Archevêque de Paris, mort en
philosophie. Parmi les nicolaïtes, il n'y a absolument que M. Billion, qui ait l'esprit philosophique : mais lui, il l'a dans toute la force du terme; Garot l'avait bien un peu, mais il est parti fort malade pour la Bourgogne, et on n'est pas même sans inquiétude sur son compte. Les autres ne sont que des beaux parleurs, qui veulent mettre du bon sens et des preuves de sentiment partout, môme en géométrie. Ce n'est pas qu'il n'y ait ici plusieurs élèves vraiment forts : au contraire, presque tous ceux qui ne sont pas nicolaïtes sont remarquables pour les talents, et il y en a deux ou trois vraiment transcendants. Il y en a un surtout (c'est un Breton, de Nantes) qui est l'esprit le plus fort que j'ai connu jusqu'ici : il a surtout un esprit d'investigation extraordinaire; quand il étudiait les mathématiques, il ne voulait absolument que les définitions et les principes, puis avec cela, il marchait à la découverte. Nous avons encore un autre Breton, (It^ Saint-Malo, qui est aussi très fort; mais il est i)ar trop original. Du reste, c'est assez le caractère des Bretons par ici, et on me fait généralement compliment on me disant que je
suis le moins original des Bretons de Saiiit- Sulpice. Nous en avons encore un du diocèse de Saint-Brieuc, qui est bien le plus singulier personnage que j'aie connu. Il est à Paris, et j'eus l'autre jour une conversation de deux heures avec lui, où il me conta toute son histoire. 11 est de Quintin, et se nomme Latour. Il connaît beaucoup M. Sanseverin.
» Je t'ai donné dans mes lettres précédentes des détails sur mon séjour : je n'y reviens pas. Il est sur que sous le rapport de l'agrément des lieux, il est incomparable. Nous sommes comme au milieu de la campagne, à cent lieues de Paris. Notre parc est ravissant, surtout maintenant au printemps : sous ce rapport, il est vraiment impossible de désirer mieux. Plus je vais, plus j'apprends à respecter cette admirable compagnie de Saint-Sulpice. C'est une bonté, une patience, un dévouement sans bornes aux séminaristes. Ils ont l'esprit antique dans toute la force du terme : il n'y a pas jusqu'à leurs appartements qui ne soient meublés à l'ancienne manière : ils sont immuables, comme l'Église. L'usage est ici le juge en dernier ressort, surtout parmi les anciens d'avant la
Révolution, à la tète desquels se trouve le Supérieur général, M. Oarnier; mais ils disparaissent à vue d'œil : la semaine dernière, il en est mort deux, qu'on est venu enterrer à Iss}', selon l'usage, au cimetière de Lorette*. L'un deux étaitM. Boyer-, dont tu connais peut-être quelques ouvrages, et qui était le plus fameux distrait dont l'histoire fasse mention. Il est mort en partie victime de sa distraction. J'ai fait connaissance l'autre jour avec M. Carbon. futur successeur de M. Garnier, et directeur du séminaire de Paris. C'est un homme qui ressemble comme deux gouttes d'eau à M. Auffret, au physique et au moral, c'est-à-dire un homme qui n'a plus de passions, la raison personnifiée. 11 pousse jusqu'à un point incroyable l'esprit d'ordre et de règle. Il ressemble en cela à notre Supérieur, M. Gosselin, quoiqu'il ne lui ressemble guère en tout le reste. M. Gosselin est un salpêtre, M. Carbon est l'homme impassible par excellence. Mais ils
1. 11 y avait dans le parc d'Issy, une iinilaliou de la Santa Ccsu de Lorellc et un petit cimetière.
2. Gilé dans les éd. Souvenirs (VEnfance et de Jeunesse, p. 214.
poussent tous deux cet esprit de règle jusqu'à des détails qu'on ne peut pas figurer. Je te ferais rire, si je te racontais ce qu'on raconte et ce qu'on remarque de M. Gosselin. Aussi il ne perd jamais la plus petite minute; même en se faisant la barbe, il se fait lire, et ainsi du reste. Voilà comme il a acquis une incroyable érudition, surtout dans l'histoire ecclésiastique, qui est sa partie. Il est en correspondance avec les savants de tous les pays, avec le docteur Lingard', et les plus fameux professeurs des Universités d'Allemagne, qui sont venus exprès le consulter. Je viens de te faire le panégyrique de la compagnie de Saint-Sulpice ; en effet, je ne connais rien de plus vénérable ; il y a pourtant une chose que je n'aime pas ici, quoique je sente qu'elle soit nécessaire; c'est qu'on vous examine beaucoup pour vous connaître, sous tous les rapports, et qu'on ne vous témoigne jamais rien, si on est content ou mécontent. Dût-on vous renvoyer le lendemain, on vous ferait aussi bon visage et aussi bon accueil la