‹ Fragments historiques rélatifs à la campagne de 1815, et à la bataille de WaterlooChapitre 5 sur 9 · DOCUMENTS DIVERS · texte numérisé non relu

DOCUMENTS DIVERS

Lettre de M. le lieutenant-colonel Lafresnaye a M. le général Grouchy.

Caen , le 17 décembre 1829.

Mon Général ,

« J'ai l'honneur de répondre à la lettre que vous venez de m'écrire , et je m'empresse de rapporter les faits qui ont été à ma connaissance pendant les 17 et 18 juin 181 5 , relativement au corps d'armée que vous commandiez à cette époque.

«Je fus le 16 avec mon régiment à la bataille de Fleurus, le lendemain vous m'appelâtes près de vous je vous rejoignis vers une heure et vous trouvai sur le champ de bataille de la veille causant avec Napoléon. J'ignore les ordres que vous reçûtes de lui , je sais seulement qu'il vous donna le commandement des corps des généraux Gérard et Vandamme, et de divers corps de cavalerie , pour aller à la poursuite des Prussiens. Aussitôt que vous eûtes quitté Napoléon ,

vous transmîtes ses ordres à ces deux généraux. Il fallait se mettre en marche de suite, et voyant que l'infanterie mettait de la lenteur à s'ébranler, vous vous rendîtes, avec votre état-major, à Gembloux où vous couchâtes le 17; vous en repartîtes le lendemain 1 8 , avant le lever du soleil, vous dirigeant sur Sart-à- Falain, où quelques escadrons de cavalerie avaient été prendre position la veille au soir J'ignore les ordres que vous donnâtes aux généraux Gérard etVandamme : je sais que nous rejoignîmes la tête de la colonne du général Vandamme, à une lieue de Gembloux, au moment du lever du soleil. Arrivé à Sart-a-Valain, un officier décoré vint près de vous , et vous dit que des colonnes prussiennes s'étaient portées sur Wavres, mais qu'il pensait que Blucher réunissait son armée vers Louvain. Vous écrivîtes alors à Napoléon , et ce fut moi que vous chargeâtes de porter vos dépêches et de rapporter ses ordres. Je partis sur-le-champ, et, au moment de mon départ, une canonnade, qui n'avait pas l'air d'un engagement général , se fit entendre ; je me dirigeai au bruit du canon, et après avoir marché deux grandes heures et demie au trot et au galop , je trouvai Napoléon sur le champ de bataille de Waterloo; je lui remis les dépêches que vous m'aviez confiées ; il les lut, me demanda le point où vous vous trouviez , et me dit de rester près de lui ; j'y demeurai jusqu'au soir : aucuns ordres ne m'ont été donnés à vous rapporter, et il n'est pas à ma connais-.

sance que d'autres officiers vous aient été expédiés. « Voilà , mon général , les faits , tels que je me les rappelle, et tels qu'ils ont réellement existé; recevez, mon général, l'expression du respect avec lequel j'ai l'honneur d'être ,

Votre très-humble et très-obéisssant serviteur,» Le Lieutenant-Colonel ,

Delafresnaye.

Extrait de la lettre du major-général au maréchal Grouchy.

Charleroy, le 16 juin i8i5.

« M. le maréchal, l'empereur ordonne que vous vous mettiez en marche avec les Ier, 2 e et 4e corps de cavalerie, et que vous vous dirigiez sur Sombreff, où vous prendrez position. Je donne pareil ordre à M. le lieutenant-général Vandamme , pour le 3e corps d'infanterie, et à M. le lieutenant- général Gérard, pour le 4e corps, et je préviens ces deux généraux qu'ils sont sous vos ordres, et qu'ils doivent vous envoyer immédiatement des officiers pour vous instruire de leur marche et prendre des instructions. Je leur dis cependant que lorsque S. M. sera présente , ils pourront recevoir d'elle des ordres directs, et qu'ils devront continuer à m'envoyer les rapports de service et états qu'ils ont coutume de fournir. »

Signé Le duc de Dalma.tie.

Copie de la lettre du major-général au comte Gérard.

Cbarleroy, le 16 juin i8i5.

« Monsieur le comte, l'empereur ordonne que vous mettiez en marche le l\ corps d'armée, et que vous vous dirigiez sur Sombreff, en laissant Fleurus à gauche afin d'éviter l'encombrement.

« Je vous préviens que l'intention de S. M. est que vous preniez les ordres de M. le maréchal Grouchy, comme commandant d'aile. Ainsi vous l'instruirez de votre mouvement; vous enverrez sur-le-champ près de lui pour lui demander des ordres, sans cependant retarder votre marche. M. le maréchal Grouchy doit se trouver en ce moment du coté de Fleurus.

« Vous ne recevrez des ordres directs de l'empereur que lorsque S. M. sera présente : mais vous continuerez à m'adresser vos rapports et états de situation , ainsi qu'il est établi. »

Signé Le duc de Dalmatif.

( 46 ) Quelque disposé que je puisse être à rendre hommage aux connaissances stratégiques de M. le colonel Simon Lorière , et aux conceptions militaires de M. l'intendant Dennié, je leur opposerai la manière de voir d'un juge non moins compétent , je pense, et dont l'opinion , avant qu'il eût lu ma Réfutation du général Gourgaud, avait été sévère à mon égard. Lorsque je la lui eus envoyée , M. le lieutenantgénéral Rogniat m'écrivit la lettre dont voici l'extrait :

Paris, le 21 février 1825.

a Monsieur le comte , j'ai lu avec beaucoup d'intérêt les Observations que vous m'avez envoyées sur vos opérations clans la campagne de i8i5. J'y vois que vous avez suivi vos ordres, et que s'il y a eu un peu de retard dans les mouvements de votre colonne , il ne peut vous être attribué »

et plus bas , . . « Déjà , dans un autre ouvrage : Ré* ponse aux Notes critiques de Napoléon , j'avais fort adouci ma critique. Je vous envoie cet ouvrage, où j'ai eu occasion de parler de vous, pag. 27$. J'y fais voir que votre diversion ne pouvait être décisive dans aucun cas , parce que les Prussiens , couverts par la Dyle, étaient en position de vous arrêter

avec une partie de leurs troupes , tandis que l'autre serait libre d'aller prendre part à la bataille principale. Maintenant que je suis mieux instruit, j'espère vous rendre encore plus de justice par la suite. »

Agréez , etc.

Signé Le comte Rogniat.

( 48 ) En parcourant les évaluations des pertes de Var* mèe prussienne , pendant la campagne de \ 8 1 5 , on pourra se faire une idée du degré de foi dont sont dignes quelques-uns des documents fournis par les écrivains qui ont habité Sainte-Hélène.

isot-teie

Dans la relation de la campagne de i8i5 , par le général Gourgaud, imprimée en 1818, les Prussiens perdirent vingt-cinq mille hommes à la bataille de Fleurus.

A en croire la relation de Napoléon , imprimée en 1820, les pertes de Blucher s'élevèrent a quarantecinq mille hommes.

D'après les Mémoires pour servir à l'histoire de France, publiés par les généraux Gourgaud et Montholon , les pertes des Prussiens furent de soixante mille hommes.

A la page i65 de l'ouvrage de Napoléon, on lit : « L'armée prussienne perdit trente-huit mille hommes a Waterloo. »

Il résulte de ces assertions que dans une campagne de cinq jours, l'armée prussienne perdit quatre-vingtdix-huit mille combattants , et fut réduite à vingtdeux mille hommes.

On ne se rappelait, sans doute, pas à Sainte-Hélène, le bulletin officiel de la bataille de Fleurus, in-

séré au Moniteur en 1 8 1 5 , portant ees mots : Les Prussiens perdirent quinze mille hommes.

Les erreurs quant au calcul des distances, et l'inexactitude avec laquelle elles sont rapportées dans la plupart des écrits qui ont paru sur la campagne de i8i5, et notamment dans ceux émanés de Sainte- Hélène, sont non moins remarquables.

L'évaluation des forces des armées françaises et étrangères n'est pas plus fidèle.

( 5o) Quelques Journalistes , en parlant des Documents historiques de M. le comte Gérard, ont émis des opinions et porté des jugements qu'on a dû regarder comme prématurés, une des parties intéressées n'ayant pas été entendue. Pour être à même de les apprécier, il suffira de les mettre en regard avec ceux que portèrent de ma Réfutation du général Gourgaud les journaux les plus accrédités de l'époque à laquelle elle parut. Leurs rédacteurs étaient MM. Benjamin Constant , Jouy, Châtelain , Comte, et autres écrivains distingués. Traduit au tribunal de l'opinion publique , je ne saurais y avoir de meilleurs défenseurs que ceux qui s'en sont si souvent montrés les fidèles organes.

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