A MADAME LA MARQUISE DE GAMACHES
De Paru, le 5 janncr.
J'ay bien de la joy<^ de la bonne résolution de ***. Je travaille de mon côté à ne la pas laisser languir chez ces bonnes filles. Si cela dépendoit de moi , c'en seroit plutôt fait ; mais elle veut bien que je lui dise que ce n'est pas à elle, qui pense à entrer dans l'église, à s'ennuyer des choses qu'elle sera nécessitée de &ire pour avoir ce bien-là ; car en changeant de foy il faut changer de mœurs et de sentiments, et commencer à apprendre que toutes les peines qui nous conduisent à Dieu nous doivent paraître légères. Si Dieu lui fait la grâce d'exécuter le bon dessein qu'il lui a inspiré , il ne' faut pas qu'elle craigne tant de s'ennuyer, parce qu'il ne faut pas songera se divertir quand on veut tout de bon se donner à Dieu. L'esprit de l'église cadiolique n'est pas tel ; il faut être disposée , quand on y entre, à souffrir pour acquérir ce bien-là de plus grands maux que l'ennuy.
^ Villefore donne la fin de cette lettre : J'ay 4U si w^ifueiSMt^ê M» monâ9j etc.
* N'est pas dans Villefore.
t(A LeYTRËS INÉDltlâ
De Rouen , le 6 février.
Vt^ feiteletnChiidûttitoiiae dé vbù]& d^ife'd&^ IBhbMé^ ^èla ^bi^ï ^n h 'tibù, et re&ôMt âsèOil^âbâl iVHjpfrft^te kSV&^h. 'Nôu^ àvûiCis nne nàtifiHb tpi nbàk piM si fort aufelltflteiftifftit, que nbtEs tfe devûùd tfén %i!]re j^iiit la fortifier dans sa pente pour les choses sensibles. Je aerois heuréii^%i*Mied lA^tdE vehoient du principe ^ue vous leur donnez. Qu^une maladie causée par la pénitence seroit une grande santé à l'âme ! Mais vraiment je n'en suis
PAV96UAG «AINim'AGQUES, MTE ^SOlStitl llTifK 'ÉI^È
lÎÉ JESUS *,
1)u17 marsTesis.
. Gaufecf^urt s^en allant à Paris, je ne pais le laisser ffenrtir 9«is le charger de cette lettre, qui vous témoignera la jojc gne J'ai toujoAr^w recevant des vôtres. De plus;, miQt dernière tious apprend une trop bonne nouvelle pour ifl^ Ufe monastère ppm: ne m'en pas réjouir avec vous, jettltt ^pe la seconde élection de votre mère. Cest unesi^^^rande bénédictioApour^ous que la continuation de sa coiOAl», qu'on ne peut trcy en 'sentir de joye quand on est aussi lié
^ Villefore donne cette phrase : qu*wM maladie coûtée par ia pini*
* Villefore donne tbie partie de cette lettre, depub ces ua^^jt ne faUplut autre cAoïe..., etc., jusqu^à ceiik-ci, '««# prièretf wm^eMhrt tmur,..i et il joint ce fragment de lettre à celui d^une lettre diSreate«
DE Madame la tiWàKSsis ut £ôi^6ù£tiLLe, 50^
qnrjè'lesairà votre inàUotr. lenfMsfiÀ îlùt^fA&Sé qae.*dem^ sodiuriter à' tm» lès mometitrdé' dtô vie , et je" prends comme la inmidondemes pécUés làTj^Hi^^ariihwr étvise cboseoù je vois jAm que j«mai8^ mon salut àtùtélkê, Si'jjé m'embarfoms à vous dire tour ce que je péttM lH^dêàiSf^ jernrfimtoH-jlaitaisv je ne vous dirai donc plttt ^itfl^ cboteanr ce sujet; qui esrque comnie Famour dWCtfttiiff' liier étftit soiti de mon c«ut avec cdui de IMsà, je ^^ qnece' dernier n^ peav revenir sans y rdmënèr fèiti^. Hi^i ce n^t pas que celui de Dieir y réutl^ blèd' féitè^ nient; et ^i bien àm'fautirilier là-dèssus^;* âMs' ehfifa, je déisiredel^eiiVoû*; etj%tbborre,<;e me sembhT*, tbilt de qlii'â' tcftra'sr pkeiE^ tèmt d'àiméesdè ma' vie. Mkfs'àjii^'âf^ quht^ir Dieu voidtttairektf edt 9 il ' n'est pas jtbtêf^ 4tié je fr reittotive-dâns lè»predneM liKnttfentè dt k foible liedl^élie' qii# j'en* faii', etjkiurvtr qifàlà fti de ma vie je ne lUé trouve pas séparée de lui'^^c^edt beaucoup poUr nfôî. Vos' prières , ma chère sœur, serviront à m'ob tenir cette miséricorde>et ceUe^deprendreien-^pril de piénitence larmisérable yi^vque je fais présentement ;^e Tappi^lje misérable^ non pas^dê ce qu'èltle est privée de tout ce qui s'appel)e consolation humaine^ mais de ce que je fais le mai que jeneveux jflàs, e£*dfe^ce'quejé ne fkîs lè*bftri*qtfejé' •désire passionnément. Ceci est pour notre mère aussi bien que pour vous.
A > LÀ SdÊirn' MAH^Ht^^ DE ji^Â*^
De Trie, lélS'séflembre.
VbiisaveJB miéiik^ deviné nies s'ehtîmenïs'surlesujeî al?'
t 'VîHffbré dômte un frâ|paiêiit dé cette lettre *a^c'délVàt*mfei que noua adoptoni.
504 LETTRES WÉDITlg
mademoiselle d'Épemon qae vous n'avez fait sur le Vôtre; car je vous confesse que depuis que j*ai appris sa retraite, je n'ai pas fait autre chose, je n'ose pas dire que momuirer, mais an moins que plaindre mon malheur. Je tous avoue que j'en vois mieux la ^prandeur que je ne Fai jamais vue, et que le monde et ses engagements me sont des fieurdeaux insupportables; cependant il y faut demeurer et adorer même la Providence qui m'y a abandonnée. C'est un assez pitoyable état, et c'est tout ce que je puis faire dans les moments où je vois le plus clair de confesser que j'en mérite encore un pire; car, à mon sentiment, nul péché ne peut avoir une plus rude punition, et ce n'est que ma raison, et encore éclairée par la grâce de Dieu qui n*est pas tout à fait retirée de moi , qui me fait voir que mes infidélités, méritent la peine qui me punit de les avoir eues. Vous êtes heureuse, ma chère sœur, d'avoir obtenu de Dieu un plus grand effet de sa miséricorde.
Quand le neveu de M"* de Longueville, le petit duc de Bourbon, second fils du prince de Gondé, mourut, elle écrit ainsi sur cet événement à son amie la sous-prieure des Carmélites :^
De Trie, ce 28 septembre t.
Vous avez bien raison, ma chère mère, de ne vous point affliger avec moi de la perte de mon neveu , puisque l'esprit de la foi doit empêcher les chrétiens de plaindre comme morts ceux qu'elle leur apprend qui sont vivants pour l'éternité. Cet enfant est bien heureux sans doute d'avoir
^ Vitttfore donne cette lettre en lui prêtant un tt>le pk» moderne.
OB BIAOAME LA DUCHESSE DE LONGtJEVItXE. SOS
été tiré du siècle devant que d'avoir participé à sa malignité. Celles qui comme- nous n'ont pas été jug^ées digpaes' pair le profond jugement de Dieu d'une pareille grâce, doivent bien s'humiliei' en sa présence des crimes qui leur préparoient un sort tout contraire, si la miséricorde de Dieu ne leur en fait faire une péniteqce proportionnée à leurs péchés. Vous devez bien louer celui qui vous a tirée du milieu de ceux qui ne la font point et qui la devroient toiyours faire, pour vous introduire dans sa maison, où vous en faites une si sérieuseet si continuelle. Pour moi, qui n'ai que votre malheur et qui n'ai pas sa réparation, jugez où je dois avoir mon refuge, où se doivent mettre les pécheurs, puisque le juste est à grand'peine sauvé. Implorez, ma très-chère sœur, les grandes compassions de Jésus-Christ sur mes misères, et lui dites pour moi un certain passage d'un prophète, non pas par ses justices, mais par vos grandes compassions. C'est en cela seul que j'espère, et c'est cela que j'atrends que la charité et l'efficacité de vos prières m'obtiendront.
A LA MÊME
De Rouen, ce 1«' février 1659 «.
Je loue Dieu de l'entrée de mademoiselle d'Albret ; elle est bien heureuse en toute façon d'avoir si peu participé au siècle, et d'aller pourtant faire une si grande pénitence. Elle aura cet avantage dans la sienne, qu'elle la fera avec plus de conformité à celle de Jésus-Christ; qui l'a faite étant non-seulement innocent, mais l'innocence même. Ainsi, en ayant assurément beaucoup, elle fera pénitence en sainte et non pas en pécheresse. A propos de pénitence
1 Villefore donne plusieurs morceaux de cette lettre.
f ai trouvé un passage de s^înt Grégoire qyi défij^it a.dqiirabkment ce que c'est; je youjs Tenvoîe uoi^r i^ettre ^ans votre bréviaire. Je vous prie de çie \ç voif poipt sans ^4mi^nder à Dieu q^'il m'inspire ces sentiments 4ont faî tant besoin, et qu'il n^e dojnpe en ceU ce qu'Q tpe jCpm- 9i§nd^.*J'a^ encore pei^sësur /cette eptrée qi^e .cette pauvre fille va hÎT^ cpmme Jésus-Gl^Hst, oui s^n alla au àhi^ àpr^s son baptême ; ainsi, pour conserver llonoc^^ .dii sie;^ et non pour la réparer, elle e]Qti% dans Je désert de» carméli^e^* Dieu n'a pps fait ainsi à toutes les options. (^ cel^ m'hpmilie bien sous $a justice qui m'a livrée aiisijq|é à causç de mes infidélité^.
A peu près yec9 çiBtte ^pquç ie pniMHQ àà G)ndé tomba dangereusement malade. La FmUce entière prit le plus vif intérêt à sa maladie. Im danger passé, M°^ de Longueville fiit aecaMëe df compliments qui la touchèrent beaucoup moins que les vœux fervents adressés à Dieu par ses chères Carmélites. Elle remercie avec effusion l'ancienne amie de son frère.
De Méru, ctiL décembre.
L'accablement des compliments de toute la Fmnbe «nk ^mpéfibée de faire repense k votr« première lettre jusqiA ce que j'aie reçu la seconde. Les sentimente de touu» ieà deux sont si ol^igeaats que je ^'ai point de paroieft «[lU vous puissent exprimer ce qu'elles ont produit dans mon cœur. Vous jugez bien que j'eusse par conséquent été beau-
DB MADAME LA DUCHËSSË DE tONGUEViLLE. S07
aM^> piitt aise àt vons ^tretenis qne de répondre à )i99€(9 l^m gvi M se «pucient ni de AI. moa frire ni de g)^ ^ n){^ c'(H(t ]i^ g{) ^gfpr^r^ ^§ j» i^i^ 911 Ton M Cait pas ce que l'on voudroit le plus faire >. Mais à cette heure que j'ai up peu de relâche, je v^ps témoignerai qu'on ne peut être plus reconnoissante que je le suis de vos douleurs et âf VP? ittfS> ^ P^ fiPÇAJPe du vos prières pour M. mon èif^ BHMYK i^ ^^ H!^^ 1^^ ^'^ pi^ ^^^ ^* colère de 8il5b 4(H ^^^ Pf^ ^ ''i^'^ fwiir kpltts grièvement que B9¥^ PP9^fPM VM^P 9^ ^ mpadë, que les Vionix et les l^çr^if ^p .YQtf^ W^^^Hè^* U est question à cette Lèvre àg lui ob^tfnif lie }a ipii^éricoor^e de J.-6. qndque chose de Ç^gs excç4^t (fSfi }§ rie |;0ffi|y^reUe ; je veux djre sa conv^JTçipn q^ çqx^.o^^&f^t DPtre joie- Travaillons, m(| chère Pl|re, pour apquérir ^ffif qvi nfi nous aéra point Àtée, et gpi p9f \^ e^i fiFi^)^?^'?^^ ^ ^PfU^ le% périssables que nous ajpnf ;t^9f; ^iyff^s, ^^ qui «je nous ont laissé que le ckagrin, le repaprçj^ pt la fristesse. Demandons ^ Pieu qu'il Topi^ ^tç celle 4if ^fèclç qja^i n'opère que la mort, mais qu'il nous inspire cellp d'ua çosuf contrit et humilié, que Dieu ne méprise p9i^nt^ k .^ 51M^ WV^ assure yn saint à qui il e^ a dopj^é pne ffsu^p^ç fie H ycaie d solide pénitence. Demandez-la à l^ie^fpi^v ffipi.
amujé (dafis le flaOft4g  h jeti^W A .épuréa iet fortifiée, Villefore ne donne pas un j^t de ttsf trois lettres, parce qu'elles ne font allusion à aucun événement public ou particulier. Mais ce qui
» Villefore ne donne que ce commencement,
nous intéresse le plus aujourd'hui^ ce n'est pas rhistoire extérieure de M"^ de Longueville, c^est celle de ses sentiments et la peinture de son âme*
De Caen, le 16 octobre 1659.
J'ai bien de l'obligation à la fête de sainte Thérèse, puis* quelle vous sert d'occasion de m'ëciire et de medonnerdes preuves d'un des souvenirs dont il me reste quelque désir. Je me trouve si accablée du poids des péch^ que m'a fait commettre celui d'occuper la créature de moi-même, que je vois avec plabirtout ce qui me montre que les impressions que j'ai faites en elles s'effacent et deviennent à rien. Mais pour vous je n'ai pas les mêmes sentiments; car« comme notre amitié est rectifiée par la grâce de J.-G. , qui nous lie plus solidement que n'ont fait jadis les liens de la chair et du sang, je suis ravie de voir que vous ne m'oubliez pas, pttisqu'en même temps je suis assurée qu'en vous souvenant de moi, vous jfémissez pour moi devant le Seigneur, et vous lui demandez que sa miséricorde s'applique h mes très-grandes misères. Je me fie bien que notre mère et vous les avez bien exposées à J.-C. dans la journée d'hier ; je la passai à votre couvent de Gisors.
Nous plaçons ici les deux lettres suivantes qui ne sont pas datées, à cause de Tanalogie des sentiments qu'elles expriment avec ceux de la lettre précédente.
A LA REVERENDE MERE SOUS-PRIEURE DES CARMELITES DU GRAND COUVENT DE PARIS.
A G>uloinmiers, ce S2 août
Il est 'juste que notre amitié se rectifie et, qu'ayant été fondée sur des raisons trop séculières, pour ne pas dire quelque chose de pis, elle commence à cette heure à se sanctifier par le lien de la charité qui est le seul qui doit serrer Tamitié des chrétiens. Géax à qui Dieu a fait la miséricorde de vouloir vivre comme des personnes honorées de cette qualité, doivent assurément se porter à Pamour de J.-C.; et plus elles se sont portées à celui du monde corrompu, plus en réparation de ce mauvais usage de leur amour doivent-elles se confirmer entre elles dans les sentiments où la pénitence les doit établir. Demandez à Dieu que je la fasse proportionnée à mes péchés^ et qu'il me donne un cœur nouveau et un esprit nouveau pour l'aimer autant que j'ai aimé le monde. C'est à moi, ma chère jmère à vous en faire réparation bien plus que vous à moi ; et comme mon mauvais exemple a peut-^tre été un des motifs de vos égarements, je crois vous devoir prier de me
le pardonner pour l'amour de J.-C. qui m'a fait la miséricorde de voilloir lui consacrer le reste de ma vie pour réparation de cjbs commencements. Aidez -moi par vcs prières.