Virgile, Enéide, 10, 812. Le texte porte incanlum
donnaient totalement. Dans ces communications intimes, elles perdaient tout sentiment, peut-être pendant des heures.
Je jure devant Dieu qui me jugera que, quand je suivis mes compagnes dans ces dangereuses pratiques, je ne soupçonnais rien, je ne savais rien. Mon innocence était absolue. Et la sincérité de Markos? 0 ciel, que je sois damnée plutôt que d'admettre qu'un homme que j'ai aimé fût un affreux charlatan! Mais Markos aA'ait de bonnes qualités. Il était réellement chrétien. Il l'était au moins alors, mais un limon d'impuretés souillait ce beau fleuve, et Dieu, qui sait où il est maintenant, aura sans doute pardonné à l'homme qui a perdu plusieurs, mais [qui a] aussi peut-être sauvé plusieurs.
Je fus de celles qu'il perdit. Mes évanouissements sous sa main se multiplièrent. Certes, je dois avouer que je ne jouis jamais durant ce temps de la paix profonde que donne seule la possession de la vérité au sein de l'Église catholique ; mais je croyais pourtant être en relation avec l'Esprit de Dieu, et l'être par lui. Ce qui se passait durant ce sommeil, je l'igno-
CONFESSIONS DE FELICLLA. 313
rais. En me réveillant, j'éprouvais un grand trouble; une fois surtout, je ne me reconnaissais plus; j'aurais cru que mes sens étaient profondément atteints, que j'étais une autre personne. Une vague idée de profanation me traversa l'esprit, je souffrais, mais je détournai proraptement ma pensée de mon corps. Comment veut-on qu'une enfant accoutumée à ne jamais regarder son corps, qui n'avait plus sa mère, et que son père avait entretenue dans une ignorance absolue de la vie, conçût ce qui jusque-là lui avait été absolument caché?
Inexpérimentée dans les choses de l'amour autant qu'on peut l'être, j'aimais Markos sans savoir que j'étais coupable. Sa parole me parut plus éloquente que jamais; dans la collation des sacrements, il me paraissait d'une majesté admirable. Les secrètes communications de l'Esprit devinrent pour moi un besoin ; je les recherchais. Les jours où je ne le A-oyais pas me paraissaient vides. J'éprouvais pour celles de mes sœurs qu'il favorisait des charismes un sentiment de jalousie que je combattais et dissimulais.
Les semaines n'amenèrent qu'un étonne-
ment mêlé d'inquiétude. Mais les mois amenèrent un éclat que Markos vit ne pouvoir être évité. J'étais de plus en plus inquiète et troublée, et chaque palpitation de mon sein était comme l'effroi que cause un abîme entr'ouvert. Je me demandais si c'était un mauvais rêve. Ce que j'avais lu dans les Evangiles me faisait croire par moments que la femme pouvait concevoir par le souffle de l'Esprit. Mais aucun ange ne m'étant apparu, je craignais d'avoir été le jouet d'un démon. Tantôt j'avais honte, tantôt je tremblais. Je me rassurais en lisant les Psaumes où l'âme fidèle se rassure :
Siib umbra alarum tuaruin '....
A sagitUi volante in die
Ab incursu et dœmonio meridiano -.
Ce qui augmentait mon trouble, c'est que Markos se montrait de jour en jour, contre son habitude, sombre et rêveur. Son affection pour moi, qu'il témoignait toujours discrètement, semblait diminuée. Il m'évita plusieurs jours; puis, tout à coup, un dimanche, vers le