DISCOURS SDR LA RENAISSANCE
La France entière a retenti des scandales de Glermont. Le cri de l'indignation publique a fini par entraîner le gouvernement lui-même; le conseil d'Etat est saisi de l'affaire. Dans cette situation^ je sais quels ménagements me sont commandés^ mais je sais aussi ce que \e dois, ce que nous devons tous à ime illustre mémoire, particulière-^ ment confiée au respect et à la protection de la chambre des pairs. Il s'est donc rencontré une autorité religieuse en France pour refuser la sépultiu*e ecclésiastique au chrétien intrépide qui, dans un temps où l'esprit de révolution mettait la main sur le christianisme et, au lieu de notre vieille et glorieuse église gallicane, voulait nous faire un clergé civil, a trouvé les paroles les plus vraies et les plus éloquentes peut-être qui aient jamais été entendues à l'honneur de la religion et du clergé : « Vous voulez enlever aux évéques « leurs palais^ s'écriait à l'Assemblée constituante « M. le comte de Montlosier : ils iront dans les « chaumières ; vous leur ôtez leur croix d'or, ils « prendront une croix de bois. C'est une croix de « bois qui a sauvé le monde ! » Eh quoi ! ces paroles, qui ont été répétées avec transport d'un bout à l'autre de l'Em^ope chrétienne, n'ont pas plaidé pour lui à son heure suprême, et n'ont pu lui obtenir un peu de terre et quelques prières? Et nous, à notre tour, ne pourrions-nous pas dire
au clergé : Avez- vous donc oublié que cet homme, que vous rejetez, a été votre défenseur quand la • plupart des vôtres vous abandonnaient? Hélas! j'ai vu tel évêque assez peu apostolique de cette époque, après une vie médiocrement édifiante, mourir environné de toutes les pompes de l'Eglise; et celui qui, n'étant pas dans les ordres, ne devant au clergé que le respect, l'avait défendu avec une énergie désintéressée et par le seul enthousiasme d'une Toi naïve et profonde, celui-là, après avoir persévéré pendant une longue carrière dans les ^* mêmes sentiments, après les exemples de la vie la plus honorable, chrétien humble et fervent, ne parlant jamais, même dans cette assemblée, sans ï'appeler sans cesse et l'Evangile et les saints pères et les maximes de l'Eglise, celui-là, qui pourtant avait pu trouver un prêtre pour le confesser et pour l'absoudre, n'a pu trouver un curé, un évêque pour en obtenir la simple sépulture ecclésiastique ! Voilà bien du nouveau, messieurs ; et, sans faire ici de théologie, il est permis de trouver étrange que, lorsque qu'un prêtre non interdit, et par conséquent possédant, comme on dit canoniquement, le pouvoir des clefs, le pouvoir de lier et de délier; lorsqu'un prêtre a dit à l'àme fidèle : Allez, le ciel vous est ouvert; une autre autorité s'arroge le droit de refuser à la dépouille mortelle de cette âme un lieu béni pour y reposer !
210 DISCOURS SUR LA RENÂIâSAtfCE
Et pourquoi, Messieurs, cette pers^ctitîoà inouïe? pourquoi? Vous le savez ainsi que nioi, ainsi que la France entière. Ce n'est pas qti 6h accusât l'illustre défunt de nourrir quelque opinioii peu orthodoxe en matière de religioil. Noii ; vous le savez, c'est parce qu'il n'a pas voulu rétracter l'acte le plus pieux^de sa vie, lé fiuhètix Mémoire à consulter, cette pétition méinoràklë adressée à la chambre des pairs, pétition q;tti à ëù poMt Jrâpj)orteur favorable un des plus dignes magistrats, M. le comte Portalis, qui a été appuyée et défendue par un noble duc, que nos yeux chéf- ^hejdt en vain dans cette enceinte ; par M. de fiàrànte, cwnt la modération est auâsî connue que le talent; par ce vertueux citoyen, M • Laîné; èlifîh, par l'honiiiie d'Etat éininent qui est aujourd'hui président de . cette chambre et chancehër de Ft'aticé. C'est ce grand acte, Messieurs, qui âvâît entouré de tant d'éclat le nom de M, de Montloislër , c'est ce grand service, toujours présent à la reconnaissance du pays, qui avait appelé M. de Montlosier parmi vous : eh bien ! c'est ce même atcté qui, s'il eût été compris, aurait sauvé a la fols et l'ancienne dynastie et le clergé dé là Restauration, c'est cet acte qui l'a privé à son heure suprême des consolations de l'Eglise, et qui lui a fait refuser la terre sainte ! Ainsi, Messieurs, la piété la mieux éprouvée ne suflSt plus à protéger
iiôiré dernière heure. Quelles qu'aient été notre vîë et notre foi, si iious ne rétractons pas toutes les maximes de l'Eglise gallicane, si nous ne renions pas iiotre attachement aux lois , nôtre fidélîtë à l'Etat, nos derniers moinents peuvent être privés de ces saintes cérémonies qui * assyrent et àabùciësent le passage à une autre vie. Ou eh sdirimës-nous, Messieurs? dans quel temps vivons-nous? et est-ce bieii après là révolution de juillet qiié je suis condamné apporter à cette tribune iine pareille plainte ?
Cette affaire est si triste que j'éprouve le besoin d*en détourner les yeux. Malheureusement elle ii*est point la seule. A Reims, à Lyon, des troubles ëclàtènt presque en même temps, provoqués par un zèle mal entendu; et voilà que le gouvernement lui-même se met à détruire de ses j)ropres ïhains, et comme à plaisir, les barrières salutaires qiië là sagessg du grand législateur impérial avait posées à l'invasion. du clergé dans l'enseignement publîd.^D^ étroites bienséances me sont ici plus particulièrement imposées $ mais il ne s^agit que de faits officiels, d'actes toitibés dans le domaine public, et qui ont eu déjà le plus grand retentissement; de sorte que mon silence serait à la fois et inutile et coupable. Conseiller de l'Université, je dois au corps auquel j'appartiens; pair de France, je dbis au gouvernement du roi mon avis pubUc