‹ Fragments littéraires (volume 2)Chapitre 29 sur 62 · AU MINISTERE · texte numérisé non relu

AU MINISTERE

DEl L'INSTRUCTION PUBLIQUE.

Le ministère du 1*' mars s'estretirésur la question d*Oriem. La conduite qu'il voulait suivre en cette circonstance^difficile peut être 4iversement jugée; maisy si nous n'en sommes pas arrivés aux plus mauvais jours du bas-empire, qui pourra le blâmer d'avoir relevé la marine et l'armée, d'avoir porté l'ime et l'autre au grand pied de paix qui convient à un pays placé dans notre situation géographique et |y)litique, et^ à défaut du rempart de l'Océan, d'avoir mis du moins sur le cœur de la France la cuirasse impénétrable des fortifications de Paris?

Oui, j'ai concouru, et de grand cœur, à ces mesures, et, quoi qu'il arrive, je m'honorerai toujours d'y voir mon nom attaché pour sa faible part. Mais dans le cabinet du l*'^ mars j'avais encore un rôle spécial où ma responsabilité personnelle est surtout engagée : ce sont surtout mes actes comme ministre de l'instruction pubHque et grand-maître de l'Université qui m'appartiennent.

154 Hyn |ip|^ Ai;^ wnppf^

Dans la retraite, où pour longtemps je suis renfermé, et dans les loisirs qu'elle me fait, j'ai voulu recueillir ces actes et les présenter dans leur ensemble 411 jumnient 4e tous ^uK'J^^i, en fVance et en Europe, Vîntéressent à la grande affaire de l'éducation publique.

Je suis arrivé au ministère aprè§ une longue étude des matières d'éducation, avec des desseins bien connus et exposés dans mes deux ouvrages •uv l'instruction jlublique eu Alletiillgiié el^ en HoUande. Voici M^e je disais date Fbvioil^^fopos de la trcnsiènie éditicm de mon «Rapport «ur î'ittatruction publique en jMiMQ^âgtle ^ édition cpA paraissait en même tempi^'«fHB j'^sriitrafd dans \m e^BSfils de la couronné : «ePuisqti^eti ce moment M la confiance du Roi «ifi^pdiler à k tête du déIa ifiatère de l'ittSffttétiM (ydb^cfëef/^ls^ n'ai poittll à ^ imaginer à^étt t}iëdries n««L¥ëiHe^,' je n'ai ^'à pc£^ a tiqiuer cdilea que j^ai nnoi^riaérne {)ropoî»ées et u dans cet écrit é^Éans motti otiVMge ^ur la Hd- « lande ^> qui «en de compiëment k celui-ci. w L'Univemitéi-de Praiiéé, t^Ue qu'elle est sortie « de VttyAt àé%0tk foiDiâfëtâr, forme un système

* Èh rHtimâtïoH pMi0Êe ihut quêtât p&ff 4é rAHuha^nê el pt^ $^^^Nmm^ ffi IViMif , Trqisièine éditipB| %^fA, t|»^. f%f z PiMfr l^evraiilt; 18&0.

t î)e Vlnitruètion publique en Eolkm^, \ voL in-8o. Chez Pîtois-

9ft ^^i^^WTipW Pt^f^Ë- fi^^

u simple 6t fuient qu'il faut ^efi^^^F^ PfflifiTO ks A attaques de la passion et de l'jigiior^eie, em Je ^ développant s£^ns le déformeF» ep l'eQrichisgaftt <« d'iia ç^rta^l noiubre d'institutîpps empruntées |f \l r^xpërienee générale, « et qM i^QUS pouvons <^ perfeetiononf encore en, tes transportaiit parmi n Ti^ovA. Ce que j'ai dit, je le ferai ; ce que j'ai conte seillé, )e l'exécuterai moi-même; et j'espère que « jç n'oublierai japi^is qw j« ne suis pfts arrivé au « poste o^le ]^i 91'a appelé pour mit satisÊiction If . P^ÇÎ^PtllOf paif pouf I0 firogrèl de la plus n graude cgi|g§ 4» disMieifvièoie «i^ele, ceUe de ||. l'instruction pD^lJ^p^^ ^4iH^ '^'^P^^ ^MSt mg^ement» publiquement qpuftpa^s? pe siiis-}0.pas rcfsté trop au-dessous de l^ç^plîapçedu Roi; en d^ celle de ipes collègues ? . jCii|f equeil d^^iSMs actes répondra pour moi. 4;J'%fOUe»ai dVibord que comme ministre, j'ai Vf^-ij^fKx £at)i pouiî Tinstruction primaire.

L'éducation du peuple était le premier devoir 4e la révolution àm juillet. Dans les premières an*»nées de cette révolution, tous mes efforts commit Cf^oaeiiler de l'UniveraitérOomme écrivain, comme p^ i^e France, one été tournés de ce côté. C'est pour prépara tme bonne loi sur cette matière quf j'allai étudier l'organisation et l'état de l'instrucilion primaire en Allemagne, et particulièrement pn Pffusae, ouxette pattie de l'inatruetios publique

156 HiaT Mùà i|7 fiimiSTÈRE

est si florusante. Je crois pouvoir ^ir^ C|ue mes travaux n^om pa& ëtéiiautiles à la loi de 1833; j'ai été le rapporteur de cette loi à la chambre des pairs, et je n'ai cessé de coucouri^ activement à son développemqtit et à son exëcfution. La loi de 1833 peut avoir quelques dëfaut»fâe détail; mais elle a le mérite de former un système un et complety dont toutes les parties,^ soutiennent les unes les autres ; elle a, de plus un caractère essentiellement pratique. Aussi -çi-t^eUe fait ma bien immense ; ce Hen continue cbai^ue JPW: ^ fttit le laisser se répandre et s'accroîtM sapsle troubler par des innovations prénaaturées. Bëmuer sans

cesse une l^isïation^v^^u^d^^tU^ est blliKfie génër ralement, c'est en diminîÉŒi^ l'autorité ; c'est lui enlever le respect dontell^a'-besoin^joar le respect ne s'attache qu'aux ckases ^ui durent'. En QbV lande, la loi de 1806 est encoife intacte ; en Prusse, la loi de 1819 n'a jms mémp été^pidlfec^tmnée; laissons donc notréibi de 1833 s'enraciner dans le sol et porter tous les fruits doftt elle contient le germe. '.;

Cette loi a étabU de^ conMfeôçfions d'examen en possession exclusive àe^^ff^ffiStBr JLqs brevets de capacité pour les écoles puSiqued^t priv&s^: fortifions sans cesse ces commissions, entretenoils leur zèle, inspirons-leur une juste sévérité; car si ellps se relâchent, si, par une indiilgence mal entendue.

DE L'iNarRUCnON PUBLIQUE. 457

eHes deyiennent trop faciles et accordeotit l^ère* ment le brevet de maître d'ëcole, c'en est fait de toute l'instruction primaire, qui repose en dernière analyse sur Teiicellenee des instituteurs.

Pour assurer au pays de bons inttituteurs et des candidats qui puissent se présenter honorablement à de sérieux examens, la loi de 1833 a fende les ëcçle» normales primaires, institutions à la fois bieltËpisantes et périlleuses, qui peuvent faire ou beaucoup ée bien ou beaucoup de mal, dignes des bënédîctioiîs de tous les vrais amis du peuple si elles formeqi des maîtres d'école d'une instruction hdrnée mai$ solide^ modestes, patients, attachés à leur humble et sainte profession. Ayons les yeux tou|ours ouverts sur les écoles normales primaires; c^'est là qu'est particulièrement; nécessaire une admimstratioD ferme et vigilante.

Le ressort le plus puissant peut-être de l'instruction primaire est l'inspection, celle surtout qui se fait au nom de l'Etat par les inspecteurs printaires. Moins ces fonctionnaires seront chargés de soin'à étrangers à leur mission, plus on pourra exiger d'eux qu'ils la remplissent exactement. J'ai tout ikit pour les délivrer du travail ingrat de tant et tant d'écritures sous lesqueUes ils succombent^ et qui les transforment en hommes de bureau au lieu .d'être des hommes d'intelligence et d'action. J'ai plusie\u's fois écrit à M. le ministre des fi-

^J^ Mit MOIS A0 BilfnffTÈRE

■r fo'il toftlût bien tranÉp^nrter à 9é» It soin dm écritures relatives à la participa-^ àm iDstitutenrs aux caisses d'épai^e. Je souhaite Tirement que la négociation entreprise h ^Ig^ard rédssiaae. Je me suis surtout opposé à la des pairs^ et devant une commission de Ift èhÉHtlire des députés, à ce qu'on employât nos iMlîtttteurs primaires à la surveillance de la loi dite ou h faire sur le trayail des enfants dans leé ■ulnufactures. Il faut arriver à avoir un inspecteur ptimaire par arrondissement, et que dans cet arrondissement ^ comme en Prusse et' Surtout eH Hollande, l'inspecteur soit l'âme de l'éducation du peuple à tous ses degrés ; qu'il connaisse personnellement tous les instituteurs, au moins tous led instituteurs publics ; qu'il soit leur conseiller assidu, en quelque sorte leur directeur spirituel et aussi leur intermédiaire bienveillant auprès des dutorités locales et du recteur de l'académie : et pour cela il faut, comme en Prusse et en Hollande, que ce soit un homme ayant déjà par luimême, soit par sa fortune, soit par des fonctions antérieures lionorablojiient remplies, de la considération et une cerlaiiie autorité; surtout il faut qu'il soit lil)rc do tout autre soin, et qu'il puisse se donner corps et &iu(« k l'éducation du peuple. Les instituteur» réc^liunent Contre la modicité dé leur traitement lUe et la presque -nullité deleuf

«9tîl«flîem éiWbtHëL Ai-je hfSséih dé têpêUif iâ de ^e f ai dit si Payent, ^ue Hhstiltttetir dott éthé cdtitem dô 6a/]^fession pour là bten exércef; ^lië ôette ptoiéêB^û ne peut attirer à eDe, comme daiiè tes deux pay^ ii souvent cités, dès hommes honorables qu'autant iju'elle poilrtôira aux nécé(sil^ de là irie? Il faut dônd améliorer la condition d^ itiisitittie^rs I mais cctiiHtoent, et diUis quelle ttésut^t Je n'hésite pôitit II dire ^'il tie fânt pàà senf^r d'îici a longtemps à élever lé trâiteiiient fixe : ce serait aêcablêi' léà communes déjà chafgéeé de taift*de dépendes obligatoires. Selon Utdi, ' îl suffit d'ablNtl de rendre le traitement éventuel, k rétribution seolàire l*éelle et effective. Là loi d#nne4mssi aux eouseils tnmàtiipàut nÈà double pdUvoir : l"" déterminer chaque àAUée le taUl de k t^trïbtitibir scolaire t ^ dressé!^ une Uste d'enfams dcmt lés familles^ à titre d'indigence, sout exemptées de cette rétribution. Sur quoi il arrivé qu'un très-grand nombre de conseils municij[)aul abdMsetit beaucoup trop k rétribution et pro-^ dîguent les exemptions, ce ^pii annule à peu prés le traitement éventuel et rniUé le maître d'école. Le moment est venu de potter remède à ce mal. Tous les instituteurs demandent, et je demande avec eux, que le^ arrêtés des conseils municipaux ârûr les deux points mentionnés soient soumis â l'approbation des sous-préfets ou des préfets qui

puissent prendre en main les intérêts des maîtres d^ole. Une modification de Farticle 14 de la loi de 1833 pourrait donc être présentée aux chambres; elle suffirait aux seuls besoins pressants que Vexpérience indique, et rendrait la condition des instituteurs publics au moins supportable. Car enfin il n'y aurait pas une commune rurale en France où le maître d'école n'eût, au nom de la loi, un logement convenable dans la maison même de l'école, ordinairement avec Un petit jardin, un traitement fixe de 200 francs par an, un petit traitement éventuel sur lequel il pourrait compter, indépendamment de ce qu'il peut gagner encore à l'aide des divers services qu'il rend à la commune* Ge n'est pas là, dans un village, une très-mauvaise condition; et dans les villes, on sait que la rétribution scolaire est fi'uctueuse, et que presque toujours le conseil municipal, quand il le peut, accorde à l'instituteur public un traitement supplémentaire double ou triple du traitement fixe.

J'avoue donc que je n'avais en vue aucune autre modifix^ation législative en fait 4'ii^struction primaire. Quand on possède une bonne loi, d'excellentes ordonnances , d'excellents règlements généraux, que reste-t-il à faire, sinon de les exécuter et d'administrer ? L'impulsion a été une fois donnée, et bien donnée ; il ne s'agit plus que de la continuer.

DE L^roSTRUCTION PUBLIQUE. 461

Le seul point dans l'instruction primaire où

j'aie voulu mettre particulièrement la main, où j'aurais ardemment désiré réussir^ maison le succes n'est promis qu*a une action persévérante et infatigable poursuivie pendant plusieurs années, ce sont les écoles primaires supérieures.

Les écoles primaires supérieures forment la partie la plus nouvelle de la loi de 1833. Je n'avais pas été le dernier à réclamer une instruction intermédiaire entre les éc^Aes élémentaires, telles qu'elles étaient sous la restauration, et nos collèges. « En France, » disais-je en 1831 au ministre de l'instruction publique, dans mon rapport sur la Prusse 1, « en France, l'instruction primaire est bien peu de chose ; et entre cette instruction et celle de nos collèges, il n'y a rien : d'où il suit que tout père de famille, même dans la partie inférieure de la bourgeoisie, qui a l'honorable désir de donnera ses enfants une éducation convenable, ne peut le faire qu'en les envoyant au collège. Il en résulte de graves inconvénients. En général, ces jeunes gen^ qui ne se sentent point destinés a une carrière élevée, foiit assez négligemment leurs études; et quand, après des succès médiocres, ils rentrent vers dix-huit ans dans la profession et les habitudes de leur famille, comme rien dans letir vie ordinaire ne leur rappelle et n'entretient

^ Tome I, page 306.

leurs études passées, quelques années ont bientôt effacé le peu de savoir classique qu'ils ayaient acquis. Souvent aussi ces jeunes gens contractent au collège des relations et des goûts qui leur rendent difficile ou presque impossible de rentrer dans l'humble carrière de leurs pères : de là une racç d'hommes inquiets, mécontents de leur position, des autres et d'eux-mêmes, ennemi^ d'un ordre social où ils ne se sentent point Ji leur place, et prêts à se jeter avec quelques connaissances, avec un talent plus ou moins réel et une aiobition effrénée, dans toutes les voies ou de la servilité ou de

la révolte. ..•••..

. • . Assurément nos collèges doivent rester ouverts à quiconque peut en acquitteras charges; mais il ne faut pas y appeler indiscrètement les classes inférieures, et c'est le fjiire que de ne point élever des établissements intermédiaires entre les écoles primaires et nos collées. L'Allemagne et U Prusse en particulier sont riches en établissements de ce genre. J'en ai signalé et décrit plusieurs en détail à* Francfort, à Weimar, à Leipzig ; et la loi prussienne de 1819 les consacre. Vous voyez que je veux parler des écoles dites bourgeoises, Burgerschu" len^ nom qu'il est peut-être impossible de transporter en France, mais qui est en lui-même exact et vrai par opposition aux écoles savantes, Gelehrteschiin Im^ appelées en Allemagne gymnases ei parmi nous

DE l'instruction pxjquque. 163

collèges L'école élémentaire doit

être une ; car elle représente et elle est destinée à nourrir et à fortifier l'unité nationale ; et, en général, il n'est pas bon que la limite fixée par la loi pour l'enseignement de l'école élémentaire soit dépassée. Mais il n'en est point ainsi pour unç école bourgeoise ; car celle-ci est destinée à une classe toute différente : il est donc naturel qu'elle puisse s^élever en proportioiji de l'importance de^ villes pour lesquelles elle est faite. Aussi l'écolç bourgeoise a-t-elle en Prusse des degrés bien différent3> depuis le minimum fixé par la loi jusqu'au degré oji elle se lie au gymnase proprement dit. .

• Les écoles bourgeoises

allemandes 9 un peu inférieures à nos petite collèges communaux pour les études classiques et scientifiques, leur sont fort supérieures pour renseignement de la religion, de la géographie, de l'histoire, des langues modernes, de la musique , du dessin et de la littérature nationale. Selon moi, il est de la plus haute importance de créer en France, sous un nom ou sous un autre, des écoles bourgeoises dont le développement soit très-varié, et de réformer dans ce sens un certain nombre de nos collèges communaux. Je regarde ceci, monsieur le ministre, comme une

affaire d'État En Prusse,

les noms d'école élémentaire etd'çcole bourgeoise,

comme représentant le plus faible et le plus haut degré de l'instruction primaire, sont populaires; celui d'école intermédiaire, Miltelschule, est aussi «nployé dans quelques parties de T Allemagne. Voyez, monsieur le ministre, si ce nom ne pourrait pas être adoptée parmi nous. • • »

On voit quelle importance j'attachais dès 1831 à la fondation d'une instruction intermédiaire entre les écoles populaires proprement dites et nos collées; et j'insistai vivement pour que cette instruction intermédiaire fût étabUe dans la loi sous le nom même qui lui appartient, qui l'explique à tous les esprits, et pourrait plaire à la vanité des familles, en substituant à nos collèges des établissements d'un ordre distingué, qu'il est impossible de confondre avec les écoles élémentaires. Mais tout le monde ne fut pas de cet avis, et je dois remercier publiquement M. Guizot d'avoir eu le courage de déposer au moins dans la loi un germe que le temps et des soins habiles peuvent développer. Ce fût là la tâche que je me donnai à moi-même, relativement à l'instruction primaire. Pour faire apprécier les bienfaits de la nouvelle institution, je îne proposai de former un certain nombre d'établissements modèles de ce genre dans Ics^ix villes du royaume qui parais, saient s'y prêter le mieux, Paris, Lyon, Bordeaux, Rouen, Marseille, Strasbourg, Nantes, Caen, Or-

DE l'instruction PUBLIQUE. 165

léans et lille. Je m'cflforçai d'imprimer à cette partie du service une impulsion sérieuse qui , je n'en doute pas, aurait surmonté tous les obstacles, si sur ces entrefaites n'était arrivé le renouvellement des administrations municipales, qui me força d'ajourner mes instances auprès des villes ; et dans cet intervalle notre ministère avait cessé d'être. Du moins, ma correspondance contientelle des directions qui pourraient être suivies avec succès 1. 1® Point de gratuité, sauf un certain nombre de bourses données^ par les villes , conformément à la loi, à des enfants de familles pauvres qui, dans l'école élémentaire, auraient montré une capacité particulière; une rétribution scolaire modérée, mais fort au-dessus de celle de l'école élémentaire; par conséquent, distinction bien tranchée de l'école intermédiaire d'avec l'école élémentaire, et en même temps moins de sacrifices imposés aux villes; 2» autoriser les écoles, renfermées sous le titre général d'instruction primaire supérieure à prendre le nom d'écoles intermédiaires, comme les établissements compris sous le titre général d'instruction secondaire sont appelés collèges ; accorder un assez libre développement à ces écoles, selon les besoins et les ressources deà localités, comme le dit la loi elle-

* Voye» le recueil mé^e de mej actes, j^ 1-16.

même, afin qu'elles s'ëlêvent au-dessus des écoles ëlémentaîres, et prenneM le rang spécial qui leur appartient ; tout en leur maintenant le caractère d*instruction générale propre à tous les citoyens, quelle que soit plus tard leur vocation, admettre déjà dans ces écoles quelques annexes professionnels, industriels, commerciaux, ce qui les sépare plus fortement encore de l'école élémentaire et du collège ; 3o en général, fixer à trois ans l'étendue du cours, et s'appliquer a bien graduer l'enseignement de ces trois années; graduer même la rétribution scolaire suivant chacune de ces années; n'admettre dans l'école que d'après un examen constatant que l'élève possède à peu près l'instruction primaire élémentaire, établir des examens et des prix entre le passage d'une année à l'autre ; donner quelque solennité à ces distributions de prix; enfin, employer le plus possible pour l'enseignement les professeurs ou régents des collèges royaux ou communaux, avec une indemnité convenable pour traitement, ce qui est à la fois un moyen d'économie pofir la ville et un élément de dignité pour l'école.

Je visitai moi-même l'école primaire supérieure de Paris, rue Neuve-Saint-Laurent, dans le sixième arrondis^ment , et un examen attentif me convainquit qu'elle pouvait servir de modèle à tous les établissements de cette sorte; j'en en-

DÉ t'iNSraUCTlON PUBLIQUE. 167

fôyài le prospectus , modifié dans un sens un peu plus universitaire, à toutes les académies du royaume ; je réclamai avec force auprès de la ville de Paris pour chaque arrondissement une école semblable, et j'obtins l'assurance que bientôt on eèsaierait d'en établir une nouvelle dans le onzième arrondissement. Avec l'école de Paris, celle de Gàen, autant que j'en puis juger par le rapport du digne recteur de cette académie, peut être proposée en exemple à toutes les villes du royaume.

Telle était l'œuvre à laquelle je m'étais attaché dans l'instruction primaire ; puisse un autre l'accomplir, et la France un jour posséder réellement tiiie institution qui a fait tant de bien en Allemagne et en Hollande !

Mais je me hâte d'arriver à l'objet principal de mes efforts : le perfectionnement de l'instruction secondaire et de l'instruction supérieure. Il ne ë'agit p)us ici de projets commencés et inachevés, tuais de travaux conduits^ à leur fin.

Dans l'instruction secondaire, un but a sans cesse été devant mes yeux, la loi promise par la Charte, et A ardemment réclamée , sur la liberté de l'enseignement.

Je l'avais annoncée pour la prochaine cession h li chàmbfe des pairs et à la chambre des députés. J'ai tenu ma parole ^n ce qui dépendait de moi. Je laisse une loi toute faite ; on la trouvera dans le

Recueil 1, avec l'indication des différences qui la séparent du projet présenté en 1 837 par M. Guizot.

Le caractère commun de ces deux projets est le TCÊfect et le maintien du système entier de nos établissements publics d'instruction secondaire. Sans doute on peut, on doit, sur plus d'un point, modifier et perfectionner ce système; mais tout cela peut se faire par voie d'ordonnance royale ou d'arrêtés du conseil ou du ministre. Une loi n'est réclamée, n'est indispensable qu'en ce qui concerne les établissements privés. En effet, il s'agit d'un changement radical à apporter dans la législation existante des deux grands décrets de 1808 et de 1811, et ce changement ne peut avoir lieu que par une loi.

Voici quelle est aujourd'hui la condition légale des établissements particuliers d'instruction secondaire :

1^ Indépendamment des garanties morales et littéraires exigées de quiconque veut établir une école secondaire privée, une aijitorisation spéciale du ministre, accordée en Conseil royal, est nécessaire; cette autorisation doit être renoup^elée quand le chef d'un établissement veut le transporter d'un lieu à un autre ; et elle peut être retirée après une enquête administrative, et par une décision du conseil et du ministre, sans atciuie intervention de

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DE l'instruction PUBLIQUE* I6f

la justice ocdinaire du pays. Il est reconnu cpi'un tel état de choses ne peut subsister^ que l'autorisation préalable doit être supprimée^ qu'un jugement delà justice ordinaire du pays est nécessaire pour former un établisyment existant^ et que TEtaty tuteur-né de l'éducation de la jeunesseï» doit être satisfait des garanties littéraires et morales préalablement érigées, du droit permanent d'inspection et de celui dé déférer aux tribunaux tout chef d'établissement suspect. Telles sont les dispositions de la loi de 1833 sur les écoles primaires privées; elles ont paru s'appliquer convenablement aux établissements particuliers d'instruction secondaire.

2** D'après les deux décrets précités, tout établissement particuUer doit conduire aes élèves au colline royal ou communal auprès duquel il se trouve; et à cefte condition seule, ces élèves peuvent se présenter au baccalauréat ès-lettres qui est l'entrée de toutes les carrières libérales. Tous les jeunes gens sont donc obligés de fréquenter les écoles de l'Etat, il n'y a d'exception qu'en faveur des droits de la puissance paternelle : un certificat d'études faites dans la maison même du père de famille est seul admis en remplacement du certificat d'études faites au collège. Il est encore reconnu aujourd'hui que les droits de la puissance paternelle sont plus étendus, et qu'un père de fa-

tTO HC7IT MOIS AU inNISTÊRfi

mille doit pouvoir faif e ëtudier seA enfants dans tout établissement privée légalement autorisé , qui jouit de sa confiance^ sans que ses enfants soient tenus de suivre le collège ; et que par conséquent toiltes les écoles privées sont aptes à préparer à r^amen du baccalauréat ès-lettres.

Cet examen, avec les garanties morales et litténàte&y le droit d'inspection, et celui de déférer àtÉi. tribunaux, est la dernière ressource de la société^ son dernier rempart, mais aussi un rempart iiitmeilfle contre les établissements privés qui ne i^époîkâriLient pas à leur mission ; car ils sont perdttè, tA les élètes qui en sortent , se présentant h l'examen du baccalauréat ès-lettres, n*y réussissent pas.

Là-dessus, tôttt lé moiide est à peu près d*ac- <iord. Mais vdtSi où commencent les difficultés. Les écoles secondaires privées sont de deux sortes, à sa voit, les écoles laïques et les écoles ecclésiastiques. D'après la législation impériale, ces deux sortes d'écdte étaient sous le même régime ; mais éû 18i4, utièdrdomiance royale, en opposition aùt décrets de 1809 éï^de 1811, fit des écoles secondaires ecclésiastiques, auxquelles juscju'alors s'appliquait le régime commun des écoles privées, des établissements Spéciaul qui , succe^iVèmetit, obtinrent des privilèges et furent soumis à des conditions extraordimlirés. Aux termes de la dernière

DÉ l'instruction PUBLIQUE. 171

ôrdiônnanGe sur cette matière, la câèbre ordonnance de 1828; les écoles secondaires ecclésiastiques ou petits séminaires conservent le privil^e inouï de n'être assujétis ni aux garanties littéraires et morales exigées de tout clief d'établissement secondaire privé, ni même à l'inspection de l'Etat; et en même temps ils lie peuvent recevoir d'externes, ni préparer directement au baccalauréat ês-lettres, sur cette hypothèse que ces établissements sont prmcipalement dbargés de préparer des sujets pour les grands séminaires par une éducation appropriée. Ajoutez que les petits séminaires sont aussi exemptés de l'impôt appelé taxe universitaire. Cependant les petits séminaires se plaignent des entraves qui leur sont imposées ; les autres établissements privés se plaignent des privil^es accordés aux petits séminaires, privilèges C[ui rompent l'égalité et empêchent toute concurrence. Personne n'est content, tout le monde réclame. J'ai pensé que le seul remède était ici le retour à l'ancienne législation impériale, le rétablissement du régime commun pour toutes les écoles secondaires privées. Dans l'instruction primaire, la loi ne distingue pas les écoles tenues par des laïques et celles qui sont dirigées par des ecclésiastiques, par exemple, les frères de la doctrine chrétienne ; pourquoi n'en serait-il pas de même dans l'instruction secondaire? Mêmes charges et

mêmes garanties : telle est la l^islation que je voulais établir avec les tempéraments convenables. Ainsi; pour les ecclésiastiques, les certificats de moralité pourraient être conférés par les supérieurs dans l'ordre ecclésiastique ; et en supposant que l'on conservât l'impôt universitaire, des remises de cet impôt auraient pu ^e accordées et réparties par le ministre de l'instruction publique sur la proposition des évéques, d'après le nombre moyen des jeunes gens qui entrent chaque année dans les séminaires^ afin que les écoles secondaires ecclésiastiques pussent continuer de servir au recrutement du clergé.

C'est ainsi que j'aurais voulu foncier dans l'instruction secondaire, comme nous l'avons fait en 1833 dans l'instruction primaire, la liberté commune de l'enseignement, avec de communes garanties. J'étais parvenu à gagner à ce projet les membres les plus influents de l'une et de l'autre chambre. M. le comte de Tascher, dans plusieurs rapports sur des pétitions relatives à la liberté d'enseignement, avait présenté, d'accord avec moi, les mêmes vues, qui avaient obtenu les sufirages à peu près unanimes de la chambre des pairs. J'avais consulté plusieurs ecclésiastiques éminents qui ont adhéré à ce projet, et Monseigneur l'archevêque actuel de Paris en ^vait approuvé l'esprit et même les princi|)ales dispositions, dans une

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