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vingt-six ans, et qui exerça sur sa manière de voir et de sentir une décisive influence. Les impressions de Rome, que l'on retrouve en partie dans les Lettres à Berthelot, occupent une grande place dans ce fragment de roman, mêlées au portrait intellectuel de Renan luimême sous le nom de Patrice. Au début, une jeune fille de Tréguier, Cécile, écrit à Patrice, qui l'aime, mais qui est séparé d'elle par ses idées philosophiques et son abandon de la foi. Plus tard, après une courte correspondance avec Cécile, Patrice s'adresse de Rome à un ami; la trame légère du roman disparaît, et les réflexions philosophiques s'élèvent à une hauteur que Renan lui-même n'a pas dépassée. Les descriptions de la Rome des papes, aujourd'hui abolie, ajoutent un singulier intérêt pittoresque à cette riche étude de psychologie relisrieuse.
Ce projet d'un roman de deux êtres qui s'aiment, mais que séparent les questions philosophiques, semble avoir préoccupé Renan assez longtemps en Italie. Le plan d'un second roman, sur la même donnée, mais beaucoup plus étendu, et avec des péripéties nombreuses, était joint à Patrice. Il portait le titre à'Ernest et Béatrix. Là encore, une inclination entre doux jeunes gens destinés à la vie religieuse,
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séparés par le devoir, puis par la mort, au milieu de la tourmente de la Révolution. L'état inachevé du manuscrit ne permettait pas, malheureusement, sa publication intégrale. Mais il contenait néanmoins plusieurs morceaux de premier ordre, épars dans une grande quantité d'épisodes fragmentaires. Les éditeurs ont cru pouvoir se permettre, pour sauver ces beaux passages, de les choisir et de les relier par de brèves explications imprimées en italiques. Il va sans dire que le texte et même l'ordre dans lequel se présentaient ces fragments ont été scrupuleusement respectés, et ce n'est pas sans hésitation qu'on a ainsi pratiqué une sélection toujours délicate dans un texte exceptionnellement morcelé. On a cru qu'il serait intéressant de montrer, dans ce genre du roman, évidemment peu familier à Renan, les différentes formes d'un projet qui le préoccupa longuement à cette époque si agitée de sa vie. L'abbé Liart, à qui sont adressées les seize lettres qui suivent, était un ami d'enfance d'Ernest Renan, qui le connut au collège de Tréguier. Il ne fit qu'un court séjour à Saint- Nicolas, probablement par raisons de santé, et retourna finir ses études à Saint-Brieuc. Il mourut jeune, et sa famille rendit à son ami ces lettres où se dessinent si joliment la vie des
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séminaires à cette époque et le tableau d'une suave amitié de jeunesse. Renan a parlé de François Liart dans ses Souvenirs'^ et a publié en partie les dernières de ses propres lettres. Elles se trouvent reproduites ici pour ne pas déparer l'ensemble. Les dernières pages de cette correspondance donnent quelques détails inédits sur l'origine des idées philosophiques de Renan, et à ce titre s'ajoutent, avec une note assez particulière, aux correspondances déjà connues.
Les Principes de conduite, appartiennent à la même inspiration, avec plus de maturité. Ce morceau présente un intérêt tout particulier à cause de sa date (1843), et de l'effort de piété, si l'on peut dire, qu'il exprime avec une incomparable sincérité; c'est un document presque unique que cet examen d'un cœur inquiet, qui veut trouver, pour sa conduite et sa raison, une règle d'une inébranlable unité. Une effusion si intime, d'une beauté morale qui fait penser à certains élans de Pascal, devait prendre place dans un recueil consacré, pour ainsi dire, aux souvenirs personnels, et oîi on a voulu fixer le caractère de l'homme encore plus que celui de l'écrivain.