur tibétain a réformé le titre, considérant Ym de Girimânanda comme euphonique ; ce qui autorise cette supposition, c'est que les mots du texte, non traduits en tibétain, ont été ramenés à leur forme sanscrite au lieu d'être reproduits sous leur forme pâlie. Mais nous ne savons pas sur quelle autorité le traducteur se sera appuyé pour faire cette restitution. Cette considération nous détermine à adopter la leçon du canon pâli Girimânanda, parce que c'est le terme du texte reconnu comme original , et qu'il s'agit ici d'un personnage connu jusqu'à présent par les textes du Sud bien plus que par ceux du Nord.
Rien n'annonce que les deux textes, le Giri-Ananda et le Mahâkâçyapa , empruntés au canon pâli, jouissent d'une estime particulière au Tibet ; il parait en être autrement dans l'Indo-Chine. Les copies spéciales du Girimânanda semblent abonder au Cambodge et à Siam . Cette popularité, qui sans doute
date de loin, expliquerait l'altération de nom que nous avons signalée tout à l'heure. Quant au Mahâkâçyapa, on le trouve à la fin de volumes où il n'y a point de motifs particuliers de le mettre ; c'est une preuve de l'importance qu'on attache à ce texte.
VI. SUTRA DE GIRIMANANDA lfdo XXX, 90; folio* 584-388. Anguttara Nikâya (Data-Nipftta).
Voici ce que j'ai entendu : un jour, Bhagavat résidait à Çrâvastî à Jetavana, dans le jardin d'Anathapindada.
Or, en ce temps-là, l'âyusmat Girimânanda fut malade ; il souffrait beaucoup, était au plus mal. Alors l'âyusmat Ananda se rendit au lieu où était Bhagavat. Quand il y fut arrivé, il salua Bhagavat et s'assit près de lui. Une fois assis près de Bhagavat, Ananda lui adressa ces paroles : Vénérable, l'âyusmat Girimânanda est malade, il souffre beaucoup, il est au plus mal. Eh bien ! vénérable, que Bhagavat se rende au lieu où est l'âyusmat Girimânanda! manifeste-lui ta compassion.
— Si toi, Ananda, tu te rendais près du bhixu Girimânanda pour lui dire les dix notions, dès que le bhixu Girimânanda les aurait connues, à l'instant même, à la seule audition des dix notions, le mal s'apaiserait nécessairement.
Quelles sont ces dix notions ?
1° La notion de Timpermanence ; 2° la notion du non-moi; 3° la notion de l'impureté; 4° la notion de la souffrance; 5° la notion du rejet; 6° la notion de l'absence de passion; 7° la notion de l'empêchement ; 8° la notion du détachement de tout ce qui est dans le monde : 9° la notion de l'iinpermanence de tous les Sanskâras; 10° la notion de la mémoire dans l'inspiration et l'aspiration.