FUNÉRAILLES DE M. JOUFFROY
cinq ans, avec un petit nombre d'écrits, l'avait fait illustre.
Lorsque, au commencement de notre siècle, trois hommes supérieurs, Maine de Biran, Laromiguière, Roycr-CoUard, renouvelèrent la philosophie, de jeunes esprits pleins d'ardq^pr et de talent s'empressèrent sur leurs traces : parmi eux se distingua de bonne heure BI. Théodore Jouffroy.
Dans les modestes conférences de l'école normale, il apportait déjà cette précoce sobriété de jugement, ennemie de toute hypothèse, rebelle à toute impulsion étrangère, cet impérieux besoin de s'entendre avec lui-même et de voir clair en toutes choses : qualités éminentes qu'il n'emprunta à personne, et qui, développées par une culture régulière et assidue, et transportées successivement sur de dignes théâtres, lui ont composé une renommée solide, et lui donnent un rang à part et très-élevé dans l'enseignement public et parmi les écrivains philosophiques de notre temps. Il était chez nous le véritable héritier de Laromiguière. Parmi les étrangers, il faut le mettre entre Reid et Dugald Stewart, semblable à l'un par le sens et la gravité, à l'autre par la finesse et par la grâce. Nul ne posséda, nul surtout ne pratiqua mieux la vraie méthode philosophique, la méthode d'observation apphquée à l'àme humaine» Il
interrogeait la conscience avec tant de bonne foi et tant de sagacité, u en exprimait la voix avec une telle fidélité, qu'en l'écoutant ou en le lisant on croyait entendre la conscience elle-mêiïie racontant les merveilles du mpnde intérieur de 1 ame dans un langage exquis, pur, lucide, narmonieux. oOn style, comme sa psu^ole, éclaircissait, ordonnait, ffravait toutes ses pensées. H était, sans contredit, le plus habile interprète que la science pût avoir non seulement dans l'école, inais auprès du monde , solide et profond parmi les octes, et en même temps accessible a tous. L etait la, parmi nous, le véritable rôle, le rôle origmal, grand et bieniaisant de M. Jounroy.
Peut-être sa circonspection était-elle portée un peu loin, comme la confiance de quelques autres peut paraître téméraire. De peur de s égarer, sur
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les pas mêmes du génie, dans la haute métaphysique, oubliant un peu trop les puissants instincts et Je dogmatisme immortel de l'esprit humain, M. Joufiroy se plaisait à demeurer sur le ferme terrain de la psychologie, dans ces régions lumi-? neuses et sereines que l'observation éclaire toujour^, e^ ou la sagesse peUt jeter avec sécurité les fondements d'une science qui ne craint point les vicissitudes du temps et des systèmes.
Hâtpns-nou» de le dire : l'âme de tous les travaux de M. Joufiroy, de ceux que vous connais-