John Lingard, (1771-1851), historiea anglais
veille. Je sens que c'est nécessaire avec de grands jeunes gens, comme le sont la plupart, surtout ceux de Paris, qui ne demandent pas à être traités comme des enfants : néanmoins ily a en cela je ne sais quoi de politique et de caché qui ne me plaît pas du tout, A part cela, il est sûr que Saint-Sulpice serait le plus délicieux des séminaires, surtout sous le rapport des directeurs.
» J'ai vu M. Dupanloup depuis son retour de Kome : il est pourtant presque invisible, tant il a d'affaires; voilà plus d'un mois qu'il promet pour tous les jours de congé de venir nous voir avec M. Ratisbonne, toujours il y a quelque empêchement : tantôt M. Ratisbonne est malade, tantôt c'est lui qui ne peut pas venir; cnlin je ne sais quand nous recevrons cette visite. Je suis fort pressé de voir ce fameux converti, et d'entendre de sa bouche le récit d'un fait aussi miraculeux. 11 entre probablement l'an prochain à Saint-Sulpice.
Al. Dupanloup a recommencé son cours à la Sorbonne; il paraît qu'il fait fureur. L'autre jour, il lui est arrivé une singulière aventure : il parlait contre les poètes modernes, qui abusent,
disait-il, des noms les plus sacrés pour cacher la plus affreuse corruption. Puis il fit là cette belle citation de Platon : Que les femmes les couronnent de fleurs, pour nous, nous les bannirons de notre république. A ce mot, deux jeunes gens de l'auditoire (poètes sans doute) ont pris leur chapeau, et se sont levés avec grand appareil comme pour protester contre ce qui se disait. Ils espéraient sans doute que d'autres les suivraient; pas du tout, au moment où on les a vus sortir, c'a été un effroyable hourra d'applaudissements des pieds, des mains, etc., en sorte que c'a été une scène vraiment comique.
» J'ai entendu l'autre jour M. de lîavignan, pour la seule fois de cette année : c'était un sermon de charité; résumé : Jin trait vraiment sublime, deux beaux mouvements, le reste médiocre.
» Malgré ce que tu di.sais dans ta dernière, j'espère bien, mon cher ami, que nous aurons le plaisir de passer nos vacances ensemble. Elles commenceront à peu près en même temps; car ici on n'a aussi que deux mois : à Saint-Sulpice, on n'a même que six semaines, mais tous
partent auparavant. J'espère même obtenir du pèreGosselin départir quinze jours d'avance, vu la longueur du voyage. Je ne te donne pas toutefois mon voyage comme certain : il est possible même que le grand désir que j'en ai me fasse y voir plus de probabilité qu'il n'y en a. Enfin je l'espère ; oh ! quel plaisir ! Vraiment, je suis fâché de n'avoir pas été ton condisciple en philosophie; nous y suppléerons durant les vacances, quoique je ne sois encore que demiphilosophe, car on ne voit dans la première année que la logique, un peu de métaphysique, et la théodicée; la psychologie rationnelle et expérimentale et la morale sont réservées pour la seconde. Du reste, je suis charmé de faire deux ans de philosophie, surtout en y entremêlant l'étude des mathématiques et de la ph}'-sique. Ce sont des choses inséparables; je ne puis t'exprimer surtout le plaisir que j'ai éprouvé à revoir les mathématiques : là au moins on trouve le vrai nécessaire et absolu. Je ne m'étonne plus que les grands philosophes aient été mathématiciens, physiciens, etc., tout cela se tient invinciblement.
» Assure toutes mes connaissances au sémi-