DE M. LAROMIGUIÈRE
une emprinte particulière, toutes les notioqs primitives dont les développenjents çt les combinaisous composeront toute la sciepce humaine.
La réhabilitation de l'intelligence dans WcpL" vite, dans l'indépendance^ (J^ns la dignité t|ui lui appartiennent^ telle est l'oBUvre à laquelle est at- ^ tac^é le nom de M. Laromiguière^
D'autres, peut^tre, aprèa luij oiil marche d'un pas plus hardi ou plus téméraire dan^ cette route une fois ouverte ; mais on ne peut lui contester rhonneur d'y être entré le premier, d'avoir été le premier et le plus brillant interprète de la philosophie nouvelle, au moins dans l'enseignement public.
^ L'enseignement, ce mot, Messieurs, ne vous rappelle-t-il pa» la paf lie la plus populaire de la gloire de M. Laromiguièrie? O beaux jours de la p^osophie à l'Ecole normale et à la Faculté des lettres de l'AcadJimie de Paris, quand M. Laromiguière enseignait avec tant d'éclat et de charme dans cette même chaire où bientôt après M * Royer- GoUard devait enseigUer, à son tourj avec taiit d'autorité et d'élévation 1 C'est là^ M^sieui*s^ c'est à l'Ecole normale et à la Faculté des lettres, dans les premières années du dix-neuvièmè siècle, entre 1810 et 1816 qu'a été fondée la philosophie noityelle. Depuis, à une autre tribune, la France a souvent entendu et elle entendra longtemps
76 DISCOURS PRONONCÉ AU ît FUNÉRAILLES
encore, je l'espère, la forte parole, la dialectique austère et pourtant si vive de M. Royer-Gollard. Mais qui nous rendra désormais l'éloquence de*^elui que va recouvrir cette tombe? Qui nous rendra ces improvisations dont le style le plus heureux n'oflfre encore c|u'une image affaiblie, ces incomparables leçons où dans une clarté suprême s'unissaient sans effort lés grâces de Montai^ie, la sagesse de Locke, et quelquefois aussi la suavité de Fénélon? M. Laromiguière éclairait, charmait, entraînait. Sa parole exerçait une fascination véritable. J'ai vu des hommes vieillis dans ces méditations s'imaginer, en entendant M. Laromiguière, que leur esprit s'ouvrait pour la première fois à la lumière, tandis qu'à côté d'eux les plus simples, trompés par cette lucidité merveilleuse^ croyaient comprendre parfaitement les plus profonds mystères de la râéta physique.
Si un petit nombre d'entre vous, Messieurs, ppt assisté aux triomphés du professeur, du i^ins' vous avez tous connu l'homme, et l'aménité lie son commerce a pu vous donner quelque idée du charme de sa parole. La bonté de M. Laromiguière était proverbiale. D aimait tendrement les hommes, et surtout la jeunesse ; mais il n'aimait pas moins l'étude et la retraite, et il s'y oomplaisait. Sa vie a traversé, innocente et paisible, les orageuses vicissitudes de notre époque, et il sist
DE M. LABOMIGUIÊRE. 77
éteint plein de jours, 'au sein de la vénération publique, en possession d'une belle et pure renommée.
Adieu, ô le plus indulgent des hommes! Ole plus aimable des philosophes ! Tant que le goût de la sàiM philosophie et de la vraie sagesse dureront parmi nous, à l'Académie, à la Faculté des lettres, à l'Eéôle normale, ton nom ne sera jamais prononcé qu'avec respect et avec amour; et s'il est permis à celui qui porte ici la parole de laisser paraître un moment son émotion personnelle dans Texpression de la douleur des autres, ô toi que, depuis vingt-cinq années, je suis accoutumé à nommer mon maître, ô mon bon, mon vénéré maître, mon vieil ami, cher Laromiguière,.tes leçons, ta douce sagesse, ton amitié me seront toujours présentiBs, et ton souvenir fera toujours battre mon cœur, comme au premier jour où je t'entendis, 41 comme à cette heure fatale où ta main mouramte serra la mienne une dernière fois! Adieu! Adieu !«r
•et
DISCOURS
PRONONCÉ
PAR LE MINISTRE DE l'iNSTRUCTION ^BLIQUS,
41} NOM BU GOBÎSEIL RQYA|Lf|^
Le 50 aTTil 1840.
J'aurais CFU manquer à mes devoirs, si je n'étais venu moi-même dire un dernier adieu à V\xn de mes plus illustres confrères de l'Institut et de l'Université.
Sous avons perdu, messieurs, le premier géo-: mètre de l'Europe. Ce titre n'était plus disputé à M. Poisson depuis la mort de Laplaee et de Fourier. M. Poisson appartenait à cette graride école de mathématiciens, qui reconnaît pour chefs dans les temps modernes Galilée et Newton , pour qui le calcul n'est qu'un instrument, et dont l'objet est la découverte des lois de la nature. M. Poisson est le disciple directet l'héritier de Laplaee. Son nom demeurera attaché à une foule d'écrits où les problèmes les plus difficiles de la physique mathématique sont abordés avec la méthode la plus rigou-
teuse, poursuivis sous toutes leurs faces, et résolus tQ|jjour^ ^vec précision, souvent avec grandeur. Le caractère 4e sc^ esprit étai^ une sagacité puissant^ ; il y î^yait e^ lui de, la finesse et de la force. Quand son ?ittentipn se portait sur un objet, quel qu'il fut, elle ^ y concentrait tout entière, etneTa- * b^ndonqait qu'après çp avoir pénétré les profondeurs ^t en avoir tiré des trésors dç vues nouvelles et inattendues .
Mais d'autres, messieurs, vous entretiendront du grand géomètre ; il m'appartient plus particulièrement d'iiouorer dans M. Poisson le ipembre éminent du Copseil royal de l'instruction publique qui, non content d'agrandir la science p^r se§ propres travaux, la servait encore par Je mouvemept régujier qp'il imprimait çiux études n;iatbématiques, et T^rdeur féconde qu'il savait inspirer pbpr ces belles études à tous ceux qui l'approcbaient. Il avait fait deux paris de sa vie : la première était consacrée \ ses travaux personnels ; la seconde appartepait à quiconque avait besoin de se^ lumières. Depuis qu il était entré au conseil de l'Université, il s'était fait comme une religion de présider chaque année le concours d'agrégation des sciences. îl suivait les jeunes prgfesseurs dans toute leur carrière. Aux agrégés il niontrait le docto]rat;aux docteurs, il montrait l'Institut. Qu'il aoîj
permis à l'ancien directeur dç l'école normale dç
renouveler ici le tribut de la inconnaiftsance de cette école pour les encouragements qu'il prodiguait à tous les élèves, dès qu'ils faisaient preuve de zèle et de goût pour les mathématiques. H répétait sans cesse que les mathématiques ne repQussent personne, mais qu'elles exigent un culte assidu. Il était lui-même l'exemplaire vivant de cette maxime. Sans être étranger à aucun des intérêts de la vie, de la société et de la littérature, au fpnd, il était voué exclusivement aux mathématiques, à leur avancement et à leur propagation : c'était la véritable passion de son âme; et elle Ta suivi jusque dans les bras de la mort; car M. Poisson a rendu le dernier soupir sur les épreuves d'un grand ouvrage qu'il corit geaît de sa main défaillante. Il n'a cessé de cultiver les mathématiques qu'en cessant de vivre. Il est tombé ep quelque sorte au champ d'honneur, vétéran infatigable de la science.
Du moins, il faut reconnaître qite la patrie avait décerné à M. Poisson toutes l^s récompenses qu'elle réserve à ceux qui l'honorent. Toute la carrière de M. Poisson a été facile ; son génie pour les mathématiques, déclaré de bonne heure, lui avait gagné d'abord toutes les sympathies. Jeune encore, à l'école polytechnique, ses camarades s'étaient cotisés pour le retenir parmi eux, afin de ne pas priver la sqîence d'une telle espérancaii
Depuis, il avait été nommé successivement membre de FAcadémie des sciences, du Bureau des longitudes, examinateur de l'école polytechnique, conseiller de rUniversitc, et pair de France comme avant lui l'avaient été Prony, Laplace, Monge et Lagrange ; et ce m'est * une sorte de consolation personnelle d'avoir pu le placer à la tête de la Faculté des sciences quand M. Thénard accepta d'autres fonctions.
Le Conseil royal de l'instruction publique a fait en lui la perte la plus grande qu'il pût faire encore depuis la mort de Guvier ; mais il nous reste l'enseignement de sa vie et le reflet de sa renommée. Avoir possédé trente ans M. Poisson est pour l'Université un engagement sacré de ne jamais laisser dépérir ou s'affaiblir dans ses écoles l'étude des mathématiques, qui n'est pas une médiocre part du patrimoine de l'esprit humain et de la gloire de notre patrie.
Adieu, pour la dernière fois, adieu, notre excellent et illustre confrère ! Nos regards se tourneront souvent sur la place que tu laisses vide parmi nous; et ton souvenir vivra dans nos cœurs, comme ton nom dans l'histoire des sciences !
Du 8 mai 1840.
(Le Conseil royal de l'instruction publique, désirant consigner dans les procès-verbaux de ses
séances un témoignage des profonds regrets qu'il éprouve delà perte dé M. Poisson, vient (le dççidéip que le discours prononcé par M. le ministre dé ^instruction publique sur sa tombe serait inséré en entier au registre de ses délibérations!, et qu'une copie de ce discours et de la présente délibératiôii serait transmise officiellement à U i^niille àè M. Poisson,)
FUNERAILLES DE M. LE COMTE Vf. C|:8SAC.
Discoms
fRONONC]^
PAlR le I^HÉSIDEPTt DE L'AeibÊStiÈ
ÔÉé éciENCES MORALES ET I>ÔLITÎQtJÊi,
Lel8jainl84t>
Jj' Académie (les science? wornje^ ^% polîtiqu^* vient mêler sa douceur ^ celle deTAc^déibie fran*»çaise dans le deuil commuq de l'Insiitut. Noiis aussi, nous voulons dire un dernier adieu à celui qui était parmi nous un monument téaéré de l'aii^ çienne Académie, le doyen et Teitemplè de la nouvelle.
Un attachement éclairé, mais austère, à tout c|? qu'il regardait comme un devoir, une sorte d« stoïcisme envers lui-même, qui n'excluait ni là bonté ni l'indulgence pour les autres, tel fut le ^ait doniinant du caractère de M. de Cessac. C'est là ce qui le distingua de bonne heure et ne l'abandonna jamais dans le cours de sa longuç carrière.
Avant 1789, M. de Cessac, né en 1752, était déjà retiré d]i service, et se faisait connaître honorable*
ment par de savants articles, insérés dans YEncy^ clopidie^ sur les diverses parties de Fart militaire, n embrassa avec une sérieuse conviction les principes de rassemblée constituante; mais il en posa d'abord le terme, et rien ne put l'entraîner au delà. Il pensait alors, il a toujours pensé que la monarchie constitutionnelle est le seul gouvernement qui convienne à la France. Député à l'assemblée législative, on le remarqua parmi les intrépides défenseurs d'une constitution qui renfermait au moins une ombre de monarchie. Plus tard, quand un enchaînement fatal de fautes réciproques eut perdu la royauté et compromis la révolution, M. de Cessac n'aperçut plus qu'une seule bonne cause k défendre, la grande cause de l'intégrité du territoire, et il s'y voua obscurément dans les bureaux du ministère de la guerre, sous la direction de Carnot. Plus d'une fois, m'entretenant de ces jours difficiles : « Nous étions placés, me disait-il, entre l'échafaud des clubs et l'épée de l'étranger.» Il ne vit que celle-ci, et ne songea qu'à la France; car la France devait survivre à l'anarchie, et il fallait la sauver pour des temps meilleurs. Ces temps arrivèrent, grâce à ceux qui n'avaient pas désespéré de la patrie. Le premier consul discerna bientôt la capacité et la haute probité de M. de Cessac, et il l'appela successivement au conseil d'État et à la tête de l'école polytechnique. Quelques années
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après, TEmpereur lui confia toute l'administration de la guerre. La fortune et les honneurs vinrent chercher M. de Gessac; il les mérita par ses services ; il les porta avec modestie.
Il était du nombre de ces hommes que la nature semblait avoir faits tout exprès pour l'Empereur. A défaut de facultés extraordinaires, M. de Cessac possédait toutes les qualités que Napoléon recherchait. H fallait à Napoléon des esprits droits, habiles à discerner les meilleurs moyens, sans trop examiner le but dernier de ses entreprises, ce but qui était comme un secret entre la destinée et lui ; il lui fallait cette capacité limitée dans ses objets, mais accomplie en son genre, qui s'exerce impunément sur les détails les plus compliqués de la guerre, des finances ou de l'administration ; cette loyauté rigide qui sert et ne flatte pas, qui contredit même quelquefois par fidélité ou par dévouement; des mœurs sévères, une vie retirée, consacrée tout entière au service de l'Etat, enfin une puissance de travail que rien n'effraie, que rien ne lasse. Voilà les vertus rares par elles-mêmes, plus rares encore dans leur réunion, que Napoléon demandait, et ' qu'il suscitait autour de lui en les couvrant de ses bienfaits, surtout en les honorant de son estime : car Testime d'un grand homme est la plus flatteuse de ses récompenses. Ainsi se forma une école de hautes capacités spéciales, au sommet
desquelles était l'Empereur, <jui les dominait toutes et les dirigeait. M. de Ccssac était de celte Ëimille des grands administrateurs et des grands conseillers d'Etat, les Bassano» les Merlin, les Daru, les Rœderer. Il se faisait même remar<juer parmi eux par la fermeté judicieuse de ses avis, par la franchise de sa parole, surtout par sa sîniplicitc dans une si haute fortune.
Mais que peut rexpérience, que peuvent les' plus savantes combinaisons, que petit le génie luilïiémè quand le but qu'il poursuit est au delà dés forces humaines? Après les victoires, les revers ; après l'empire du monde, une prison et un tombeau solitaire au milieu de l'Océan. C'est ici qiié parut dans sa pureté et dans sa force le caractère de M. de Cessac : il s'était attaché à la fortuné de l'Empereur, il lui demeura fidèle; il avait tout reçu de lui, il n'accepta rien que de lui. Pendant quinze an^ entiers, il vécut dans la retraite. Il fallut la mort de Napoléon et la révolution de 1830 pour lui faire accepter la pairie de la main de M. Casimir Perler. Et quand, l'année passée, la France enfin redemanda les cendres du prisonnier dé Sainte-Hélène, M. de Cessac, déjà glacé par l'âgé, 6é ranima un moment à cette nouvelle inattenduie i îl voulut assister k cette grande cérémonie ; il imjposa silence à sa famille : « Je le dois, Je le veux ; j'irai, du^àé-jé y tester»; et, malgré le froid le plue