A LA RÉVÉRENDE MERE AGNES DES CARMELITES DU GRAND
q9flV|pT QE f AI^IS '.
De Bordeaux, ee 11 juin 1653.
u Je ne dasire lâen avec tant d'ardeur présentement cfne de voir eette gueire-ey finie pour aller me jeter avec rouâ pei^r le sestf de mes jours. Je ne puis le faire qu'après la pan , poiur le malbeuv de ma vie (jui m'a été donnée ee^lemest pour me faire éprouver pe qu'il y a au monde
< y^lfloff ^oflUf \»iP^ g^i^dc; paf H^ d^ cettç lettre.
de plus aig^e et de plus dur. Ce qui me fait résoudre à ce que je viens de vous dire, c'est que si j'ai eu des attache* ments au inonde, de quelque nature que vous les puissiez imaginer, ils sont rompus et même brisés. Cette nouvelle ne vous sera pas désagréable. Je prétends qu'elle aille jusqu'à la Mère.... et à ma sœur Marthe de Jésus, et que pour me donner une sensibilité pour Dieu que je n'ai pas encore, et sans laquelle je ferois pourtant l'action que je vous ai dite, si la paix étoit faite, vous me fassiez la grâce de m'écrire souvent et de me conforter dans l'horreur que j'ai pour le siècle.
u Mandez-moi quels livres vous me conseille:^ de lire, n
Voilà la conversion de M""" de Longueville commencée; mais dès qu'elle pense à Dieu, c'est pour s'effrayer de ses fautes et tomber dans d'excessives délicatesses de conscience; tout en soupirant après le couvent des Carmélites, elle craint de ne désirer cette retraite que pour son repos et non pour son salut. Avant de quitter Bordeaux^ elle écrit à la mère Agnès la lettre suivante ;
tt Voilà , ma chère Mère , comme mes bonheurs sont faits; car ce qui, selon le monde, paroit avantageux pour moi , est ce qui cause mon vrai accablement. Mais il est juste que je sois récompensée comme je le suis du siècle que j'ai préféré à Dieu. Je le connois avec remords; mais c'est un remords inutile et comparable par là au remords étemel qui fait la peine des damnés. Au nom de Dieu, ma chère. Mère, obtenez de lui cette différence qu'il finisse dans le temps, et qu'il m'en reste assez pour satisfaire, autant que je le pourrai , à sa justice par une péni*
tence volontaire. Mais , mon Dieu , comme cette pénitence dont je parle est une retraite qui flatte même mon amourpropre, j'ai grand sujet de craindre de n'en obtenir pas la grâce, et que comme je cherche plus Dieu comme agréable et comme le monde ne me Tétant plus , que comme le premier doit être recherché et le dernier évité, c'est-à-dire sans admettre les sens dans cette recherche et dans cette fuite, Dieu me refuse ce que je ne désire que pour l'amour de mon repos et non pour la considération de sa grâce. Mais , ma chère Mère, je n'aurois jamais fait si je voulois dire toutes les pensées qui troublent et accablent [mon esprit; ma santé ne me permet pas une si longue et si triste narration; il suffit que je vous dise que mes besoins sont pressants '.
M. de Longueville, qui s*était depuis quelque temps séparé de son beau-frère et servait fidèle ment le roi, obtint de la cour que sa femme viendrait le rejoindre dans son gouvernement de Normandie. Elle quitta donc Bordeaux, se rendit à Moulins auprès de sa tante, M"' de Montmorency, la veuve de celui qui avait été décapité à Toulouse et qu'elle avait tant pleuré à l'âge de treize ans. M. de Longueville vint la trouver à Moulins, et la conduisit dans son gouvernement, où, comme dit Villefore (t. II, p. 9), elle s'enveloppa dans les devoirs domestiques et s'abandonna aux rigueurs de la pénitence. Voici quelques lettres de cette époque de sa vie.
< Villefore ne donne que la dernière phrase : je n'auroit jomait fait.,., etc.
A I.A BXVÉREirOB uàhM AGNàs '.
Ce & janvier 165$.
f^ H^as| v^^ pauvre Mère, les eDgagements de ce iiiqii4e pe f9nt74h p^s crpels, puisqu'ils ôteut inéme leç «pyeiis
46 ^f^P^ i^^F ^ ^^ ^od^ 9 c^ qH'e^ quittant ce même rnoud^ , il {^nf phoi^if le JifBU par lequel on s'ien sépare par d^ . goçjidéf^^QQ^ politiques et point du tout paf celles qi|e Pjeu i{)spîfec9Ît! Cest un furieuii: effet de ma ipauvaiie ({fiftIMÇ dç W pPMvoir pas dans ma retraite suiyfe la vie mfi jfi »îl!b*it?rpis » P»> Pft«r mieux dire, }a passer aypc fg}^ J9 y9^f}f <>^9 9 ^nfin choisir les compagn^s de ma splitp4^ s Hi^U V^9n goût spirituel et naturel. Si j'aFois cette liberté, je ne yous dis point quelles seroient pes pe|rsonnes-là , car je pense que vous le devinerez sans peine ; mais il faut souffrir dans tf>ns mes différents genres de vie , et je pense qu- il n'y a pour moi que celle du ciel qui puisse êtjpe exenipt^ de p^if)e. Demandez à Dieu que je porte comme il le veut celles qu'il m'envoye , et que cette année ne soit employée qu'à la pénitence me je dois faire de tout le passé. JTai une grande et sérieuse envie de l'employer à cela ; mais si Dieu ne fait en moi^ ce que je lui demande, vous savez bien que je ne le ferai pas. Ainsi, ma pauvre mère, demandezJui bien cette misérieoide
A LA RÏvÉREimissiME MERE AGNES *. {On croit qtiB c^est
la Carméliie*)
Ce 1 0 septembre 1 656.
Je suis si accoutumée au malheur, que, pourvu qu'il ne
* Cette lettre n'est pas dans Villefore.
s Viltefbre ddniie cette lettre avec des variantes malheureuses.
DE MADAME LA pXJÇHESSE DE f^ONGUEVILLE. §^0
regarde que moi , je suis présentein^):>t disposé^ ^ le souffrir, si ce n'est avec patience , c'est du n}pinf ^y^c gn calme d'esprit qui en approche quasi ; maig j'^'^SHS 9SP je np me trouve plus dans la même tranquillft^ {[U||p4 l^ maux qui m'attaquent attaquent aussi '^. p^op ff^^. 4^ï\f^ vous avez eu raison de me plaindre dans la dernière occasion qui m'a donné du phagrin, puisqu'elle e8| d'une conséquence très-fâcheuse pour M. le prince. Ma fortune est si dépendante de la sienne , que je ne doute point que ce coup n'altère furieusement le hon état où mes affaires parois^oient quand Dieu nous l'a donné ^ je ne çcais p§^ encore néanmoins l'effet qu'il aura eu pour moi e|:i particulier; car M. de la Croisette ' n'a point vu la cour de^ puis cette aventure. Elle paroissoit notablement adoucie pour moi ; mais vous jugez bien que ce succès ^ aura fort changé ses bonnes dispositions ; au moins, je m'y attends et je m'y prépare. J'ai tant manqué à pieu qu'il est juste qu'il me pupisse, et je crois si bien que ses çhâtinient^ sont des conseils de miséricorde sur mon âme qu'i}$ soii^ fort adoucis par cette vue que Dieu me fait la grâce de mç donner \ Priez-le qu'il me la rende utile , et que je fasse bon usage de mes malheurs et des lumières qu'il répan^ dans mon esprit. Je vous rends mille grâces de toutes celles que vous nous avez faites en priant pour nous. Continuez, je vous supplie, à demander à notre Seigneur pour nous le bon usage de nos malheurs; je dis nous, car j'y comprends M. mon frère. Il n'est pas possible d^ $Qi|ffrir
* Villefbre : M. de I9 Grérette, gouvernear de Caen.
9 L^armée royale força les Espagnols commandes par le prince à^ Çp^fié à lever le siège d^Arras.
I Toutes les fois quHl y a dans madame de Longneville 119e pé* riode embarrassée, et rien ne lui est plus ordinaire, Villefbre coupe la période et en fait plusieurs phrases.
qa^an si grand homme soit toujours malheureux, et puisque Dieu a permis qu'il le fût dans le temps, demandez-lui au moins qu'il ne le soit pas dans Fétemité; tout de bon, je vous demande des prières particulières pour sa conversion.
A LA MÈRE SOUS-PRIETJRE DES CARMELITES*.
De Rouen, ce 26 novembre 1 655.
Je ne me figure plus d'autre satisfaction en ce monde que celle de me retrouver au' couvent de Fincârnation; mais il suffit que ce m'en fût une très-sensîble pour n'être pas en état de l'espérer. Je prie Dieu qu'il me fasse faire usage de cette privation. Demandez-la avec moi, je vous en conjure, et renouvelez en ce saint temps où nous allons entrer , votre ferveur pour l'avancement de mon âme dans ces saintes voyes. 11 quitte le sein de son père pour s'approcher des pécheurs, et pour les venir tirer de leurs iniquités. Priez-le, ma chère mère, que moi qui suis de ce misérable nombre , je marche tout de bon vers lui , puisqu'il daigne m'appeler d'un pays si éloigné où mes égarements m'avaient conduite.
 LA MÊME
De Rouen, ce 9 février 1656.
Je ne puis m'accommoder de toute autre maison religieuse; je vous conjure de m'avancer le bonheur de me trouver dans la vôtre par vos prières, et de les employer à obtenir de Dieu mon entière conversion vers lui, et la rupture de mes liens intérieurs et extérieurs, puisqu'il est diffi-
^ Cette lettre n^est pas dans Villefore.
cile d'aller à lui quand on a tant d'obstacles et de partage. Tay été si uniquement au monde quand jeFai aimé, et j'y^^ employé une si grande partie de ma vie qu'il est bien humiliant que celle qu'on voudroit donner à Dieu soit si partagée. C'est la peine de mes égarements, et je prie Dieu de me la faire prendre eu esprit de pénitence. J'espère que vous m'y aiderez, et j'attends de votre amitié que vous m'attirerez cette miséricorde de notre Seigneur K