acte de naissance, ou pour mieux dire, sa co
l 'le. Ce renseignement peut être utile à Thistoire.
On croit généralement que le fougueux tribui était Genevois.
A Collombier, le bord s'aplanit, la verdure re paraît, et TAreuse sort des aunes et des prairie fraîches. Le château du lieu, actuellement ca serne ou école militaire, rappelle les ancien princes souverains de Neuchâtel, les d'Orléans Longueville (Henri II en particulier), et Georg Keith, ce bon Mylord-Maréchal , un des amis € des protecteurs de Rousseau.
M™*^ de Gharrière, l'auteur de Caliste, de Lettres neuchâteloises et d'une foule d'autre romans, esprit fin, élégant, aimable, aristocra tique sans roideur, intelligence d'élite qui tier une fort honorable place dans la pléiade de écrivains d'imagination de la Suisse française avait sa maison de campagne ici. Auvergnit (Avernach en allemand) a rang parmi les pli importantes châtellenies de la côte. «On y récob le meilleur vin blanc de la contrée, » me dit u paysan que je n'ai point interrogé. Il ajoute qi l'institut des enfants pauvres a reçu, en 1829, u legs de vingt-cinq mille francs d'une demoisel Dupaquier, morte à Collombier.
Je n'ai rien à vous apprendre de Corcelle et c Serrière, si ce n'est que la première bible protêt tante fut imprimée dans ce dernier village, -
sans doute au temps des prédications de l'apôtre Farel, dont j'aurai avant peu à m'occuper.
Saluons! — Neuchutel apparaît là-bas. Cette exiguë métropole de dix mille habitants se donne presque des airs de grande ville importante avec ses quais, son port, son château féodal, son église vénérable sur la hauteur et ses maisons en amphithéâtre au pied du Chaumont couronné de bois.
Je fus tout d'abord singulièrement frappé du ton uniforme et cru des constructions, reflétant dans l'eau pure leurs façades neuves, qu'on dirait barbouillées d'ocre ou de jaune d'œuf, et j'allais faire le procès au goût neuchâtelois, quand on m'apprit fort à propos que cette couleur triviale >t celle de la pierre à bâtir du pays.
On ne peut guère comparer Neuchâtel, ex-capitale d'une ex-principauté prussienne, qu'à un faubourg Saint-Germain au petit pied. Rien de plus propre, de plus soigné, mais aussi rien de plus glacial, de plus inanimé, de plus colletmonté, de plus guindé, de plus sérieux, de plus magistralement maussade.
Au revers occidental de ce pâté de montagnes, de ces vallées d'horlogers et de mécanicien» patients, s'étend la France; mais on n'aurait pas de peine à s'en croire séparé de toute la largeur du
continent. Oui, moralement parlant, notre pays est à plusieurs centaines de lieues de celui-ci, où le Français et l'Allemand se donnent la main pour former je ne sais quel peuple aux mœurs bleu de Prusse, aux maisons jonquille. En manière de correctif à ceci, je m'empresse d'ajouter qu'on trouve à Neuchâtel d'excellentes gens, des âmes loyales, des esprits solides et pratiques, sinon très-brillants, des peintres, des savants, des capitalistes trois ou quatre fois millionnaires qui consacrent une partie de leur fortune à des fondations de bienfaisance et d'utilité publique, des ménages-modèles, des maris rangés et de chastes épouses très-fécondes, à qui on peut reprocher de parler trop de la Bible.
Ces vers et cette prose de Parny, adressés au chevalier de B*** et datés du Cap de Bonne-Espérance (3 novembre 1773), semblent s'appliquer à Neuchâtel :
C'est ici que l'on voit deux choses bien cruelles : Des maris ennuyeux et des femmes fidèles ; Car l'amour, tu le sais, n'est pas luthérien ; C'est ici qu'à l'entour d'une vaste théière, Près d'un large fromage et d'un grand pot de bière. L'on digère, l'on fume et l'on ne pense à rien ; C'est ici que l'on a santé toujours fleurie, Visage de chanoine et pause rebondie ;
C'est dans ces lieux enfin qu'on nous fait aujourd'hui Avaler à longs traits la constance et l'ennui.
(c On a bien raison de dire, — ajoute Térotique rimeur, — chaque pays chaque mode. En France, les filles ne s'observent que dans l'extérieur; l'amant est toujours celui que l'on reçoit avec le plus de froideur; c'est celui auquel on veut faire le moins d'attention; et de l'air le plus décent et le plus réservé, on lui donne un rendez-vous pour la nuit. Ici, tout au rebours. Vous êtes accueilli avec un air d'intelligence et d'amitié qui, parmi nous, signifierait beaucoup; vos yeux peuvent s'expliquer en toute assurance, on leur répond sur le même ton , on vous passe le baiser sur la main, sur la joue, même celui qui semble le plus expressif; enfin on vous accorde tout, excepté la seule chose qui s'accorde parmi nous (*). »
Je me hâte de dire que je n'ai pas vérifié si tout ceci peut s'appliquer parfaitement aux Neuchâteloises, et que je ne suis ni pour le puritanisme galant ni pour l'amour à la Parny. Le meilleur, selon moi, se gare de ces deux excès.
Puisque j'ai dit un mot de M^^"^ Dupaquief — à
(•) Fragment de mon voyage adressé b mon frère.
propos du village d'Auvergnier — et tiré mon chapeau à la munificence charitable des seigneurs de la finance de ce canton, je leur dois, ce me semble, une mention plus circonstanciée :
Le baron David de Pury, né en 1709, fils du fondateur de la colonie de Purisbourg, dans la Caroline méridionale, ayant amassé, par la spéculation, une fortune énorme, après une suite d'opérations dans lesquelles il avait été aidé par les fonds de la bourgeoisie ou de la municipalité, légua à sa ville natale quatre millions, qui ont servi à l'érection de plusieurs monuments publics, véritables palais dont la somptuosité m'a semblé peu en harmonie avec l'exiguité de la ville. Le bâtiment considérable renfermant le collège, le musée et la bibliothèque, et formant façade sur le quai, s'est élevé, je crois, des deniers de Pury, anobli et fait baron, à juste titre, par Frédéric le Grand.
M. Lallemand, quincaillier enrichi, mort en 1722, laissa à la ville 183,639 francs tournois à répartir entre les bourgeois pauvres. Il avait été un des fondateurs de la maison de charité, qui sert d'asile à l'enfance indigente.
De nos jours enfin, M. de Meuron a fourni les fonds nécessaires à la construction d'un hospice pour les aliénés. Voilà le bilan d'un patriotisme
DE i. i. ROUSSEAU. 125
(le la meilleure espèce, — ou je ne m'y connais [as, — et nos richards français devraient bien aller faire un petit tour à Neuchâtel...
Indépendamment de la maison de charité et de l'édifice où l'on a placé la bibliothèque, — dont je m'occuperai tout à l'heure, — je ne saurais passer sous silence l'hôtel municipal qui, remarquable par ses vastes proportions, ses colonnes et ses frontons ornés de bas-reliefs bie|i modelés, a toute l'apparence d'un théâtre de très-grande ville.
Arrivons au chapitre, plus intéressant, des antiquités monumentales que je voudrais pouvoir traiter ex professa , c'est-à-dire en archéogue ferré sur les différents styles et sur la technologie scientifique. Neuchâtel était entouré de murs, dont il ne reste guère que deux portes : celle de Chavanne, qu'on trouve en montant au Tertre, et celle de la route du Val-de-Travers. L'horloge de la ville occupe la tour de Diesse, qui présente tous les caractères d'une construction romaine et que l'on trouve en montant au château et à la cathédrale, deux édifices construits sur le point culminant de la cité et également admirables. Le château fut fondé, — à ce qu'on croit, — par l'un des comtes Berthold, et l'église, par Berthe de Bourgogne, la reine fileuse. La première de ces
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constructions, résidence ordinaire des anciens souverains, est maintenant le siège des pouvoirs cantonaux. Je n'aurais rien pu imaginer de plus noble, de plus féodal, de plus imposant. On pénètre dans la cour par une porte ogivale entre deux tours de briques à mâchicoulis et à toitures, hautes et sveltes. La façade à pic sur la ville annonce bien le siège d'une maison princière ; la position est forte, sûre et belle tout à la fois.
La cathédrale, — aujourd'hui calviniste, — sur une plate-forme ou terrasse, tout à côté, doit être classée parmi les églises d'architecture romane pure. A l'extérieur, on s'extasie devant le chevet et le clocher, et, à l'intérieur, dans l'abside, devant la sépulture des comtes et des comtesses de Neuchâtel avec statues en pied, émaillées des couleurs les plus vives du blason.
Une tablette de marbre gris, enchâssée dans la muraille d'un des bas-côtés de la nef porte ces mots •