SÉANCE DE L ACADÉMIE DES SCIENCES, ETC
phie que l'Académie a constamment posé les problèmes philosophiques sous une forme historique. L'an prochain, à pareil jour, elle fera connaître son jugement sur le concours relatif à la philosophie allemande ; aujourd'hui elle se plaît à proclamer la force de celui qu'elle avait institué sur le cartésianisme.
Ce grand sujet a produit six mémoires dont trois sont des ouvrages du plus grand mérite. La section de philosophie n'a point hésité à décerner le prix, et même elle a dû le 'partager entre le mémoire n® 2 et le mémoire n° 5; il lui a paru aussi de la justice la plus rigoureuse d'accorder une mention très-honorable au mémoire n°4, qui, dans un autre concours, aurait pu aspirer à un prix. Le mémoire n^ 2 est particulier eijaent remarquable par la vigueur et par l'originalité, qualités éminentes qui auraient emporté notre préférence si elles n'eussent été balancées par plus d'un grave défaut que nous n'avons pas voulu autoriser; par exemple, un caractère théologique parfois trop marqué, et quelques jugements injustes en eux-mêmes et durement exprimés sur des hommes de génie dont il n*est permis de prononcer les noms qu'avec une vive admiration et une pieuse reconnaissance. On peut préférer, nous l'admettons volontiers, Platon à Aristote et Leibnitz à Newton; mais Aristote n'en reste pas moins
DISCOURS d'ouverture. 55
la lête puissante et vaste qui a constitue trois ou quatre sciences : la métaphysique, la logique, la haute critique, l'histoire naturelle; et, malgré quelques faihlesses, Newton est cet esprit perçant et profond qui, d'inductions en inductions et de calculs en calculs, sans jamais ahandonner le fil de l'expérience, a fini par conquérir le système du monde. Le respect, disons mieux, l'amour des grands hommes est une religion aussi, digne d'avoir sa place, dans une âme vraiment philosophique, à côté de la religion de la. vérité. Le mémoire n° 5 a des mérites et des défauts tout opposés : loin d'être trop théologien, l'auteur n'a pas toujours, pour cette grande pensée qu'on appelle le christianisme, la vénération que lui doivent tous ceux qu'elle a nourris et élevés ; ne pas professer pour elle un respect sincère, c'est ne la pas comprendre, c'est ne pas être assez philosophe. Nous avons été surpris de rencontrer cette erreur dans un esprit qui paraît si sage ; car d'ailleurs il est difficile de montrer plus de justesse, de raison, de mesure. Le système de Descartes est exposé avec une étendue et une clarté qui ne laissent rien à désirer, et Spinoza est traité pour la première fois avec cette forte équité qui relève le génie de cet homme extraordinaire sans dissimuler les erreurs où l'a précipité sa fidélité téméraire à quelques principes de Descartes.
m SÉANCE DE l'académie DES SCIENCES, ETC.
L'auteur du n'' 2 est M. Derooulin ; celui du n° 6 est M. Boullier, élève de l'école normale, professeur de {)hilosopliie à la faculté des lettres de Lyon.
Encouragée par les résultats de ce concours et de ceux qu'elle avait ouverts précédemment, l'Académie persiste dans la voie où elle est entrée, et elle propose, pour le 1*' juin 1843, le sujet suivant, où se présentent en foule les plus grandes questions de la philosophie et de l'histoire.
« Examen critique de l'école d'Alexandrie. »
1** Faire connaître, par des analyses étendues et approfondies, les principaux monuments de cette école depuis le deuxième siècle de notre ère, où elle commence avec Ammonius Saccas et Plotin, jusqu'au sixième siècle, où elle s'éteint, avec l'antiquité philosophique, à la clôture des dernières écoles païennes, par le décret célèbre de 529, sous le consulat de Décius et sous le règne de Justinien;
2" Insister particulièrement sur Plotin et sur Proclus ;
3° Montrer le lien systématique qui rattache l'école d'Alexandrie aux religions antiques, et le rôle qu'elle a joué dans la lutte du paganisme expirant contre la religion nouvelle ;
i"" Après avoir reconnu les antécédents de là
DISCOURS douvertuiœ:. KS
philosophie, d'Alexandrie, «u suivre la fortune à travers les écoles chrétiennes du Bas-Empire et du moyen âge, et surtout au seizième siècle, dans cette philosophie qu'on peut appeler philosophie de la renaissance :
80 Apprécier la valeur historique et la valeur absolue de la philosophie d'Alexandrie; déterminer la part d'erreur et la part de vérité qui s'y rencontrent, et ce qu'il est possible d'en tirer au prQ^t de la philosophie de notre siècle.
Eu m^me tepips, l'Académie rappelle que quatre questions demeurent au concours; une de jurisprudence pour l'ann^ 1844 sur le contrat d'as^ ^urance et les nouveaux dç'veloppements qu'il pour-^
ratt recevoir dam l'état de notre commerce et de
tf^otre industrie; une autre d^économie politique pour Fannie 1842, sur les différents modes de loyer de la terre et leur influence sur la prospérité agricole; deux d'histoire pour la même année, la première sur Vhistoire du droit de succession^es femmes, dans tordre civil et politique^ au moyen âge ; la seconde, sur Vhistoire desétqts généraux en France, depuis 1302 jusqu'en 1614. Ces questions sont développées dans le programme imprimé de cette séance. Enfin, le prix quinquennal de 5,000 fr., fondé parM. Félix de Beaujour, sera décerné en 1843.
Tous ces nombreux concours ont ranimé et répandu le goût des sciences morales et^ politiques.
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En moins de dix années ils ont porté les plus heureux fruits. Combien de jeunes esprits qui s'agitaient à l'entrée des voies diverses de la science n'ont-ils pas appris k régler leur* ardeur inquiète sous la discipline des graves études auxquelles les appelait l'Académie ! On nous doit déjà plus d'un livre utile, plus d'un homme distingué. Reconnaissons-le : le rétablissement de l'Académie des sciences morales et politiques a pu paraître en 1832 un acte hardi. Aujourd'hui', la nouvelle Académie est fondée dans ses succès mêmes; et par la sage direction imprimée à ses travaux, elle a surmonté toutes les défiances, elle a peu à peu conquis les suflFrages de ceux-là mêmes qu'elle avait d'abord intimidés, et elle a pris définitivement sa place parmi ces grandes institutions du dix-neuvième siècle qui servent à la fois la cause de l'ordre et celle des lumières.