DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
Le ministère du 1^' mars s'estretirésur la question d'Orient. La conduite qu'il voulait suivre en cette circonstance difficile peut être diversement jugée; mais, si nous n'en sommes pas arrives aux plus mauvais jours du bas-empire, qui pourra le blâmer d'avoir relevé la marine et l'armée, d'avoir porté l'une et l'autre au grand pied de paix qui convient a un pays placé dans notre situation géographique et politique, et, à défaut du rempart de l'Océan , d'avoir mis du moins sur le cœur de la France la cuirasse impénétrable des fortifications de Paris?
Oui, j'ai concouru, et de grand cœur, à ces mesures, et, quoi qu'il arrive, je m'honorerai toujours d'y voir mon nom attaché pour sa faible part. Mais dans le cabinet du l*"^ mars j'avais encore un rôle spécial où ma responsabilité personnelle est surtout engagée : ce sont surtout mes actes comme ministre de l'instruction publique et grand-maître de l'Université qui m'appartiennent.
154 HUIT BiOM AU mNlSTÈEE
Dans la retraite, où pour longtemps je suis renfermé, et dans les loisirs qu'elle me fait, j'ai voulu recueillir ces actes et les présenter dans leur ensemble au jugement de tons aeert ipà, en France et en Europe, s'intéressent à la grande affaire de l'éducation publique.
Je suis arrivé au ministère après une longue étude des matières d'éducation, avec des desseins bien connus et exposés dans mes deux ouvrages sur l'instruction pmbKqtie^ en Allemagne èf en Hoilandev Yoieî ce qtre je disais dans l'avant-]^ôpo9 dé la troisième édition de mon Rapport snt l'instruction publique en AHemagtfe ^, édition qui paraissait en nréme tem|»s que' j'entrais dan» hé co^eils de la toùtùtine : « Puisq^i'en ce motttëni <i k confiance du Roi nù^'appélle à k iéië du îtA" tt imtère àe J'i'ftdlrtictîoû J)ubfique, ]ë tf ai féiûi aÉ « iitf à^iner déS tibféories nouvelles^, jé n'ai qii'à fHPsé- <tf tiqtle]^ cêïlèé que j'ai moi-îHëthe ptàfloaéei et « dans cet écrit 6t dan^ rtion étivrage éttt' fe Bot* ^ laiïde ^/ qui ie^t de c*onlk{>Iéâ3enl k cehiâ-ci. * I/UhivefSité de Fralncef, telle? qu'elle e^t sôtîië a de resprit dé sm foridàfeur, forMe un sfslèmê
* èé VlmWéeliùkpi£6Uqiis âànt 4iieii[tlei pà^t de VJiferàai^ei ^ HmHèrm^Kt 0» Prium^ Trmsième édttîoiiy 2 voK* iB-%\ Qktt, Fîbir Lcvrauli;1840.
1 De rinstrudtion publique en HolUmde, 1 voL in-^o. Chez Pitois-
DE l'instruction PUBU^Dë. . t95
« simple et pirissaât qu'il faut défimdre ee^tpe- les i( attaques de la passion et de l'ignorance^ en le « développant sans lé déformer^ en l'enrîchisjsbt « d'un certain nombre d'institutions éinpruntées 0 à l'expérielfice génëralef, et que noué pouvons << perfectionner encore en les transportant pii^tài « BOUS. Ce que |'ai dit, je le ferai ; ce que j'ai c6!d- « seiUë, îe l'exécuterai moi-même ; et j^' espère que « )e n'oublierai pmais q^e je ne suis pa^ arrÎTc sk « |)oste où le Roi iïi'a appelé pour mû satisfaetioii « personneUey mai» pour 1^ progrès! de la plus « grande cause du dis^neuvièmie sidôle, celle de « l'instruction pti#bU<|ue.^ ^
Ai-je petopli èes engagemenii pdbliquemeiît cdntra'otés? ne sruîâ- je pas* resté trop au-dessous dé la confiaiice du Roi, et de celle de mes collègues ? lie recueil de mes actes répondra poxir moi.
J'avouerai d'abord que comme ministre, j'ai très-peu ftfit pour l'instruction primaire.
L'éducation du peuple était le premier devofé èe la révolution de juillet. Daiis^ les premières afiH nées de cette révolution, tous mes eflForts ootnmê conseiller de l'Université, comuiie écrivain, coih»niè pair de France, ont été tournés de 6e oéfïé.' Oé»t pour préparer une bonne loi sur cette matière qnS î'alki étudier l'organisation et l'état de l'inst^uctioÉ primaire en Allemagne, et partièuKèreractot en Prusse, où cette partie de riné^tuetiè!spu;bli(}u€^
i56 HUIT MOIS AU naNISTÈRE
est si florissante. Je crois pouvoir dire que mes travaux n'ont pas été inutiles à la loi de 1833; j*ai été le rapporteur de cette loi à la chambre des pairs, et je n'ai cessé de concourir activement à son développement et à son exécution. La loi de 1833 peut avoir quelques défauts de détail; mais elle a le mérite de former un système un et complet» dont toutes les parties se soutiennent les unes les autres ; elle a, de plus un caractère essentiellement pratique. Aussi a-t-elle fait un bien immense ; ce bien continue chaque jour : il faut le laisser se répandre et s'accroître sans le troubler par des innovations prématurées. Remuer sans cesse une législation, quand eUe est bonne généralement, c'est en diminuer l'autorité; c'est lui enlever le respect dont elle a besoin, car le respect ne s'attache qu'aux choses qui durent. En Hollande, la loi de 1806 est encore intacte ; en Prusse, la loi de 1819 n'a pas même été perfectionnée; laissons donc notre loi de 1833 s'enraciner dans le sol et porter tous les fruits dont elle contient le germe.
Cette loi a établi des commissions d'examen en possession exclusive de conférer les brevets de capacité pour les écoles publiques et privées : fortifions sans cesse ces commissions, entretenons leur zèle, inspirons-leur une juste sévérité; car si elles se relâchent, si^ par une indulgence mal entendue,
De l'instruction oblique. 457
elles deviennent trop faciles et accordent légère* ment le brevet de maître d'école, c'en est fait de toute Finstruction primaire, qui repose en dernière analyse sur Texcellence des instituteurs.
Pour assurer au pays de bons instituteurs et des candidats qui puissent se présenter honorablement à de sérieux examens, la loi de 1833 a fondé les écoles normales primaires, institutions à la fois bienfaisantes et périlleuses, qui peuvent faire ou beaucoup de bien ou beaucoup de mal, dignes des bénédictions de tous les vrais amis du peuple si elles forment des maîtres d'école d'une instruction bornée mais solide^ modestes, patients, attachés à leur humble et sainte profession. Ayons les yeux toujours ouverts sur les écoles normales primaires; c'est là qu'est particulièrement nécessaire une administration ferme et vigilante.
Le ressort le plus puissant peut-être de l'instruction primaire est l'inspection, celle surtout qui se fait au nom de TËtat par les inspecteurs primaires. Moins ces fonctionnaires seront chargés de soins étrangers à leur mission, plus on pourra exiger d'eux qu'ils la remplissent exactement. J'ai tout fait pour les délivrer du travail ingrat de tant et tant d'écritures sous lesquelles ils succombent^ et qui les transforment en hommes de bureau au lieu d'être des hommes d'intelligence et d'action. J'ai plusieurs fois écrit à M. le ministre des fi-
iSB iU^T MOIS AU MIiaSTÉAE
nances pour qu'il voulût bien transporter à ses agents le soin des écritures relatives à la participation des instituteurs aux caisses d'épargne. Je souhaite vivement que la négociation entreprise à eet égard réussisse. Je me suis surtout opposé à la ehambre des pairs, et devant une commission de la chambre des députés, à ce qu'on employât nos instituteurs primaires à la survieillance de la loi faite ou à &ire $ur le travail des enfants dans les manufactures. Il laut arriver à avoir un inspecteur primaire par arrondissement, et que dans cet arrondissement ^ comme en Prusse et surtout en Hcdlande, l'inspecteur soit l'âme de l'éducation du peuple à tous ses degrés ; qu'il connaisse personnellement tous les instituteurs, au moins tous les instituteurs publies ; qu'il soit leur conseiller assidu, en quelque sorte leur directeur spirituel et aussi leur intermédiaire bienveillant auprès des autorités locales et du recteur de l'académie : et pour cela il faut, comme en Prusse et en Hollande, que ce soit un homme ayant déjà par luimême, soit par sa fortune, soit par des fonctions antérieures honorablement remplies, de la considération et une certaine autorité; surtout il faut quHl soit libre de tout autre soin, et qu'il puisse se donner corps et âme à l'éducation du peuple. Les instituteurs réclament contre la modicité de leur traitement fixe et la presque -nullité de leur
CFaitsment éventu^. Ài-je besoin de rëpëter ici ce que j'ai dit si souyent, que Tinstituteur doit être eomentd^sa profession pour la bien exercer; que cette profession ne peut attirer à elle, comme dans les deux pays si souvent cités^ des hommes honorables qu'autant qu'elle pourvoira aux nécessités de la vie? Il faut donc amâiorer la condition des iii5ti4?uteurs^ mais comment, et dans quelle mesiire? Je n'hésite point à dire qu'il ne faut pas sonfç^F d'ici k longtemps à élever le traitement fixe : €6 serait accabler les communes déjà chargées de tant de dispenses obligatoires. Selon moi, il suffit d'abar4 de rjendrje le traitement éventuel, la rétribution scolaire réelle et effective. La loi donne aussi aux conseils municipaux un double pouvoir : 1^ déterminer chaque année le taux de la rétribution scolaire ; 2° dresser une liste d'enfants dont les familles, à titre d'indigence, sont exemptées de cette rétribution. Sur quoi il arrive qu'un très-grand nombre de conseils municipaux abaissent beaucoup trop la rétribution et prodiguent les exemptions, ce qui annule à peu près le traitement éventuel et ruine le maître d'école. Le moment est venu de porter remède à ce mal. Tous les instituteurs demandent, et je demande avec eux, que les arrêtés des conseils municipaux sur les deux points mentionnés soient soumis à l'approbation des sous-préfets ou des préfets qui
160 HDTT HOIS AV HIKlSTÈitE
pmssent prendre en main les intérêts des maîtres d'école. Une modiâcation de l'article 14 de la loi de 1833 pourrait donc être présentée aux chambres ; elle suffirait aux seuls besoins pressauu que Texpérience indique, et rendrait la condition des instituteurs publics au moins supportable. Car enfin il n'y aurait pas une commune rurale en France où le maître d'école n'eût, au nom de la loi, un logement convenable dans la maison même de l'école, ordinairement avec un petit jardin, un traitement fixe de âOO francs par an, un petit traitement éventuel sur lequel il pourrait compter, indépendamment de ce qu'il peut gagner encore à l'aide des divers services qu'il rend à la commune. Ce n'est pas là, dans un village, une très-mauvaise condition ; et dans les villes, on sait que la rétribution scolaire est fi-uctueuse, et que presque toujours le conseil municipal, quand il le peut, accorde à l'instituteur public un traitement supplémentaire double ou triple du traitement fixe.
J'avoue donc que je n'avais en vue aucune autre modification législative en fait d'instruction primaire. Quand ou possède une bonne loi, d'excellentes ordonnances , d'excellents règlements généraux, que reste-t-il à faire, sinon de les exécuter et d'administrer ? L'impulsion a été une fois donnée, et bien donnée ; il ne s'agit plus que de la continuer.
DE l'instruction PUBLIQUE. 461
Le seul point dans Tinstruction primaire où j'aie voulu mettre particulièrement la main, où j'aurais ardemment désire réussir, mais où le succès n'est promis qu'à une action persévérante et infatigable poursuivie pendant plusieurs années^ ce sont les écoles primaires supérieures.
Les écoles primaires supérieures forment la partie la plus nouvelle de la loi de 1833. Je n'avais pas été le dernier k réclamer une instruction intermédiaire entre les écoles élémentaires/ telles qu'elles étaient sous la restauration, et nos collèges. « En France^ » disais- je en 1831 au ministre de l'instruction publique, dans mon rapport sur la Prusse 1, « en France, l'instruction primaire est bien peu de chose ; et entre cette instruction et celle de nos collèges, il n'y a rien : d'où il suit que tout père de famille, même dans la partie inférieure de la bourgeoisie, qui a Thonorable désir de donnera ses enfants une éducation convenable, ne peut le faire qu'en les envoyant au collège. Il en résulte de graves inconvénients. En général, ces jeunes gens, qui ne se sentent point destinés à une carrière élevée^ font assez négligemment leurs études; et quand, après des succès médiocres, ils rentrent vers dix-huit ans dans la profession et les habitudes de leur famille, comme rien dans leur vie ordinaire ne leur rappelle et n'entretient
' Tonus I) page 306,
leurs études passées^ quelques années ont bientôt effacé le peu de savoir classique qu'ils avaient ac* quis. Souvent aussi ces jeunes gens contractent au collège des relations et des goûts qui leur rendent difficile ou presque impossible de rentrer dans l'humble carrière de leurs pères : de là une race d'hommes inquiets^ mécontents de leur position, des autres et d'eux-mêmes, ennemis d'un ordre social où ils ne se sentent point à leur place, et prêts à se jeter avec quelques connaissances, avec un talent plus ou moins réel et une ambition effrénée, dans toutes les voies ou de la servilité ou de la revoiie* • •••••••••••
, • . Assurément nos collèges doivent rester ouverts à quiconque peut en acquitter les charges; mais il ne faut pas y appeler indiscrètement les classes inférieures , et c'est le faire que de ne point élever des établissements intermédiaires entre les écoles primaires et nos collèges, L'Allemagne et la Prusse en particulier sont riches en établissements de ce genre. J'en ai signalé et décrit plusieurs en détail à Francfort, à Weimar, à Leipzig ; et la loi prussienne de 1819 les consacre. Vous voyez que je veux parler desécolesditesbourgeoises, flurjer^cAuleHy nom qu'il est peut-être impossible de transporter en France, mais qui est en lui-même exact et vrai par opposition aux écoles savantes, GelehrUschulen^ appelées en Allemagne gymnases et parmi nous
DB l'instruction PUBLIQUE. 163
coUëges L'école ëlémemaire doit
être une ; car elle représente et elle est destinée à nourrir et à fortifier l'unité nationale ; et, en généraly il n'est pas bon que la limite fixée par la loi pour l'enseignement de l'école élémentaire soit dépassée. Mais il n'en est point ainsi pour une échoie bourgeoise ; car celle-ci est destinée à une classe toute différente : il est donc naturel qu'elle puisse s'élever en proportion de l'importance des villes pour lesquelles elle est faite. Aussi l'école bourgeoise a-t-elle en Prusse des degrés bien différents, depuis le minimum fixé par la loi jusqu'au degré où elle se lie au gymnase proprement dit. .
Les écoles bourgeoises
allemandes 9 un peu inférieures à nos petits collèges communaux pour les études classiques et scientifiques, leur sont fort supérieures pour l'enseignement de la religion, de la géographie, de l'histoire, des laïques modernes, de la musique, du dessin et de la littérature nationale. Selon moi, il est de la plus haute importance de créer en France, sous un nom ou sous un autre, des écoles bourgeoises dont le développement soit très-varié, et de réformer dans ce sens un certain nombre dé nos collèges communaux. Je regarde ceci, monsieur le ministre, comme une
affaire d'État. En Prusse,
les noms d'école élémentaire et d'école boiurgeoise,
comme représentant le plus fkible et le plus haut degré de Tinstruction primaire^ sont populaires ; celui d'école intermédiaire, I/iUèhchulej est aussi employé dans quelques parties de FAllemagne. Voyez, monsieur le ministre, si ce nom ne pourrait pas être adoptée parmi nous. • • »
On voit quelle importance j'attachais dès 1831 à la fondation d^une instruction intermédiaire entre les écoles populaires proprement dites et nos collèges; et j'insistai vivement pour que cette instruction intermédiaire fût établie dans la loi sous le nom même qui lui appartient, qui l'explique à tous les esprits* et pourrait plaire à la vanité des familles, en substituant à nos collées des établissements d'un ordre distingué, qu'il est impossible de confondre avec les écoles élémentaires. Mais tout le monde ne fut pas de cet avis, et je dois remercier publiquement M. Guizot d'avoir eu le courage de déposer au moins dans la loi un. germe que le temps et des soins habiles peuvent développer. Ce fût là la tâche que je me donnai à moi-même , relativement à l'instruction primaire. Pour faire apprécier les bienfaits de la nouvelle institution, je me proposai de former un certain nombre d'établissements modèles de ce genre dans les dix villes du royaume qui parais, saient s'y prêter le mieux, Paris, Lyon, Bordeaux, Rouen, Marseille, Strasbourg, Nantes, Gaen, Or-
DE l'instruction PUBLIQUE. 165
lëans et Lille. Je m'efforçai d'imprimer à cette partie du service une impulsion sérieuse qui , )e n'en doute pas» aurait surmonté tous les obstacles, si sur ces entrefaites n'était arrivé le renouvellement des administrations municipales , qui me força d'ajourner mes instances auprès des villes ; et dans cet intervalle notre ministère avait cessé d'être. Du moins, ma correspondance contientelle des directions qui pourraient être suivies avec succès 1. 1® Point de gratuité, sauf un certain nombre de bourses données par les villes , conformément à la 1(M, à des enfants de familles pauvres qui, dans l'école élémentaire, auraient montré une capacité particulière; une rétribution scolaire modérée, mais fort au-dessus de celle de l'école élémentaire; par conséquent, distinction bien tranchée de l'école intermédiaire d'avec l'école élémentaire, et en même temps moins de sacrifices imposés aux villes; 2» autoriser les écoles, renfermées sous le titre général d'instruction primaire supérieure à prendre le. nom d'écoles intermédiaires, comme les établissements compris sous le titre général d'instruction secondaire sont appelés collèges ; accorder un assez libre développe- X ment à ces écoles, selon les besoins et les ressources des localités, comme le dit la loi elle-
' Voyes le recueil même «le mes actes, p. 1-16,
166 HUIT MOIS AU MDnStÈEB
mémei afin qu'elles s'élèvent au-dessus des écdes élémentaires, et prennent le rang spécial qui leur appartient ; tout en leur maintenant le caractère d'instruction générale propre à tous les citoyens, quelle que soit plus tard leur vocation , admettre déjà dans ces écoles quelques annexes profession* nels, industriels, commerciaux, ce qui les sépare plus fortement encore de l'école élémentaire et du collège; 3o en général, fixer à trois ans l'étendue du cours, et s'appliquer à bien graduer l'enseignement de ces trois années; graduer même la rétribution scolaire suivant chacune de ces années; n'admettre dans l'école que d'après un examen constatant que l'élève possède à peu près l'instruction primaire élémentaire ^ établir des examens et des prix entre le passage d'une année à l'autre ; donner quelque solennité à ces distributions de prix; enfin, employer le plus possible pour l'enseignement les professeurs ou régents des colletés royaux ou communaux, avec une indemnité convenable pour traitement, ce qui est à la fi>is un moyen d'économie pour la ville et un élément de dignité pour l'école.
Je visitai moi-même l'école primaire supérieure de Paris, rue Neuve-Saint-Laurent, dans le sixième arrondissement, et un examen attentif me convainquit qu'elle pouvait servir de modèle à tous les établissements de cette sorte ; j'en en-
DE l'instruction pubuque. 167
vojai le prospectus , modifié dans un sens un peu pluâ universitaire» à toutes les académies du royaume ; je réclamai avec force auprès de la ville de Paris pour chaque arrondissement une école semblable» et j'obtins l'assurance que bientôt on essaierait d'en établir une nouvelle dans le onzième arrondissement* Avec l'école de Paris, celle de Gaen, autant que j'en puis juger par le rapport du digne recteur de cette académie, peut être proposée en exemple à toutes les villes du royaume.
Telle était l'œuvre à laquelle je m'étais attaché dans l'instruction primaire ; puisse un autre l'accomplir, et la France un jour posséder réellement une institution qui a fait tant de bien en Allemagne et en Hollande !
Mais je me hâte d'arriver à l'objet principal de mes efforts : le perfectionnement de l'instruction secondaire et de l'instruction supérieure. H ne s'agit plus ici de projets commencés et inachevés, mais de travaux conduits à leur fin.
Dans l'instruction secondaire, un but a sans cesse été devant mes yeux» la loi promise par la Charte» et si ardemment réclamée, sur la liberté de l'enseignement*
Je l'avais annoncée pour la prochaine cession à la chambre des pairs et à la chambre des députés. J'ai tenu ma parole en ce qui dépendait de moi. Je laisse une loi toute faite ; on la troutera dans le
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Recueil^, avec Tindicatioii des différences qui la séparent du projet présenté en 1837 par M. Guizot.
Le caractère commun de ces deux projets est le respect et le maintien du système entier de nos établissements publics d'instruction secondaire. Sans doute on peut, on doit, sur plus d'un point» modifier et perfectionner ce système; mais tout cela peut se faire par voie d'ordonnance royale ou d'arrêtés du conseil ou du ministre. Une loi n'est réclamée, n'est indispensable qu'en ce qui concerne les établissements privés. En eflfet, il s'agit d'un changement radical à apporter dans la législation existante des deux grands décrets de 1808 et de 1811 9 et ce changement ne peut avoir lieu que par une loi.
Voici quelle est aujourd'hui la condition légale des établissements particuliers d'instruction secondaire :
1^ Indépendamment des garanties morales et littéraires exigées de quiconque veut établir une école secondaire privée, une autorisation spéciale du ministre, accordée en Conseil royal, est nécessaire; cette autorisation doit être renouvelée quand le chef d'un établissement veut le transporter d'un lieu a un autre ; et elle peut être, retirée après une enquête administrative, et par une décision du conseil et du ministre, sans aucune intervention de
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DE l'instruction PUfiLIQUE. 169
la justice ordinaire du pays. Il est reconnu qu'un tel état de choses ne peut subsister^ que l'autorisation préalable doit être supprimée, qu'un jugement delà justice ordinaire du pays est nécessaire pour former un établissement existant, et que l'Etat, tuteur-né de l'éducation de la jeunesse, doit être satisfait des garanties littéraires et morales préalablement exigées, du droit permanent d'inspection et de celui de déférer aux tribunaux tout chef d'établissement suspect. Telles sont les dispositions de la loi de 1833sur les écoles primaires privées; elles ont paru s'appliquer convenablement aux établissements particuUers d'instruction secondaire.
2** D'après les deux décrets précités, tout étabUssement particulier doit conduire ses élèves au collège royal ou communal auprès duquel il se trouve; et à cette condition seule, ces élèves peuvent se présenter au baccalauréat ès-lettres qui est l'entrée de toutes les carrières libérales. Tous les jeunes gens sont donc obligés de fréquenter les écoles de l'Etat, il n'y a d'exception qu'en faveur des droits de la puissance paternelle : un certificat d'études faites dans la maison même du père de famille est seul admis en remplacement du certificat d'études faites au collège. Il est encore reconnu aujourd'hui que les droits de la puissance paternelle sont plus étendus, et qu'un père de fa-
170 HOTT MOIS AU BOinSTËRB
mille doit pouvoir faire ëtudier ses enfants dans tout établissement privée légalement autorisé , qui jouit de sa confiance^ sans que ses enfants soient tenus de suivre le collège ; et que par conséquent toutes les écoles privées sont aptes à préparer à l'examen du baccalauréat ès-lettres.
Cet examen, avec les garanties morales et littéraires, le droit d'inspection, et celui de déférer aux tribunaux, est la dernière ressource de la société, son dernier rempart, mais aussi un rempart invincible contre les établissements privés qui ne répondraient pas à leur mission ; car ils sont perdus, si les élèves qui en sortent, se présentant à l'examen du baccalauréat ès-lettres, n'y réussissent pas.
Là-dessus, tout le monde est à peu près d'accord. Mais voici où commencent les difficultés. Les écoles secondaires privées sont de deux sortes, à savoir, les écoles laïques et les écoles ecclésiastiques. D'après la législation impériale, ces deux sortes d'école étaient sous le même régime ; mais en 1814, une ordonnance royale, en opposition aux décrets de 1809 et de 1811, fit des écoles secondaires ecclésiastiques, auxquelles jusqu'alors s'appliquait le régime commun des écoles privées^ des établissements spéciaux qui, successivement, c^tinrent des privilèges et furent soumis à des conditions extraordinaires. Aux termes de la dernière
DB l'instruction PUBUQUE. |7|
ordonnance sur cette matière» la câèbre ordon-* nance de 1828, les écoles secondaires ecclésiastiques ou petits séminaires conservent le priyil^e inouï de n'être assujétis ni aux garanties littéraires et morales exigées de tout chef d'établissement se* condaire privé, ni même à l'inspection de l'État; et en même temps ils ne peuvent recevoir d'externes, ni préparer directement au baccalauréat ès-lettres, sur cette hypothèse que ces étabUssements sont principalement chargés de préparer des sujets pour les grands séminaires par une éducation appropriée. Ajoutez que les petits séminaires sont aussi exemptés de l'impôt appelé taxe universitaire. Cependant les petits séminaires se plaignent des entraves qui leur sont imposées ; les autres établissements privés se plaignent des privilèges accordés aux petits séminaires, privilèges qui rompent l'égalité et empêchent toute concurrence. Personne n'est content, tout le monde réclame. J'ai pensé que le seul remède était ici le retour à l'ancienne législation impériale, le rétabhssement du r^mc commun pour toutes les écoles secondaires privées. Dans l'instruction primaire, la loi ne distingue pas les écoles tenues par des laïques et celles qui sont dirigées par des ecclésiastiques, par exemple, les fî*ères de la doctrine chrétienne; pourquoi n'en serait-il pas de même dans l'instruction secondaire? Mêmes charges et
i7t H0IT UOH AU BIINISTÉRE
mêmes garanties : telle est la législation que je voulais ëublir avec les tempéraments convenables. Ainsi, pour les ecclésiastiques, les certificats de moralité pourraient être conférés par les supérieurs dans l'ordre ecclésiastique ; et en supposant que Ton conservât l'impôt universitaire, des remises de cet impôt auraient pu être accordées et répar^ ties par le ministre de l'instruction publique sur la proposition des évéques, d'après le nombre moyen des jeunes gens qui entrent chaque année dans les séminaires, afin que les écoles secondaires ecclésiastiques* pussent continuer de servir au recrutement du clergé.
C'est ainsi que j'aurais voulu fonder dans l'instruction secondaire, comme nous l'avons &it en 1833 dans l'instruction primaire, la liberté commune de l'enseignement» avec de communes ga-r ranties. J'étais parvenu à gagner à ce projet les membres les plus influents de l'une et de l'autre chambre. M. le comte de Tascher, dans plusieurs rapports sur des pétitions relatives à la liberté d'enseignement, avait présenté, d'accord avec moi, les mêmes vues, qui avaient obtenu les suffrages à peu près unanimes de la chambre des pairs. J'a-. vais consulté plusieurs ecclésiastiques éminents qui ont adhéré à ce projet, et Monseigneur l'archevêque actuel de Paris en avait approuvé l'esprit et même les principales dispositions, dans une
DE l'iNSTRUCTIOIT PUBLIQUE. 175
conversation que j'eus l'honneur d'avoir avec lui sur ce grave sujet. Je ne crois pas céder à une illusicm flatteuse envers moi-même, en menourrissant de l'espoir que ces pensées conciliatrices/ qui étendaient les droits de l'État en augmentant la liberté de tous^ eussent obtenu l'assentiment général et résolu d'une manière satisfaisante le problème compliqué de la l^itime liberté de Fenséi^ gnement.
Mais il ne faut pas se le dissimulei% l'établissement de la liberté d'enseignement est une innovation grave pour l'Université et pour la société tout entière. J'ose dire que, pendant les huit mois de mon ministère, je n'ai pas passé un seul jour, une seule heure sans préparer l'Université à cette crise redoutable, et sans prendre toutes les mesures qui pouvaient mettre les écoles publiques en état de soutenir la concurrence avec les écoles privées.
Deux sortes de mesures sont ici nécessaires ; V augmentation du nombre des collèges royaux ; 2"* perfectionnement de leur système d'études.
Quant au premier point, en 1837, la chambre des députés avait voté le principe d'un collège royal par département; j'avais moi-même rappelé ce principe à la chambre; j'avais déclaré à la commission du budget, avec son approbation unanime, que l'année prochaine, d'une main» je pré-
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sèmerais la loi sur la liberté de renseignement, et de l'autre» j'apporterais la demande de cinq nouveaux collèges royaux. Un collège royal avait été voté par la chambre en 1838 pour la ville de Saint-Etienne. J'ai repris les négociations entamées à ce sujets et à l'heure qu'il est, ce collège est en pleine activité, et sa prospérité naissante répond à mes efforts et à mes espérances. La chambre m'ayant accordé à moi-même un autre collège royal, dès le lendemain de la publication de la loi des dépenses^ je m'adressai à la ville d'A* lençon, et cette ville^ ayant éprouvé des difficultés pour satisfaire aux engagements qu'elle aurait dû contracter, je me suis adressé immédiatement à une autre ville, à Angouléme; et grâce à l'activité éclairée de M» le recteur de l'Académie de Bordeaux que j'envoyai sur les lieux, je suis parvenu à réaliser en quelques mois le collège royal vote par la chambre, de teUe sorte que j'eusse pu lui présenter les résultats déjà obtenus ^ à l'appui des nouveaux sacrifices que je lui aurais demandés.
Voici maintenant dans leur ordre d'importance et dans leur enchaînement logique les diverses mesures que j^avais cru devoir prendre dans l'intérêt de l'enseignement national.
La première de toutes, la plus indispensable, était la réforme du baccalauréat ès-lettres. Au mo-
*■ Recueil, etc., page 303.
DE L INSTRtJGTIOlf PUBUQTTE. 175
ment où vous émancipez toutes les institutions privées et leur donnez le droit de préparer à Texatnen du baccalauréat, votre premier devoir est d'élever et de constituer sérieusement cet examen . D est le terme des études, il les résume, il les juge ; il est le passage du collège à F instruction supérieure et à la société. Il faut que nul ne puisse iranchir ce passage sans justifier d'une capacité sufiîsante. D'abord l'épreuve du baccalauréat doit être uniforme d'un bout de la France à l'autre. Jusqu'ici, excepté pour la philosophie, les matières étaient différentes dans toutes les académies. J'ai rendu l'examen absolument le même partout, et je l'ai à la fois simplifié et fortifié. Je l'ai fortifié en y introduisant une composition, une version latine où chaque candidat doit montrer qu'il sait le latin et surtout le finançais, qu'il sait au moins l'écrire correctement; je l'ai simplifié en retranchant une foule de détails littéraires, historiques et géographiques, où triomphait la mémoire, où périssait l'intelligence : or, c'est l'intelligence qu'il s'agit de former; l'instruction elle-même n'est qu'un moyen, l'éducation de l'intelligence est le but. Une épreuve nouvelle a été introduite, l'explication grammaticale et littéraire des classiques français. Enfin, pour qu'on ne pût accuser de partialité les jugements des commissions d'examen, il a été prescrit que dans toutes les acadé-
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mies où il n'y aurait pas de facultës des lettres, l'examen eût lieu non plus dans Tenceinte du collège^ mais en public, dans le bâtiment même de r Académie» et encore que les censeurs et les proviseurs ne fissent plus partie de ces commissions. Ainsi constituée, l'épreuve du baccalauréat acquiert une autorité incontestée, et elle protège efficacement la société contre les vices ou les n^ligences de l'éducation privée ^
Mais la réforme du baccalam*éat ès-lettres eût été un contre-sens si elle ne se fût appuyée sur la sérieuse entreprise d'améliorer l'intérieur de nos collèges, et d'en faire de plus en plus des établissements modèles placés au-dessus de toute rivalité par la force des maîtres, la sévérité de la discipline et l'excellence du système d'études.
La division de l'agrégation dessciencçs, jusqu'ici unique, en deux agrégations distinctes, l'une pour les sciences mathématiques , l'autre pour les sciences physiques et naturelles, est un perfectionnement considérable apporté à l'enseignement scientifique. Quand je n'aurais pas fait autre chose pour les sciences, je croirais encore les avoir bien servies *. La nécessité pour se présenter . à chacune de ces agrégations de justifier du double brevet de licencié ès-sciences mathématiques et ès-sciences physiques, maintient cette généraUté
* Recueil, etc., pages 51 -1U. — « Page 45.
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de connaissance indispensable à tout véritable savant; et en même temps la distinction de deux ordres d'agrégation suscite des vocations spéciales, crée des professeurs plus profondément instruits et capables de donner un enseignement plus solide. Par là encore les sciences naturelles^ qui jusqu'ici n'avaient obtenu aucune place dans l'agrégation, y sont convenablement représentées, et leur enseignement si négligé acquiert une juste importance de la qualité même de ceux qui désormais en seront chargés, et qui devront avoir passé aussi, comme tous les autres professeurs des collèges, par un concours d'agrégation. Cela m'a permis d'introduire enfin à l'école normale le sérieux enseignement des sciences naturelles et d'établir dans la section des sciences deux divisions correspondantes aux deux nouveaux ordres d'agrégation . Ce perfectionnement est, je crois, le dernier que pût recevoir encore cette grande école 5, dont je m'honore d'être sorti, à laquelle j'ai si longtemps consacré mes soins, et qui désormais n'a plus besoin que d'un bâtiment digne d'elle, parfaitement approprié à son usage : ce bâtiment, j'en avais moi-même arrêté le plan à l'aide d'un habile architecte, et je regrette de n'avoir pu le présenter aux chambres et donner a l'école nor-
i Recueil, page Ll»
' Voyez l'ouvrage intitule ÉeoU normale^ 1 vol. ia-8(». Paris, 1837.
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maie ce dernier gage du profond iiité:)ét qus je w cesserai de lui porter ^.
f)n même temps que je prëpapais de bpns prQ« fesseurs à renseignement des soi^nf^es mtasài^t }e constituais cet enseignement ju^qucrlà si dir vers, si arbitraire | tantôt trop faibloi tantât irog fort ; ici, à Paris, aunej:ë à la sixième ; 1^» à d0« classes très-diffërentes. L'anoien proçrammfi ayait soulevé d'unanimes réclamations* Gr^ce au¥ cQil-ï seils qpie m'ont donnés deux honorables meml^res de l'Académie des sciences; M. Beudantyinspeeteui général des études, et M. Milne Edwards, profes«? seur suppléant d'histoire naturelle à la fficulté dss sciences de Paris, j'ai pu rédiger un programmif qui détermine le véritable but de l'enseigaerneot des sciences naturelles dans les collèges, lui donna son vrai caractère et en fixe le planf^. Mais upe M$ cet enseignement bien constitué, avec le oacac^r^ général et philosophique qui lui appartient, il était impossible de le placer en sixième { j^ai dâ le mettre à sa véritable place, dafis li( premièrf année de philosophie, entre les cours d^ physique et de philosophie qu'il soytient et qui |q com* plétent •
Ceci me conduit naturellement au sesvioe la plus effectif que je crois avoir rendu à la iaif k
i Cest le plan rëcemment présenté aux chaml^cf . S Pagea %7M.
DE l'instruction PUBLIQUE. 179
renseignement scientifique et à renseignement littéraire : je veux parler du nouveau règlement des études •
(De nouveau règlement n'est pas autre chose que le retour, avec quelques perfectionnements, au plan d'étude des lycées de FEmpire, qui luimême était la pratique perfectionnée des anciens collèges de TUniv^rsité de Paris. Depuis^ il avait été Introduit diverses innovations, perpétuellement changeantes et chaque année modifiées, sans avoir encore pu satisfaire personne, dans le but d'entremêler l'enseignement des sciences et celui des lettres, depuis le commencement jusqu'à la fin des études. Le dernier essai joint l'histoire naturelle à la sixième, l'arithmétique et la géométrie à la cinquième, à la quatrième et à la troisième, la chimie à la seconde, la cosmographie à la rhétorique, etc., en donnant à cet enseignement additionnel le moins de temps possible. Il ne produisait donc aucun fi:uit, et n'excitait qu'un très-mé- 4iocre intérêt de la part des maîtres et de la part des élèves ; et ce peu de temps accordé aux sciences et qui np leur servait à rien, était un dommage considérable pour l'enseignement des lettres auquel il avait ^té retranché. Je ne prétends pas que ce i^élange n'eût quelques avantages accessoires; mais en tout ce n'est pas l'accessoire, c'est le prin-
i Pages 1 7-26.
cipal qu'il faut considérer ; et le principal ici, c'est l'immense inconvénient de tout mêler dans la tête des jeunes gens^ et d'énerver leurs forces en les disséminant sur un trop grand nombre d'objets disparates. Quel est le but du collège? Ce n'est pas de donner une certaine dose d'instruction. Non ; le but du collée est plus élevé : ce n'est pas moins y je l'ai déjà dit, que l'éducation de Tintelligence , à Taide d^enseignements divers, convenablement répartis selon les forces et les besoins de chaque âge. De là cette grande maxime^ qui sort et de la connaissance de l'esprit humain et de l'expérience universelle : que les lettres doivent venir avant les sciences, dans l'intérêt des unes et des autres, et dans l'intérêt commun de la bonne et solide culture de l'intelligence. Quand, les lettres, par l'enseignement des langues et de l'histoire^ ont cultivé à la lois et l'esprit et le cœur et l'imagination, quand elles ont formé l'homme,; c'est aux sciences à l'achever en donnant la main à la philosophie ; je parle des sciences prises au sérieux : car tout enseignement qui n'est pas sérieux n'est pas seulement inutile, mais dangereux; il amoUit et efféminé l'esprit ; il est un mauvais apprentissage de la vie; il donne ce préjugé qu'avec peu de peine on peut apprendre quelque chose, ce qui est radicalement faux. Voilà pourquoi j'ai supprimé
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depuis la sixième jusqu'à la rhétorique tous ces petits et légers enseignements d'histoire naturelle, de chimie et de géométrie, et je les ai réunis et placés après la rhétorique dans l'année de philosophie, selon la pratique universelle en France jusqu'en 1789, et selon le plan d'études-de l'Empire, tel qu'il était suivi de mon temps. Cependant j'ai laissé la faculté d'étabUr des conférences libres de mathématiques depuis la sixième jusqu'à la rhétorique, pour le petit nombre de nos élèves qui n'ont pas en vue le baccalauréat ès-lettres; c'est-à-dire l'éducation complète et régulière du collège, mais les écoles spéciales, militaires et autres, et qui, par conséquent, ne font d'ordinaire ni rhétorique ni philosophie, et ont besoin d'une culture scientifique particulière avant d'arrivei* à l'enseignement approfondi des sciences qui commence à la fin de la rhétorique. Suit qui veut ces conférences préparatoires ; elles ne sont imposées à personne, et ne déforment pas le plan général des études fondé sur la nature même des choses, sur l'expérience à la fois et sur une haute philosophie. Par ce nouveau règlement d'études, je crois avoir donné une nouvelle preuve de ma haute estime pour l'enseignement des sciences, et en particulier des sciences mathématiques. Sans doute, mes propres réflexions et le profond sentiment de la dignité des sciences m'avaient depuis longtemps
18t HUIT MOIS àXJ MUnSltRE
conduit à ce résultat; mais je m'y suis d'autant plus attaché que j'ai vu mes principes confirmés par l'imposante autorité de celui d^s membres du conseil royal qui est chargé de la direction des études mathématiques. M» Poinsot» ancien inspecteur général des études, membre de l'Aca* demie des sciences» et que la voix publique proclame comme l'un des mathématiciens les plus habiles de la France et de l'Europe*
En même temps que je m'efforçais dé fottifier ainsi l'enseignement des lettres et des sciences^ j'isii voulu fonder d'une manière sérieuse belui dés langues vivahtes. Je leur ai donné trois années consécutives, à partir de l'âge où l'esprit, déjà formé par une certaine connaissance des langues anciennes, est apte à avancer rapidement dans l'étude plus facile des langues modernes. Je leur ai donné trois années, il est vrai, aveô une seule leçon par semaine, mais aVec une leçon de deux heures, qu'il serait mieux peut-être de diviser en deux leçons d'une heure chacune; j'ai moi-même tracé dans une circulaire le plan que doit suivre pendant ces trois années le maître chargé de cet enseignement ^.
Mais que pourraient produire ces améliorations si les élèves auxquels elles s'adressent en définitive peuvent manquer imj^unément d'attention et de
1 Pa^e Sa.
DB Ë'ilfBTATTGTION PUMiIQUE. 16S
$éle, et éélix-là éurtout qui tieineht de la mimifieeneè nationale le bienfail de l'instructioiiy et qui^ à ee titre^ déviaient toujours être les modèles de leurs camarades? J'ai donc prescrit qu'aucune prolnotion de bàurée ne peut être accordée que isur des preuves de travail et de capacité aux élèves qui seraient portes d'après l'ensemble de leurs notes ktir la liste d'avancement ; car si les demi-bourseè doivent être données au mérite de là famille, toute promotion doit être le prix du mérite personnel de l'élève* J'ai voulu aussi que nul ne pût passet dans uiie classe supérieure sans avoir prouvé qu'il est en état de la suivre avec fruit, mesure décisive quU bien exéeutée^ avec un juste tempérament de sévérité et d'indulgence^ doit, après quelques années d'épreuves, délivrer nos collèges de cette foule de mauvais élèves , retardataires ihcorrigi* falës, qui âtôistent aux leçons dii professeur sans les comprendre! trompent leurs familles en se ixainant aihsî de classe en classe jusqu'à la fin de leurs ëtùdes) et vont encombrer les carrières distinguées db caddidats incapables ^è
J'ose dire que cet ensemble de mesures, toutes ehdpruntées à l'expérience et d'un succès infaillible^ si on veut y tenir la main, devait assurer à nds collèges une prépondérance incontestable dans la vaste concurrence qu'allait ouvrir l'éman-
i Pages Z^-U,
cipation de Tinstruction secondaire. C'est après avoir ainsi armé Tuniversité, que j'aurais sans crainte présenté la loi sur la liberté de renseignement*
D'ailleurs, je m'empresse de le reconnaître : toutes les réformes organiques sont vaines sans une administration vigilante y conduisant habir lement ou expédiant avec rapidité les affaires, et surtout attentive au cboix des hommes ; car, on ne saurait trop le redire, dans l'Université les hommes sont tout. C'est au choix des hommes que je me suis particulièrement appliqué. J'ai fait des conseillers, des inspecteurs généraux, des proviseurs, des censeurs, des professeurs de tout. ordre, et on a bien voulu remarquer que, dans aucune circonstance, je n'ai fait plier l'intérêt universitaire devant des considérations politiques; que, sourd à toutes les sollicitations, de quelque côté qu'elles partissent, j'ai toujours été chercher l'homme le plus capable, d'abord par justice, pour honorer le mérite et dans l'intérêt du service, ensuite parce que, dans un corps où tous les membres se connaissent, les choix sont un enseignement, pour le corps entier ; et grâce à cet enseignement, le plus clair de tous, quinze jours après mon entrée aux affaires, je n'ai plus reçu que des demandes suffisamment autorisées i.
' Pages 375 385.
DE l'instruction PUBLIQUE. 185
Mais 9 dans l'instruction supérieure, la meil^^ leure administration ne pourrait suppléer aux vices de l'organisation; et, il faut le dire, autant l'instruction secondaire est admirablement constituée en France, autant l'instruction supérieure laisse encore à désirer, j'entends pour l'organisation. Les facultés confèrent des grades, c'est là leur principale mission, et elles la remplissent d'une manière satisfaisante, avec zélé et avec équité. Mais le nombre des facultés dans les dif;^ férents ordres est arbitraire , et leur répartition sur les divers points du territoire n'est réglée par au^ cun principe. Le mode de nomination des profes^ seurs est divers dans les différentes facultés, et il est très^ justement attaqué. Il n'y a aucune émulation parmi les étudiants. En un mot, sans renouveler ni multiplier des critiques qui ont été cent fois faites, je rappellerai que moi-même, dans mes ouvrages sur l'instruction publique en Allemagne et en Holla^de, j'avais signalé le mal et indiqué le remède. Après cela, étais^je donc reçu à ne rien faire , et à ne point exécuter moimême, comme ministre, ce que j'avais tant recommandé comme conseiller et comme écrivain? Voilà ma réponse aux personnes , même bienveillantes, qui, un peu étrangères a ces matières, se sont étonnées du grand, nombre d'ordonnances et de règlements que j'ai publiés en si peu de temps
IM MIT itôtf Atr iiitrtttÊfts
sttir rinrftructioii supérieure; Si )*ai ëttf si ^ite^ ë'est, tacore une foig> ^u'en arriTam aux afiaires^ j*avais uu but, un |)kn, des desseins tout arrêtés; c'est ^ue je savais aussi que le temps m'était mè-^ SUré» ^Ue les ministères durent peu^ et ijue si je ne mettais mbi-méme tottrageusement et prbmp^ tément la main à l'œuvre ^ des pensées miles, longtemps mùHeS dans taàh esprit ; couraient le risqué d'jr mourit». Je he prendrai qu'tin Sfeul exemple, celui des écoles de droit. Deptiis longtemps il n'y à qu'Un cri isur Ifes vices de l'enseignement dû di*bit parmi nohs ; et polirtaht ^ qui à commence là mbindt-e réforme? Du moin*, ai- je felt le premier paS; Mais j'ai ddhhé M. Rossi ad conseil rëyàl; e'ëSt à lul de poursuivre et d'aelrei^et la réformé qUë j'avais entrëjprise et que j'ai à peine eomméncée eh ce qui Irégàrdé les écoles de diroit;
Et lluis bii n'a pas riemarqUé que ee grand bbmbre d'btdbnnances , de règlemehts et d'atrétéS y né sont que léà diverses faces de deUX bù troil idées. Les brdohiiàilceS royàleS pbsàiènt lés pritl* cijpes i les t*èglemënts entraient dânS tbUtéS lës (iis^ positions particulière^ de là matière «, et léS arrêta mimiitériéls eiécùtàient. Je n'ai pas pbsé dans Uldë ^ddimanté un seul pHUcipè qui il» séil aitjliûrd'Mi ëh plëihè éxéeiitibh.
Voici léS prifacipàlés idéeS généi^éS aUiqtiélléS
éh peut rapporter \bv& mes àéteS irèlàtift K Tihitruction supërieùre*
1"* Gonfdrinément à tout ce ^ae j'àVaift dit êi répété dans mes ouvrages ^ je hié {)tt>posaiâ de sub^ stituer peu à peu aux facukés idolée^ ^ é|iàrpill^e^ et languissantes sur iuie multitude die jpoiiits ^ lid système de grands cetltres ëciéntifiqueë où toutes les fdcultés fussent réimieS s seloU là {)i'âtiquè dii monde eiltien Oùi\ je ne le tAthIé pk^, si j'adhiiré l^rofbndément VtiïAhi de k l^raiice i je hé icroiè |ias qùie bette {^tëeiëu^é Uiiitë fut en péril pâk*cè iju'il f atitait de la vie ailleurs qu'à Paris. ÏPour me borner à l'instruction publique , je suis coii-^ taiilbU qu'il est j[)ossible d'établir dans Uii certaiâ nombre de villes des foyers de lumièrfes qui, éb projetant leurs rayons autoiir d'eux, éclaii-eraieht et vitifieraient de grandes province^ au f^tofit de la i[*itilisatidn de k France entière. Par eiéinplë; j'ai voulu faire une sorte d'université bretonne à Rennes ^* Il y avait déjà à Rennes une faculté dfe droit et une faculté deis lettrés ; j'ai demandé & là dbambré des députés les fonda nécessaires poiir f ëiàblit* encët-é uiie faculté dèà Sciences fet iirié faculté dé médecine pour toiis léë départekhéhté dé rOubst. Ijbl cibambre a voté sàhè difficulté la fa^ ciilté des sciences, et je n'ai pà» perdd de tempi pour l'établir let k tbnstitùëf fbrtetnent àviec tili
* Pages i72 sq<J.
personnel d'ëlite. Le projet d'une faculté de médecine n'a pu être discuté , et je l'aurais reproduit à cette session. Je me serais présenté à la chambre des députés appuyé,d'une part, sur Tordonnancedu 13 octobre 1840 qui constitue solidement les écoles secondaires de médecine qu'on n'aurait pu m'accuser de vouloir détruire ; de l'autre , sur les vœux hautement exprimés de la Bretagne tout entière , excepté la ville de Nantes. La chambre des pairs ^ par l'organe de M. de Gérando, s'était prononcée nettement à cet égard ; elle réclamait , le plus tôt possible f une faculté de médecine à Rennes ; et nous aurions vu si , à la chambre des députés , de petits intérêts de localité l'eussent emporté sur des vues nationales y sur l'expérience universelle, sur l'opinion de la chambre des pairs , et sur les besoins de toute la Bretagne* En tout cas , la chambre aurait dû se charger elle-même de la responsabihté du rejet de cette loi; car je n'aurais pas hésité à la lui' présenter. J'espère qu'au moins l'école secondaire de médecine de Rennes se ranimera dans l'atmosphère scientifique que va lui créer la faculté des sciences, et qu'ainsi il y aura dans cette capitale intellectuelle de la Bretagne , avec un des meilleurs collèges du royaume et une grande école normale primaire, quatre belles écoles de droit , de lettres , de sciences et de médecine , où viendront se former tout ce qu'il y a
DE L*INSTRUCTI0N PUBUQUE. 489
en Bretagne de jeunes et nobles esprits aspirant a se distinguer. Il ne faut pas craindre les foules ; c'est des foules que sortent les hommes supérieurs , parce que dans les foules seules il y a de Tardeur, de l'émulation, de la vie. Quatre départements de la Bretagne sur cinq ont voté des sacrifices pour la future école de médecine qu'un projet de loi une fois présenté leur a promise. La ville de Rennes a contracté l'engagement de consacrer un grand bâtiment académique aux facultés réunies. Avant de quitter le ministère, j'ai fait un envoi considérable de livres précieux pour la bibliothèque de ces facultés, et en particulier, pour la nouvelle faculté des sciences. A ma prière, mon honorable ami , M. de Rémusat j ministre de Tintérieur , avait commandé un buste de Descartes, le plus illustre enfant de la Bretagne, pour la nouvelle faculté des sciences de Rennes, et j'avais promis aux députés de la Bretagne, je m'étais promis à moi-même d'aller à Rennes inaugurer l'établissement d'une université bretonne. Du moins les fondements de cette université sont posés ; le temps, j'espère, fera le reste.
Ce que j'ai presque accompli à Rennes pour la Bretagne, je l'avais tenté à Caen pour la Normandie. Gaen est évidemment la capitale intellectuelle de la Normandie. H y a eu là, autrefois, une université qui a compté des hommes de beaucoup de
Ifp HUIT ^0U AU lONISTtell
fiévhe; i\ s^aitiaçik d'y rétablir un ci^m mQUr yemeat $piep^Qq^e et ?urtQi^t litt^s^irfi, H y a uçtî façuHé de 4roit , ^pe facuHé dp|> lenreii , une i^cvi\té des $cienpe9 , ft^e épq|e seppnd^ire de lïi Al^ piop ^)ie rordonqance d^ 13 pctqlire 1I|4Q va d^yelopper encore* Mpn desseiii était d'y tran$r porter \^ faci^tf de tbéfiîpgie 4p R^MW. I^'ordapi^anci^ de translation existe, signée pac le rqi. Uf)^ faculté de rhéologie à Rouen est un gprn^e st^ile* Elle est isolée ; elle fie s'appuie point gur unç fitçulté de^ lettrps. Roppn es^ une a^dmirablq yiUp dç cop[imerce| mai^ puUei4ep^ une ville d'études, encore I)ien pioin9 4^^ti)^es ecclésiastiques* Auw cette faculté n'^-t^Ue jamais produit aucun résuitat. El}e e^t eptièrei^pnt igporép, pt p'est presque en youlai^t la déplacer qup j'ai appris aux habir tants de lipuen son ei^istpuce* Iiea. cours ne 9e foi^t pas^ Varcheyéque y est contraire; le dpyen m'a*yait spontanéuiept enyoyé sa démissiqn^ A la let*trpj je Tai trou^Y^e mpr^e; j'^ vpulti l^ recréer cp la transportant sii|leurs. J'ai o^ert à Rquen, au lieu de cette faculté insignifiante , une grande école intermédiaire que la loi impose à la vil)e et qui lui serait d'pup ^V^t^ incpntesiable. Au contraire y Csf en pst une yille ou uup faculté de théologie seyait p^rfaitpment bien placée par les dispositions générales et l'esprit du pays , où la piété est en très-grand i^.Qpue|*r, à c^u^p ^u^çi d» voisinage
OB L^IMffrtUGTIOH BUBtIQUE. 191
des trois autres facultés qui fourairajent un mtt guifique auditqire à des prédicateurs de ir^gioii éloquents et instruits, comme déjà je les awaif trouTés, Le recteur de FAcadémie. M.. Tabbë
Daniel, avait pris à cœur cette a£Paire, et pqrsQuae n'était plus propre que lui à la négocier habile^ ment. Je fais des vœux pour qu'elle réussissp ; ce serait i|n grand avantage pour |a Normandie tout entière qui auraif; aussi son université.
Successivement j'aurais ^insi essayé d'établiv dans le cœur de chacune des grandes régions de la France plu^ieiirs Facultés^ liées entre elles^ se soutenant et s'animant l'une l^autre, mettant en commuQ leur bibliothèque, leurs élèves, leurs Iut mières.
^ Mais la base d^un tel systènie est Finstitution des agrégés de Facultés en possession exclusive de suppléer les professeurs empêchés et ayant le droit de faire des cours libres dans l'auditoire même de la Faculté, avec l'assentiment du doyen et du fninistre. Les agrégés, voilà Félément de vie pour une Faculté ^. J'ai emprunté cette grande institution, d'abord à nos Facultés de médecine, ensuite à la pratique de FAUemagne, où elle donne les plus admirables résultats ^. Elle existait même, jusqu^à
1 Recueil, pages 126-21 6.
s Ht Vlnttruetûm publique dam quelques payt de VÀUemagm^ t \, pÉgeslOO-102, 118, 172-175. De l^fmttrueiitm f^4qu$ m MolUmêê^ pages 73, SI 0.
192 HUIT MOIS AU BflNISTÈRE
un certain pomt, dans les Facultés de droit; car les suppléants sont de vrais agrégés ; il n^y avait plus qu'à leur conférer le droit de faire des cours complémentaires. J'ai l'honneur de l'avoir introduite pour la première fois dans les Facultés des lettres et dans les Facultés des sciences. Je ne me suis pas contenté de mettre cette institution dans une ordonnance : j'ai réalisé l'ordonnance par des règlements^ et ces règlements, je les ai exécutés immédiatement. De grands concours se sont ouverts à Paris, à la Sorbonne, pour les sciences mathématiques, pour les sciences physiques, pour les sciences naturelles, pour les lettres -pour la philosophie, pour l'histoire. De tous les points de la France s'y sont présentés de nombreux candidats, l'élite des agrégés de collège, la fleur de l'Université. Ces concours ont été présidés par les hommes les plus éminents, tous membres de l'Institut et hauts fonctionnaires de l'instruction publique. L'éclat de ces concours a converti les plus incrédules, et la nouvelle institution a été fondée à son^début par ses succès mêmes. Douze agrégés pour les Facultés des lettres et des sciences ont été nommés cette année : ils sont aujourd'hui en exercice à Paris et en province. De leur côté, les agrégés des Facultés de droit ont demandé et obtenu la permission de faire des cours complémentaires sur des points importants . et négligés de la
DE l'instruction PUBLIQUE.' 193
science juridique. Si donc on sait se servir de cette institution, elle rendra en France les mêmes services qu en Allemagne : elle vivifiera continuellenâent l'enseignement supérieur. Car il ne faut pas^ s'y tromper : pour l'enseignement comme pour la guerre, ne comptez que sur la jeunesse. Au bout de quinze ou vingt ans d'enseignement, j'entends d'un enseignement assidu et un peu éclatant, un homme est usé. Il peut avoir son mérite et son utilité encore, mais il n'a plus le feu sacré. Il faut donc toujours, auprès d'une fiiculté, un certain nombre de jeunes gens pleins d'ardeur et même d'ambition , qui représentent le mouvement comme les vieux professeurs représentent la stabi-, lité. Ces deux éléments sont également nécessaires dans une faculté comme ailleurs. Les agrégés ne sont pas faits, il est vrai, pour l'agrément des vieux professeurs, qui redoutent de jeunes rivaux ; mais ces jeunes rivaux mûriront avec l'âge,^ et feront à leur tour des titulaires pleins d'autorité. Os donnent d'abord à la jeunesse une vive impulsion, en attendant qu'ils aient acquis le droit de la contenir.
Un des résultats futurs de l'institution des agrégés de facultés nommés d'après un concours public, sera la suppression du concours pour les professeurs titulaires dans les deux facultés de
droit et de médecine. Cette suppression, que j'ai
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moi-même demandée ^^ qui a été réclaâiée p^f tous les esprits impartiaux, ëtait arrêtée dans ipd pensée ; mais je ne pouvais gu^e la réaliser que par une loi, et cette loi, je ne pouvais la présen- *ter aux chambres qu'après que l'agrégatioa aurait acquis toute la popularité qu'elle mérite : alors il eût été évident que le ministrci qui avait établi spontanément les concours de Tagrégation , ne voulait pas supprimer ceux du titûlariat en haine des concours en général* Les concours sont admirables pour la jeunesse; ils ne conviennent point pour l'âge mûr, et il faut qu'un titulaire ait déjà un certain âge et une belle renommée. Les renommées fuient les concours qui leur paraissent au^desSôuà d'elles : elles ne sont pas tentées de comparaître un peu en suppliantes devant un tribunal composé de juges où elles n'aperçoivent pas toujours des égaux, encore moins des supérieurs* Il ne faut pas non plus qu'une faculté se recrute elle'-méme sans aucun contrôle; car, supposez une majorité composée une fois ou de gens de parti ou de gens médiocres, on ne sait jusqu'où les choix pourront s'abaisser ou s'égarer ; tandis qu'uiie présentation de la faculté, balancée par une autre présentation, celle d'une académie de l'Institut, par exemple, en laissant au choix du ministre une
^ De l'Instruction publique dans quelques pays de l'Allemagne , t. I , p. 119-173 sqq. — De Vlnstruelion publique en Bollandéy p. 93 sqq.
DE l'instruction pubuqub. 495
certaipe latitude, nécessaire fondement de sa responsabilité , est infiniment plus favorable aux grandes candidatures.
3** Si l'institution des agrégés anime l'enseignement, celle des prix de facultés anime les études. Ici encore j'ai été guidé par l'exemple des écoles de médecine et par la pratique de l'Allemagne confirmée par celle de la Hollande ^. Déjà même (Jeux ficuités de droit, celles d' Aix et de Poitiers, avaient fondé quelques prix dont la libéralité des conseils des départements faisaient les (rais. De ces précédents isolés, j'ai tiré une institution générale pour toutes les facultés de cboit du royaume; et cette institution, mise immédiatement à exécution, a. produit d'abord les meilleurs fruits. La distribution de ces prix s'est faite partout avec une solennité utile ^. Grâce à la pieuse munificence d'une mère admirable ^, les prix de la Faculté de Paris sont dignes de faire naître de sérieux travaux. Si dès la première année nous avon^s eu de si beaux résultats^ que ne faut-il pas attendre de Favenir? Les jeunes gens qui rempor-^ teront les prix à la licence seront attirés aux exa-
^ Z>0 l'Inêtruction ptiblique en Allemagne, t. I , p. 113, 119. — JD# l' Instrttetion publique en Hollande, p. SI 9.
* Lisez, dans le Journal de V Instruction publique, les rapports sur les concours dés étudiants dans les diverses Facultés de droit.
' Madame de Beaumont, p. 2^5-^51.
mens du doctorat, puisque cet examen et les inscriptions qui y donnent accès ne leur coûteront rien. Une fois docteurs, ils songeront naturellement à se présenter au concours pour les prix du doctorat. Voilà donc plusieurs années de solide travail ménagées à la jeunesse. Ajoutez que^ pour autoriser davantage cette utile innovation , M. le ministre de la justice et M. le ministre des finances ont établi de sages privilèges en faveur des lauréats des écoles de droit; de sorte que cette institution , qui est d'hier , semble aujourd'hui presque consacrée ^.
Les prix; dans les facultés des lettres et des sciences, sont des remises de frais assez considérables d'examens et d'inscriptions pour les candidats qui se distinguent dans les concours de licence et dans les épreuves du doctorat «.
Je n'insisterai pas sur quelques autres mesures qui se lient à celle-là. Ainsi, puisque la licence et le doctorat ès-lettrcs tirent une nouvelle importance des récompenses qui y sont affectées, il fallait d'autant plus volontiers constituer convenablement ces deux épreuves et en surveiller les résultats* De là le devoir imposé à toutes les facultés des sciences et des lettres d'adresser au ministre un rapport sur les épreuves du doctorat et de la licence, et l'examen de ces rapports en con-
« Recueil, pages 2f 7 229. — « Pages 230-233.
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seil royal, ce qui souvent donne lieu à des observations du conseil qui, adressées aux facultés, servent à exciter leur zèle et leur juste sévérité ^. Lia même règle a été appliquée au doctorat en droit*. Pour tous ces examens, l'usage de la langue latine a été aboli, même pour les exercices relatifs au droit romain ^. Enfin, un cours d'introduction générale à l'étude du droit a été établi dans toutes les écoles pour les élèves de première année, à Paris, par une cbaire spéciale, ailleurs, soit par des cours complémentaires faits par des agrégés, soit par un certain nombre de leçons préparatoires placées au début du cours de droit civil ^
Pour la médecine, je crois l'avoir servie en assurant, par des privilèges modérés, l'avenir des écoles secondaires de médecine qui forment le premier degré de l'enseignement médical, en faisant entrer les écoles de pharmacie dans le cadre universitaire, et en donnant à ces écoles une organisation commune qui répond à l'importance de leur objet. Ces deux ordonnances ont prouvé au corps médical ce que j'aurais osé faire si une plus longue durée m'eût été donnée ^.
Il me reste à dire un mot de cette partie du ministère de l'instruction publique qui comprend les
t Pages 234 , 239-244. — « Page 2G3. — ' Pages 254-257. — * Pages 258-263. — » Pages 312-339.
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ëtablissements littéraires et scientifiques placés en dehors de l'Université proprement dite, et l'emploi des fonds consacrés à l'encouragement des sciences et des lettres.
n n'y a qu'un seul moyen d'être utile à l'Institut de France, c'est de lui fournir l'occasion de s'honorer par de nouveaux services. La révolution de juillet avait rétabU l'Académie des sciences morales et politiques, supprimée en 1803; pour achever ce grand acte de réparation, auquel je suis fier d'avoir concouru, j'ai voulu mettre la nouvelle académie au niveau dfi toutes les autres, en la chargeant d'écrire l'histoire des sciences qui forment son domaine depuis 1789, comme chacune des académies de l'Institut l'avait fait pour les sciences diverses qui leur sont confiées * L'Académie a noblement répondu à cet appel ; déjà les travaux des dififérentes sections sont commencés, et je me flatte que l'ordonnance du âO'rmars 1840 fera naître un ouvrage digne d'être placé à côté des beaux rapports de Dacier, de Delambre et de Cuvier, une grande page de l'histoire de l'esprit humain dans une de ses époques les plus agitées et les plus fécondes ^ . '
Quand je suis venu demander à la chambre des députés un modeste crédit de 5,000 francs pour la création d'une chaire nouvelle au collée de
1 Pages 351-359.
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France, consacrée à l'enseignement de la langue et de la littérature slave, je rencontrai des objections de plus d'un genre ^. Où sont-elles aujour^ d'hui, devant le savant et brillant enseignement de M. Mickiewits? En donnant à là France une chaire de slave et M. Mickiewitz, je crois avoir rendu à la France et aux lettres un double service. Mon dessein, je ne le dissimule pas, et M. de Gërando, à la chamlnre des pairs, m'a déjà un peu trahi, mon dessein était de demander à la session prochaine , un nouveau crédit de 5,000 francs pour établir à ce même collège de Franoe une chaire de langue et de littératm^e germanique; et je n'étais pas sans espérance de séduire M. Grimm, comme j'avais fait M. Mickiewitz ^*
Pour les souscriptions , ma règle a été bien simple : n'en accorder sous aucun prétexte qu'à des ouvrages sérieux , honorables au pays , onéreux à leurs auteurs. On peut voir dans ce recueil la Uste des ouvrages auxquels j'ai appliqué les souscriptions du gouvernement ®.
Les encouragements aux savants et aux gens de lettres se divisent en deux classes : les simples secours une fois donnés, et les indemnités qui autre* fois s'appelaient indemnités annuelles, et qu'on
1 Pages 26S-27S, 281 sqq.
* Rapport de M. de Gérando, p. S83 sqq.
t Pages 360-362.
appelle aujourd'hui indemnités éventuelles , de peur de leur donner le caractère de pension, quoiqu'elles se renouvellent ordinairement, sauf des cas très-rares. J'ai suivi la vraie maxime en cette matière, celle qu'avait rappelée l'honorable rapporteur du budget à la chambre des pairs, M. d'Audiffret : moins de secours, et plus d'indemnités sérieuses pour des titres sérieux. J'ai repoussé l'idée de détruire arbitrairement ce qu'avaient fait mes prédécesseurs et de porter le deuil ou l'effroi dans l'àme de tant de personnes estimables en les frappant subitement , parce qu'elles n'avaient peut-être pas toute l'illustration ou toute la misère requise; j'aurais reçu cet ordre que je ne l'aurais pas exécuté, je le déclare ici hautement. J'ai donc respecté le passé, qui n'était pas mon ouvrage; mais j'ai voulu que l'avenir pût braver tous les regards, et, depuis le 1*' mars jusqu'au 29 octobre 1840, je n'ai accordé ni une indemnité ni même un simple secours qu'au grand jour et en publiant moi-même ce que je faisais dans le Moniteur. On trouvera ici les noms des personnes qui ont reçu de pareils encouragements. On y verra que je me suis surtout proposé , dans l'intérêt de la dignité des lettres , d'accorder trèspeu d'indemnités k titre gi*atuit et de les attacher le plus possible à des missions ou à des travaux , en sorte que ces encouragements fussent à la fois une
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dette envers ceux qui les reçoivent et un gervice envers le public par les ouvrages qu'ils favorisent et dont ils sont la récompense anticipée ^.
A regard de la Légion-d'Honneur, cette grande et nationale institution affaiblie par tant de prodigalités^ et qu'il importe de relever, soit par une mesure législative, soit du moins par un sobre et sévère usage de la prérogative royale, si la loi sortie des débats provoqués par la noble proposition de M. Mounier n'a point été sanctionnée, je me suis fait un point d'honneur de la pratiquer en ce qui concernait mon département. Le journal de Y Instruction publique a publié toutes les nominations qui ont été faites le 1" mai 1840, et Içs motifs sur lesquels reposent ces nominations. Nulle nomination isolée n'a eu lieu , et toutes ont été fondées sur cette maxime que j'ai tant de fois répétée : ou de très-longs services ou des services très-éclatants ^.
Mais il est temps de tenniner ce compte déjà trop long d'une administration qui a si peu duré. J'ai cru le devoir à mon pays, à l'université, k mpi-m^me. J'ai voulu placer les réformes que j'ai entreprises sous la protection de l'opinion des juges compétents en France et en Europe. Pourquoi ne le dirais-je pas? Je suis, je Fespère, au-dessus
« Pages 363-366.
t Page 368.
tôt HUIT MOIS AU lianfitÊlUB, Etc.
de tout soupçon de regretter le {)Ouvoir ; mais cri achevant ce récit , en posant ici la plume y il me semble que je quitte de nouveau , et avec un sentiment que je n'essaie pas de dissimuler, ce corps illustre qui est pour moi une seconde patrie dans la grande patrie, où je suis entré comme simple élève de l'école normale dans les premiers jours de 1810 y où j'avais conquis lentement un avancement légitime , auquel depuis dix années, comme membre du conseil royal et directeur de l'école normale, je rapportais presque toutes mes pensées, que j'ai un moment dirigé avec ce sérieux dévouement qui sert et ne flatte pas , et que j'aimerai et continuerai de servir pendant toute ma vie , dans toutes lés fortunes que me fera la divine Providence.
DISCOURS