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Messieurs,
Le mauvais état de ma santë devrait mS^'iliire éviter les émotions de la tribune > et peut-être même m' éloigner de cette enceinte; mais dans les graves circonstances où le pays se trouve engagé, quand les questions les plus redoutables sont livrées à la discussion des chambres, j'ai pensé que toute considération personnelle devait être écartée, et j'ai voulu venir ici voter tout haut avec mes amis et prendre ma part de responsabilité diins les débats qui vont s'ouvrir.
Ce qui préoccupe aujourd'hui tous les esprits, ce sont nos affaires étrangères, si admirablement cobduiteis par le ministère qu'après huit années d'efforts pour maintenir la paix nous touchons presque k la guerre, ou que du moins l'avenir est
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comrert d'épaisses tàiebres, et le repos da monde remis entre les mains da hasard. Devant ces grands objets tont antre intact languit, et les questions intérieures semblent indiflSmntes. Cependant, messieurs, je tous demande la permission d'arrêter un moment votre attention sur un point de la plus haute importance à mes jeux, sur un danger £ûble encore, je l'espère, mais qui, s'il n'était promptement conjuré et dissipé, pourrait devenir menaçant pour la tranquillité publique : je veux parler de la renaissance de la domination ecclésiastique.
Le sujet est si grave et si délicat que je n'ose l'approfondir. Je me bornerai à signaler le mal; je ne dirai que ce qu'il sera indispensable de dire pour avertir le gouvernement et pour m'absoudre moi-même. Je vous demande donc seulement, messieurs, quelques moments d'une attention bienveillante; je n'ai point assez de forces pour être tenté d'en abuser.
Je placerai d'abord mes paroles d'aujourd'hui sous la protection de ma conduite passée. Sous la restauration, inquiété, destitue, persécuté jusque sur une terre étrangère par une déplorable influence, peut-être n'a -t-on pas oublié comment, en 1830, je me suis souvenu de mes injures personnelles. Quand j'ai vu, en 1830, la religion ainsi que la monarchie, ces deux fondements néces-
saires de tout ordre, de toute vraie civilisation, menacées et attaquées, je n'ai plus senti qu'un besoin, celui de concourir à leur défense, et je n'ai point hésité à jouer dans cette lutte pénible le peu de popularité qu'avaient pu me faire quinze années de travaux et de sacrifices. Grâce à Dieu, nous avons traversé, nous avons surmonté les périls qui entouraient le berceau de la dynastie nouvelle ; notre rovauté nationale est sortie des émeutes et des complots révérée et puissante, si puissante, messieurs, qu'à vous dire toute ma pensée, je ne lui connais plus d'autres périls que ceux qu'il lui plairait de se créer à elle-même, La religion a eu le même sort que la monarchie. Dans la crise violente, mais salutaire, qui semblait l'avoir à ja« mais séparée des affaires politiques, retirée dans le sanctuaire, réduite à sa propre dignité, la religion n'en parut que plus imposante et plus sainte. En livrant la terre aux puissances de ce monde et à leurs vicissitudes, en se contentant de montrer le Êiel aux âmes égarées ou afiUgées , le clergé reconquit bien vite une considération méritée. C'est un fait honorable, pour la révolution de juillet, et c'est un fait incontestable que depuis longtemps les temples savaient vu autant de fidèles, et que jamais peut-être les ouvrages philosophiques et littéraires n'avaient témoigné d'un retour plus désintéressé et plus vif au christia-
206 DISCOURS SUR lA RENAISSANGB
nisnie* Die ^n <;ôté; le gouvernement ^'empiressaH de payer à la religion en justes respecta et en déférences lé^times le bien qu elle faisait à la société. Pour me borner à rappeler ici ce qui s'est passé dans le département de l'instructioii publique, c'est le gouvernement de juillet qui^ dans une loi destinée à devenir la charte de l'éducation du peuple, a inscrit au premier i*ang des objets de l'instruction primaire, non-seulement la mor^la^ mais Finstmction religieuse. C'est lô gouverlie'ment de juillet qui^ dans cette même k)i de 1833; mailgré ime vive opposition^ a Ëiit intervenir de plein droit la puissance religieuse dans la surveillances des écoles populaires. La chambre n^a point oublié ces importante^ discussions^ et jet m'honorerai toujours d'avoir été à cette époque son interprète et celui du gouvernement ^* Ënfin^ s'U m'^st permis d'entrer dans ce détail, quand dés préjugés, qui chaque jour s'affaiblissent, proscri-* vaient les frères de la doctrine chrétienne, en da-^ pit de la Hberté d'enseignement, c'est encore le gouvernement de juillet qui les a défendus dans le cercle de la loi; et je suis fier aussi d'avoir, pour ma faible part, contribué à sauver d'une persécution aveugle ces bons religieux^ dont les statuts ont été examinés et approuvés par le conseil
1 Chambre dctf pairt, séances àea 9M niai et fl joki 1833.
DE ta IKnmilTKm SIJCiJmMJVIQtJE. f0t
d^ëtàt et pai^ 1er taàmi de l'UniVèfsité de TEinpfifê^; ]peiâfermé$ tom entiers dans leurs modestes et daintes fonctions ; si doeiles efiters rntmorite, si chàtitables envers le pcfUple, dont ils partagent la patlinretë et les humbles habitudes.
Avec une telle conduite def k part du gouvernement et de la part du clergé, le bien se faisait en silence ; et sans avoir beftoiii dé rôcourii' k des fâteurs qui naguère l'avaient A mal sertie, la puissance religiettte i^c^rénait peu à peu pàtîài noud, àut appltmdissemènts d^ tdtis les gens dâ bien, Fautorité naturelle qui lui appartieii!.
Par quel maùVais gënie, àu lieu de per^vëi^ dans cette voie de progrès paisibles, reprend-elle depuis quelque tenips le èhémin qui a manqué la éonduire k rabîme? Je tcfto le demandé, mes^ éettts, |e le denïande h la notoriété et à la cot^ ^ienee ptOilique, n'edt-il pas manifeste que depuis quelque temps la pait dont nous joitissions e^ de nouveau troublée J>ar des actes nombreux et divers, attesiafnt de toute part le retour d'une dcnnination intolérante, qui recommence à leteî la tête et à effrayer tous le^ vrais àmii de la rehgion et du gouvernement de juillet ?
^ Décret mipérial.du 17 mars 1808, art. 109. « Le» frètes àt$ écoles chrétiennes seront brevetés et encouragés par le grandmaître, qui visera leurs statuts intérieurs, les admettra au serment, leur prescrira un habit particulier, et fera ^surveiller leurs écoles. »