‹ Fragments littéraires (volume 2)Chapitre 31 sur 62 · DE L*INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

DE L*INSTRUCTION PUBLIQUE

science juridique. Si donc on sait se servir de cette institution, elle rendra en France les mêmes services qu'en Allemagne : elle vivifiera continuellement l'enseignement supérieur. Car il ne faut pas s'y tromper : pour l'enseignement comme pour la guerre, ne comptez que sur la jeunesse. Au bout de quinze ou vingt ans d'enseignement, j'entends d'un enseignement assidu et un peu éclatant, un homme est usé. Il peut avoir son mérite et son utilité encore, mais il n'a plus le feu sacré. Il faut donc toujours, auprès d'une faculté, un certain nombre de jeunes gens pleins d'ardeur et même d'ambition , qui représentent le mouvement comme les vieux professeurs représentent la stabilité. Ces deux éléments sont également nécessaires dans une faculté comme ailleurs. Les agrégés ne sont pas faits, il est vrai, pour l'agrément des vieux professeurs, qui redoutent de jeunes rivaux ; mais ces jeunes rivaux mûriront avec l'âge, et feront à leur tour des titulaires pleins d'autorité. Us donnent d'abord à la jeunesse une vive impulsion, en attendant qu'ils aient acquis le droit de la contenir.

Un des résultats futurs de l'institution des agrégés de facultés nommés d'après un concours public, sera la suppression du concours pour les professeurs titulaires dans les deux facultés de droit et de médecine. Cette suppression, que j'ai

Le

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moi-même demandée ^, qui a été réclamée pât tous les esprits impartiaux, était arrêtée dans ma pensée; mais je ne pouvais guère la réaliser cfué pat une loi, et cette loi, je ne pouvais la présenter aux chambres qu'après que l'agrégation aurait acquis toute la popularité qu'elle mérite : alors ii eût été évident que le ministre, qui avait établi spontanément les concours de Fagrégation, ne voulait pas supprimer ceux du titulariat en hàiùe dés concours en général. Les concours sont admirables pour la jeunesse; ils ne convierin^t pomt pour l'âge mûr, et il faut qu'un titulaire ait déjà un Certain âge et une belle renommée. Les i^enômmées fuient les concours qui leur paraissent au-deSsous d'elles : elles ne sont pas tentées de comparaître un peu en suppliantes devant un tribunal composé de juges où elles n'aperçoivent pas toujours des égaux, encore moins deà supérieurs. II ne fatut pas non plus qu'une faculté se recrute elle-même sans aucun contrôle; car, supposez une majorité composée une fois ou de gens de parti ou de gens médiocres, on ne sait jusqu'où les choix pourront s'abaisser ou s'égarer; tandis qu'une présentation de la faculté, balancée par une autre présentation, celle d'une académie de l'Institut, par exemple, en laissant au choix du ministre une

* De l'Instruction publique dans quelques pays de l'Allemagne , t. I , p. 119-173 sqq. — De l'Instruction publique en Hollande ^ p. 93 sq-j.

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certaine latitude» nécessaire fondement de sa responsabilîtë ^ est infiniment plus favcnrable aux grandes candidatures*

3^ Si l'institutictti des agrèges anime l'enseigne* meûtr celle des prix de facultés anidie les études. Ici encore j'ai été guidé par l'exemple des écoles dé méderâie et par la pratique de l'Allemagne coQtifirinée par celle dé la HoUande ^. Déjà même deux faioultés de dmit» celle» d'Ail et de PoîtierSi avûent fondé quelques prix dont la libéralité des ccmséib des départements faisaient les frais^ De ces précédents isolés^ j'ai tiré une institution gë** nérale pour toutes les facultés de droit du royaume; et eette institution, mise immédiatement à exécution, a produit d'abord les meilleurs fruits. La distribution de Ces prix s'est faite partout avec une solennité utile ^. Grâce a la pieuse munifi* eenee d'une mère admirable ^, les prix de la Faemké de Paris sont dignes de faire naitre de sé«rieux travaux. Si dès la première année nou$ avons eu de si beaux résultats^ que ne faut-il pas attendre de l'avenir? Les jeunes gens qtdrempor-^ uatam les prix à la licence seront attirés aiux exa-

^ Dé riimhiéiion pMiqve en Àlhmagitê, 1. 1, p. 113, 119. — IH Vlnêtruetion publique en Hollande j p. SI 9.

* Lisez, dans le Jowmal de V Instruction publique, les rapports sur lés conéoùrs des étudiants dans les diveirses Facultés de droit.

' Madame de Beamnont, p. 345-251 .

mens du doctorat, puisque cet examen et les inscriptions qui y donnent accès ne leur coûteront rien. Une fois docteurs, ils songeront naturellement à se présenter au concours pour les prix du doctorat. Voilà donc plusieurs années de solide travail ménagées à la jeunesse. Ajoutez que, pour autoriser davantage cette utile innovation, M. le ministre de la justice et M. le ministre des finances ont établi de sages privilèges en faveur des lauréats des écoles de droit; de sorte que cette institution , qui est d'hier , semble aujourd'hui presque consacrée ^.

Les prix^ dans les facultés des lettres et des sciences, sont des remises de h*ais assez considérables d'examens et d'inscriptions pour les candidats qui se distinguent dans les concours de licence et dans les épreuves du doctorat 8.

Je n'insisterai pas sur quelques autres miesures qui se lient à celle-là. Ainsi, puisque la licence et le doctorat ès-lettres tirent une nouvelle importance des récompenses qui y sont affectées, il fallait d'autant plus volontiers constituer convenablement ces deux épreuves et en surveiller les résultats. De là le devoir imposé à toutes les facultés des sciences et des lettres d'adresser au ministre un rapport sur les épreuves du doctorat et de la licence, et l'examen de ces rapports en con-

• Recueil, pages 2I7-S29. — « Pages «30-233.

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seil royal, ce qui souvent donne lieu à des observations du conseil qui, adressées aux facultés, servent à exciter leur zèle et leur juste sévérité ^. La même règle a été appliquée au doctorat en droit*. Pour tous ces examens, Tusage de la langue latine a été aboli, même pour les exercices relatifs au droit romain ^. Enfin, un cours d'introduction générale à l'étude du droit a été établi dans toutes les écoles pour les élèves de première année, à Paris, par une chaire spéciale, ailleurs, soit par des cours complémentaires faits par des agrégés, soit par un certain nombre de leçons préparatoires placées au début du cours de droit civil ^

Pour la médecine, je crois l'avoir servie en assurant, par des privilèges modérés, l'avenir des écoles secondaires de médecine qui forment le premier degré de l'enseignement médical, en faisant entrer les écoles de pharmacie dans le cadre universitaire, et en donnant à ces écoles une organisation commune qui répond à l'importance de leur objet. Ces deux ordonnances ont prouvé au corps médical ce que j'aurais osé faire si une plus longue durée m'eût été donnée ^.

, Il me reste à dire un mot de cette partie du ministère de l'instruction publique qui comprend les

1 Pages 234 , 239-24ii. — > Page 263. — « Pages 254-257. — * Pages 258-263. — » Pages 312-339.

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rétablissements littéraires et scientifiques places en dehors de l'Université proprement dite, et remploi des fonds consacres à l'encouragement des sciences et des lettres.

Il n'y a qu'un seul moyen d'être utile à l'Institut de France, c'est de lui fournir l'occasidn de s'honorer par de nouveaux services. La révdiution Àe juillet avait rétabli l' Académie des sciaices morales et politiques, supprimée en 1803^ pour achever ce grand acte de réparation, auquel je suis fieîT d'avoir concouru, j'ai voulu mettre la nouvelle académie au niveau de toutes les autrieis, en la chargeant d'écrire l'histoire des sciences qui forment son domaine depuis 1789, comme chacune des académies de l'Institut l'avait fait pour les sciences diverses qui leur sont confiées. L'Académie a noblement répondu à cet appel ; déjà les travaux des différentes sections sont commencés, et je me flatte que l'ordonnance du 20 mars 1840 fera naître un ouvrage digne d'être placé à côté des beaux rapports de Dacier, de Delambre et de Guvier, une grande page de Thistoire de l'esprit humain dans une de ses époques les plus agitées et les plus fécondes ^.

Quand je suis venu demander à la chambre des députés un modeste crédit de 5,000 francs pour la création d'une chaire nouvelle au coUégie de

1 Pages 351-359.

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France, coi9^ax;rée k l'enseignement de là langue et de la Uttâ^attare sjave, je renco^t^ai de$ objecti(»i$ de plus d'un genre ^« Où sont-elles aujourd'hui, devi^m l^ savant et brillant enseignement de M. JAu^Jmwîtn ? En donnant à la France une .chaire de slave et Ik^. Mickiewitz, je crois avoir i^ndu à la France ejt ^Uin^ li^ttres un double ser- ^e. Mcm dessein, je ne le dissinanle pas, et AI, de Xîérando, à le dbanaibre des pairs, m'a dëjà un peu trabi, mon dessei^i était de demander à la se^ «ion prochaine , un nouveau crédit de 5,000 francs pour établir à ce même collège de France une chaire de langue et de littératme germani^ que ; et je n'étais pas san^ espérance de séduire M. Glrimm, comme j'avais fait M. Mic]dewitz ^.

Pour les souscriptions , ma règle a été })len simple : u^en accorder sous aucun prétexte qu'à d^s ouvrages sérieux , boaiprables au pays , onéreux à leurs auteurs. On peut voir dans ce recueil la liste des ^i^rages auxqueli )'ai appliqué Us souscriptiœis du goi^vamement ^.

Jjes encouragements aitx savants et aux gen§ de lettres se divisent en deux classes : les simples secours une fois donnés, et les indemnités qui autrefois s'appelaient indemnités annuelles , et qu'on

1 Pages 268-272, 281 sqq.

* Rapport de M. de Géraùdo, p. 283 sqq.

^ Pages 360-362.

appelle aujourd'hui indemnités éventuelles, de peur de leur donner le caractère de pension , quoiqu'elles se renouvellent ordinairement, sauf des cas très-rares. J'ai suivi la vraîe maxime en cette matière, celle qu'avait rappelée l'honorable rapporteur du budget à la chambre des pairs, M, d'Audiffret : moins de secours, et plus d'indemnités sérieuses pour des titres sérieux. J'ai repoussé l'idée de détruire arbitrairement ce qu'avaient fait mes prédécesseurs et de porter le deuil ou l'effroi dans l'àme de tant de personnes estimables en les frappant subitement , parce qu'elles n'avaient peut-être pas toute l'illustration ou toute la misère requise; j'aurais reçu cet ordre que je ne l'aurais pas exécuté, je le déclare ici hautement. J'ai donc respecté le passé, qui n'était pas mon ouvrage; mais j'ai voulu que l'avenir pût braver tous les regards, et, depuis le 1®' mars jusqu'au 29 octobre 1840, je n'ai accordé ni une indemnité ni même un simple secours qu'au grand jour et en publiant moi-même ce que je faisais dans le Moniteur. On trouvera ici les noms des personnes qui ont reçu de pareils encouragements. On y verra que je me suis surtout proposé , dans l'intérêt de la dignité des lettres , d'accorder trèspeu d'indemnités à titre gratuit et de les attacher le plus possible à des missions ou à des travaux , en sorte que ces encouragements fussent à la fois une

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dette envers ceux qui les reçoivent et un sei*vice envers le public par les ouvrages qu'ils favorisent et dont ils sont la récompense anticipée ^.

A regard de la Légion-d'Honneur, cette grande et nationale institution affaiblie par tant de prodigalités^ et qu'il importe de relever, soit par une mesure législative , soit du moins par un sobre et sévère usage de la prérogative royale, si la loi sortie des débats provoqués par la noble proposition de M. Mounier n'a point été sanctionnée, je me suis fait un point d'honneur de la pratiquer en ce qui concernait mon département. Le journal de V Instruction publique a publié toutes les nominations qui ont été faites le 1*' mai 1840, et les motifs sur lesquels reposent ces nominations. Nulle nomination isolée n'a eu lieu , et toutes ont été fondées sur cette maxime que j'ai tant de fois répétée : ou de très-longs services ou des services très-éclatants ^.

Mais il est temps de terminer ce compte déjà trop long d'une administration qui a si peu duré. J'ai cru le devoir à mon pays, à l'université, à mdi-méme. J'ai voulu placer les réformes que j'ai entreprises sous la protection de l'opinion des juges compétents en France et en Europe. Pourquoi ne le dirais-je pas? Je suis, je l'espère, au-dessus

i Pages 363-366.

« Page 368.

9Qd HUIT MOIS AU MINISTÈRE, Effl.

de tout soupçon de regretter le pouvoir ; mais en acbeyant ce récit , en posant ici U plume , il m» semble que je quitte de nouveau « et avec un sen^ timent que jç n'essaie pas die dissimuler , ce corps illustre qui est pour moi une seconde patrie dans la grande patrie ^ où je suis entré co]name simpiiç élève de l'école normale dans les premiers jours de 1810 1 où j'avais ecmquis lentement un avance-^ m^t légitime, auquel depujis dix années, eommè membre dû conseil royal et directeur de l'yole normale, je rapportais presque toutes mes pensées, que j'ai un moment dirigé avec ce séries dérouement qUi sert et ne {latte pas , et que j'aimerai et continuerai de servir pendant toute npi TÎe i dans toutes les fortunes que me fi^ra là àimBid Prbvîdehce.

DISCOURS

PBOKOIfGÈ A LA GHAMME SES PAIUS,

DANS LA SiAUCC DU 26 D<C»fBBB l838,

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