Cf. Souvenirs d'Enfance, p. -SUO et suiv
LETirxESALIART. 251
dans mon âme à l'époque de ma tonsure. Il est difficile d'éprouver plus de peines et des inquiétudes mieux fondées que celles que j'éprouvais, puisque, comme je crois te l'avoir laissé entrevoir, c'était par les fondements mêmes, par la foi que j'étais attaqué. Il ne s'agissait pas seulement pour moi des idées et des projets les plus chers et les plus enracinés dans mon ume. mais de ces croyances, dont j'étais comme imbu, pénétré dès mon enfance, qui avaient fait l'objet perpétuel de mes pensées, le fondement de ma vie et de mon bonheur. Voilà ce qu'une force indépendante de moi ébranlait en moi de la manière la plus cruelle. Oh! mon bon ami, que ces tentations sont cruelles, et comme j'aurais des entrailles de compassion, si Dieu m'amenait jamais quelque malheureux qui en fût travaillé ! Comme ceux qui ne les ont pas éprouvées sont maladroits envers ceux qui en sont les victimes! Et cela est tout clair, mon cher; on ne sent bien que ce qu'on a éprouvé, et ce point surtout est si délicat, que je ne crois pas qu'il y ait deux hommes au monde plus incapables de s'entendre qu'un croyant et un doutant, quand ils se
trouvent en face l'un de l'autre, quelle que soit leur bonne foi et même leur intelligence. Ils parlent deux langues inintelligibles l'un pour l'autre, si la grâce de Dieu ne veut bien être l'interprète entre eux deux. Que j'ai bien senti combien ces grands maux sont inaccessibles à tout remède humain, et que Dieu seul s'en est réservé le traitement : manu milissimâ et suavissimâ pertractans vulnera mea, comme dit Saint- Augustin, qu'on s'aperçoit bien avoir passé par cette cruelle filière, à la manière dont il en parle! Quoi qu'il en soit, mon bon ami, tout s'est évanoui, quand j'ai dit Domhiiis pars... et aux jours peut-être les plus agités de ma vie, ont succédé les jours les plus heureux et les plus tranquilles, que depuis longtemps j'eusse connus. Que si depuis cet heureux temps, VA7igehis Salanœ qui me colaphizet^ s'est encore parfois réveillé, que veux-tu, mon pauvre ami? c'est le sort : Couverte te infra, couverte te supra, il faut passer par là. La vie de l'homme et surtout du chrétien est un combat, et en somme, je crois que toutes ces tempêtes